« Ce que je te dis là, ce n’est pas du lachon hara, c’est la vérité. » La phrase est si courante qu’elle en devient comique, et pourtant elle contient l’erreur que la tradition juive combat depuis trois mille ans : croire qu’une parole est innocente parce qu’elle est exacte. Le lachon hara (« langue mauvaise », littéralement) désigne précisément ce que l’on dit de vrai sur autrui quand cela peut lui nuire. Cet article expose ce qu’en disent la Torah, le Talmud, Maïmonide et le Hafets ‘Haïm, distingue la loi pratique des lectures morales et mystiques, et explique dans quels cas il est permis, parfois obligatoire, de parler.
Le lachon hara est tout propos véridique qui rabaisse une personne, ou qui peut lui causer un tort, un chagrin ou une crainte ; le mensonge dénigrant, lui, s’appelle motsi chem ra (« diffamation »), et le colportage de ce que l’un a dit sur l’autre s’appelle rekhilout. L’interdit se fonde sur « tu ne seras pas colporteur parmi les tiens » (Vayikra 19, 16). Il vise celui qui parle, mais aussi celui qui écoute et accepte. Il s’applique en présence de la personne comme en son absence, et il existe un « avant-goût » de ces fautes (avak lachon hara), plus subtil, que Maïmonide décrit en détail (Michné Torah, Hilkhot Dé’ot 7, 1-6). Mais la loi ne demande pas le silence à tout prix : elle prévoit des cas où l’on doit parler pour protéger quelqu’un, à sept conditions que le Hafets ‘Haïm a précisées.
Les mots : lachon hara, motsi chem ra, rekhilout, avak
Les textes distinguent plusieurs catégories, et il faut les connaître pour comprendre la discussion.
- Le lachon hara : dire du mal de quelqu’un, même si c’est vrai. Maïmonide : « C’est celui qui parle de la honte de son prochain, même s’il dit vrai » (Hilkhot Dé’ot 7, 2).
- Le motsi chem ra : dire du mal faux, inventé. C’est une faute plus grave encore, qui a sa catégorie propre dans la Torah, à propos de l’homme qui accuse faussement son épouse (Devarim 22, 13-19 ; Michna Arakhin 3, 1).
- La rekhilout : aller d’un homme à l’autre en rapportant « untel a dit ceci de toi ». Même véridique, « elle détruit le monde » (Hilkhot Dé’ot 7, 2).
- L’avak lachon hara, « la poussière du lachon hara » : les allusions, les demi-mots, les louanges qui provoquent la critique. Exemple de Maïmonide : louer quelqu’un devant ses ennemis, car cela leur fera dire du mal de lui (Hilkhot Dé’ot 7, 4).
- L’ona’at devarim, le tort fait par la parole, tel qu’une remarque qui rappelle à un repenti ses fautes passées ou à un fils de convertis l’origine de ses parents (Michna Bava Metsia 4, 10 ; Vayikra 25, 17).
« Qui est le colporteur (rakhil) ? Celui qui rapporte des propos et va de l’un à l’autre en disant : “Untel a dit ceci”, “J’ai entendu cela sur untel”. Même si c’est vrai, il détruit le monde. Il y a une faute bien plus grave, comprise dans cet interdit : le lachon hara, c’est-à-dire parler de la honte de son prochain, même en disant vrai. Mais celui qui dit un mensonge, on l’appelle “diffamateur” (motsi chem ra). »
(Rambam, Michné Torah, Hilkhot Dé’ot 7, 2) — אי זהו רכיל. זה שטוען דברים והולך מזה לזה ואומר כך אמר פלוני כך וכך שמעתי על פלוני. אף על פי שהוא אמת הרי זה מחריב את העולם. יש עון גדול מזה עד מאד והוא בכלל לאו זה והוא לשון הרע. והוא המספר בגנות חברו אף על פי שאומר אמת. אבל האומר שקר נקרא מוציא שם רע על חברו.
Ce que dit la Torah écrite
L’interdit du colportage
Le texte fondateur se trouve au cœur du chapitre de la sainteté : « Tu ne seras pas colporteur (rakhil) parmi les tiens ; tu ne resteras pas debout devant le sang de ton prochain. Je suis l’Éternel » (Vayikra 19, 16). Le sens exact du verbe « colporter » (halakh rakhil) est discuté, et les Sages en tirent l’interdit du lachon hara. Deux précisions : la phrase suivante interdit de « haïr ton frère dans ton cœur » et ordonne de reprendre ton prochain (19, 17), ce qui indique le chemin à suivre quand on a un grief : lui parler, non parler de lui. Et la fin du verset 16, « tu ne resteras pas debout devant le sang de ton prochain », est lue de deux manières : ne reste pas indifférent à sa mort, et ne le tue pas par tes paroles. Maïmonide fait le lien : l’interdit du colportage est suivi de « tu ne resteras pas devant le sang de ton prochain » parce que cette faute « cause la mort de nombreuses personnes d’Israël », et il renvoie au cas de Doëg l’Édomite (Hilkhot Dé’ot 7, 1), qui dénonça à Chaoul la visite de David chez le prêtre Ahimélekh, ce qui entraîna le massacre de quatre-vingt-cinq prêtres (1 Chemouel 22, 9-18).
