On en entend parler à l’occasion d’une invitation, d’un film ou d’une photo de famille : un garçon de treize ans monte à la Torah, entouré de ses proches, et la synagogue lui lance des bonbons. Mais que se passe-t-il vraiment ce jour-là ? Pourquoi treize ans pour un garçon et douze ans pour une fille ? Est-ce une cérémonie, un examen, un rite de passage ? Voici une réponse complète : le sens des mots, les sources de la Torah et du Talmud, l’histoire de la fête, la pratique d’aujourd’hui et ce que cette étape signifie au plus profond.
En bref : bar mitsva (pour un garçon) et bat mitsva (pour une fille) veulent dire « fils du commandement » et « fille du commandement ». Ce n’est pas d’abord une fête, mais un statut : l’âge à partir duquel un jeune juif devient pleinement responsable des mitsvot, les commandements de la Torah. Selon la tradition, un garçon devient bar mitsva à 13 ans révolus et une fille bat mitsva à 12 ans révolus, comptés selon le calendrier hébraïque (Michna Avot 5, 21 ; Michna Nidda 5, 6). Ce jour-là, il ou elle devient adulte au regard de la loi juive, même si rien n’est célébré : la fête vient ensuite saluer ce passage. Pour un garçon, elle comprend en général la première pose des téfilines et une montée à la Torah ; pour une fille, les usages varient selon les communautés.
Que veulent dire « bar mitsva » et « bat mitsva » ?
Le mot bar est araméen et signifie « fils » ; bat est hébreu et signifie « fille ». Le mot mitsva (au pluriel mitsvot) veut dire « commandement ». Mais en hébreu, « fils de » ne désigne pas seulement une filiation : c’est aussi une manière de dire qu’on appartient à une catégorie. Un ben hayil, « fils de force », est un homme vaillant ; un ben Torah, « fils de Torah », est un homme qui vit selon la Torah. Un bar mitsva est donc « celui qui relève des commandements », celui à qui ils s’adressent.
L’expression est ancienne. Le Talmud l’emploie déjà, non pas pour un garçon de treize ans, mais pour désigner toute personne soumise aux commandements (Bava Metsia 96a). Ce n’est qu’au Moyen Âge qu’elle a pris son sens actuel : l’âge où l’enfant entre dans l’obligation, puis la fête qui marque ce moment.
On écrit aussi « bar mitzvah » ou « bar-mitzva ». On dit d’un garçon qu’il « fait sa bar mitsva », mais il serait plus juste de dire qu’il devient bar mitsva : cette nuance est au cœur du sujet.
À quel âge ? Treize ans pour les garçons, douze pour les filles
La Michna
La source la plus connue se trouve dans les Maximes des Pères. Yehouda ben Tema y décrit les étapes d’une vie : « À cinq ans, l’étude de la Bible ; à dix ans, la Michna ; à treize ans, les mitsvot ; à quinze ans, le Talmud ; à dix-huit ans, le mariage… » (Pirké Avot 5, 21). Treize ans est donc l’âge où l’on passe de l’apprentissage à la responsabilité.
La Michna du traité Nidda le précise à propos des vœux, c’est-à-dire de la capacité à s’engager par sa parole (Nidda 5, 6). Une fille de onze ans et un jour, on examine ses vœux pour voir si elle comprend ce qu’elle promet ; à douze ans et un jour, ses vœux sont valables. Pour un garçon, le même schéma s’applique avec un an de plus : on examine à douze ans et un jour, et à treize ans et un jour ses vœux sont pleinement valables. Les décisionnaires ont fixé la règle sur cette base : la fille devient bat mitsva au début de sa treizième année, le garçon au début de sa quatorzième (Rambam, Michné Torah, Hilkhot Ichout, chapitre 2).
Pourquoi ces âges ?
La Torah écrite ne fixe pas explicitement l’âge de la majorité religieuse. Les grands décisionnaires du Moyen Âge, comme le Roch (Rabbénou Acher, XIIIe-XIVe siècle), expliquent que les âges et les mesures de ce genre font partie des chiourim, des mesures transmises oralement depuis le Sinaï avec la Torah (Responsa du Roch, klal 16). C’est la Torah orale qui les a conservées.
