On parle du « mauvais penchant » comme d’un tentateur intérieur, parfois comme d’un démon, souvent comme d’un simple synonyme du péché. Le judaïsme est à la fois plus précis et plus surprenant : le yetser hara est une force que D’ a créée, que les Sages ont jugée « très bonne » dans un certain sens, et qu’il ne s’agit pas d’éradiquer mais de gouverner. Cet article répond à partir de la Torah, de la Michna, du Talmud, de Maïmonide, du Choulhan Aroukh et de la tradition ’hassidique, en distinguant ce qui est halakha (la loi qui se pratique), aggada et mussar (la lecture morale), et kabbale ou ’hassidout (la lecture mystique).

La réponse en bref

Le mot hébreu yetser vient de la racine « former » ; il désigne d’abord ce que l’on projette et ce vers quoi on est formé. La tradition rabbinique parle de deux penchants en l’homme, le yetser tov (le bon penchant) et le yetser hara (le mauvais penchant, ou penchant au mal). Ce dernier n’est pas un être extérieur à l’homme, même si le Talmud lui donne parfois des traits de tentateur ; c’est l’ensemble des pulsions (désir, appétit, orgueil, colère) qui, livrées à elles-mêmes, mènent à la faute, mais sans lesquelles personne ne construirait de maison, ne se marierait, n’aurait d’enfants ni ne travaillerait (Bereshit Rabba 9, 7). Le judaïsme n’enseigne ni péché originel ni fatalité : l’homme a le libre arbitre, et la Torah est « l’épice » donnée pour agir sur ce penchant (Kiddushin 30b ; Rambam, Hilkhot Techouva 5, 1-4). Les conseils concrets, eux, varient : se battre, l’occuper à la Torah, le détourner, le canaliser ; et pour la ’hassidout, l’affronter dans son propre cœur.

1. Le mot et ses emplois dans la Bible

Le verbe yatsar signifie « façonner, former » : c’est celui du potier, et c’est le mot de la création de l’homme : « L’Éternel D’ façonna (vayyitser) l’homme, poussière prise de la terre » (Bereshit 2, 7) :

« L’Éternel D’ façonna l’homme, poussière de la terre, insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. »

(Bereshit 2, 7) — וַיִּיצֶר ה׳ אֱלֹהִים אֶת־הָאָדָם עָפָר מִן־הָאֲדָמָה וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים וַיְהִי הָאָדָם לְנֶפֶשׁ חַיָּה

À partir de cette racine, le yetser est « ce qui a été formé » dans l’être humain : sa constitution, puis ses desseins. Le Psaume dit : « Car Il sait de quoi nous sommes formés (yitsrénou), Il Se souvient que nous sommes poussière » (Tehilim 103, 14). Le prophète Yécha’yahou parle d’un « yetser samoukh », un esprit ferme, que D’ garde dans la paix (Yécha’yahou 26, 3) ; et David dit à son fils Chlomo que D’ « scrute tous les cœurs et comprend tout dessein (yetser) des pensées » (Divré Hayamim I 28, 9). Dans ces emplois, le mot n’a rien de mauvais en soi : il désigne le dessein, la pensée, le tempérament.

Le sens péjoratif apparaît dans le récit du Déluge, et il est précis : « L’Éternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toute la formation (yetser) des pensées de son cœur n’était que mal, tout le jour » (Bereshit 6, 5). Après le Déluge, D’ constate : « Car le penchant (yetser) du cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse (min ne’ourav) » (Bereshit 8, 21) :

« … car le penchant du cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse. »

(Bereshit 8, 21) — כִּי יֵצֶר לֵב הָאָדָם רַע מִנְּעֻרָיו

Remarquons : « dès sa jeunesse », non « dès sa naissance ». Le verset ne parle ni de faute héritée, ni de péché originel ; il décrit une pente de l’homme depuis son enfance. Et c’est D’ Lui-même qui le constate, sans en faire une raison de détruire de nouveau.

Un autre verset, plus ancien dans le récit, pose la tension centrale. À Caïn, jaloux de son frère, D’ dit :

« Si tu fais le bien, ne te relèveras-tu pas ? Et si tu ne fais pas le bien, le péché est tapi à la porte ; il aspire à toi, mais toi, tu peux le dominer. »

(Bereshit 4, 7) — הֲלוֹא אִם־תֵּיטִיב שְׂאֵת וְאִם לֹא תֵיטִיב לַפֶּתַח חַטָּאת רֹבֵץ וְאֵלֶיךָ תְּשׁוּקָתוֹ וְאַתָּה תִּמְשׇׁל־בּוֹ

Le Talmud, comme nous le verrons, lit dans ce verset le modèle de la relation de l’homme à son penchant. Un dernier verset sert de fondement à la doctrine des deux penchants : « Tu aimeras l’Éternel ton D’ de tout ton cœur (bekhol levavekha) » (Devarim 6, 5), que la Michna interprète comme « de tes deux penchants » (Michna Berakhot 9, 5, voir plus bas).

