Chaque Chabbat, dans toutes les synagogues du monde, on sort le même rouleau et on lit le même passage de la Torah. Cette portion s’appelle la parasha de la semaine. D’où vient ce rendez-vous, comment le cycle est-il organisé, pourquoi certaines semaines lit-on deux parachiyot, et comment en faire une vraie étude ? Voici un guide complet, avec l’éclairage des cours du Rav Raphaël Benizri.
La parasha de la semaine est la portion de la Torah lue publiquement à la synagogue le Chabbat matin. Les cinq livres de Moshe sont partagés en 54 portions, appelées parachiyot (au singulier parasha, « section »). On en lit une par semaine, dans l’ordre, et le cycle recommence chaque année à l’automne. La dernière portion, Vezot Haberakha, est lue à Simhat Torah. Le Chabbat suivant, on reprend au premier mot : Bereshit, « Au commencement ». La parasha donne aussi son nom à la semaine entière. Dans le monde juif, on ne dit pas seulement « la semaine du 12 octobre » : on dit « la semaine de Noah » ou « la semaine de Lech Lecha ».
Pour l’année 5787, le calendrier est le suivant. Souccot commence le vendredi 25 septembre 2026 au soir, et le Chabbat 26 septembre, on lit un passage propre à la fête et non la parasha de la semaine. Chemini Atseret commence le vendredi 2 octobre au soir. En Israël, Simhat Torah tombe le même jour, le samedi 3 octobre. En diaspora, elle commence le samedi 3 octobre au soir et se fête le dimanche 4 octobre. Le Chabbat 10 octobre 2026, toutes les communautés ouvrent de nouveau le rouleau à la parasha Bereshit.
Une définition simple : parasha, sidra, 54 portions
Le mot hébreu parasha veut dire « section », « passage délimité ». Dans le rouleau de la Torah, il désigne d’abord les petites unités du texte, séparées par des blancs. Certaines sont dites « ouvertes » (petouhot) : le texte reprend à la ligne suivante. D’autres sont dites « fermées » (setoumot) : un espace sépare les passages sur la même ligne. Mais dans l’usage courant, « la parasha » désigne la grande portion hebdomadaire. Les communautés ashkénazes l’appellent aussi sidra, « ordre » ou « arrangement ». Il faut savoir un détail : les limites des portions hebdomadaires ne sont pas marquées dans le rouleau. Le lecteur les connaît par la tradition, et les éditions imprimées du Pentateuque, les houmachim, les signalent en marge.
Chaque parasha porte le nom d’un de ses premiers mots importants. Ce nom ne résume pas forcément le contenu : la parasha Chayei Sarah, « la vie de Sarah », s’ouvre sur la mort de Sarah. La parasha qui raconte le don de la Torah au Sinaï s’appelle Yitro, du nom d’un prêtre de Midyan venu de l’extérieur. Ces noms, nous le verrons, sont souvent une clé de lecture.
Les 54 portions se répartissent ainsi entre les cinq livres :
- Bereshit (la Genèse) : 12 parachiyot, de la création du monde à la mort de Yossef.
- Chemot (l’Exode) : 11 parachiyot, de l’esclavage en Égypte à l’achèvement du Tabernacle.
- Vayikra (le Lévitique) : 10 parachiyot, sur le culte, la pureté et la sainteté.
- Bamidbar (les Nombres) : 10 parachiyot, les quarante années dans le désert.
- Devarim (le Deutéronome) : 11 parachiyot, les derniers discours de Moshe.
Pourquoi 54 portions, alors qu’une année ordinaire ne compte que 50 ou 51 Chabbatot, et une année embolismique 54 ou 55 ? D’abord parce que la dernière portion se lit à Simhat Torah et non un Chabbat. Ensuite parce que, certains Chabbatot, on ne lit pas la parasha : quand une fête tombe un Chabbat, on lit un passage propre à la fête. Enfin, une année juive ordinaire est plus courte qu’une année embolismique, qui compte un mois de plus (deux mois d’Adar). Pour que le cycle se termine toujours à la même date, certaines portions se lisent donc deux par deux. Nous y reviendrons.
D’où vient la lecture publique de la Torah ?