Les commentateurs ont cependant cherché un appui dans le texte. Rachi (Nazir 29b, et sur Pirké Avot 5, 21) le trouve dans l’épisode de Chekhem : la Torah dit que Chimon et Lévi, les fils de Yaakov, prirent « chacun son épée » (Bereshit 34, 25). Le mot hébreu employé est ich, « homme ». Or, selon la chronologie traditionnelle, Lévi avait alors treize ans : c’est donc à cet âge que la Torah appelle quelqu’un un « homme ».
Pourquoi un an plus tôt pour les filles ? Le Talmud l’explique ainsi : « D’ a donné à la femme une compréhension (bina) supplémentaire par rapport à l’homme » (Nidda 45b). Il le tire du verset qui raconte la création de la femme, « vayiven », « Il construisit » (Bereshit 2, 22), un mot qui a la même racine que bina. La maturité vient plus tôt chez les filles, et la loi juive en tient compte.
Treize ans, et pas seulement treize ans
En théorie, la majorité religieuse dépend de deux conditions : l’âge, et l’apparition des premiers signes physiques de la puberté (Nidda 52a). En pratique, on considère qu’à cet âge ces signes sont présents, et l’on traite le jeune comme adulte. Pour certaines questions très précises de droit, les décisionnaires sont plus exigeants ; pour la vie religieuse quotidienne, l’âge suffit.
Le compte se fait selon le calendrier hébraïque, pas selon le calendrier civil. Un garçon né le 5 Hechvan devient bar mitsva le 5 Hechvan de ses treize ans, et cela dès la tombée de la nuit précédente, puisque le jour juif commence le soir. Comme le calendrier hébraïque est lunaire et solaire à la fois, la date civile change d’une année à l’autre. Pour un enfant né en Adar, ou au moment du coucher du soleil, il faut faire un calcul précis : on consultera un rabbin.
Un statut, pas une cérémonie
C’est l’idée reçue la plus répandue : on croit qu’on devient juif, ou adulte, grâce à la cérémonie. En réalité, un garçon devient bar mitsva le jour de ses treize ans automatiquement, qu’il y ait une fête ou non, qu’il monte à la Torah ou non, qu’il sache lire l’hébreu ou non. Un juif qui n’a jamais eu de cérémonie de bar mitsva est bar mitsva depuis ses treize ans : il est tenu aux commandements comme tout autre.
Inversement, la cérémonie ne confère rien : ce n’est ni un sacrement, ni un examen, ni une « confirmation » qui ferait entrer l’enfant dans le judaïsme. On naît juif d’une mère juive, ou l’on devient juif par une conversion. Ce qui change à la bar mitsva, ce n’est pas l’identité : c’est la responsabilité.
Concrètement, à partir de ce jour :
- le jeune est tenu de toutes les mitsvot de la Torah, et il est responsable de ses actes devant D’ ;
- le garçon met chaque matin de semaine les téfilines, et il compte dans le minyan, le quorum de dix hommes nécessaire à la prière publique (Choulhan Aroukh, Orah Haïm 55) ;
- il peut être appelé à la Torah et réciter les bénédictions de la lecture, et il peut accomplir une mitsva au nom des autres, par exemple dire le kiddouch ;
- il jeûne à Kippour et aux autres jeûnes, et la fille fait de même à partir de douze ans (Choulhan Aroukh, Orah Haïm 616, 2) ;
- ses vœux et ses engagements ont une valeur juridique, et il peut servir de témoin dans certains cas.
Avant la bar mitsva : le temps de l’éducation
Si l’enfant n’est pas tenu aux mitsvot avant treize ans, cela ne veut pas dire qu’il ne les pratique pas. Les Sages demandent aux parents de l’y préparer : c’est la mitsva de hinoukh, « l’éducation » ou « l’initiation ». La Michna enseigne qu’un petit enfant qui n’a plus besoin de sa mère doit déjà être habitué à la soucca (Soucca 2, 8), et le Talmud ajoute qu’un enfant qui sait agiter le loulav doit le faire (Soucca 42a). On l’habitue de même à prier, à dire les bénédictions, à jeûner quelques heures à Kippour avant d’en être obligé (Choulhan Aroukh, Orah Haïm 616, 2).