« Tu ne seras pas colporteur parmi les tiens ; tu ne resteras pas debout devant le sang de ton prochain. Je suis l’Éternel. »
(Vayikra 19, 16) — לֹא־תֵלֵךְ רָכִיל בְּעַמֶּיךָ לֹא תַעֲמֹד עַל־דַּם רֵעֶךָ אֲנִי ה׳׃
D’autres versets sont rattachés à l’interdit : « Tu ne répandras pas de rumeur mensongère » (Chemot 23, 1), que le Talmud lit aussi « tu n’en feras pas accepter » (Pessa’him 118a) ; « Vous ne vous léserez pas l’un l’autre » (Vayikra 25, 17), qui vise aussi les paroles qui blessent (Bava Metsia 58b).
Miryam et les explorateurs
Deux récits fondateurs montrent la gravité de la faute. Dans le premier, Miryam et Aharon « parlent contre Moché » à propos de la femme qu’il avait épousée (Bamidbar 12, 1-2). Miryam est aussitôt frappée de tsaraat, une atteinte cutanée, et mise à l’écart du camp pendant sept jours ; « le peuple ne se mit pas en route avant que Miryam fût réadmise » (12, 10 ; 12, 14-15). La Torah en fait un devoir de mémoire : « Souviens-toi de ce que l’Éternel ton D’ a fait à Miryam, en chemin, à votre sortie d’Égypte » (Devarim 24, 9). Maïmonide en déduit que la tsaraat (traduite à tort par « lèpre ») est un signe prodigieux envoyé pour avertir contre le lachon hara, et que Miryam, qui n’avait pourtant pas voulu rabaisser son frère mais l’avait comparé aux autres prophètes, doit nous faire réfléchir : combien plus ceux qui parlent avec mépris (Hilkhot Tuma’at Tsaraat 16, 10). Le Talmud dit de même : « Voici la loi du metsora : la loi de celui qui diffame (motsi chem ra) » (Arakhin 15b, Rech Lakich, lisant Vayikra 14, 2).
Dans le second récit, les explorateurs envoyés en Canaan reviennent et décrivent la terre en termes décourageants ; la Torah dit qu’ils « firent murmurer toute la communauté contre lui, en répandant une mauvaise rumeur sur le pays » et que « ceux qui avaient répandu cette mauvaise rumeur sur le pays moururent de la plaie, devant l’Éternel » (Bamidbar 14, 36-37). Rabbi Elazar ben Perata en déduit : « Viens et vois combien est grande la force du lachon hara : si celui qui diffame le bois et les pierres (la terre d’Israël) est puni ainsi, combien plus celui qui diffame son prochain ! » (Arakhin 15a). Maïmonide va jusqu’à écrire : « Le décret ne fut scellé sur nos pères dans le désert qu’à cause du lachon hara seul » (Hilkhot Dé’ot 7, 6).
Les Prophètes et les Écrits
Les Psaumes et les Proverbes ne cessent de revenir à la langue. Le Psaume 34 pose la question qui donnera son titre au grand livre du Hafets ‘Haïm : « Qui est l’homme qui désire la vie, qui aime les jours où il verra le bien ? Garde ta langue du mal, et tes lèvres de proférer la tromperie. Détourne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-la » (Tehilim 34, 13-15).
« Qui est l’homme qui désire la vie, qui aime les jours pour voir le bien ? Garde ta langue du mal et tes lèvres de dire la tromperie. Détourne-toi du mal et fais le bien, cherche la paix et poursuis-la. »
(Tehilim 34, 13-15) — מִי־הָאִישׁ הֶחָפֵץ חַיִּים אֹהֵב יָמִים לִרְאוֹת טוֹב׃ נְצֹר לְשׁוֹנְךָ מֵרָע וּשְׂפָתֶיךָ מִדַּבֵּר מִרְמָה׃ סוּר מֵרָע וַעֲשֵׂה־טוֹב בַּקֵּשׁ שָׁלוֹם וְרׇדְפֵהוּ׃
Le Psaume 15 dresse le portrait de celui qui « marche dans l’intégrité » : « celui qui n’a pas de calomnie sur la langue » (Tehilim 15, 3). Le Psaume 120 compare la langue trompeuse à « des flèches de guerrier aiguës avec des braises de genêt » (Tehilim 120, 4), et Yirmeyahou : « Leur langue est une flèche acérée, elle dit la tromperie ; de sa bouche on parle de paix à son prochain, et en son cœur on lui tend une embuscade » (Yirmeyahou 9, 7). Les Proverbes enchaînent les formules : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Michlé 18, 21) ; « Faute de bois, le feu s’éteint ; sans colporteur, la querelle s’apaise » (Michlé 26, 20) ; « Celui qui couvre une faute cherche l’amour, mais celui qui y revient sépare les amis » (Michlé 17, 9) ; « La langue qui guérit est un arbre de vie » (Michlé 15, 4) ; « Qui garde sa bouche et sa langue garde son âme des détresses » (Michlé 21, 23).