La lecture publique de la Torah est l’une des plus anciennes institutions du judaïsme. La Torah elle-même prescrit une lecture solennelle. Tous les sept ans, à la fête de Souccot qui suit l’année de chemita (l’année de jachère), le peuple entier est rassemblé pour entendre la Torah : hommes, femmes, enfants et étrangers (Devarim 31, 10-13). C’est la mitsva de Hakhel, « rassemble ».
Le Talmud fait remonter à Moshe l’usage de lire, à chaque fête, le passage qui la concerne. Il le déduit du verset « Moshe énonça les fêtes de l’Éternel aux enfants d’Israël » (Vayikra 23, 44) (Meguila 32a). Il rapporte aussi que les prophètes instituèrent la lecture du lundi, du jeudi et du Chabbat, pour que trois jours ne passent jamais sans Torah. Le Talmud rattache cet usage à l’épisode où Israël marcha trois jours dans le désert « sans trouver d’eau » (Chemot 15, 22). Or l’eau, dans le langage des Sages, désigne la Torah (Baba Kama 82a).
Le même passage attribue à Ezra le Scribe une étape décisive. Revenu de l’exil de Babylone au Ve siècle avant l’ère commune, il ajouta une lecture le Chabbat après-midi. Il fixa aussi le cadre de la lecture du lundi et du jeudi : trois lecteurs, et au moins dix versets. Le livre de Nehemia raconte la scène fondatrice. Ezra se tient sur une estrade de bois, devant tout le peuple rassemblé à Jérusalem, et lit la Torah du matin jusqu’à midi. « Ils lurent dans le livre, dans la Torah de D’, de manière distincte, en donnant le sens, et on comprit ce qui était lu » (Nehemia 8, 8). Le Talmud voit dans ce verset l’origine de la traduction qui accompagnait la lecture (Meguila 3a). La lecture publique n’a jamais été une simple récitation : elle devait être comprise.
Dans son cours sur la chaîne de la transmission, le Rav Raphaël Benizri rappelle ce rôle d’Ezra. Au retour de Babylone, Ezra réunit autour de lui les derniers prophètes et les Anciens : ce sont les Hommes de la Grande Assemblée. Selon le Rav, ce sont eux qui ont donné à la Torah et à la prière leur structure actuelle. Il cite aussi le mot des Sages selon lequel Ezra aurait été digne de recevoir la Torah si Moshe ne l’avait pas précédé.
Du cycle triennal au cycle annuel
Le cycle d’un an n’a pas toujours été la règle. Le Talmud note que « les gens de l’Occident », c’est-à-dire les Juifs de la terre d’Israël, terminaient la lecture de la Torah en trois ans (Meguila 29b). Les communautés de Babylone, elles, la terminaient en un an. Les deux usages ont coexisté pendant des siècles. Les manuscrits massorétiques gardent la trace du cycle de la terre d’Israël : le texte y est divisé en un peu plus de 150 sections, appelées sedarim, dont le nombre varie selon les sources. Au XIIe siècle encore, on signale en Égypte des synagogues qui suivaient l’usage de la terre d’Israël.
C’est l’usage babylonien qui l’a emporté partout. Le Rambam (Maïmonide) le constate au XIIe siècle : « L’usage répandu dans tout Israël est de terminer la Torah en une année. On commence le Chabbat qui suit la fête de Souccot et l’on termine à Souccot. Il y en a qui terminent la Torah en trois ans, mais ce n’est pas un usage répandu » (Michné Torah, lois de la prière 13, 1). Le résultat est remarquable : aujourd’hui, d’un bout du monde à l’autre, toutes les communautés lisent la même parasha la même semaine, à une seule exception près, dont nous parlerons plus bas.
Le Chabbat qui suit Souccot, on commence donc Bereshit. Chaque automne, Israël rouvre le premier chapitre de la Genèse. On relit la création du monde au moment où la nature, elle, s’apprête à s’endormir pour l’hiver.
Comment se déroule la lecture au Chabbat
La lecture se fait dans un Sefer Torah, un rouleau de parchemin copié à la main par un scribe, le sofer. Le texte n’a ni voyelles ni signes de cantillation. Le lecteur, appelé baal koré, doit avoir préparé sa lecture pour la chanter selon les accents traditionnels, les teamim. Une seule lettre abîmée ou effacée suffit à rendre le rouleau inapte à la lecture jusqu’à sa réparation.
