Quand on dit « la Bible » à propos du judaïsme, on désigne en réalité un ensemble que les juifs appellent autrement : le Tanakh. Le mot n’est pas un titre mais un sigle, formé des initiales de ses trois parties : Torah (l’enseignement, les Cinq Livres de Moché), Neviim (les Prophètes) et Ketouvim (les Écrits). Vingt-quatre livres, une langue presque entièrement hébraïque, une tradition de lecture continue depuis plus de deux mille ans, et une question que posent ensemble les curieux et les étudiants : en quoi le Tanakh diffère-t-il de ce que les chrétiens appellent « Ancien Testament », qui l’a rédigé, comment a-t-on décidé quels livres en font partie, et comment le lit-on ? Cet article part des textes (la Michna, le Talmud, Maïmonide, le Choulhan Aroukh), sépare la loi (halakha) de la lecture morale et mystique, puis confronte la tradition à l’histoire, à l’archéologie et à la critique moderne, en signalant chaque fois où la tradition s’arrête et où la science commence.

La réponse en bref

Le Tanakh est le corpus de vingt-quatre livres que la tradition juive tient pour inspirés. Il se divise en Torah (cinq livres, de la Création à la mort de Moché), Neviim (huit livres de prophètes, des conquêtes de Yehoshoua aux douze « petits » prophètes) et Ketouvim (onze livres de poésie, de sagesse, d’histoire et de rouleaux liturgiques). La Torah écrite est inséparable de la Torah orale, qui en transmet l’interprétation. Le texte que nous lisons a été fixé et vocalisé par les massorètes de Tibériade, et les plus anciens manuscrits complets remontent au Xe-XIe siècle de l’ère commune, mais les manuscrits de la mer Morte en attestent l’essentiel plus de mille ans plus tôt.

Un sigle, trois parties, vingt-quatre livres

Le mot Tanakh (תנ״ך) se lit comme un acronyme : Torah, Neviim, Ketouvim. Les sages du Talmud parlent plutôt de « Miqra » (ce que l’on lit) ou de « Kitvé haKodech » (les écrits saints). L’appellation Tanakh, courante dans le monde juif d’aujourd’hui, est un usage postérieur au Talmud ; la division en trois est en revanche bien plus ancienne, comme on le verra plus bas à propos du canon.

La tradition compte vingt-quatre livres, parce qu’elle réunit plusieurs textes que d’autres comptent séparément : Chemouel I et II forment un seul livre, de même que Melakhim I et II, Divré haYamim I et II, et Ezra-Nehemia ; les douze prophètes dits « mineurs » (Hochéa, Yoël, Amos, Ovadia, Yona, Mikha, Nahoum, Havakouk, Tsefania, Haggaï, Zekharia, Malakhi) tiennent en un seul rouleau, appelé Treï Assar, « les Douze » (Bava Batra 14b). Les chrétiens, qui séparent ces livres, arrivent à trente-neuf pour un contenu identique.

| Partie | Livres (comptage juif) | Nombre | |—|—|—| | Torah | Bereshit, Chemot, Vayikra, Bamidbar, Devarim | 5 | | Neviim, Prophètes antérieurs | Yehoshoua, Choftim, Chemouel, Melakhim | 4 | | Neviim, Prophètes postérieurs | Yechayahou, Yirmeyahou, Yehezkel, Treï Assar | 4 | | Ketouvim | Tehilim, Michlé, Iyov, Chir hachirim, Ruth, Eikha, Kohelet, Esther, Daniel, Ezra-Nehemia, Divré haYamim | 11 |

Le Talmud donne l’ordre des livres à l’intérieur de chaque partie, et c’est un des rares endroits où il fait lui-même l’inventaire. Pour les Prophètes :

« Nos maîtres ont enseigné : l’ordre des Prophètes est le suivant : Yehoshoua et Choftim, Chemouel et Melakhim, Yirmeyahou et Yehezkel, Yechayahou et les Douze. »

(Bava Batra 14b) — סִדְרָן שֶׁל נְבִיאִים: יְהוֹשֻׁעַ וְשׁוֹפְטִים, שְׁמוּאֵל וּמְלָכִים, יִרְמְיָה וִיחֶזְקֵאל, יְשַׁעְיָה וּשְׁנֵים עָשָׂר