2. Deux penchants : la lecture des Sages

Le « vayyitser » aux deux yod

Le Talmud remarque que le mot « vayyitser » (« Il façonna ») est écrit en Bereshit 2, 7 avec deux lettres yod. Rav Na’hman bar Rav ’Hisda en déduit :

« Rav Na’hman bar Rav ’Hisda a expliqué : que veut dire “vayyitser” écrit avec deux yod ? Le Saint béni soit-Il a créé deux penchants : un bon penchant et un mauvais penchant. »

(Berakhot 61a) — דרש רב נחמן בר רב חסדא: מאי דכתיב ״וייצר ה׳ אלהים את האדם״ בשני יודין? — שני יצרים ברא הקדוש ברוך הוא, אחד יצר טוב ואחד יצר רע

La Guemara objecte aussitôt : l’animal, pour lequel le mot « vayyitser » n’est pas écrit ainsi, n’aurait donc pas de penchant ? Or on le voit mordre, ruer, détruire. La réponse est celle de Rabbi Chimon ben Pazi : « Malheur à moi à cause de mon Créateur (yotsri), malheur à moi à cause de mon penchant (yitsri) ! » (Berakhot 61a). Un midrach complémentaire explique pourquoi l’homme ne meurt pas d’épouvante à la vue du couteau, alors que l’animal, s’il avait deux penchants, mourrait de peur (Bereshit Rabba 14, 4). Le même texte du Talmud ajoute l’image de Rav : le mauvais penchant est semblable à une mouche, posée entre les deux ouvertures du cœur (Berakhot 61a).

« De tout ton cœur » : de tes deux penchants

La Michna tire une conséquence pratique de cette doctrine à propos du verset du Chema :

« “De tout ton cœur” : de tes deux penchants, du bon penchant et du mauvais penchant. »

(Michna Berakhot 9, 5) — בכל לבבך, בשני יצריך, ביצר טוב וביצר רע

Aimer D’ de tout son cœur, ce n’est donc pas aimer D’ avec la seule partie « bonne » de soi. C’est L’aimer aussi avec l’énergie, le désir, l’ambition, qui sont la matière du mauvais penchant, et les mettre à Son service. Cette idée est centrale dans la pensée du Rav Benizri, comme nous le verrons.

Trois états : le juste, le méchant, l’intermédiaire

Le Talmud rapporte l’enseignement de Rabbi Yossi HaGalili sur la manière dont les deux penchants se partagent le gouvernement de la personne :

« Rabbi Yossi HaGalili dit : les justes sont jugés par le bon penchant, les méchants par le mauvais penchant, les intermédiaires par l’un et par l’autre. »

(Berakhot 61b) — צדיקים יצר טוב שופטן, שנאמר: ״ולבי חלל בקרבי״. רשעים יצר רע שופטן, שנאמר: ״נאם פשע לרשע בקרב לבי אין פחד אלהים לנגד עיניו״. בינונים — זה וזה שופטן

Le mot « intermédiaire » (beinoni) reviendra avec le Tanya.

3. Un ennemi nécessaire : « très bon »

Une lecture surprenante de la création

Le récit de la création conclut chaque journée par « et D’ vit que c’était bon », et au sixième jour par « voici, c’était très bon » (Bereshit 1, 31). Un midrach célèbre en tire :

« “Voici, c’était très bon” : c’est le bon penchant. “Et voici, c’était très bon” : c’est le mauvais penchant. Mais le mauvais penchant est-il “très bon” ? Sans le mauvais penchant, nul n’aurait bâti de maison, ne se serait marié, n’aurait eu d’enfants, ni n’aurait fait de commerce. »

(Bereshit Rabba 9, 7) — הנה טוב מאד, זה יצר טוב. והנה טוב מאד, זה יצר רע. וכי יצר הרע טוב מאד, אתמהא. אלא שאלולי יצר הרע לא בנה אדם בית, ולא נשא אשה, ולא הוליד, ולא נשא ונתן

Le midrach cite Kohélet 4, 4 : tout travail et toute réussite viennent de la jalousie d’un homme envers son prochain. C’est une conception de la psychologie humaine : le désir de réussir, de posséder, de fonder, de se distinguer fait partie de la construction du monde. Le mauvais penchant est la force de la vie, qui devient mauvaise quand elle s’exerce sans règle.