La parasha est divisée en sections, et pour chaque section on appelle un fidèle à la Torah. C’est la alya, la « montée ». Celui qui monte récite une bénédiction avant et après la lecture. La Michna fixe le nombre minimal de montées : trois le lundi, le jeudi et le Chabbat après-midi, quatre à Roch Hodech (le début du mois) et aux demi-fêtes, cinq aux fêtes, six à Yom Kippour, sept le Chabbat (Michna Meguila 4, 1-2). Le Chabbat, on peut en ajouter. Après les sept montées, on appelle le maftir : on relit pour lui les derniers versets, ou un passage lu dans un second rouleau lors des Chabbatot particuliers. C’est lui qui lit ensuite la haftara.
Le Chabbat après-midi, à l’office de Minha, on lit déjà le début de la parasha suivante. On relit ce même début le lundi et le jeudi matin. La semaine est ainsi tendue vers le prochain Chabbat : on entre dans la parasha plusieurs jours avant de la lire en entier.
Enfin, certains Chabbatot ajoutent une lecture particulière, lue dans un second rouleau. La Michna (Meguila 3, 4) mentionne les quatre « parachiyot » des semaines qui précèdent Pessah. Chekalim rappelle le demi-sicle donné pour le Temple. Zakhor, lue le Chabbat qui précède Pourim, rappelle l’ordre de se souvenir d’Amalek (voir le cours du Rav sur la guerre contre Amalek). Para traite de la vache rousse et de la purification. Hahodech annonce le mois de Nissan. On lit aussi un passage particulier quand Roch Hodech ou une fête tombe un Chabbat.

La haftara : les prophètes en écho à la Torah
Après la lecture de la Torah, le maftir lit un passage des livres des Prophètes, la haftara. Le mot vient d’une racine qui veut dire « conclure » ou « prendre congé » : c’est la lecture qui clôt l’office de la Torah. Le Talmud demande qu’elle compte au moins 21 versets, sauf si le sujet s’achève plus tôt (Meguila 23a-b). On la lit dans un livre imprimé ou dans un rouleau, avec une bénédiction avant et plusieurs après : l’une implore la miséricorde pour Sion, une autre demande la venue d’Eliyahou le prophète et le rétablissement de la royauté de David.
L’origine précise de la haftara n’est pas connue avec certitude. Plusieurs commentateurs médiévaux, notamment l’Abudraham, rapportent une explication : sous une persécution qui interdisait la lecture de la Torah, on lisait un passage des Prophètes qui rappelait le thème de la parasha. Quand la lecture de la Torah fut rétablie, on garda la haftara. Qu’on retienne cette explication ou non, le principe est clair. En général, la haftara fait écho à la parasha par un mot, un personnage ou un thème. Après le récit de la création, on lit par exemple les versets du prophète Yechayahou (Isaïe) sur le Créateur « qui a créé les cieux et les a déployés » (Yechayahou 42, 5).
Le calendrier impose aussi ses propres haftarot. Les trois Chabbatot qui précèdent Ticha beAv ont des haftarot de reproche, les trois « de l’affliction ». Les sept Chabbatot qui suivent le jeûne ont des haftarot de consolation, dont la première s’ouvre sur « Consolez, consolez mon peuple » (Yechayahou 40, 1). Entre Roch Hachana et Yom Kippour, le Chabbat Chouva tire son nom de la haftara « Reviens, Israël » (Hochea 14, 2). Les hubs jours de jeûne et mois d’Elloul suivent ce parcours de près.