Un verset de Qohélet est lu par le Talmud comme une allusion au lachon hara : « Si le serpent mord sans avoir été charmé, il n’y a pas d’avantage pour le maître de la langue » (Qohélet 10, 11). Resh Lakich l’explique : dans le monde futur, tous les animaux iront trouver le serpent et lui diront : le lion déchire et mange, le loup déchire et mange, mais toi, quel plaisir y trouves-tu à mordre ? « Il n’y a pas d’avantage pour le maître de la langue », répond-il (Taanit 8a). Le colporteur est comme ce serpent : il mord sans rien y gagner.
Le Talmud : « la langue qui tue trois »
Le traité Arakhin
L’essentiel de la réflexion talmudique sur le lachon hara se trouve dans le traité Arakhin (15a-16b), à propos de la loi sur le diffamateur. Ses affirmations sont parmi les plus dures de toute la littérature rabbinique :
- « La parole d’un tiers tue trois personnes : celui qui la dit, celui qui l’accepte, et celui dont on parle » (Arakhin 15b, formule qu’on disait « en Occident », c’est-à-dire en terre d’Israël).
- « Quiconque raconte du lachon hara, le Saint béni soit-Il dit : lui et Moi ne pouvons pas vivre dans le même monde », lecture du verset « celui qui calomnie son prochain en secret, je le détruirai ; celui à l’œil hautain et au cœur arrogant, je ne le supporterai pas » (Tehilim 101, 5), en lisant « oto lo ouchal » (« je ne le supporterai pas ») comme « ito lo ouchal » (« avec lui, je ne peux pas »), c’est-à-dire : Je ne peux pas habiter avec lui (Arakhin 15b).
- Le lachon hara fait grandir les fautes à l’égal des trois fautes capitales : idolâtrie, relations interdites et meurtre (Arakhin 15b, école de Rabbi Ichmaël).
- Les atteintes de tsaraat viennent pour sept fautes, dont le lachon hara en premier (Arakhin 16a).
« À l’Ouest (en terre d’Israël) on dit : la parole d’un tiers tue trois : celui qui la dit, celui qui l’accepte, et celui dont on parle. Rabbi ‘Hama bar ‘Hanina dit : qu’est-ce qui est écrit : “La mort et la vie sont au pouvoir de la langue” ? La langue a-t-elle une main ? C’est pour te dire : de même que la main tue, la langue tue. Si c’était comme la main, qui ne tue que de près, la langue ne tuerait que de près ? Le verset dit : “Leur langue est une flèche acérée”. »
(Arakhin 15b) — במערבא אמרי: לשון תליתאי קטיל תליתאי, הורג למספרו, ולמקבלו, ולאומרין עליו. אמר רבי חמא ברבי חנינא: מאי דכתיב ״מות וחיים ביד לשון״, וכי יש יד ללשון? לומר לך: מה יד ממיתה — אף לשון ממיתה. אי מה יד אינה ממיתה אלא בסמוך לה — אף לשון אינה ממיתה אלא בסמוך לה? תלמוד לומר: ״חץ שחוט לשונם״.
Le Talmud poursuit : la langue est comme une flèche, mais une flèche ne porte qu’à quarante ou cinquante coudées, alors que la langue va plus loin : « ils ont mis leur bouche dans les cieux, et leur langue parcourt la terre » (Tehilim 73, 9). Et il donne le remède : « Rabbi ‘Hama bar ‘Hanina dit : quel est le remède de ceux qui racontent du lachon hara ? Si c’est un sage, qu’il étudie la Torah (“la langue qui guérit est un arbre de vie”) ; si c’est un ignorant, qu’il s’humilie » (Arakhin 15b, citant Michlé 15, 4). Le Talmud note aussi que Rava tire de « la mort et la vie sont au pouvoir de la langue » : « celui qui veut la vie, c’est par sa langue ; celui qui veut la mort, c’est par sa langue » (Arakhin 15b).
D’autres passages
- Celui qui raconte le lachon hara, celui qui l’accepte et celui qui porte un faux témoignage contre son prochain, « il convient de les jeter aux chiens » (Pessa’him 118a, Rav Chéchet au nom de Rabbi Elazar ben Azarya) : formule volontairement excessive, qui dit la gravité de la faute.