Le roi Chelomo résume ce principe dans un verset souvent cité : « Éduque le jeune homme selon sa voie ; même quand il vieillira, il ne s’en écartera pas » (Michlé 22, 6). L’éducation juive ne consiste pas à imposer un moule, mais à accompagner chaque enfant selon ce qu’il est, pour qu’au jour de sa majorité il soit prêt à porter lui-même ce qu’on lui a transmis.
C’est pourquoi le Midrach rapporte une parole étonnante de Rabbi Elazar. Jusqu’à treize ans, dit-il, le père doit s’occuper de son fils ; à partir de là, il doit dire : « Béni soit Celui qui m’a libéré de la punition de celui-ci » (Bereshit Rabba 63, 10). Jusqu’à la bar mitsva, les fautes de l’enfant retombent en quelque sorte sur ses parents, qui sont responsables de son éducation. Après, chacun répond de lui-même. Cette bénédiction, Baroukh chepetarani, est récitée par le père lorsque son fils monte à la Torah pour la première fois (Rema, Choulhan Aroukh, Orah Haïm 225, 2), selon l’usage ashkénaze sans mentionner le Nom divin ; beaucoup de Séfarades la disent également, sans le Nom.
Pourquoi treize ans ? Les raisons profondes
Le niveau simple : la maturité de la raison
À treize ans, l’enfant commence à mesurer par lui-même la portée de ses actes et la valeur de sa parole, d’où le lien que fait la Michna avec les vœux (Nidda 5, 6). La loi juive attend le moment où la raison peut répondre de ce que fait le corps.
Le niveau moral : le choix devient personnel
Le Midrach rapporte, à propos de Yaakov et Essav, que les deux frères grandirent ensemble sans qu’on distingue leurs chemins ; mais à treize ans, l’un se tourna vers les maisons d’étude et l’autre vers l’idolâtrie (Bereshit Rabba 63, 10 ; Rachi sur Bereshit 25, 27). Treize ans est l’âge où les chemins se séparent, parce que chacun commence à choisir. Avant, l’enfant suit ; à partir de là, il décide.
Un autre récit de la Torah illustre ce passage de l’enfant qui subit à l’adulte qui consent. Avraham circoncit son fils Ichmaël lorsque celui-ci a treize ans (Bereshit 17, 25), tandis qu’Its’hak sera circoncis à huit jours. Le Midrach rapporte que Ichmaël s’en vantait : lui avait consenti, alors que son frère n’avait rien choisi (Bereshit Rabba 55, 4). Nous verrons plus bas comment le Rav Benizri lit ce dialogue.
Le niveau intérieur : l’entrée du bon penchant
La tradition juive décrit l’homme comme habité par deux forces : le yetser hara, le penchant au mal, ou plus exactement le penchant des désirs et des instincts, et le yetser hatov, le bon penchant. Selon les Avot de Rabbi Natan (chapitre 16), le yetser hara est présent dès la naissance, tandis que le yetser hatov ne s’éveille pleinement qu’à treize ans. Le Midrach sur le livre de Kohelet l’exprime par une image : « le roi vieux et sot » dont parle le verset (Kohelet 4, 13), c’est le mauvais penchant, plus âgé de treize ans que le bon (Kohelet Rabba 4, 13).
La bar mitsva marque donc le moment où l’homme dispose enfin des deux forces, et où commence vraiment le libre arbitre. Il ne s’agit pas de supprimer les désirs, mais de les gouverner. Avec la venue du bon penchant, l’enfant devient capable de choisir entre ce qu’il veut et ce qu’il doit.