Le Rav Raphaël Benizri s’arrête volontiers sur ces choix. Dans Pessah : le mystère du chiffre quatre, il propose une explication personnelle du « grand Chabbat » qui précède Pessah, le Chabbat Hagadol : il clôt le Chabbat de la création et prépare la naissance du peuple. Et, remarque-t-il, rien d’autre ne marque ce Chabbat que sa haftara. Elle est tirée de Malakhi, le dernier des prophètes, qui ferme le livre de la prophétie et annonce l’ère messianique. Dans Yom Kippour : le livre de Yona et la techouva, il explique pourquoi la haftara prévue pour l’office de Minha de Kippour est le livre de Yona. Yona est un prophète qui vit le tourment d’un engagement total envers D’. Pour le Rav, la vie avec D’ n’est pas sans tourments, et prétendre le contraire serait tout à fait faux : un homme engagé dans la voie de la spiritualité passe par des épreuves difficiles.
Simhat Torah : la fin qui est un commencement
Le cycle annuel s’achève à la fin de Souccot. Le Talmud fixe déjà la lecture du dernier jour de la fête : on lit « Vezot Haberakha », la bénédiction de Moshe aux tribus, et la haftara est la prière de Chelomo à l’inauguration du Temple (Meguila 31a). Ce jour a reçu plus tard le nom de Simhat Torah, « la joie de la Torah ». En Israël, il coïncide avec Chemini Atseret. En diaspora, où les fêtes durent un jour de plus, c’est le deuxième jour de Chemini Atseret.
Au fil des siècles, la fête s’est enrichie d’usages que tout le monde connaît aujourd’hui. On sort tous les rouleaux de l’arche et on danse autour de l’estrade de lecture en sept tours, les hakafot. On appelle à la Torah tous les fidèles, souvent enfants compris. On honore deux personnes : le hatan Torah, « l’époux de la Torah », qui lit la fin du Deutéronome, et le hatan Bereshit, « l’époux du commencement », qui lit aussitôt dans un autre rouleau le premier chapitre de la Genèse. On ne termine jamais la Torah sans la recommencer dans le même souffle. Aucun jour ne sépare le dernier mot, « aux yeux de tout Israël », du premier, « Au commencement ».
À la fin de chaque livre, l’assemblée se lève et proclame « Hazak, hazak venit’hazek » : « Sois fort, sois fort, et fortifions-nous ». Ce passage d’un livre à l’autre a inspiré au Rav un commentaire frappant. Dans Pekoude : le Tabernacle intérieur, il observe que la Torah aurait pu s’arrêter à la fin du livre de Chemot : le sanctuaire est achevé et la nuée le remplit. Les derniers mots de cette parasha, le feu qui brûle la nuit « aux yeux de toute la maison d’Israël », font d’ailleurs écho aux derniers mots de la Torah. La différence tient à une expression : « dans tous leurs voyages ». La révélation a eu lieu, mais c’est maintenant que le voyage commence. Ce qu’on a construit n’est pas un acquis, c’est un point de départ. On peut en dire autant de chaque Simhat Torah : on finit pour repartir.
Pour vivre la fête elle-même, voir la page Souccot et l’article Pourquoi habiter dans la soucca ?, ainsi que le cours du Rav Souccot : la fête de la joie.
Pourquoi lit-on parfois deux parachiyot le même Chabbat ?
Le cycle doit toujours se terminer à Simhat Torah, quel que soit le nombre de Chabbatot disponibles dans l’année. Pour ajuster, sept paires de parachiyot peuvent être lues ensemble :
- Vayekhel et Pekoude, à la fin du livre de Chemot ;
- Tazria et Metsora ;
- Aharé Mot et Kedochim ;
- Behar et Behoukotaï ;
- Houkat et Balak (en diaspora seulement) ;
- Matot et Massé ;
- Nitsavim et Vayelekh.
Dans une année ordinaire, beaucoup de ces paires sont réunies. Dans une année embolismique, qui a un mois d’Adar supplémentaire, presque toutes sont lues séparément. L’année 5787 est une année embolismique. En diaspora, on n’y réunit que Houkat et Balak (17 juillet 2027), Matot et Massé (31 juillet 2027), et Nitsavim et Vayelekh (25 septembre 2027). En Israël, seules les deux dernières paires sont réunies.