- Quatre catégories de personnes ne reçoivent pas la Présence divine : les moqueurs, les flatteurs, les menteurs et les colporteurs de lachon hara (Sota 42a, Rabbi Yirmeya bar Abba).
- « Tous les hommes tombent dans le péché d’“avak lachon hara” » (Bava Batra 165a, Rav) : la poussière du lachon hara est si répandue que Rav dit que tout le monde s’y laisse prendre.
- Parmi ceux qui descendent à la guéhinam sans en remonter, le Talmud compte « celui qui fait blêmir le visage de son prochain en public » et « celui qui donne un surnom méprisant à son prochain » (Bava Metsia 58b). La Michna Pirkei Avot le dit aussi : « celui qui fait rougir le visage de son prochain en public n’a pas de part au monde futur » (Pirkei Avot 3, 11).
- La prière de Mar, fils de Ravina, à la fin de sa Amida, est devenue celle que l’on dit encore à la fin de chaque Amida : « Mon D’, garde ma langue du mal et mes lèvres de dire la tromperie » (Berakhot 17a).
« Mon D’, garde ma langue du mal et mes lèvres de dire la tromperie ; devant ceux qui me maudissent, que mon âme se taise, et que mon âme soit comme la poussière pour tous. »
(Berakhot 17a) — אלהי, נצור לשוני מרע ושפתותי מדבר מרמה, ולמקללי נפשי תדום, ונפשי כעפר לכל תהיה.
La Michna des Pères (Pirkei Avot) ajoute une sagesse du silence : Chimon, fils de Rabban Gamliel : « Toute ma vie j’ai grandi parmi les sages et je n’ai rien trouvé de meilleur pour le corps que le silence (…) et quiconque multiplie les paroles amène le péché » (Pirkei Avot 1, 17) ; Rabbi Akiva : « Une clôture pour la sagesse : le silence » (Pirkei Avot 3, 13) ; Abtalyon : « Sages, faites attention à vos paroles » (Pirkei Avot 1, 11).
Une phrase du Talmud résume l’esprit : « Le monde ne se maintient que par celui qui se retient (bolem) pendant la dispute », lecture du verset « Il suspend la terre sur le néant (belima) » (Houlin 89a, Rabbi Ila’a).

Maïmonide : le code du lachon hara
Le Rambam consacre aux lois de la parole le chapitre 7 de ses Lois des comportements (Hilkhot Dé’ot), dans le Michné Torah. Il y distingue la rekhilout, le lachon hara et l’avak lachon hara, rappelle les formules du Talmud (« le lachon hara équivaut aux trois fautes capitales », « il tue trois personnes », « celui qui l’écoute est pire que celui qui le dit ») et pose des règles concrètes :
« Les Sages ont dit : trois fautes sont punies en ce monde et l’homme n’a pas de part au monde à venir : l’idolâtrie, les relations interdites et le meurtre. Et le lachon hara équivaut à toutes. Ils ont dit encore : le lachon hara tue trois : celui qui le dit, celui qui l’accepte, et celui dont on parle ; et celui qui l’accepte est plus coupable que celui qui le dit. »
(Rambam, Hilkhot Dé’ot 7, 3) — אמרו חכמים שלש עברות נפרעין מן האדם בעולם הזה ואין לו חלק לעולם הבא. עבודת כוכבים וגלוי עריות ושפיכות דמים. ולשון הרע כנגד כלם. ועוד אמרו חכמים שלשה לשון הרע הורגת. האומרו. והמקבלו. וזה שאומר עליו. והמקבלו יותר מן האומרו.
Concrètement, Maïmonide énumère les formes subtiles : l’allusion (« qui dira à untel de continuer comme il fait ? »), la louange devant ses ennemis, le lachon hara dit par plaisanterie (« je ne fais que plaisanter », en citant Michlé 26, 18-19), le lachon hara « innocent » où l’on feint d’ignorer que c’est mal (7, 4). Il précise que l’interdit vaut qu’on parle devant la personne ou non, et pour tout propos qui, répété, pourrait nuire au corps ou aux biens d’autrui, voire seulement l’affliger ou l’effrayer (7, 5). Il ajoute une règle discutée : si les propos ont été tenus devant trois personnes, ils sont déjà « connus », et l’un des trois peut les répéter sans lachon hara, à condition de ne pas vouloir en propager la rumeur (7, 5). Cette règle est discutée par les décisionnaires ; on ne s’y fiera pas sans demander à un rabbin. Enfin, il juge que ces gens-là sont tels « qu’il est interdit d’habiter dans leur voisinage, et à plus forte raison de s’asseoir avec eux et d’écouter leurs propos » (7, 6).
