Souccot

par le Rav Raphaël Benizri
Loulav et les quatre espèces de Souccot
Soucca dressée pour la fête de Souccot
Souccot, la fête de la joie : soucca décorée, les quatre espèces, le Temple de Jérusalem. Cours du Rav Raphaël Benizri.

Souccot : la fête de la joie
Souccot, zman simhaténou : la fête de la joie, de l’universel et du partage. Voir le cours et sa transcription →

Souccot, la soucca de la paix : cabanes dans le désert au coucher du soleil, loulav et etrog levés. Cours du Rav Raphaël Benizri.

Souccot : de Kippour à la soucca de paix
« Soukkat chalom » : la cabane de paix, fragile au-dehors, inébranlable au-dedans. Voir le cours et sa transcription →

Livrets d’étude de chaque cours : questions à méditer en famille

Le feuillet de Souccot

Le feuillet de Souccot

Voir / imprimer le feuillet →

Lire le texte du feuillet

LA FÊTE DE SOUCCOT

Le sens que nous donnons aux mitsvot rappelle, d’une certaine manière, la manne : cette nourriture venue du ciel que chaque enfant d’Israël vivait à sa façon dans le désert. Les commandements restent les mêmes, mais chaque génération y découvre des significations qui répondent à ses questions et à ses besoins. C’est l’un des rôles de la Torah orale : enrichir leur étude pour qu’ils continuent à parler à l’homme et à renouveler sa vie.

Il en va ainsi de la soucca. La Torah explique sa raison d’être : « Afin que vos générations sachent que J’ai fait résider les enfants d’Israël dans des cabanes lorsque Je les ai fait sortir d’Égypte. » Mais de quelles cabanes s’agissait-il ?

Dans le Talmud, Rabbi Éliézer et Rabbi Akiva en donnent deux lectures. Pour Rabbi Éliézer, il s’agit des nuées de gloire qui protégeaient les enfants d’Israël pendant leur marche dans le désert. Pour Rabbi Akiva, il s’agit de véritables cabanes, où ils vivaient à chaque étape de leur voyage. Les deux lectures éclairent une même histoire : la fragilité de leurs conditions de vie et la protection divine qui les accompagnait.

Pendant quarante ans, les enfants d’Israël vécurent loin de maisons permanentes, sans champs ni source habituelle de nourriture, nourris par la manne. Malgré ces conditions difficiles, ils construisirent une vie familiale et communautaire. Bilam, appelé à maudire Israël, fut frappé par ce qu’il vit et déclara : « Qu’elles sont belles, tes tentes, Jacob, tes demeures, Israël ! »

La discussion entre Rabbi Akiva et Rabbi Éliézer fait donc apparaître deux aspects de la vie d’Israël. La cabane réelle rappelle chaque personne et chaque famille vivant dans le désert sous un toit provisoire, sans certitude pour le lendemain. Les nuées de gloire rappellent que, même dans cette précarité, le peuple tout entier bénéficiait d’une protection divine. Chacun habitait une cabane fragile, tandis que la collectivité était entourée d’une nuée. Ces deux images accompagnent aussi notre réflexion sur l’exil : d’un côté, l’insécurité et le provisoire ; de l’autre, l’espoir que la Providence ne nous abandonne pas.

Le Maharal relie Souccot à Roch Hachana et à Yom Kippour. La sortie d’Égypte eut lieu en Nissan ; pourtant, c’est en Tichri, après les jours de repentir, que nous quittons nos maisons pour la soucca. On peut voir dans ce geste l’acceptation volontaire d’une vie provisoire, le temps de réfléchir à nos actes. Après avoir demandé pardon, la soucca nous rappelle que nous devons aussi changer de conduite. De même que Caïn fut condamné à l’errance après avoir tué son frère Abel, cette sortie de la maison peut nous inviter à regarder ce qui, dans notre vie, demande réparation.

Et pourtant, Souccot est une fête joyeuse. Peut-être parce que nous savons que quitter la maison n’est pas une fin en soi : cette sortie nous oriente vers un retour, vers nous-mêmes, vers notre peuple et vers la Terre promise. Que chaque soucca nous rappelle que l’errance n’est pas notre destination ; qu’elle fortifie notre volonté de réparer ce qui conduit à l’exil et de diriger nos pas vers la terre de l’espérance.

Souccot

Cinq jours après Yom Kippour, on sort de chez soi. On construit dehors une cabane aux murs légers, au toit de branchages à travers lequel on doit pouvoir voir le ciel, et l’on y vit une semaine : on y mange, on y reçoit, parfois on y dort. La fête la plus joyeuse de l’année se passe dans la construction la plus fragile.

Une maison qui ne protège pas

C’est évidemment le point. Une soucca ne tient pas contre le vent, ne tient pas contre la pluie, ne tient pas contre grand-chose. En y entrant, on accepte pour quelques jours de renoncer à l’illusion que nos murs nous protègent vraiment. Non pour se faire peur, mais pour se rappeler d’où vient réellement la sécurité.

Ceux qui ont traversé le désert le savaient : ils n’avaient rien, et ils ont tenu. La soucca est le souvenir de cette période — et l’idée, dérangeante et libératrice, que la solidité d’une vie ne se mesure pas à l’épaisseur de ses murs.

Les quatre espèces

On prend en main quatre végétaux : la branche de palmier, le cédrat, les rameaux de myrte et de saule. Le midrash y lit quatre types d’hommes, selon qu’ils ont du goût, du parfum, les deux, ou ni l’un ni l’autre — et la règle est qu’on ne peut accomplir le geste qu’en les tenant tous ensemble.

Aucun n’est de trop. Aucun ne peut être écarté parce qu’il ne sent rien ou qu’il n’a rien à offrir. C’est une leçon de communauté remarquablement peu sentimentale : l’unité n’est pas une préférence, c’est une condition.

La joie comme obligation

Souccot est appelée « le temps de notre joie ». La joie y est prescrite, ce qui peut sembler absurde — on ne décrète pas un sentiment. Mais peut-être ne s’agit-il pas d’un sentiment. Peut-être s’agit-il d’une décision : celle de recevoir, d’inviter, de chanter, même quand tout n’est pas réglé. Après les jours redoutables, c’est une manière de dire que la gravité n’a pas le dernier mot.

À poursuivre

Roch Hachana et Yom Kippour, qui précèdent la fête ; Pessah et Chavouot, les deux autres fêtes de pèlerinage.

Pour préparer la fête : Pourquoi habite-t-on dans la soucca pendant sept jours ? et Les quatre espèces de Souccot : que représentent le loulav et l’etrog ?