« Plus grand est celui qui est commandé »
On pourrait penser qu’il vaut mieux faire le bien librement, sans y être obligé. Le Talmud dit le contraire : « Plus grand est celui qui est commandé et qui accomplit, que celui qui n’est pas commandé et qui accomplit » (Kiddouchin 31a). Tossafot, l’école des commentateurs français du Talmud, l’explique ainsi : celui qui est commandé est plus inquiet et plus attentif, car il craint de manquer à son obligation, alors que celui qui n’est pas commandé peut toujours s’arrêter quand il veut. D’autres ajoutent que le penchant se rebelle contre ce qui est imposé : accomplir un commandement, c’est remporter une victoire sur soi. La bar mitsva n’enlève donc rien à la liberté de l’enfant : elle donne à ses actes un poids nouveau. C’est ce qui en fait une joie, et non un fardeau.

Comment se déroule une bar mitsva aujourd’hui ?
Les usages varient beaucoup d’une communauté à l’autre, ashkénaze, séfarade, hassidique ou marocaine. Voici les éléments les plus répandus.
Les téfilines
Pour un garçon, le geste le plus important est la pose des téfilines, les deux boîtiers de cuir noir qui contiennent des versets de la Torah et qu’on porte au bras et à la tête pendant la prière du matin. Selon le Choulhan Aroukh, un enfant qui sait les garder dans la pureté peut déjà les mettre (Orah Haïm 37, 3) ; le Rema rapporte toutefois l’usage d’attendre treize ans (ibid.), et beaucoup commencent aujourd’hui peu avant la bar mitsva, quelques semaines ou quelques mois selon les communautés, pour s’y habituer. Dans beaucoup de familles séfarades, en particulier marocaines, la première pose des téfilines donne lieu à une vraie fête, souvent un lundi ou un jeudi, jours où l’on lit la Torah en semaine, avec chants et piyoutim, les poèmes liturgiques.
La montée à la Torah
Le premier Chabbat, ou le premier jour de lecture de la Torah après sa date, le jeune est appelé à la Torah : c’est l’alya, la « montée ». Il récite les bénédictions avant et après la lecture. Selon ses capacités et les usages, il lit lui-même une partie de la parasha, la section hebdomadaire, avec sa cantillation, ou la haftara, le passage des Prophètes. C’est souvent le fruit de longs mois de préparation. C’est à ce moment que le père dit « Baroukh chepetarani ». Dans de nombreuses synagogues, l’assemblée lance alors des bonbons sur le jeune homme, pour lui souhaiter une vie douce.
Le discours de Torah
Le jeune prononce souvent un discours sur la parasha de la semaine ou sur une mitsva, en yiddish on dit la drasha, chez les Séfarades la dercha. L’usage est ancien : au XVIe siècle, le Maharchal, Rabbi Chelomo Louria, mentionne le garçon qui « fait un discours » lors du repas de sa bar mitsva (Yam Chel Chelomo, Bava Kama 7, 37). L’essentiel n’est pas la performance oratoire, mais de montrer que l’on commence à étudier par soi-même.
Le repas de fête
Le même Maharchal écrit que le repas donné pour la bar mitsva est une seoudat mitsva, un repas qui fait partie de la mitsva elle-même, et il ajoute qu’il n’y a pas de plus grande seoudat mitsva que celle-là (Yam Chel Chelomo, Bava Kama 7, 37). Le Maguen Avraham, au XVIIe siècle, enseigne que c’est une mitsva pour le père de faire un repas le jour où son fils devient bar mitsva, comme le jour de son mariage (Maguen Avraham sur Orah Haïm 225, 4). Les Sages ont toujours rappelé que la joie de ce repas doit rester une joie de mitsva, et non une démonstration de richesse.
Et la bat mitsva ?
Une fille devient bat mitsva à douze ans révolus, exactement comme un garçon devient bar mitsva à treize : sans cérémonie nécessaire, par le simple fait de l’âge. À partir de là, elle est tenue aux mitsvot qui s’appliquent aux femmes : la prière, le Chabbat et ses lois, les règles de la cacherout, le jeûne de Kippour, l’allumage des bougies dans les familles où les jeunes filles allument, et toutes les lois morales de la Torah.