Le Hafets ‘Haïm : un livre pour une faute quotidienne
Le Rabbi Israël Meir Kagan (né en 1838, selon la date la plus souvent donnée, mort en 1933 à Radin, aujourd’hui en Biélorussie) est connu sous le titre de son premier livre, le Hafets ‘Haïm (« Celui qui désire la vie », Tehilim 34, 13), publié en 1873. Le Midrach raconte l’origine du verset : un marchand ambulant criait dans les villages près de Tsippori : « Qui veut acheter l’élixir de vie ? ». Rabbi Yannaï l’appelle et le marchand lui montre le Psaume 34 : « Qui est l’homme qui désire la vie ? (…) Garde ta langue du mal » (Vayikra Rabba 16, 2). Il écrit ensuite Chemirat Halachon (1876), puis le grand commentaire de la loi quotidienne, la Michna Beroura (1884-1907). Il a aussi fondé la yéchiva de Radin.
Son innovation est de traiter le lachon hara en code de lois, avec des cas détaillés. Dans l’introduction, il dénombre les commandements transgressés par celui qui dit du lachon hara : dix-sept interdits, quatorze commandements positifs, et plusieurs malédictions (Hafets ‘Haïm, Introduction : Interdits, Commandements positifs, Malédictions). L’ouvrage est ensuite divisé en deux parties : dix règles (kelalim) sur le lachon hara, neuf sur la rekhilout. Il montre, dès l’introduction, que l’interdit vise aussi celui qui écoute : « celui qui parle et celui qui reçoit transgressent » le verset « tu ne répandras pas de rumeur mensongère » (Chemot 23, 1, lu aussi « tu n’en feras pas accepter »).
Quand est-il permis, voire obligatoire, de parler ?
L’interdit ne signifie pas l’étouffement des plaintes légitimes. La Torah elle-même ordonne de ne pas rester les bras croisés quand la vie d’autrui est en jeu (« tu ne resteras pas debout devant le sang de ton prochain », Vayikra 19, 16), et la tradition admet plusieurs cas : témoigner devant un tribunal, avertir quelqu’un d’un danger réel, dénoncer un tort pour aider la victime. Le Hafets ‘Haïm consacre à ces situations des règles détaillées ; pour le cas de celui qui a vu un tort commis contre autrui, il pose sept conditions précises (partie 1, règle 10). Résumons-les :
1. Avoir vu les faits de ses propres yeux (ou en avoir eu la preuve claire), sans se fier à une rumeur. 2. Bien vérifier qu’il s’agit réellement d’un tort au sens de la loi, sans conclure trop vite. 3. Avoir d’abord repris l’auteur, avec douceur, dans l’espoir qu’il s’amende ; ne parler que s’il n’écoute pas. 4. Ne pas exagérer le tort. 5. Avoir pour intention d’aider, et non de tirer profit du discrédit ou de satisfaire une vieille rancune. 6. Si le même résultat peut être obtenu sans révéler la faute, il est interdit de la révéler. 7. Ne pas causer à la personne plus de dommage que celui que lui infligerait un tribunal.
« Que l’on voie la chose soi-même, et non par ouï-dire (…) ; qu’on reprenne le fautif d’abord, avec douceur, peut-être l’écoutera-t-il ; qu’on ne grossisse pas le tort ; qu’on ait en vue l’utilité et non, à D’ ne plaise, de tirer profit de la faute qu’on lui impute, ni la haine ; si l’on peut obtenir ce résultat autrement, il est dans tous les cas interdit de raconter ; qu’on ne cause pas à l’accusé plus de dommage que la loi n’en infligerait. »
(Hafets ‘Haïm, Hilkhot Lachon Hara, règle 10, 1) — שֶׁיִּרְאֶה זֶה הַדָּבָר בְּעַצְמוֹ, וְלֹא עַל יְדֵי שְׁמִיעָה מֵאֲחֵרִים (…) שֶׁיּוֹכִיחַ אֶת הַחוֹטֵא מִתְּחִלָּה וּבְלָשׁוֹן רַכָּה, אוּלַי יוּכַל לְהוֹעִיל לוֹ (…) שֶׁלֹּא יַגְדִּיל הָעַוְלָה יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁהִיא (…) שֶׁיְּכַוֵּן לְתוֹעֶלֶת (…) וְלֹא מִצַּד שִׂנְאָה.
Ce cadre est exigeant. Il n’autorise ni les conversations de couloir, ni les « avertissements » entre voisins, ni les commentaires sur les réseaux sociaux : chacune de ces occasions échoue sur au moins une condition (première observation, reproche préalable, absence d’exagération, pureté de l’intention). La pratique est délicate, et celui qui se trouve devant une vraie question (par exemple une information à donner avant un mariage ou une embauche) consultera un rabbin compétent avant de parler.