Et pour les Écrits :

« L’ordre des Écrits est : Ruth et le livre des Tehilim, Iyov et Michlé, Kohelet, Chir hachirim et Eikha, Daniel et la Meguilat Esther, Ezra et Divré haYamim. »

(Bava Batra 14b) — סִידְרָן שֶׁל כְּתוּבִים: רוּת וְסֵפֶר תְּהִלִּים וְאִיּוֹב וּמִשְׁלֵי, קֹהֶלֶת, שִׁיר הַשִּׁירִים וְקִינוֹת, דָּנִיאֵל וּמְגִילַת אֶסְתֵּר, עֶזְרָא וְדִבְרֵי הַיָּמִים

Deux remarques d’emblée. D’abord, cet ordre n’est pas celui de nos éditions imprimées : dans la plupart des Bibles hébraïques d’aujourd’hui, les Écrits s’ouvrent sur Tehilim, Michlé et Iyov, tandis que certains manuscrits tibériens médiévaux, comme le codex de Léningrad, commencent par Divré haYamim. L’ordre varie donc selon les traditions et les époques, ce qui montre que ce qui compte, c’est l’appartenance au corpus et non la place sur l’étagère. Ensuite, le Talmud lui-même discute, à cet endroit, de la raison de l’ordre : pour l’avis selon lequel Iyov vécut du temps de Moché, on demande pourquoi il n’ouvre pas les Écrits, et la réponse est qu’on ne commence pas par une calamité ; Ruth, qui raconte pourtant des malheurs, ouvre les Écrits parce que cette épreuve-là a une issue : de Ruth est issu David (Bava Batra 14b).

La Torah : les Cinq Livres

Le cœur du Tanakh

La Torah (littéralement « enseignement », et non « loi ») est le socle. Elle comprend Bereshit (la Genèse), Chemot (l’Exode), Vayikra (le Lévitique), Bamidbar (les Nombres) et Devarim (le Deutéronome) : de la Création du monde et des patriarches jusqu’à la mort de Moché aux portes de la Terre promise. Elle contient le récit fondateur du peuple (la sortie d’Égypte, le Sinaï), l’ensemble des commandements (613 selon le décompte traditionnel) et une grande partie de l’histoire sainte. Sa lecture publique est découpée en cinquante-quatre sections hebdomadaires, les parachiot. Sa rédaction sur parchemin, par un scribe spécialisé, obéit à des règles très strictes : voir l’article Comment écrit-on un Sefer Torah ? Le métier de sofer.

Écrite et orale

La tradition juive affirme deux choses inséparables : une Torah écrite, que contient le Tanakh, et une Torah orale, qui en transmet l’interprétation et les règles d’application (la Michna, le Talmud, les Midrachim). Le Talmud en donne une justification dans le texte même du Sinaï :

« Rabbi Yehouda bar Nahmani, interprète de Rabbi Chimon ben Lakich, a enseigné : il est écrit “Écris pour toi ces paroles” et il est écrit “car selon ces paroles…” : comment cela ? Ce qui est écrit, tu n’as pas le droit de le dire par cœur ; ce qui a été dit oralement, tu n’as pas le droit de l’écrire. »

(Guitin 60b) — דָּרֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה בַּר נַחְמָנִי, מְתוּרְגְּמָנֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, כְּתִיב: ״כְּתוֹב לְךָ אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״, וּכְתִיב: ״כִּי עַל פִּי הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״ – הָא כֵּיצַד? דְּבָרִים שֶׁבִּכְתָב אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְאוֹמְרָן עַל פֶּה, דְּבָרִים שֶׁבְּעַל פֶּה אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְאוֹמְרָן בִּכְתָב

Cette règle a été aménagée plus tard : par crainte de l’oubli, la Torah orale a fini par être consignée dans la Michna puis dans le Talmud (voir l’article Qu’est-ce que le Talmud ?). Le principe reste : le Tanakh seul n’est pas le judaïsme, il est le judaïsme avec sa lecture. C’est ce qu’exprime la formule du Talmud selon laquelle « un verset ne sort pas de son sens littéral » (Chabbat 63a) tout en étant, par la Torah orale, porteur de bien d’autres sens, sujet que nous retrouverons.