Le Talmud et l’égorgement du penchant d’idolâtrie

Un récit du traité Yoma montre à la fois la possibilité et la limite d’une victoire totale. À l’époque du retour de Babylone (Ezra et Nehémie), le peuple s’écria vers D’ (Nehémie 9, 4), et le Talmud imagine ses mots : « Malheur ! C’est lui qui a détruit le Sanctuaire, brûlé le Temple, tué tous les justes et exilé Israël de sa terre, et il danse encore parmi nous ! Ne nous l’as-Tu donné que pour que nous recevions un salaire ? Nous ne voulons ni lui ni son salaire ! » Un billet tomba du ciel, où était écrit « Vérité ». Après trois jours et trois nuits de jeûne, le penchant de l’idolâtrie leur fut livré : il sortit du Saint des Saints « comme un lionceau de feu ». Ils en vinrent à bout (Yoma 69b ; Zekharia 5, 8). Puis ils demandèrent aussi à être délivrés du penchant de la faute dans le domaine des relations interdites. Le prophète les avertit : « Voyez, si vous le tuez, le monde est détruit. » Ils l’enfermèrent trois jours, et dans tout le pays d’Israël on ne trouva pas un œuf frais :

« Ils l’enfermèrent trois jours, et l’on chercha un œuf frais de la journée dans tout le pays d’Israël, et l’on n’en trouva pas. »

(Yoma 69b) — חבשוהו תלתא יומי, ובעו ביעתא בת יומא בכל ארץ ישראל ולא אשתכח

Alors ils lui crevèrent les yeux et le relâchèrent : l’effet est que l’on ne s’enflamme plus pour ses proches parents (Yoma 69b). Ce récit, rapporté par la tradition comme une aggada, dit une chose précise : le désir est à la fois la source de la faute et la source de la vie, et supprimer l’un supprime l’autre.

Même « Satan » et « ange de la mort »

Le Talmud identifie parfois le mauvais penchant au Satan, l’accusateur, et à l’ange de la mort :

« Rech Lakich dit : c’est le Satan, c’est le mauvais penchant, c’est l’ange de la mort. »

(Bava Batra 16a) — הוא שטן, הוא יצר הרע, הוא מלאך המות

Une baraïta cite sur le même thème : il descend et égare, remonte et provoque la colère, reçoit l’autorisation et prend l’âme (Bava Batra 16a). Cette image est celle de la tradition rabbinique, qui hésite entre l’interprétation d’un acteur extérieur et celle d’une force intérieure ; nous y revenons au chapitre 8.

4. Ses visages : comment il agit

La littérature talmudique observe son fonctionnement avec une grande finesse psychologique.

Il grandit avec la personne. Rav Assi dit : « Le mauvais penchant, au début, est semblable à un fil ténu ; à la fin, il est semblable aux cordes d’un chariot », selon le verset d’Isaïe : « Malheur à ceux qui tirent la faute avec des cordes de vanité, et le péché comme avec des cordes de chariot » (Soucca 52a, citant Yécha’yahou 5, 18) :

« Rav Assi dit : le mauvais penchant, au début, ressemble à un fil, et à la fin il ressemble aux cordes d’un chariot. »

(Soucca 52a) — יצר הרע בתחילה דומה לחוט של בוכיא, ולבסוף דומה כעבותות העגלה

Une parole voisine, rapportée à Soucca 52a, ajoute un paradoxe : « Quiconque est plus grand que son prochain, son penchant est plus grand que lui. » Le Rambam y lit que plus l’homme est élevé, plus son désir est grand (Soucca 52a ; Rambam, Chemoné Perakim, ch. 6).

Il se renouvelle chaque jour. Rav Yits’hak dit : « Le penchant de l’homme se renouvelle en lui chaque jour » ; et Rabbi Chimon ben Lévi : « Le penchant de l’homme se renforce en lui chaque jour et cherche à le faire mourir, et si le Saint béni soit-Il ne l’aidait pas, il ne pourrait pas le vaincre » (Kiddushin 30b ; parallèle en Soucca 52a-b) :

« Le penchant de l’homme se renforce contre lui chaque jour et cherche à le tuer… et si le Saint béni soit-Il ne l’aidait pas, il ne pourrait pas le vaincre. »

(Kiddushin 30b, avec le verset cité à l’appui) — יצרו של אדם מתגבר עליו בכל יום ומבקש המיתו, שנאמר: ״צופה רשע לצדיק ומבקש להמיתו״, ואלמלא הקדוש ברוך הוא עוזרו אין יכול לו

Il avance par degrés. Le Talmud, à propos de celui qui déchire ses vêtements ou brise ses ustensiles dans la colère, décrit « le métier du mauvais penchant » :

« Tel est le métier du mauvais penchant : aujourd’hui il lui dit : fais ceci, demain il lui dit : fais cela, jusqu’à ce qu’il lui dise : sers l’idolâtrie, et il va servir. »

(Chabbat 105b, au nom de Rabbi Yo’hanan ben Nouri) — שכך אומנותו של יצר הרע: היום אומר לו עשה כך, ולמחר אומר לו עשה כך, עד שאומר לו עבוד עבודה זרה והולך ועובד

Il porte sept noms. Rabbi Avira, ou Rabbi Yehochoua ben Lévi, enseigne que le mauvais penchant a sept noms, chacun fondé sur un verset :