Pendant longtemps, la bat mitsva n’a pas fait l’objet d’une célébration particulière. Les choses ont changé à l’époque moderne, et les grands rabbins s’y sont penchés. À Bagdad, au XIXe siècle, le Ben Ich Haï, Rabbi Yossef Haïm, recommandait déjà que la jeune fille dont c’est le jour de bat mitsva soit dans la joie, mette un vêtement neuf et récite la bénédiction de Chehehiyanou (Ben Ich Haï, première année, parasha Re’é, 17). Le Rav Ovadia Yossef a écrit qu’un repas donné à cette occasion, accompagné de paroles de Torah, est une seoudat mitsva (Yehavé Da’at II, 29). D’autres décisionnaires, comme le Rav Moché Feinstein, ont mis en garde contre une cérémonie à la synagogue copiée sur celle des garçons (Igrot Moché, Orah Haïm I, 104), tout en acceptant une fête familiale.
Aujourd’hui, selon les communautés, la bat mitsva se célèbre par un repas en famille, un discours de Torah prononcé par la jeune fille, un projet de hessed (de bonté envers les autres), l’étude d’un thème lié aux femmes de la Bible, ou une soirée avec ses amies. Dans les communautés libérales, les filles montent à la Torah comme les garçons ; dans les communautés orthodoxes, ce n’est pas l’usage. Chacun suivra la tradition de sa communauté.
Un peu d’histoire
Les sources talmudiques fixent l’âge de la majorité, mais elles ne décrivent aucune cérémonie. Le premier témoignage d’une forme de célébration se trouve dans le petit traité Soferim, rédigé à l’époque des Gueonim : à Jérusalem, on habituait les enfants à jeûner à Kippour, puis on les amenait devant les anciens pour qu’ils les bénissent et prient pour qu’ils méritent la Torah et les bonnes actions (Massekhet Soferim 18, 7).
La bar mitsva telle que nous la connaissons s’est formée au Moyen Âge, d’abord dans les communautés d’Allemagne et d’Europe centrale. On y voit apparaître la bénédiction « Baroukh chepetarani », citée par plusieurs maîtres de l’époque, puis la montée à la Torah du garçon dès le premier Chabbat de sa majorité. Au XVIe siècle, le Maharchal en Pologne décrit le repas de fête et le discours, et au XVIIe siècle le Maguen Avraham en fait une obligation pour le père. L’historien Michael Hilton a retracé cette évolution en détail dans son livre Bar Mitzvah, a History (2014).
La première bat mitsva publique à la synagogue connue est celle de Judith Kaplan, à New York, le 18 mars 1922, organisée par son père, le rabbin Mordecai Kaplan. Depuis, les célébrations de bat mitsva se sont répandues dans tous les courants, sous des formes qui reflètent les sensibilités de chacun.
Il existe enfin un usage touchant : certains hommes fêtent une « seconde bar mitsva » à 83 ans. Le psaume dit que « les jours de nos années sont de soixante-dix ans » (Tehilim 90, 10) ; arrivé là, on considère qu’une nouvelle vie commence, et treize ans plus tard, on célèbre à nouveau son entrée dans les mitsvot.
Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri
Le Rav Benizri n’a pas consacré de cours entier à la bar mitsva, mais il en parle à plusieurs reprises dans ses cours, toujours pour éclairer ce que signifie devenir responsable.
Jusqu’à la bar mitsva, la morale avant la loi
Dans son cours Pirké Avot, 2e partie : tout Israël a part au monde futur, le Rav explique pourquoi le traité des Pères est le traité de l’éducation. Socrate, rappelle-t-il, disait qu’il « accouchait les idées », comme sa mère accouchait les enfants : c’est la maïeutique, une manière d’enseigner qui amène l’élève à découvrir lui-même la vérité. C’est exactement, dit le Rav, ce que nous faisons avec un garçon jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de maturité où il peut comprendre les choses par lui-même, les intégrer et aller au-delà des bases qu’on lui a données. Chez nous, ce seuil est celui de la bar mitsva, et jusque-là, c’est la morale plus que la loi que l’on transmet à l’enfant.
La leçon est importante pour les parents. La bar mitsva n’est pas le jour où l’on remplit un enfant de règles qu’il ne connaissait pas. Elle est l’aboutissement d’années où l’on a d’abord formé sa sensibilité morale, pour qu’au jour où la loi s’impose à lui, il puisse la recevoir comme la sienne.