Qui a écrit la Torah ?

Pour la tradition, c’est Moché, sous la dictée de D’. L’interdiction d’y ajouter ou d’en retrancher quoi que ce soit en découle :

« Vous n’ajouterez rien à la parole que Je vous ordonne et vous n’en retrancherez rien, afin de garder les commandements de l’Éternel, votre D’, que Je vous ordonne. »

(Devarim 4, 2) — לֹא תֹסִפוּ עַל־הַדָּבָר אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם וְלֹא תִגְרְעוּ מִמֶּנּוּ לִשְׁמֹר אֶת־מִצְוֺת ה׳ אֱלֹֽהֵיכֶם אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶֽם׃

La Michna place la croyance en l’origine céleste de la Torah au rang des fondements : celui qui dit « la Torah ne vient pas du ciel » est écarté du monde futur (Michna Sanhédrin 10, 1). Maïmonide en fait l’un de ses treize principes de foi (voir l’article Quels sont les treize principes de foi de Maïmonide ?).

Une question reste cependant ouverte dans le Talmud lui-même : les huit derniers versets du Deutéronome, qui racontent la mort de Moché. Le Talmud rapporte deux avis. Selon Rabbi Yehouda (ou Rabbi Nehemia), Moché s’arrête avant le récit de sa mort :

« Mais jusqu’ici Moché a écrit ; à partir de là, Yehoshoua a écrit : paroles de Rabbi Yehouda. »

(Bava Batra 15a) — אֶלָּא עַד כָּאן כָּתַב מֹשֶׁה, מִכָּאן וְאֵילָךְ כָּתַב יְהוֹשֻׁעַ; דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה

Rabbi Chimon, lui, refuse qu’un rouleau de la Torah « manque d’une seule lettre » : jusque-là D’ dictait et Moché répétait et écrivait ; pour le récit de sa mort, D’ dictait et Moché écrivait « avec des larmes » (Bava Batra 15a). Ce désaccord montre que la tradition rabbinique n’est pas monolithique sur les détails de la transmission, tout en tenant pour acquis que l’ensemble est un don divin. Le même passage du Talmud (Bava Batra 14b-15a) attribue à Moché son livre, la section de Bilaam et le livre d’Iyov.

Les Neviim : les Prophètes

Deux ensembles

Les Neviim se divisent en Prophètes antérieurs (Yehoshoua, Choftim, Chemouel, Melakhim), qui racontent l’histoire d’Israël dans sa terre, de la traversée du Jourdain à la destruction du premier Temple, et Prophètes postérieurs (Yechayahou, Yirmeyahou, Yehezkel et les Douze), recueils de messages prophétiques. Cette distinction est usuelle chez les étudiants et les éditeurs ; la liste du Talmud, elle, range les Prophètes en un seul ensemble (Bava Batra 14b).

Les prophètes ne se contentent pas d’annoncer l’avenir. Ils rappellent l’alliance, dénoncent l’injustice et l’idolâtrie, consolent. Le Talmud estime qu’il y a eu en Israël beaucoup plus de prophètes que de livres : quarante-huit prophètes et sept prophétesses « ont prophétisé pour Israël » (Meguila 14a),. Le même passage précise qu’il y eut bien plus de prophètes que de livres : « seule la prophétie dont les générations avaient besoin a été écrite, et celle dont elles n’avaient pas besoin n’a pas été écrite » (Meguila 14a).

Moché reste unique

Dans l’échelle de la prophétie, aucun prophète n’égale Moché. Le verset final de la Torah le dit :

« Jamais plus ne s’est levé en Israël un prophète comme Moché, que l’Éternel connaissait face à face. »

(Devarim 34, 10) — וְלֹא־קָם נָבִיא עוֹד בְּיִשְׂרָאֵל כְּמֹשֶׁה אֲשֶׁר יְדָעוֹ ה׳ פָּנִים אֶל־פָּנִֽים׃

Maïmonide en tire deux conséquences. D’une part, la foi d’Israël en Moché ne repose pas sur ses miracles, mais sur la révélation du Sinaï, vécue collectivement (Michné Torah, Yessodé haTorah 8, 1). D’autre part, un prophète ultérieur, quel qu’il soit, ne peut ni ajouter un commandement à la Torah ni en retrancher : il ne peut qu’y ramener (Yessodé haTorah 9, 1, qui s’appuie sur Devarim 30, 12).