« Le mauvais penchant a sept noms. Le Saint béni soit-Il l’a appelé “mauvais”… »

(Soucca 52a) — שבעה שמות יש לו ליצר הרע. הקדוש ברוך הוא קראו ״רע

D’ l’appelle « mauvais » (Bereshit 8, 21) ; Moché l’appelle « incirconcis » (orla), car il est dit : « Circoncisez le prépuce de votre cœur » (Devarim 10, 16) ; David l’appelle « impur », car il dit : « Crée-moi un cœur pur » (Tehilim 51, 12) ; Chlomo l’appelle « ennemi » (Michlé 25, 21) ; Yécha’yahou l’appelle « obstacle » (Yécha’yahou 57, 14) ; Yé’hezkel l’appelle « pierre », car il dit : « J’ôterai de votre chair le cœur de pierre » (Yé’hezkel 36, 26) ; Yoël l’appelle « le caché » (tsefoni, Yoël 2, 20), car il se cache dans le cœur de l’homme (Soucca 52a).

Il naît avant le bon. Le Midrach sur Kohélet (Kohélet Rabba 4, 13) et l’Avot de Rabbi Nathan expliquent que le mauvais penchant est présent dès la naissance, alors que le bon ne s’associe à l’homme qu’à partir de treize ans :

« Pendant treize ans, le mauvais penchant est plus grand que le bon : dès le ventre de sa mère, il grandit et vient avec lui. »

(Avot de Rabbi Nathan 16) — שלש עשרה שנה גדול יצר הרע מיצר טוב ממעי אמו של אדם היה גדל ובא עמו

Treize ans est aussi l’âge où l’on devient tenu par les commandements (Pirkei Avot 5, 21 ; voir la bar-mitsva).

5. Comment le combattre : ce que conseillent les Sages

La Torah comme « épice » et comme remède

Le passage le plus connu est celui de Kiddushin 30b. Il part de Bereshit 4, 7 et le met dans la bouche de D’ :

« Mes fils, J’ai créé le mauvais penchant et J’ai créé la Torah comme épice (tavlin). »

(Kiddushin 30b) — בני, בראתי יצר הרע ובראתי לו תורה תבלין

La parabole qui précède raconte l’histoire d’un père qui frappe son fils et lui pose un pansement sur la plaie : tant que le pansement reste, le fils peut manger et boire ce qu’il veut ; s’il l’enlève, la plaie s’infecte. De même, tant qu’on étudie la Torah, on n’est pas livré au penchant ; sinon « le péché est tapi à la porte » (Kiddushin 30b). Le Talmud de Babylone répète l’idée dans Bava Batra 16a : « Le Saint béni soit-Il a créé le mauvais penchant, Il a créé pour lui la Torah comme épice. » La même page du Talmud donne un conseil concret, au nom de l’école de Rabbi Yichmaël :

« Mon fils, si ce vaurien te rencontre, traîne-le à la maison d’étude. Si c’est une pierre, elle fondra ; si c’est du fer, il éclatera. »

(Kiddushin 30b) — בני אם פגע בך מנוול זה – משכהו לבית המדרש. אם אבן הוא – נימוח, ואם ברזל הוא – מתפוצץ

Quatre étapes pour l’affronter

Rabbi Lévi bar Hama, au nom de Rabbi Chimon ben Lakich, établit un programme :

« Que l’homme excite toujours son bon penchant contre son mauvais penchant ; s’il le vainc, tant mieux ; sinon qu’il étudie la Torah ; sinon qu’il récite le Chema ; sinon qu’il se rappelle le jour de la mort. »

(Berakhot 5a, avec les versets cités à l’appui) — לעולם ירגיז אדם יצר טוב על יצר הרע, שנאמר: ״רגזו ואל תחטאו״ אם נצחו — מוטב, ואם לאו — יעסוק בתורה, שנאמר: ״אמרו בלבבכם״. אם נצחו — מוטב, ואם לאו — יקרא קריאת שמע, שנאמר: ״על משכבכם״. אם נצחו — מוטב, ואם לאו — יזכור לו יום המיתה

Chaque étape s’appuie sur un mot du même verset (Tehilim 4, 5) : « Frémissez et ne péchez pas ; parlez en votre cœur, sur votre couche, et taisez-vous. » C’est un parcours en quatre moments : la volonté, l’étude, la déclaration de foi, la mémoire de la finitude.

Que veut dire « être fort » ?