Ces ajustements ne sont pas laissés au hasard. Ils obéissent à des repères fixés par la tradition et codifiés dans le Choulhan Aroukh (Orah Haïm 428). On lit Bamidbar avant Chavouot. On lit Devarim le Chabbat qui précède Ticha beAv, puis Vaethanan, avec sa haftara de consolation, juste après le jeûne. On lit Nitsavim avant Roch Hachana. Le Talmud en donne la raison profonde : Ezra institua que l’on lise les malédictions du livre de Vayikra avant Chavouot, et celles du livre de Devarim avant Roch Hachana, « pour que l’année s’achève avec ses malédictions » (Meguila 31b).
Le Rav Raphaël Benizri part précisément de cette règle d’Ezra dans son cours Elloul : la malédiction est une bénédiction. Il cite le vœu de la nouvelle année : « que s’achève l’année avec ses malédictions, et que commence l’année avec ses bénédictions ». Puis il pose une question. Les malédictions lues avant Chavouot, dans Behoukotaï, se terminent par des paroles de consolation. Celles de Ki Tavo, lues avant Roch Hachana, s’achèvent au contraire sur la menace d’un retour en Égypte. Ces menaces, nous les relisons chaque année sans pouvoir les effacer : comment l’année peut-elle alors commencer avec ses bénédictions ? Le Rav rapporte que cette question fut posée à Rabbi Chimon bar Yohaï, réfugié dans sa grotte, et qu’il ne sut d’abord que répondre. Le secret lui fut ensuite révélé : la malédiction est en elle-même une bénédiction.
Pour le comprendre, le Rav distingue les deux séries. Les premières visent surtout la destruction du premier Temple, et une consolation existe, puisque le Temple fut reconstruit soixante-dix ans plus tard. Les secondes visent plutôt la destruction du second Temple. Il s’appuie ensuite sur le verset lu le matin de Ticha beAv : « Lorsque tu auras engendré des enfants et des petits-enfants, et que vous aurez vieilli dans le pays » (Devarim 4, 25). Le mot venochantem, « vous aurez vieilli », partage sa racine avec yachen, « dormir ». Le plus grand danger, explique le Rav, est cet état d’indolence et de routine. La vraie disparition du peuple ne serait pas physique : ce serait l’assimilation, le jour où l’on ne ferait plus de différence entre un Juif et un non-Juif. L’exil lui-même, selon le Rav, est venu avant l’échéance pour empêcher cette mort, et pour obliger le peuple à se repenser. Les malédictions lues chaque année avant Roch Hachana ne sont donc pas une fatalité : elles portent en elles la promesse que ce peuple demeurera.
Israël et diaspora : quand le calendrier se décale
Toutes les communautés lisent la même parasha la même semaine, sauf dans un cas précis. En diaspora, les fêtes de Pessah et de Chavouot ont un jour de plus qu’en Israël. Quand ce jour supplémentaire tombe un Chabbat, la diaspora lit le passage de la fête. En Israël, c’est déjà un Chabbat ordinaire, et on y lit la parasha suivante. Pendant quelques semaines, Israël a donc une parasha d’avance. Puis la diaspora rattrape son retard en réunissant deux portions que l’on sépare en Israël.
C’est exactement ce qui se passera en 5787. Chavouot commence le jeudi 10 juin 2027 au soir. En Israël, la fête ne dure qu’un jour, le vendredi 11 juin. Le Chabbat 12 juin, on y lit donc Nasso. En diaspora, ce Chabbat est le deuxième jour de Chavouot, et Nasso n’est lu que le 19 juin. Le décalage dure cinq semaines. Le 10 juillet, Israël lit Houkat et la diaspora Korah. Le Chabbat 17 juillet 2027, la diaspora lit Houkat et Balak ensemble, tandis qu’Israël lit Balak seul. À partir de là, tout le monde lit de nouveau la même parasha.
Pour le voyageur qui passe d’Israël en diaspora, ou l’inverse, pendant ces semaines, la question de savoir quelle parasha suivre, et comment ne pas en manquer une, est traitée dans les ouvrages de halakha. Pour un cas concret, on consultera un rabbin.