La fin de la prophétie

Le dernier livre des Prophètes, Malakhi, referme le cycle sur un rappel de la Torah de Moché :

« Souvenez-vous de la Torah de Moché, Mon serviteur, que Je lui ai prescrite à Horev pour tout Israël : lois et jugements. »

(Malakhi 3, 22) — זִכְרוּ תּוֹרַת מֹשֶׁה עַבְדִּי אֲשֶׁר צִוִּיתִי אוֹתוֹ בְחֹרֵב עַל־כׇּל־יִשְׂרָאֵל חֻקִּים וּמִשְׁפָּטִֽים׃

Et le Talmud décrit ce moment comme un tournant :

« Depuis que sont morts les derniers prophètes, Haggaï, Zekharia et Malakhi, l’esprit saint s’est retiré d’Israël. »

(Sanhédrin 11a ; Yoma 9b) — מִשֶּׁמֵּתוּ נְבִיאִים הָאַחֲרוֹנִים חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי, נִסְתַּלְּקָה רוּחַ הַקּוֹדֶשׁ מִיִּשְׂרָאֵל

Le Talmud ajoute que, depuis lors, on se sert de la « bat kol », une voix céleste comme un écho de la prophétie (même passage). Cette idée a une portée juridique : la Torah n’est plus « dans le ciel » et personne ne peut plus la compléter par une révélation. Cette idée est approfondie plus bas (voir « Halakha, hagada, kabbale »).

Les Neviim dans la liturgie

Les Prophètes sont lus à la synagogue sous forme de haftara, extrait du livre prophétique lu après la Torah le Chabbat et les jours de fête. Ils sont aussi traduits : selon le Talmud, la traduction araméenne de la Torah est l’œuvre d’Onkelos le converti, et celle des Prophètes, de Yonatan ben Ouziel, d’après les derniers prophètes (Meguila 3a). Les deux traductions (les Targoumim) sont imprimées à côté du texte hébreu dans les éditions classiques.

Les Ketouvim : les Écrits

Poésie, sagesse, histoire

Les Ketouvim forment la partie la plus variée : les Psaumes (Tehilim), attribués pour l’essentiel au roi David ; les Proverbes (Michlé), l’Ecclésiaste (Kohelet) et le Cantique des cantiques (Chir hachirim), que la tradition rattache à Chlomo (le Talmud dit que Hizkiyahou et son groupe les ont consignés) ; le livre d’Iyov (Job), poème sur la souffrance du juste ; Ruth, Eikha (les Lamentations), Esther ; le livre de Daniel ; Ezra-Nehemia et Divré haYamim (les Chroniques). Dans la liste du Talmud, c’est donc une bibliothèque, non un genre.

Selon le Talmud, ces livres, avec ceux des Prophètes, ont été rédigés par différentes mains et à des époques différentes :

  • Moché a écrit son livre (la Torah), la section de Bilaam et Iyov ;
  • Yehoshoua, son livre et huit versets de la Torah ;
  • Chemouel, son livre, ainsi que Choftim et Ruth ;
  • David, les Tehilim, avec dix anciens ;
  • Yirmeyahou, son livre, Melakhim et Eikha ;
  • Hizkiyahou et son groupe, Yechayahou, Michlé, Chir hachirim et Kohelet ;
  • les hommes de la Grande Assemblée, Yehezkel, les Douze, Daniel et la Meguilat Esther ;
  • Ezra, son livre et la généalogie de Divré haYamim jusqu’à son époque.

(Bava Batra 14b-15a.) Cette liste est la réponse de la tradition rabbinique à la question de l’auteur. Elle n’a pas valeur de dogme sur chaque point : plusieurs attributions sont elles-mêmes discutées dans le même passage du Talmud.

Les cinq rouleaux

Cinq livres des Ketouvim, les Meguilot, sont lus à la synagogue au fil de l’année : le Cantique des cantiques à Pessah, Ruth à Chavouot, Eikha à Tich’a Beav, Kohelet à Souccot et Esther à Pourim. L’usage est ancien et nuancé selon les communautés, notamment pour le Cantique et Kohelet. La lecture d’Esther est une obligation rabbinique, celle des quatre autres rouleaux une coutume ; voir Qu’est-ce que Pourim ?.