La Michna de Ben Zoma pose la question : « Qui est fort ? Celui qui domine son penchant, car il est dit : “Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu’un héros, et celui qui maîtrise son esprit, mieux que celui qui prend une ville” » (Pirkei Avot 4, 1 ; Michlé 16, 32) :

« Qui est fort ? Celui qui maîtrise son penchant. »

(Pirkei Avot 4, 1) — איזהו גבור, הכובש את יצרו

Ben Azzaï, à la michna suivante, complète : « Cours vers une mitsva légère comme vers une mitsva grave, et fuis la faute, car une mitsva entraîne une mitsva et une faute entraîne une faute ; le salaire d’une mitsva est une mitsva, et le salaire d’une faute est une faute » (Pirkei Avot 4, 2). Et Yehouda ben Téma : « Sois fort comme le léopard, léger comme l’aigle, rapide comme le cerf et vaillant comme le lion pour accomplir la volonté de ton Père qui est aux cieux » (Pirkei Avot 5, 20). C’est ce verset qui ouvre le Choulhan Aroukh, à la première loi de la prière du matin : « Que l’on se fortifie comme un lion pour se lever le matin au service de son Créateur » (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 1, 1). La première loi du code de Rabbi Yossef Karo illustre ainsi la lutte contre l’inertie.

Même les plus grands le disent

Le Talmud conserve une prière de Rabbi Alexandri, dite à la fin de sa propre prière :

« Maître des mondes, il est clair et connu devant Toi que notre volonté est de faire Ta volonté, et qui nous en empêche ? Le levain dans la pâte et l’assujettissement aux royaumes. »

(Berakhot 17a) — רבון העולמים, גלוי וידוע לפניך שרצוננו לעשות רצונך, ומי מעכב? — שאור שבעיסה ושעבוד מלכיות

Le « levain dans la pâte » (se’or chebe’issa) est l’image du penchant : une force interne qui gonfle et déforme. La prière demande à D’ de nous en délivrer afin que nous puissions revenir à Sa volonté « d’un cœur entier ».

Salle d’étude ancienne aux bancs vides, aux hautes bibliothèques et à la lumière tombant d’une fenêtre, en noir et blanc

6. Le regard de Maïmonide : liberté et lutte

Le libre arbitre

Le Rambam consacre le chapitre 5 des Hilkhot Techouva à la liberté de l’homme, et en fait « un principe fondamental, pilier de la Torah et des mitsvot » :

« La liberté est donnée à chaque homme : s’il veut s’incliner vers la voie du bien et être juste, il en a la possibilité ; et s’il veut s’incliner vers la voie du mal et être méchant, il en a la possibilité. »

(Rambam, Hilkhot Techouva 5, 1) — רשות לכל אדם נתונה. אם רצה להטות עצמו לדרך טובה ולהיות צדיק הרשות בידו. ואם רצה להטות עצמו לדרך רעה ולהיות רשע הרשות בידו

Il rejette l’idée que D’ décrète à la naissance si l’homme sera juste ou méchant ; chaque homme peut être comme Moché ou comme Yaravam. Si la Torah ordonne, c’est parce que l’homme peut obéir ; sinon, « quelle place aurait toute la Torah ? Et selon quel jugement le méchant serait-il puni et le juste récompensé ? » (Rambam, Hilkhot Techouva 5, 2-4). Cette conception exclut tout déterminisme : le penchant incline, il ne contraint pas (Bereshit 4, 7 : « toi, tu peux le dominer »). Le Rambam précise aussi que la techouva concerne les mauvaises dispositions (colère, haine, jalousie, course à l’argent et aux honneurs) autant que les actes (Hilkhot Techouva 7, 3).

Désirer ou ne pas désirer : le débat du chapitre 6 des Huit chapitres

Dans l’introduction à Pirkei Avot, le Rambam compare le « héros » qui se domine à celui qui n’éprouve pas de tentation. Les philosophes, dit-il, tiennent le second pour supérieur ; les Sages semblent dire le contraire : « Quiconque est plus grand que son prochain, son penchant est plus grand que lui » (Soucca 52a), et « selon la peine, le salaire » (Pirkei Avot 5, 23). Rabban Chimon ben Gamliel va plus loin : « Que l’homme ne dise pas : je n’ai pas envie de manger de la viande avec du lait, ou de porter du chaatnez, mais : j’en ai envie, et que puis-je faire, mon Père dans les cieux l’a décrété » :

« Que l’homme ne dise pas : je n’ai pas envie de manger de la viande avec du lait… mais : j’en ai envie, et que puis-je faire, mon Père dans les cieux a décrété sur moi. »

(cité par Rambam, Chemoné Perakim, ch. 6) — לא יואמר אדם אי אפשי לאכול בשר בחלב; אי אפשי ללבוש שעטנז; אי אפשי לבוא על הערוה, אלא: אפשי, ומה אעשה אבי בשמיים גזר עלי

Le Rambam résout la contradiction : pour les interdits que la raison condamne (le meurtre, le vol, le mensonge, le mépris des parents), l’homme supérieur n’a même pas le désir ; pour les interdits « révélés » (chaatnez, viande et lait, unions interdites), il faut au contraire qu’il désire, et qu’il s’abstienne seulement parce que la Torah l’a décidé (Chemoné Perakim, ch. 6). Le penchant n’est donc pas, selon lui, un défaut à supprimer partout : il est parfois la preuve d’une obéissance véritable.