Éduquer chacun selon sa voie
Dans Souccot : de Kippour à la soucca de paix, le Rav remarque que les fêtes juives portent presque toutes un nom au pluriel, sauf Pessah et Hanouka. Hanouka (un mot qui a la même racine que hinoukh, l’éducation) est au singulier, explique-t-il, parce que l’éducation ne se donne jamais à un collectif : « éduquer l’enfant selon sa voie, dit le roi Chelomo dans les Proverbes, c’est adapter l’enseignement à la sensibilité et à la capacité de chacun » (Michlé 22, 6). La préparation à la bar mitsva ou à la bat mitsva ne peut donc pas être la même pour tous : chaque enfant doit être conduit vers ses mitsvot par le chemin qui lui correspond.
Deux penchants à gouverner
Dans Vayichla’h : éviter la confrontation avec Essav, le Rav revient sur les deux frères qui se battaient déjà dans le ventre de leur mère. Il y voit l’image des deux penchants que chacun porte en lui : nous sommes séduits à la fois par la maison d’étude et par le monde de la technique, nous voudrions marier la yechiva et l’université. On ne peut pas se séparer de l’un des deux ; la question est de savoir comment les gérer. Et le Rav fait une remarque profonde : ce qui nous pousse à aller de l’avant n’est pas en général le bon penchant, mais celui des pulsions, des passions et des envies. Il faut qu’il soit mis au service de l’autre, « qui ne commence à se manifester qu’à treize ans pour les garçons et douze pour les filles ».
La bar mitsva n’est donc pas le jour où l’on fait taire l’énergie de la jeunesse. C’est le jour où cette énergie reçoit un maître, et une direction.
Consentir à son alliance
Dans Vayéra : les promesses à Avraham (2e partie), le Rav commente le dialogue rapporté par le Midrach entre Ichmaël et Its’hak. Ichmaël soutient qu’il a accepté la circoncision à treize ans, tandis qu’Its’hak l’a reçue à huit jours, sans même la sentir ni y consentir : le mérite lui reviendrait donc, et son frère n’aurait accompli qu’un rite. Its’hak répond que si on lui demandait sa vie entière, il la donnerait. C’est aussitôt après, note le Rav, que vient l’épreuve de la ligature.
Ce dialogue éclaire la bar mitsva. Un enfant juif est entré dans l’alliance sans l’avoir choisi, à huit jours. À treize ans, il ne s’agit pas de recommencer, mais de faire sienne cette alliance reçue, de passer du rite subi à l’engagement voulu.
Idées reçues sur la bar mitsva
- « La bar mitsva fait de l’enfant un juif. » Non. Un enfant né de mère juive est juif dès sa naissance. La bar mitsva change ses obligations, pas son identité.
- « C’est l’équivalent juif de la communion solennelle. » La comparaison est trompeuse. La bar mitsva n’est ni un sacrement ni une profession de foi : c’est l’entrée dans la responsabilité des commandements.
- « Après la bar mitsva, c’est fini, on a fait son judaïsme. » C’est exactement l’inverse : la bar mitsva est un commencement. Les Maximes des Pères placent après treize ans l’étude du Talmud à quinze ans et toute la vie d’adulte (Pirké Avot 5, 21).
Questions fréquentes sur la bar mitsva et la bat mitsva
À quel âge exactement fait-on sa bar mitsva ?
Un garçon devient bar mitsva au jour de ses treize ans selon le calendrier hébraïque, dès la tombée de la nuit qui commence ce jour. Une fille devient bat mitsva au jour de ses douze ans. La date civile change chaque année ; un rabbin ou un calendrier hébraïque permet de la retrouver. La fête peut avoir lieu le jour même ou dans les jours qui suivent.
Faut-il savoir lire l’hébreu pour faire sa bar mitsva ?
Pour devenir bar mitsva, non : cela arrive automatiquement. Pour la cérémonie, on demande en général au jeune de savoir réciter les bénédictions de la Torah, et souvent de lire une partie du texte. Si ce n’est pas possible, l’officiant lit à sa place et le jeune dit seulement les bénédictions.