Livres contestés, livres retenus

Plusieurs livres des Ketouvim ont soulevé des discussions chez les sages. Pour Kohelet et Michlé, le Talmud rapporte que les sages ont voulu les « cacher » (c’est-à-dire les retirer de la circulation) parce que leurs paroles semblent se contredire ; ils les ont gardés après avoir constaté que les contradictions n’étaient qu’apparentes : Kohelet commence et finit par des paroles de Torah, et les versets de Michlé qui semblent s’opposer ne visent pas le même cas (Chabbat 30b). Quant au Cantique des cantiques, il a lui aussi été discuté, comme Kohelet, et la Michna consigne le désaccord entre les sages avant de poser la règle :

« Tous les écrits saints rendent les mains impures ; le Cantique des cantiques et Kohelet rendent les mains impures. »

(Michna Yadayim 3, 5) — כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ מְטַמְּאִין אֶת הַיָּדַיִם. שִׁיר הַשִּׁירִים וְקֹהֶלֶת מְטַמְּאִין אֶת הַיָּדַיִם

L’expression « rendre les mains impures » est une institution rabbinique qui sert de critère : un texte qui « rend les mains impures » est un texte au statut de livre saint (le Talmud discute l’origine de ce décret à propos de la Torah en Chabbat 14a). On y trouve donc une trace précise des débats de la fin de l’époque du Second Temple sur ce qui doit entrer ou non dans le corpus.

Comment le canon s’est fixé

Ce que dit la tradition

Pour la tradition, le canon est fermé depuis la fin de la prophétie : Haggaï, Zekharia et Malakhi sont les derniers prophètes, et le Talmud en conclut que l’esprit saint s’est alors retiré d’Israël (Sanhédrin 11a). Le livre d’Esther, selon Chmouel, a été « dit par l’esprit saint » (Meguila 7a), même si le Talmud précise à cet endroit qu’il l’a été pour être lu et non pour être écrit comme un rouleau de Torah, discussion qui montre combien le statut de chaque livre a été pesé. La tradition ne prévoit donc ni concile ni vote, mais la reconnaissance, par la communauté et par les sages, de ce qui avait été prophétiquement dit.

Ce que disent l’histoire et l’archéologie

L’historien distingue plusieurs repères, qui concordent assez bien avec la tradition sur l’essentiel :

  • Le prologue du Siracide (Ben Sira), ajouté vers 117 avant l’ère commune par le petit-fils de l’auteur à sa traduction grecque, mentionne la Loi, les Prophètes et les autres écrits : c’est généralement considéré comme le plus ancien témoin d’une division en trois parties, qui n’est cependant pas encore une liste fermée.
  • Flavius Josèphe, à la fin du Ier siècle de l’ère commune, écrit que les juifs n’ont pas une multitude de livres qui se contredisent, comme les Grecs, mais seulement vingt-deux livres tenus pour divins : cinq de Moché, treize de prophètes, et quatre contenant des hymnes à D’ et des préceptes de vie (Contre Apion I, 8, division de Whiston). Ces vingt-deux livres correspondent, avec un autre découpage, à nos vingt-quatre : il ne donne pas la liste nominale.
  • Les manuscrits de la mer Morte, découverts à partir de 1947 à Qumrân, contiennent, dans l’état actuel du dépouillement, des fragments de tous les livres du Tanakh à l’exception d’Esther, ainsi que d’autres textes qui n’ont pas été retenus. Ils montrent que les livres canoniques circulaient déjà, mais aussi que la frontière du corpus était moins nette à Qumrân qu’elle ne le sera ensuite.
  • Le prétendu « concile de Yavné » : dans les années 1870, l’historien Heinrich Graetz avait supposé qu’un concile de sages réuni à Yavné vers la fin du Ier siècle avait fixé le canon. Cette hypothèse, longtemps répétée, est aujourd’hui largement abandonnée (voir notamment la critique de Jack P. Lewis, puis la thèse de Sid Leiman publiée en 1976) : les sages de Yavné discutent bien de Kohelet et du Cantique (Michna Yadayim 3, 5), mais l’idée d’une décision unique et formelle n’est pas étayée.