7. Dans l’avenir : l’égorgement du penchant

Les Sages imaginent une fin à la lutte. Rabbi Yehouda enseigne qu’à l’avenir D’ amènera le mauvais penchant et l’égorgera devant les justes et devant les méchants :

« À l’avenir, le Saint béni soit-Il amènera le mauvais penchant et l’égorgera devant les justes et devant les méchants. Aux justes il apparaîtra comme une haute montagne, aux méchants comme un cheveu. Ceux-ci pleurent et ceux-là pleurent. Les justes pleurent et disent : comment avons-nous pu vaincre une si haute montagne ! Les méchants pleurent et disent : comment n’avons-nous pas pu vaincre ce cheveu ! »

(Soucca 52a) — לעתיד לבא, מביאו הקדוש ברוך הוא ליצר הרע, ושוחטו בפני הצדיקים ובפני הרשעים. צדיקים נדמה להם כהר גבוה, ורשעים נדמה להם כחוט השערה. הללו בוכין והללו בוכין. צדיקים בוכין ואומרים: היאך יכולנו לכבוש הר גבוה כזה! ורשעים בוכין ואומרים: היאך לא יכולנו לכבוש את חוט השערה הזה

Et D’ Lui-même, ajoute le Talmud, s’en étonne avec eux (Soucca 52a, citant Zekharia 8, 6). Une même chose est vue de deux façons : la taille du penchant dépend de celui qui le regarde.

Notons une nuance : le Rav Benizri estime que le penchant ne disparaîtra pas dans le monde futur mais qu’il changera de niveau (voir plus bas). Le texte du Talmud parle, lui, d’égorgement.

8. Tentateur extérieur ou force intérieure ? Histoire et débats

Les chercheurs ont montré que l’image du penchant a changé. Le Livre de Ben Sira (écrit en hébreu au début du IIe siècle avant l’ère courante) dit de D’ : « Il a créé l’homme dès le commencement, et l’a laissé aux mains de son penchant » (Ben Sira 15, 14, d’après le texte hébreu conservé) :

« D’ a créé l’homme dès le commencement ; Il l’a mis aux mains de celui qui le pille, et Il l’a livré à la main de son penchant. »

(Ben Sira 15, 14) — אלהים מבראשית ברא אדם, וישיתהו ביד חותפו, ויתנהו ביד יצרו

Le contexte souligne le libre choix : « Si tu veux, tu garderas le commandement… Devant toi sont le feu et l’eau, étends la main vers ce que tu veux » (Ben Sira 15, 15-16). Dans la littérature rabbinique ultérieure, il prend, dit l’historien Ishay Rosen-Zvi, une charge différente : sa thèse est que dans l’école de Rabbi Yichmaël, le yetser hara représentait à l’origine des forces spirituelles ou démoniaques extérieures, qui s’internalisent peu à peu jusqu’à devenir un aspect de la psychologie humaine (Ishay Rosen-Zvi, Demonic Desires: Yetzer Hara and the Problem of Evil in Late Antiquity, University of Pennsylvania Press, 2011). Cette thèse éclaire la raison pour laquelle le Talmud mêle des images de combat extérieur (Satan, lionceau de feu) et de lutte intérieure (le levain dans la pâte). Sur la place du yetser dans la pensée des Sages, on peut aussi lire Ephraim E. Urbach, The Sages: Their Concepts and Beliefs, Magnes Press, Jérusalem, 1975.

Un point de comparaison est souvent invoqué : le judaïsme n’enseigne pas la doctrine du péché originel. Le Rambam le dit en termes de libre arbitre (Hilkhot Techouva 5, 1-4) ; Kohélet note simplement qu’« il n’est pas d’homme juste sur la terre qui fasse le bien sans jamais pécher » (Kohélet 7, 20) ; et nous avons vu que Bereshit 8, 21 parle de « jeunesse ».

9. Kabbale et ’hassidout : deux âmes, un combat

La ’hassidout ’Habad, dans le Tanya de Rabbi Chnéour Zalman de Liady, formule le combat en termes d’âmes. Le premier chapitre cite Rabbi ’Haïm Vital (Chaar Hakedoucha) :

« Chaque juif, juste ou méchant, possède deux âmes… une âme du côté de l’écorce (klipa) et de l’autre côté (sitra a’hra). »

(Tanya, Likoutei Amarim 1) — לכל איש ישראל, אחד צדיק ואחד רשע, יש שתי נשמות, דכתיב: ״ונשמות אני עשיתי״, שהן שתי נפשות –נפש אחת מצד הקליפה וסטרא אחרא