Halakha, éthique, mystique : trois lectures qu’il faut distinguer
La halakha (loi pratique) donne les définitions, les limites, les exceptions. Elle vise l’acte : ce qu’il est interdit de dire, d’écouter, de croire. Ses sources sont la Torah (Vayikra 19, 16), le Talmud (Arakhin), Maïmonide (Dé’ot 7) et le Hafets ‘Haïm. Les textes sont partagés par toutes les communautés ; les nuances (la règle des « trois personnes », l’ampleur de l’avak) varient selon les décisionnaires.
La hagada et le moussar (lecture morale) cherchent le sens. La parole est une force : « la mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Michlé 18, 21). Elle atteint trois personnes à la fois et voyage plus loin que ce que l’on croit (Arakhin 15b). Le moussar cherche aussi la racine : le lachon hara naît de l’orgueil (« celui à l’œil hautain », Tehilim 101, 5), de l’envie ou de la haine gratuite. C’est ce que dit le Talmud de Yoma 9b : le Second Temple, malgré l’étude, les mitsvot et les actes de bonté, fut détruit pour « la haine gratuite », qui « équivaut aux trois fautes capitales ».
La mystique voit dans la parole une force de création. Le Sefer Yetsira, texte ancien de la tradition mystique, rapproche la parole et la circoncision : une « alliance unique » est établie au centre des dix sefirot, « comme la parole de la langue (kemilat halachon) et comme la circoncision (kemilat ma’or) » (Sefer Yetsira 1, 3), un jeu sur les mots milat (« parole ») et milat (« circoncision »). Si la parole est de l’ordre de l’alliance, la profaner est une faute d’une autre dimension qu’un manque de politesse. C’est une lecture kabbalistique, non une règle pratique, et nous la citons comme telle.
Un peu d’histoire
L’histoire juive donne trois illustrations de la force destructrice de la parole. Doëg l’Édomite, d’abord : en rapportant à Chaoul que David avait été reçu par le prêtre Ahimélekh (1 Chemouel 22, 9-10), il déclenche le massacre de la ville de Nov (22, 18-19) ; Maïmonide cite ce cas pour montrer que la parole peut tuer (Hilkhot Dé’ot 7, 1). Les explorateurs, ensuite, dont la mauvaise rumeur retarde l’entrée en Terre d’Israël de quarante ans (Bamidbar 14, 36-37).
Le troisième est l’épisode de Kamtsa et Bar Kamtsa (Guittin 55b-56a), où le Talmud voit l’une des causes de la destruction de Jérusalem. Un homme organise un banquet et envoie son serviteur inviter son ami Kamtsa ; le serviteur se trompe et invite Bar Kamtsa, son ennemi. L’hôte l’aperçoit et veut le chasser ; Bar Kamtsa propose de payer son repas, puis la moitié du banquet, puis tout. On le jette dehors, sous les yeux des Sages qui se taisent. Humilié, il va dénoncer les Juifs à l’empereur romain, comme des rebelles ; en route, il blesse l’animal destiné au Temple d’un défaut qui le rend impropre au sacrifice pour les Juifs, mais pas pour les Romains. Les Sages refusent l’offrande et la guerre s’ensuit. Rabbi Yo’hanan conclut : « Jérusalem fut détruite à cause de Kamtsa et de Bar Kamtsa » (Guittin 55b). La première cause est une humiliation en public, la seconde une dénonciation. Le Talmud, par ailleurs, répète que le Second Temple fut détruit à cause de la haine gratuite (Yoma 9b).
Plus près de nous, le Hafets ‘Haïm a écrit pour un monde de villages et de lettres ; il n’a pas connu les réseaux sociaux. Ses principes, écrit-on aujourd’hui, s’appliquent aussi aux messages, aux courriels et aux publications : la parole qui se répand se répand plus loin que la flèche de la langue. Cette extension est une application contemporaine des principes, non un texte du Hafets ‘Haïm lui-même, et les cas particuliers se soumettent à un rabbin.
Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri
Le Rav Raphaël Benizri n’a pas consacré de cours aux lois du lachon hara, mais plusieurs de ses enseignements touchent à la parole ; ce qui suit s’appuie uniquement sur ses cours publiés.
Kamtsa et Bar Kamtsa : la parole blessée. Dans son cours sur l’origine de la destruction du Temple, le Rav lit les noms eux-mêmes : kometz, c’est la poignée, et Kamtsa est l’homme replié sur son petit cercle, pour qui quiconque ne pense pas comme lui ne peut entrer. L’homme expulsé, Bar Kamtsa, demandait justement l’ouverture, proposant de tout payer pour qu’on ne s’exclue pas malgré les désaccords. Pour le Rav, le vrai scandale est le silence des Sages présents : ils étaient invités et ne voulaient pas déplaire. Il cite le Maharal de Prague sur le défaut infligé à l’animal : l’œil représente la ‘hokhma, la façon de voir le monde, et la lèvre, l’expression, la façon de le dire. Ce qui a été blessé, ce sont la vision et la parole communes. Sa conclusion : ce qui a décidé de l’exil, c’est la haine gratuite poussée jusqu’au bout entre les factions du peuple (Ticha beAv : à l’origine de la destruction).