Le consensus actuel est donc que la Torah et les Prophètes étaient fixés bien avant l’ère commune, et que les Écrits se sont stabilisés progressivement, avec quelques discussions résiduelles qui se prolongent jusqu’au IIe siècle de l’ère commune. La tradition place ce processus sous le signe de l’inspiration ; l’historien le décrit comme une reconnaissance progressive. Les deux lectures ne se recoupent pas, et l’article ne prétend pas les réconcilier.

Tanakh et « Ancien Testament »

Les juifs n’emploient pas l’expression « Ancien Testament », qui suppose un « Nouveau » qui l’accomplirait ou le remplacerait : pour le judaïsme, le Tanakh n’est pas un premier volet, c’est le texte. Plusieurs différences concrètes séparent ces corpus :

  • Le contenu : les protestants reprennent les mêmes livres que le Tanakh, soit trente-neuf en les comptant séparément ; les catholiques et les orthodoxes y ajoutent des livres conservés en grec (Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, 1 et 2 Maccabées, entre autres), qui n’ont pas été retenus dans le canon juif.
  • L’ordre : les chrétiens classent les livres par genres (Pentateuque, livres historiques, livres poétiques, livres prophétiques), si bien que Daniel passe aux prophètes, Ruth après les Juges et Eikha après Yirmeyahou ; le Tanakh termine, lui, sur Divré haYamim.
  • Le texte de base : les juifs lisent l’hébreu massorétique ; une partie de l’Église ancienne s’est appuyée sur la Septante, traduction grecque réalisée à Alexandrie à partir du IIIe siècle avant l’ère commune, dont le Talmud rapporte l’origine comme un miracle de concordance entre soixante-douze sages isolés (Meguila 9a), et qui présente parfois des variantes.
  • La lecture : pour le judaïsme, le Tanakh se lit avec la Torah orale (Michna, Talmud, Midrach), et non seul.

Cette dernière différence est la plus importante : voir l’article Qu’est-ce que la Torah ?, qui détaille la place de la Torah orale.

Mains d’un scribe tenant une plume au-dessus d’une feuille de parchemin vierge, encrier posé à côté, lumière latérale

Le texte : transmission, massore et manuscrits

Les scribes et les massorètes

La Torah est recopiée à la main par des scribes (soferim) selon des règles précises, de sorte qu’un rouleau de Torah est, au détail près, le même partout. Pour les autres livres, les juifs de Tibériade, entre le VIIe et le Xe siècle de l’ère commune, ont mis par écrit ce que la transmission orale conservait : la massore (« la tradition »), qui note la vocalisation (le nikoud), la cantillation (les téamim), la ponctuation, et compte jusqu’aux lettres et aux mots. La famille de Ben Asher a été la plus célèbre de ces massorètes.

Maïmonide, au XIIe siècle, s’appuie sur le travail de Ben Asher pour trancher la forme des sections ouvertes et fermées de la Torah :

« Le codex sur lequel nous nous sommes appuyé pour ces questions est le codex connu en Égypte, qui comprend les vingt-quatre livres, et qui se trouvait à Jérusalem depuis plusieurs années pour qu’on corrige les autres livres d’après lui. Tous s’appuyaient sur lui, parce que Ben Asher l’avait corrigé, l’avait examiné avec minutie pendant de nombreuses années, et l’avait corrigé à de nombreuses reprises. »

(Michné Torah, Hilkhot Tefilin, Mezouza véSefer Torah 8, 4) — וְסֵפֶר שֶׁסָּמַכְנוּ עָלָיו בִּדְבָרִים אֵלּוּ הוּא הַסֵּפֶר הַיָּדוּעַ בְּמִצְרַיִם שֶׁהוּא כּוֹלֵל אַרְבָּעָה וְעֶשְׂרִים סְפָרִים שֶׁהָיָה בִּירוּשָׁלַיִם מִכַּמָּה שָׁנִים לְהַגִּיהַּ מִמֶּנּוּ הַסְּפָרִים וְעָלָיו הָיוּ הַכּל סוֹמְכִין לְפִי שֶׁהִגִּיהוֹ בֶּן אָשֵׁר וְדִקְדֵּק בּוֹ שָׁנִים הַרְבֵּה וְהִגִּיהוֹ פְּעָמִים רַבּוֹת