Le Tanya poursuit : cette âme, vêtue dans le sang de l’homme pour donner vie au corps, est appelée « âme animale » (nefech habehamit), et c’est d’elle que viennent les mauvaises dispositions : colère, orgueil, soif de plaisirs, dérision. Elle est distincte de l’âme divine, qui anime la pensée, la parole et l’action de la Torah. Le Tanya définit le beinoni (l’intermédiaire), figure centrale de sa pensée : non pas un homme médiocre, mais celui chez qui « le mal ne l’emporte jamais au point de se revêtir dans le corps pour le faire fauter » :

« L’intermédiaire est celui chez qui le mal ne l’emporte jamais au point de conquérir la “petite ville” (le corps), de s’y revêtir et de le faire fauter. »

(Tanya, Likoutei Amarim 12) — והבינוני, הוא שלעולם אין הרע גובר כל כך לכבוש את העיר קטנה להתלבש בגוף להחטיאו

Autrement dit, l’intermédiaire ne cesse pas d’avoir un penchant ; il en reste maître dans la pensée, la parole et l’action. Le Tanya reprend ici la phrase de Rabbi Yossi HaGalili : « Les intermédiaires, l’un et l’autre les jugent », mais précise que cela ne signifie pas « l’un et l’autre dominent » : le mauvais penchant est comme un juge qui donne son avis, sans que la décision soit forcément la sienne (Tanya, Likoutei Amarim 13) :

« Les intermédiaires : l’un et l’autre les jugent. »

(Tanya, Likoutei Amarim 13, citant Berakhot 61b) — בינונים זה וזה שופטן

Il s’agit là d’une lecture propre à la ’hassidout ’Habad. La littérature de mussar (éthique) développe le sujet autrement : le Ramhal, dans Messilat Yécharim, voit dans le monde un champ d’épreuves : « Toutes les affaires du monde, en bien comme en mal, sont des épreuves pour l’homme » (Messilat Yécharim 1) :

« … car toutes les affaires du monde, tant en bien qu’en mal, sont des épreuves pour l’homme. »

(Messilat Yécharim, ch. 1) — כי כל עניני העולם בין לטוב בין לרע הנה הם נסיונות לאדם

La pauvreté et la richesse, la paix et la souffrance sont des champs de bataille : le combat est partout, et « s’il est vaillant et gagne la guerre de tous côtés, il sera l’homme parfait » (Messilat Yécharim 1).

10. Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri

Le Rav Benizri revient sur le yetser hara dans plusieurs cours de Pirkey Avot, de la parasha et des fêtes. Voici les idées principales, d’après les cours publiés.

Un compagnon de route, pas un ennemi. Dans son cours sur Pirkey Avot 3, le Rav dit que le mauvais penchant « est en réalité un compagnon de route et qui ne devient mauvais que lorsqu’on l’a déconnecté du bon penchant », le service de D’ se faisant avec les deux (« bichnei yetsarékha »). Il le rapproche de l’encens du Temple, dont l’un des composants était odorant mais impur et dont l’intensité venait de cet élément : on ne l’exclut pas, on cherche à l’intégrer et à le contenir. Sur la nécessité de ce penchant, il dit encore que « ce que nous appelons le mauvais penchant est aussi créateur » : c’est lui qui fournit à la société les forces nécessaires pour aller de l’avant. La faute commence « lorsqu’on s’y arrête et qu’on outrepasse la ligne de ses propres besoins » (cours sur Ben Azzaï, Pirkey Avot 4 ; voir aussi son cours sur « La mitsva selon Ben Azzaï »). L’image de celui qui fuit est Yossef devant la femme de Potiphar.

Le mauvais penchant, c’est l’indécision. Dans son cours sur Chayé Sarah (la mort de Sarah, 2e partie), le Rav affirme que le mauvais penchant n’est pas l’appétit, mais l’indécision : « on le traduit couramment par une pulsion vulgaire, mais en réalité c’est ce qui vous maintient dans l’embarras de plusieurs possibilités, de plusieurs voies, sans que vous en ayez encore choisi aucune ». On reste dans une période d’essai, où l’on goûte un peu à chaque branche ; la vie en est morcelée, « à l’image de ces pages de calendrier que l’on arrache au fur et à mesure », alors qu’une vie devrait être harmonieuse, concentrée.

Le Satan, « raison pure ». À propos de l’épreuve d’Avraham (Vayéra), le Rav décrit le Satan comme la raison pure : il emprunte le langage d’Elohim, et c’est « le mauvais penchant, mais le mot a une connotation morale trompeuse, car il s’agit d’une tendance de l’esprit, liée à la nature des choses ». Son objection est « une objection de comptable » : Avraham t’a-t-il offert quelque chose en retour ?

Aimer D’ « de tes deux penchants ». Dans son cours sur le premier meurtre (Bereshit), le Rav rapproche la faute de Caïn et le verset du Chema : sortir de devant l’Éternel, c’est dépasser sa faute et non l’oublier ; c’est cela, « aimer l’Éternel de tout son cœur, c’est-à-dire de ses deux penchants : celui de la volonté qui commande la raison et celui de la volonté qui commande le désir ».