Comment étudier la parasha de la semaine
Écouter la lecture à la synagogue est un premier pas. La tradition demande davantage : que chacun étudie lui-même la parasha pendant la semaine. Le Talmud enseigne : « Un homme doit toujours achever ses parachiyot avec la communauté : deux fois le texte et une fois la traduction » (Berakhot 8a). C’est l’usage de chnayim mikra veehad targoum. On lit chaque verset deux fois en hébreu, puis une fois dans la traduction araméenne d’Onkelos. Le Choulhan Aroukh le codifie (Orah Haïm 285) et précise qu’on peut remplacer la traduction par le commentaire de Rachi, qui explique le texte. Les personnes pieuses lisent les deux. L’usage idéal est de terminer avant le repas du Chabbat matin.
Qui était Onkelos ? Le Rav Benizri le rappelle dans Pirkey Avot : juger sans se faire juge. C’était un converti, et c’est pourtant lui qui a traduit et interprété la Torah. Sa traduction accompagne toujours le texte écrit, et c’est une mitsva de la lire chaque semaine. Pour le Rav, c’est la preuve que les convertis ont leur place dans la transmission, et une place d’honneur. Dans Elloul : la particularité de chacun, il voit dans le Targoum d’Onkelos le premier vrai commentaire écrit dans une langue étrangère : une manière de convertir une culture du profane au sacré.
Concrètement, voici une manière de s’y prendre, que l’on ait dix minutes par jour ou deux heures le vendredi :
- Lire le texte en entier, en hébreu si possible, sinon dans une bonne traduction bilingue. Découper la parasha en sept parties, une par jour, correspond aux sept montées du Chabbat.
- Repérer le nom de la parasha et se demander pourquoi elle porte ce nom. Le titre est souvent une clé de lecture.
- Lire Rachi sur les versets qui étonnent. Rachi (Rabbi Chelomo Itzhaki, Troyes, 1040-1105) part presque toujours d’une difficulté du texte : une répétition, un mot rare, un ordre inattendu.
- Noter ses propres questions avant de chercher les réponses. Pourquoi ce récit ici ? Pourquoi ce détail ? Qu’est-ce que le texte ne dit pas ?
- Ouvrir un midrash sur un passage, par exemple le Bereshit Rabba pour le livre de Bereshit.
- Partager une question à la table du Chabbat. Le site propose, pour plusieurs parachiyot, des livrets à imprimer : une question par page, la réponse du Rav, sa source et une leçon à débattre en famille.
- Écouter un cours sur la parasha, pour entendre comment un maître relie les versets entre eux.
Pour les termes hébreux rencontrés en chemin, le glossaire du site en donne l’explication. Et si l’on ne sait pas par quel cours commencer, la page Par où commencer ? propose un parcours.

Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri sur la parasha
Une grande partie des cours du Rav Raphaël Benizri suit le fil de la parasha de la semaine. Ils sont réunis sur la page Parasha de la semaine. On y voit une méthode, et aussi une idée de ce que signifie lire la Torah semaine après semaine. Voici les principaux points qui ressortent de ses cours.
Mikra : un appel à lire, venu du texte
Dans Bereshit : le commencement de la Création, le Rav s’arrête sur le mot hébreu qui désigne l’Écriture et sa lecture : mikra. La lecture ordinaire se dit keria. Le mikra, lui, est un appel à lire qui vient de l’intérieur : le texte me suggère sa lecture, et je lis ce qu’il me suggère. Le mem initial fait du mot un keli, un instrument, comme dans mizbeah, l’autel. La Torah est l’outil qui permet de lire la création. Elle est nécessaire justement là où « l’obscurité couvre l’abîme », là où l’on ne comprend rien et où l’on ne sait ni interpréter ni lire. On peut commencer par une approche fruste, explique le Rav, mais à force d’approfondir et de déchiffrer, on découvre un trésor de pensée. C’est une bonne définition de l’étude de la parasha : laisser le texte poser ses propres questions.
Relire chaque année n’est pas se répéter
Pourquoi ces récits anciens nous concernent-ils encore ? Le Rav ouvre son cours Les 3 Patriarches : miroirs de nos vies par cette phrase : « La répétition des parachiyot correspond à une reprise d’une perspective de l’histoire de l’homme en tant qu’Israël, et d’Israël dans l’ensemble des nations. » L’histoire d’Avraham n’a pas eu lieu une seule fois : elle se rejoue et se relit d’époque en époque, et il en va de même pour Itzhak, Yaakov et Yossef. Le livre de Bereshit devient alors le miroir d’une histoire, celle du peuple juif et celle de l’humanité : « nous sommes Avraham, nous sommes Itzhak, nous sommes Yaakov, nous sommes Yossef ». C’est aussi ce qui donne son sens à la relecture de chaque année : le même récit éclaire une époque nouvelle.