Ce texte est précieux pour deux raisons : Maïmonide désigne un codex complet de vingt-quatre livres comme référence, ce qui montre que le canon de vingt-quatre livres est, au XIIe siècle, un fait établi ; et il témoigne d’une chaîne de correction textuelle qui remonte à Ben Asher. Il n’est pas certain que le codex qu’il décrit soit celui qui nous est parvenu sous le nom de Codex d’Alep, que Maïmonide est dit avoir approuvé pour son exactitude, mais la tradition l’y identifie.

Les grands codices

Deux manuscrits tibériens dominent :

  • Le Codex d’Alep (vers 920, Tibériade), conservé pendant des siècles à la synagogue d’Alep puis gravement endommagé après les émeutes de 1947 : à sa réapparition en Israël en 1958, environ 40 % du manuscrit, dont la majeure partie de la Torah, manquait. Il est aujourd’hui au Sanctuaire du Livre, à Jérusalem.
  • Le Codex de Léningrad (1008 ou 1009, d’après son colophon), le plus ancien manuscrit complet de la Bible hébraïque en hébreu, qui sert de base à la plupart des éditions critiques modernes.

Ce que révèlent les manuscrits de la mer Morte

Les manuscrits de Qumrân, copiés entre le IIIe siècle avant et le Ier siècle de l’ère commune, ont fait remonter le texte de mille ans. Le grand rouleau d’Isaïe, découvert dans la première grotte de Qumrân vers 1947, est presque complet. La comparaison avec le texte massorétique montre une grande stabilité (les différences touchent surtout à l’orthographe et à des détails), mais aussi l’existence, à Qumrân, d’autres formes de texte pour certains livres. Les savants y voient la preuve que plusieurs « familles de textes » ont coexisté avant que l’une d’elles ne s’impose. Pour la tradition, cela confirme que la transmission, malgré quelques variantes, a conservé l’essentiel ; pour la critique, que le texte s’est fixé de manière progressive. Les deux lectures s’accordent sur le fait que le texte massorétique est remarquablement fidèle à ses prédécesseurs les plus anciens.

Du texte aux traductions

Le texte hébreu a été très tôt traduit : en grec (la Septante), en araméen (les Targoumim, voir plus haut). La pratique de traduire est elle-même ancienne : sous Ezra, la Torah est lue « de façon expliquée » (« mefourach », Nehemia 8, 8), ce que le Talmud comprend comme une traduction (Meguila 3a). À partir de là, on commente et on traduit sans cesse : la Torah est inépuisable dans la lecture.

Lire le Tanakh : liturgie, étude et usages

Une lecture publique

La Torah se lit à la synagogue le lundi, le jeudi et le Chabbat, selon un cycle de cinquante-quatre parachiot qui s’achève à Simhat Torah (voir Qu’est-ce que Simhat Torah ?). Ce cycle annuel est celui de Babylone, aujourd’hui universel ; en Terre d’Israël, selon le Talmud, la Torah était parcourue en trois ans :

« … pour les gens de l’Occident [Eretz Israël], qui achèvent la Torah en trois ans. »

(Meguila 29b) — לִבְנֵי מַעְרְבָא דְּמַסְּקִי לִדְאוֹרָיְיתָא בִּתְלָת שְׁנִין

Chaque semaine, on lit en plus un extrait des Prophètes (la haftara). Chaque fête a la sienne. La personne qui étudie en privé est tenue, selon le Talmud, de « compléter sa parasha avec la communauté » en lisant le texte deux fois et la traduction une fois : c’est la règle du chnayim mikra véèhad targoum (Berakhot 8a).

Les Tehilim, livre de prière

Le livre des Tehilim est un livre de la vie quotidienne : on le lit entier chaque semaine ou chaque mois dans de nombreuses communautés, on en récite des chapitres lors de moments de détresse, de deuil ou de maladie. Dans la prière, le Psaume 145 (« Tehila leDavid »), qui forme le cœur d’Achré, est récité trois fois par jour, car le Talmud promet à celui qui le dit trois fois par jour qu’il est assuré d’être « fils du monde futur » (Berakhot 4b).

