Cinq jours après Yom Kippour, des familles entières quittent leur maison pour vivre une semaine dans une cabane au toit de branchages. Pourquoi ce déménagement, et que dit-il de nous ?
En 2026 (5787), Souccot commence le vendredi 25 septembre au soir, le 15 Tichri, et dure sept jours, jusqu’à Hochaana Rabba, le vendredi 2 octobre. Suivent Chemini Atseret, le samedi 3 octobre, et en dehors d’Israël Simhat Torah, le dimanche 4 octobre. Pendant ces sept jours, la soucca devient la maison : on y mange, on y reçoit, on y étudie, et certains y dorment.
Ce que dit la Torah
L’obligation vient d’un verset du Lévitique : « Vous demeurerez dans des cabanes pendant sept jours ; tout citoyen en Israël demeurera dans des cabanes, afin que vos générations sachent que J’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des cabanes lorsque Je les ai fait sortir du pays d’Égypte » (Vayikra 23, 42-43).
La soucca n’est donc pas d’abord un décor de fête. C’est un souvenir que l’on habite : pendant quarante ans dans le désert, le peuple a vécu sans maison, sous la seule protection de D’.
Des cabanes, ou des nuées ?
Le Talmud (Soucca 11b) rapporte deux lectures de ce verset. Pour Rabbi Akiva, il s’agit de vraies cabanes, dressées par les Hébreux à chaque étape de la marche. Pour Rabbi Éliézer, les « cabanes » sont les ananei hakavod, les nuées de gloire qui entouraient le camp et le protégeaient du soleil et des ennemis.
Les deux lectures se rejoignent : en sortant de chez soi, on reconnaît que ce ne sont pas nos murs qui nous gardent.
Pourquoi en automne, et pas au printemps ?
La sortie d’Égypte a eu lieu au printemps, au mois de Nissan. Pourquoi alors habiter la soucca en Tichri ? Le Tour (Orah Haïm 625) répond : au printemps, tout le monde sort s’installer au frais sous un abri, et personne ne verrait la différence. En automne, quand chacun rentre chez soi à l’approche des pluies, sortir dans une cabane ne peut se faire que pour obéir au commandement.
Souccot est aussi hag haassif, la fête de la récolte : au moment où les greniers sont pleins et où l’on pourrait se croire à l’abri, la Torah demande de sortir.
Qu’est-ce qu’une soucca valable ?
- Le toit (skhakh) est fait de végétaux coupés : branches, palmes, bambou. Il doit donner plus d’ombre que de soleil, tout en laissant voir le ciel.
- Les murs : au moins deux murs complets et une partie d’un troisième. Ils peuvent être en n’importe quel matériau, pourvu qu’ils résistent au vent.
- La hauteur : au moins dix tefahim (environ 80 à 96 cm) et au plus vingt coudées (environ 9,6 à 11,5 m selon les avis).
- Une demeure provisoire : c’est une dirat arai, faite pour sept jours. On la décore volontiers de fruits, de guirlandes et de dessins d’enfants.
Pour les cas particuliers (balcon, soucca sous un arbre, matériaux du toit), on consultera un rabbin compétent.
Vivre dans la soucca
Les repas se prennent dans la soucca. Lorsqu’on y mange du pain ou un plat de céréales, on ajoute la bénédiction « lechev bassouka » : « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de résider dans la soucca ». Le premier soir, on y mange obligatoirement au moins un morceau de pain.
S’il pleut au point de gâcher le repas, on est dispensé : la Torah demande d’habiter la soucca comme on habite sa maison, et l’on ne reste pas chez soi sous la pluie.
Chaque soir, la tradition invite aussi des hôtes d’en haut, les ouchpizin : Avraham, Itzhak, Yaakov, Moshe, Aharon, Yossef et David. On les accueille d’autant mieux qu’on reçoit aussi des invités bien réels.
Ce qu’en dit le Rav Raphaël Benizri
Dans son cours Souccot : la fête de la joie, le Rav Benizri rapporte cette phrase : « Ma véritable maison, c’est la soucca. » Une maison vulnérable à l’extérieur, mais solide à l’intérieur.
Dans Souccot : de Kippour à la soucca de paix, il explique qu’après Kippour il ne suffit pas de demander pardon : il faut en donner la preuve au quotidien. On sort de sa maison, de ses conditionnements et de ses convictions, on ouvre sa porte, et l’on se place à l’ombre de D’.
Il cite aussi le Maharal de Prague, qui demande pourquoi l’on dit « soukkat David », la cabane de David, et non « beit David », sa maison. Une maison en ruine se rebâtit autrement, sur d’autres plans. Une cabane qui tombe se remonte à l’identique, comme un puzzle défait.
Pour aller plus loin
- Souccot : tous les cours du Rav Benizri
- Livret « Questions à poser à la table de Souccot » (PDF)
- Les quatre espèces de Souccot : que représentent le loulav et l’etrog ?
- Yom Kippour, qui précède la fête, et toutes les fêtes juives
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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