Réécrire le Sefer Torah chaque semaine
Dans Elloul : la particularité de chacun, le Rav part d’une image. Le peuple juif compte autant d’âmes que la Torah compte de lettres, et chaque lettre représente l’un d’entre nous. Une seule lettre brisée rend le rouleau inapte : de même, le tort fait à un seul touche tout le peuple. Il ajoute que nous sommes en train d’écrire ce Sefer Torah. Chaque semaine, nous lui donnons une autre connotation, une autre version, un autre esprit : nous le dépoussiérons et nous lui insufflons un esprit nouveau. De même que D’ renouvelle chaque jour l’œuvre de la création, nous la renouvelons par l’esprit que nous insufflons dans le texte.
Le nom de la parasha comme clé
Le Rav s’intéresse de près aux titres. Dans Chemot : nommer, la signification des noms, il rappelle que les cinq livres portent le nom de leur première parasha, mais que ce nom vaut pour tout le livre. Bereshit n’est pas seulement le récit de la création, c’est aussi la jeunesse du peuple juif à travers les Patriarches. Chemot, « les noms », annonce l’enjeu du livre : recevoir une identité. Dans Chayei Sarah : la mort de Sarah, il relève que deux parachiyot racontent la disparition d’un juste et portent pourtant le mot « vie » dans leur titre : Chayei Sarah, « la vie de Sarah », et Vayehi, « Yaakov vécut ». Le titre ne cache pas le contenu : il le corrige, car les justes, même dans leur mort, sont appelés vivants. Et dans Yitro : qui était Yitro ?, il part de cette anomalie : la parasha de la révélation du Sinaï, celle qui définit ce qu’est être juif, porte le nom d’un homme venu du dehors.
Deux parachiyot voisines, deux leçons
Le Rav lit aussi les parachiyot en paires. Dans Tetsave : l’élévation de soi, donné entre la lecture de Terouma et celle de Tetsave, il oppose les deux portions consacrées au Tabernacle. Terouma est la parasha de l’élan du cœur, où le nom de Moshe revient sans cesse. Mais on ne peut pas vivre seulement de l’élan du cœur : il faut aussi une discipline et une loi. Il met en garde contre une spiritualité faite de « recettes », des circuits fermés sans nouveauté ni élévation. Selon lui, le judaïsme demande de revoir sa spiritualité chaque jour et de l’enrichir de son expérience.
Plusieurs lectures, pas une seule
Dans Noah : la tour de Babel, le Rav voit le malheur de Babel dans l’uniformité : une seule interprétation, une seule perception, une seule langue. Quand on ne jure que par une interprétation et qu’on étouffe les différentes sensibilités, il n’y a plus d’unité possible, dit-il, car l’unité suppose que nous soyons différents. On peut y lire une leçon pour l’étude elle-même : la parasha se lit à plusieurs voix, et la table du Chabbat est faite pour cela.
Une étude qui reprend chaque année
Enfin, à la fin d’un cours sur Noah, un auditeur demande si l’on continuera Noah la semaine suivante. Le Rav répond que non : on passe à Lech Lecha. Ce qu’on aura fini, on l’aura fini, et l’année prochaine, si D’ lui prête vie, on continuera. Il raconte qu’il étudiait ainsi Rachi avec son maître Emmanuel Levinas : chaque Chabbat, on reprenait la parasha là où l’on s’était arrêté l’année précédente. C’est tout l’esprit du cycle annuel. On ne l’épuise jamais, et c’est justement pour cela qu’on y revient. Ses cours suivent d’ailleurs ce rythme : dans Chayei Sarah : la source de la vie, il commence par traduire les premiers versets « de la parasha de cette semaine » avant de les commenter.
Les 54 parachiyot, livre par livre
Chaque parasha a sa page sur le site, avec son résumé, ses références, ses thèmes et, quand ils existent, les cours du Rav qui la commentent.