Libérer la parole. Dans son cours sur la Hagada, le Rav part du mot Pessah, décomposé en pé sah, « une bouche qui parle » : la première libération est celle du langage. Pharaon avait aussi un langage, mais fermé, incapable d’évoluer : pé sah ra, « une mauvaise bouche ». Ce qui distingue les deux n’est pas la parole mais l’ouverture. Il distingue trois verbes : vayomer, se parler à soi ; vayedaber, parler à l’autre sans partager nécessairement son point de vue ; higoud, unir. Le langage libéré doit rapprocher, non dresser des barrages (Pessah : Pé-Sah, la bouche qui parle).
La calomnie dans les onze principes de David. Dans l’introduction à Michlé (Proverbes), le Rav rapporte l’enseignement de Rabbi Simlaï (Makkot 23b-24a) qui réduit les 613 mitsvot à onze principes dans le Psaume 15, puis à six, trois, deux et un seul chez les prophètes. Parmi les onze principes de David : « celui qui n’a pas de calomnie sur sa langue » (Mishlei : introduction au livre des Proverbes).
Ne pas tout étaler. Dans le cours sur Yossé ben Yo’hanan (« ne converse pas trop avec la femme », Pirkei Avot 1, 5), le Rav lit l’avertissement comme un appel à la retenue dans la conversation : on se moque, on raconte n’importe quoi ; et il y a, dit-il, des chapitres qu’il vaut mieux laisser fermés, car les raconter attise l’amour-propre et nourrit les querelles (Pirkey Avot : que ta maison soit ouverte).
Idées reçues sur le lachon hara
« Ce n’est pas du lachon hara, c’est vrai. » C’est la définition même du lachon hara : « parler de la honte de son prochain, même en disant vrai » (Rambam, Hilkhot Dé’ot 7, 2). Ce qui est faux s’appelle motsi chem ra, et c’est plus grave.
« Ce n’est pas grave si on ne fait qu’écouter. » L’auditeur est aussi visé : « la langue tue trois », dont celui qui accepte (Arakhin 15b), et Maïmonide dit que « celui qui l’accepte est plus coupable que celui qui le dit » (Hilkhot Dé’ot 7, 3). L’auditeur peut au moins s’éloigner, ou ne pas croire.
« Si je le dis devant lui, c’est bon. » Non : « qu’on parle en sa présence ou non » (Rambam, Dé’ot 7, 5). Dire à quelqu’un en face qu’il est un incapable, c’est de l’ona’at devarim, un tort verbal (Bava Metsia 58b), et cela peut être pire.
« On ne doit jamais rien dire de négatif sur personne. » Faux : la Torah impose aussi de ne pas rester indifférent (Vayikra 19, 16), et le Hafets ‘Haïm détaille sept conditions où il est permis, parfois obligatoire, de parler (règle 10).
« C’est une faute mineure, tout le monde le fait. » Le Talmud dit presque la même chose, mais pour s’en alarmer : « tous tombent dans l’avak lachon hara » (Bava Batra 165a), et pourtant il le classe, avec l’idolâtrie, les relations interdites et le meurtre (Arakhin 15b ; Rambam, Dé’ot 7, 3).
« Une louange ne peut pas être du lachon hara. » Si : louer quelqu’un devant ses ennemis, c’est leur donner l’occasion de le critiquer (Rambam, Dé’ot 7, 4).
Questions fréquentes sur le lachon hara
Quelle est la différence entre lachon hara et rekhilout ?
Le lachon hara, c’est dire du mal de quelqu’un (même en disant vrai). La rekhilout, c’est rapporter à quelqu’un ce qu’un autre a dit de lui, ou aller de l’un à l’autre avec des propos qui sèment la discorde (Rambam, Dé’ot 7, 2 ; Hafets ‘Haïm, partie 2).
Est-ce du lachon hara de dire la vérité devant un tribunal ?
Non : témoigner devant un tribunal fait partie des cas où l’on doit parler, quand on a vu les faits. L’interdit ne concerne pas la déposition, mais le fait de répandre l’information hors du cadre où elle sert la justice. Pour une procédure, on consultera un rabbin ou un tribunal rabbinique.
Peut-on prévenir quelqu’un d’un danger ?