Amalek en nous. Dans ses cours de Pourim, le Rav lit Amalek, aujourd’hui, non comme une entité mais comme une présence intérieure : c’est le yetser hara qui casse nos élans et qu’on ne réduit jamais définitivement. Pourim apprend à dépasser l’étiquette du bien et du mal comme deux camps extérieurs, et à reconnaître que « notre mauvais penchant lui-même a une place dans l’économie du monde ».

Dans le monde à venir. Interrogé sur les temps futurs où, dit-on, il n’y aura plus de mauvais penchant, le Rav répond que le penchant ne disparaît pas dans le monde futur : « il sera d’un niveau plus élevé, car plus on gravit d’échelons, plus la chute serait grave », et c’est en le combattant « qu’on accomplit le lekh lekha » (cours Bereshit Raba 39, 1re partie).

Ces cours sont accessibles sur le site : Pirkey Avot 3 ; Pirkey Avot 4 : Ben Azzaï et la mitsva ; La mitsva selon Ben Azzaï ; Chayé Sarah : la mort de Sarah, 2e partie ; Vayéra : les promesses à Avraham, 2e partie ; Bereshit : le premier meurtre de l’histoire ; Pourim : la fête née dans l’exil ; Pourim : la guerre contre Amalek ; Bereshit Raba 39, 1re partie.

11. Idées reçues sur le yetser hara

« Le yetser hara, c’est le diable. » Le judaïsme ne connaît pas de principe du mal indépendant de D’. Le Talmud identifie parfois le penchant au Satan (Bava Batra 16a), mais le Satan lui-même est un serviteur de D’ (Iyov 1, 6-12 ; Bava Batra 16a). Le mauvais penchant est créé par D’ (Kiddushin 30b).

« Le yetser hara, c’est le sexe. » Les Sages y voient plus largement le désir : de posséder, de se distinguer, de jouir, de s’imposer (Bereshit Rabba 9, 7 ; Soucca 52a). Le récit de Yoma 69b traite certes le désir sexuel comme un « penchant » à part, mais il ne le réduit pas à lui seul.

« Il faut le détruire. » Le Talmud montre, dans l’histoire de Yoma 69b, que la destruction totale fait disparaître la vie elle-même. L’objectif est de le maîtriser (Pirkei Avot 4, 1) et de l’orienter (Michna Berakhot 9, 5).

« L’homme naît mauvais. » La Torah dit « dès sa jeunesse » et non « dès sa naissance » (Bereshit 8, 21) ; le Rambam enseigne que chaque homme peut devenir juste ou méchant (Hilkhot Techouva 5, 2).

« Celui qui a des désirs mauvais est un mauvais juif. » Le Talmud dit presque le contraire : le grand a un penchant plus grand (Soucca 52a), et pour les interdits qui relèvent de la Torah seule, il faut désirer et s’abstenir quand même (Rambam, Chemoné Perakim, ch. 6).

Questions fréquentes sur le yetser hara

Que signifie « yetser hara » ?

C’est le « penchant au mal », ou plus littéralement la « formation mauvaise » : l’ensemble des pulsions qui, sans règle, mènent à la faute. Le mot vient de la racine « façonner » (Bereshit 2, 7 ; 6, 5 ; 8, 21).

Le mauvais penchant a-t-il été créé par D’ ?

Oui. Le Talmud met dans Sa bouche : « J’ai créé le mauvais penchant, et J’ai créé la Torah comme épice » (Kiddushin 30b). La même page rappelle que D’ Lui-même l’appelle « mauvais » (Bereshit 8, 21 ; Soucca 52a).

Un juste peut-il avoir un mauvais penchant ?

Tous les hommes en ont un. Le Talmud dit que les justes sont jugés par le bon penchant, les méchants par le mauvais, les intermédiaires par les deux (Berakhot 61b) ; le Tanya précise que même l’intermédiaire n’en est pas dépourvu (Likoutei Amarim 12). Et le plus grand a un penchant plus grand (Soucca 52a).

Que faire concrètement quand il se manifeste ?

Le Talmud donne un programme : exciter le bon penchant contre lui, étudier la Torah, réciter le Chema, penser au jour de la mort (Berakhot 5a). Chaque étape est un moyen de détourner l’attention ou de l’encadrer ; dans la pratique, on demandera conseil à un rabbin ou à un maître de mussar.

Pourquoi D’ aurait-Il créé quelque chose qui nous fait fauter ?

Parce que, selon le midrach, sans lui nul ne construirait ni ne fonderait de famille (Bereshit Rabba 9, 7), et parce que la liberté suppose un choix. Le Rambam en fait un principe de la Torah : sans possibilité de faute, il n’y aurait ni commandement ni récompense (Hilkhot Techouva 5, 1-4).

Pour aller plus loin

Sources et références (32)

Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.