Peut-on faire sa bar mitsva à l’âge adulte ?
Un homme juif est bar mitsva depuis ses treize ans, même sans fête. Mais beaucoup d’adultes qui n’ont pas eu de cérémonie choisissent de mettre les téfilines et de monter à la Torah pour la première fois, parfois à quarante ou soixante ans. C’est une très belle démarche, qu’on peut organiser avec le rabbin de sa communauté.
Pourquoi lance-t-on des bonbons ?
C’est une coutume répandue dans beaucoup de synagogues : au moment où le jeune termine sa lecture ou ses bénédictions, l’assemblée lui lance des bonbons. Elle exprime le souhait que sa vie dans la Torah soit douce, et elle fait la joie des enfants présents. Ce n’est pas une obligation religieuse.
Que dit-on à un bar mitsva ?
On lui dit simplement « Mazal tov ! », « félicitations ». On souhaite aussi aux parents d’avoir de la satisfaction de leur enfant. Il est d’usage d’offrir un cadeau, souvent un livre de Torah, une paire de téfilines ou un objet utile à la pratique.
Un non-juif peut-il assister à une bar mitsva ?
Oui. Les amis non juifs de la famille sont souvent invités à la synagogue et à la fête. À la synagogue, les hommes se couvrent la tête d’une kippa, et l’on s’habille avec respect. Il suffit de suivre ce que font les autres.
Pour aller plus loin
- Pirké Avot, 2e partie : tout Israël a part au monde futur
- Souccot : de Kippour à la soucca de paix
- Vayichla’h : éviter la confrontation avec Essav
- Vayéra : les promesses à Avraham (2e partie)
- Hanoucca : la rééducation juive
- Que sont les téfilines ?
- Que sont les 613 commandements (mitsvot) ?
- Pourquoi la circoncision (brit mila) dans le judaïsme ?
- Qu’est-ce qu’une synagogue ?
- Glossaire des mots hébreux du judaïsme
Sources et références
- Bereshit 2, 22 ; Bereshit 17, 25 ; Bereshit 25, 27 (avec Rachi) ; Bereshit 34, 25
- Michlé 22, 6
- Kohelet 4, 13 ; Tehilim 90, 10
- Michna, Pirké Avot 5, 21
- Michna, Nidda 5, 6
- Michna, Soucca 2, 8
- Talmud de Babylone, Nidda 45b et 52a
- Talmud de Babylone, Kiddouchin 31a (et Tossafot)
- Talmud de Babylone, Soucca 42a
- Talmud de Babylone, Bava Metsia 96a
- Rachi sur Nazir 29b et sur Pirké Avot 5, 21
- Bereshit Rabba 55, 4 ; 63, 10
- Kohelet Rabba 4, 13
- Avot de Rabbi Natan, chapitre 16
- Massekhet Soferim 18, 7
- Responsa du Roch (Rabbénou Acher), klal 16
- Rambam, Michné Torah, Hilkhot Ichout, chapitre 2
- Choulhan Aroukh, Orah Haïm 37, 3 (et Rema) ; 55 ; 616, 2
- Rema, Choulhan Aroukh, Orah Haïm 225, 2
- Maguen Avraham sur Orah Haïm 225, 4
- Rabbi Chelomo Louria (Maharchal), Yam Chel Chelomo, Bava Kama 7, 37
- Ben Ich Haï, première année, parasha Re’é, 17
- Rav Ovadia Yossef, Yehavé Da’at II, 29
- Rav Moché Feinstein, Igrot Moché, Orah Haïm I, 104
- Michael Hilton, Bar Mitzvah, a History, Philadelphie, Jewish Publication Society, 2014
- Rav Raphaël Benizri, Pirké Avot, 2e partie
- Rav Raphaël Benizri, Souccot : de Kippour à la soucca de paix
- Rav Raphaël Benizri, Éviter la confrontation avec Essav
- Rav Raphaël Benizri, Les promesses à Avraham (2e partie)
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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