Oui, et c’est même un devoir quand un dommage réel menace (« tu ne resteras pas debout devant le sang de ton prochain », Vayikra 19, 16). Mais la parole est encadrée : on vérifie les faits, on n’exagère pas, on a une intention pure, on ne dit que ce qui est nécessaire (c’est l’esprit des conditions du Hafets ‘Haïm, partie 1, règle 10). Pour un cas concret (embauche, association, mariage), on prendra conseil d’un rabbin.
Les réseaux sociaux changent-ils les règles ?
Les règles sont les mêmes, mais l’effet est démultiplié : une phrase publiée atteint des personnes qu’on n’aurait jamais abordées et ne s’efface pas. L’image du Talmud est éclairante : la langue est une flèche qui porte plus loin que quarante ou cinquante coudées (Arakhin 15b). Pour les situations concrètes, on posera la question à un rabbin.
Que faire quand on a dit du lachon hara ?
La tradition demande de reconnaître la faute, de demander pardon à la personne lésée et de s’engager à ne pas recommencer : Kippour n’efface pas les torts envers autrui tant qu’on n’a pas apaisé la personne (Michna Yoma 8, 9). La prière de l’Amida, « mon D’, garde ma langue du mal » (Berakhot 17a), est dite chaque jour à la fin de la prière. Le Talmud propose aussi un remède : l’étude de la Torah pour le sage, l’humilité pour les autres (Arakhin 15b). Pour les cas concrets de réparation, on consultera un rabbin.
Pourquoi Miryam a-t-elle été frappée pour si peu ?
Le texte dit qu’elle a parlé « contre Moché » (Bamidbar 12, 1). Maïmonide en tire une leçon : Miryam, plus âgée que Moché, l’avait élevé et avait risqué sa vie pour le sauver ; elle ne l’avait pas rabaissé mais avait seulement eu le tort de le comparer aux autres prophètes. Si même elle fut frappée, que dire de ceux qui parlent à la légère (Hilkhot Tuma’at Tsaraat 16, 10) !
Pour aller plus loin
- Ticha beAv : pourquoi le 9 Av est un jour de deuil
- Ticha beAv : à l’origine de la destruction
- Pessah : Pé-Sah, la bouche qui parle
- Mishlei : introduction au livre des Proverbes
- Pirkey Avot : les Maximes des Pères en 15 cours
- Yom Kippour : le sens du jour du Grand Pardon
- Glossaire des mots hébreux du judaïsme
- Qu’est-ce que la techouva, le repentir dans le judaïsme ?
- Qu’est-ce que la tsedaka ? La charité dans le judaïsme
- Qu’est-ce que le yetser hara, le penchant au mal ?
Sources et références (29)
- Chemot 23, 1
- Vayikra 13, 46 ; 14, 2 ; 19, 16-17 ; 25, 17
- Bamidbar 12, 1-15 ; 14, 36-37
- Devarim 22, 13-19 ; 24, 8-9
- 1 Chemouel 22, 9-18
- Tehilim 12, 4-5 ; 15, 3 ; 34, 13-15 ; 73, 9 ; 101, 5 ; 120, 2-4
- Michlé (Proverbes) 10, 19 ; 11, 13 ; 15, 4 ; 16, 28 ; 17, 9 ; 18, 21 ; 21, 23 ; 26, 18-20 ; 27, 14
- Qohélet 10, 11
- Yirmeyahou 9, 7
- Michna Arakhin 3, 1 ; Michna Bava Metsia 4, 10
- Pirkei Avot 1, 11 ; 1, 17 ; 3, 11 ; 3, 13
- Talmud de Babylone, Arakhin 15a ; 15b ; 16a
- Talmud de Babylone, Berakhot 17a
- Talmud de Babylone, Pessa’him 118a
- Talmud de Babylone, Sota 42a
- Talmud de Babylone, Bava Batra 165a
- Talmud de Babylone, Bava Metsia 58b
- Talmud de Babylone, Taanit 8a
- Talmud de Babylone, Houlin 89a
- Talmud de Babylone, Makkot 23b-24a
- Michna Yoma 8, 9
- Talmud de Babylone, Yoma 9b
- Talmud de Babylone, Guittin 55b-56a
- Vayikra Rabba 16, 2
- Rambam, Michné Torah, Hilkhot Dé’ot 7, 1-6
- Rambam, Michné Torah, Hilkhot Tuma’at Tsaraat 16, 10
- Sefer Yetsira 1, 3
- Rabbi Israël Meir Kagan, Hafets ‘Haïm (1873) : introduction (interdits, commandements positifs, malédictions) ; partie 1, règle 10 ; Chemirat Halachon (1876)
- Cours du Rav Raphaël Benizri : Ticha beAv : à l’origine de la destruction ; Pessah : Pé-Sah, la bouche qui parle ; Mishlei : introduction au livre des Proverbes ; Pirkey Avot : que ta maison soit ouverte
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.