Bereshit
- Bereshit, Noah, Lech Lecha, Vayera, Chayei Sarah, Toledot, Vayetse, Vayishelakh, Vayeshev, Mikets, Vayigash, Vayehi
Chemot
Vayikra
Bamidbar
Devarim
- Devarim, Vaethanan, Ekev, Reé, Choftim, Ki Tetsé, Ki Tavo, Nitsavim, Vayelekh, Haazinou, Vezot Haberakha
Questions fréquentes sur la parasha de la semaine
Quelle est la parasha de cette semaine ?
Le Chabbat 26 septembre 2026 tombe pendant Souccot : on lit un passage propre à la fête. Le Chabbat 3 octobre est Chemini Atseret : on lit aussi la lecture de la fête. Vezot Haberakha est lue à Simhat Torah, le 3 octobre en Israël et le 4 octobre en diaspora. Le cycle reprend avec Bereshit le Chabbat 10 octobre 2026, puis Noah le 17 octobre et Lech Lecha le 24 octobre. La page Parasha de la semaine indique chaque semaine la portion en cours.
Quelle différence entre parasha, sidra et haftara ?
Parasha et sidra désignent la même chose : la portion hebdomadaire de la Torah. Le premier mot est plutôt employé chez les Séfarades, le second chez les Ashkénazes. La haftara est un passage des Prophètes lu après la parasha, qui lui fait écho par un thème ou par le calendrier.
Faut-il savoir l’hébreu pour étudier la parasha ?
Non. On peut commencer avec une traduction bilingue et le commentaire de Rachi traduit. Il existe de bonnes éditions françaises. Mais l’hébreu ouvre des portes que la traduction ferme : beaucoup de commentaires, et une grande partie des cours du Rav, partent d’un mot, d’une racine ou d’une lettre. Apprendre à lire le texte, même lentement, fait partie de l’étude.
Pourquoi la lecture se termine-t-elle à Simhat Torah et non à Roch Hachana ?
Le Talmud fixe la lecture de Vezot Haberakha au dernier jour de Souccot (Meguila 31a), et le Rambam décrit l’usage de commencer le Chabbat qui suit Souccot (lois de la prière 13, 1). On termine la Torah au sommet de la « fête de notre joie », après les jours de jugement, et on la recommence aussitôt. Roch Hachana est précédé des malédictions et de Nitsavim, qui parle de retour et de choix : « Choisis la vie » (Devarim 30, 19).
Peut-on étudier la parasha seul, sans cours ni synagogue ?
Oui. L’usage de chnayim mikra veehad targoum est justement une étude personnelle, que chacun fait chez soi pendant la semaine. Mais la tradition tient à ce qu’on « achève ses parachiyot avec la communauté » : l’étude personnelle prépare la lecture publique, elle ne la remplace pas. Étudier avec un partenaire, en famille ou en écoutant un cours donne souvent plus de relief au texte.
Les femmes et les enfants sont-ils concernés ?
La lecture de la Torah est une institution de toute la communauté. La mitsva de Hakhel mentionne expressément les hommes, les femmes et les enfants (Devarim 31, 12). Aujourd’hui, l’étude de la parasha à la table du Chabbat, avec des questions adaptées à chaque âge, est l’une des manières les plus vivantes de la transmettre. Pour les questions de pratique à la synagogue, qui varient selon les communautés, on consultera un rabbin.
Pour aller plus loin
La parasha de la semaine n’est pas un simple extrait lu par habitude. C’est un rendez-vous avec le texte, repris chaque année, qui donne à chaque semaine son nom et sa question. Comme le dit le Rav Raphaël Benizri, le mikra est un appel : c’est le texte qui invite à le lire. Les cours du Rav permettent de répondre à cet appel semaine après semaine.
- Parasha de la semaine : tous les cours du Rav Benizri
- Bereshit : le commencement de la Création
- Les 3 Patriarches : miroirs de nos vies
- Elloul : la malédiction est une bénédiction
- Pekoude : le Tabernacle intérieur
- Livrets de questions pour la table du Chabbat
- Le Bereshit Rabba commenté par le Rav
- Toutes les fêtes juives
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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