Les usages qui varient

Les coutumes diffèrent entre communautés : les haftarot ne sont pas toujours les mêmes d’un rite à l’autre, la cantillation (la mélodie des téamim) change entre ashkénazes, séfarades, yéménites et autres, et la manière de lire les rouleaux, de se tenir, de placer le rouleau, varie. Ces variations touchent l’habillage de la lecture, non son contenu. Dans le monde hassidique, la parole du maître sur la paracha occupe une place centrale à côté de l’étude du texte. Aucun de ces usages ne modifie le texte lui-même, qui est le même partout.

Halakha, hagada, kabbale : quatre façons de lire

La tradition distingue plusieurs niveaux de lecture, et il importe de ne pas les confondre.

La halakha, ou la loi pratique. Le Talmud pose que l’interprétation de la loi appartient aux sages et non à une révélation nouvelle. L’épisode du « four d’Akhnaï », où une voix céleste donne raison à Rabbi Eliezer contre la majorité, en donne la formule :

« Rabbi Yehoshoua se dressa sur ses pieds et dit : “Elle n’est pas dans le ciel !” »

(Bava Metzia 59b) — עָמַד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עַל רַגְלָיו וְאָמַר: ״לֹא בַשָּׁמַיִם הִיא!״

Rabbi Yirmeya explique : la Torah a déjà été donnée au mont Sinaï, nous ne tenons plus compte d’une voix céleste, car il est écrit « se rallier à la majorité » (Chemot 23, 2). La Torah de Moché est un texte à lire et à interpréter, non à compléter ; l’expression vient de Devarim 30, 12.

Le sens simple (pchat). Le Talmud rappelle un principe fondamental : même quand un verset est lu de façon midrachique, il reste que « un verset ne sort pas de son sens littéral » :

« Un verset ne sort pas de son sens littéral. »

(Chabbat 63a) — אֵין מִקְרָא יוֹצֵא מִידֵי פְּשׁוּטוֹ

Le sens littéral reste donc toujours valable, à côté des lectures homilétiques. À propos d’un verset où l’expression est doublée, le Talmud explique encore que « la Torah a parlé le langage des hommes », c’est-à-dire que la répétition n’est pas toujours porteuse d’un enseignement particulier (Berakhot 31b).

La hagada et le mussar. Le Midrach et la lecture morale tirent du texte des leçons de vie, souvent en jouant sur les mots. Ils ne sont pas des lois : ils éclairent. Le Rav Benizri en donne des exemples tout au long de ses cours (voir plus bas).

La kabbale et le hassidisme. La tradition mystique complète ces lectures par un niveau secret (le sod). L’acronyme PaRDeS, formé de pchat (sens simple), remez (allusion), drach (interprétation) et sod (secret), est la manière la plus connue de ranger ces niveaux. Ils ne s’opposent pas : un enseignement de kabbale ou de hassidisme ne remplace pas la halakha, il s’y ajoute. Voir l’article Qu’est-ce que la kabbale ?.

Histoire, archéologie et critique moderne

Ce que l’archéologie a retrouvé

Plusieurs découvertes ont éclairé le monde du Tanakh. En 1979, les archéologues ont mis au jour, à Ketef Hinnom près de Jérusalem, deux petits rouleaux d’argent portant un texte proche de la bénédiction des cohanim (Bamidbar 6, 24-26), datés de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle avant l’ère commune : ils comptent parmi les plus anciens passages bibliques connus sur support écrit. Les manuscrits de la mer Morte, déjà évoqués, et les codices du Moyen Âge complètent le tableau. Pour la bénédiction des cohanim, voir l’article Qui sont les cohanim, les lévites et les israélites ?.

La critique des sources

À partir du XIXe siècle, une tradition universitaire, dont le plus célèbre représentant est Julius Wellhausen (Prolegomena zur Geschichte Israels, 1883, d’abord publié en 1878 sous le titre Geschichte Israels), a soutenu que le Pentateuque est le résultat de la fusion de plusieurs sources écrites distinctes (l’« hypothèse documentaire »). Cette théorie a été beaucoup remaniée, contestée et nuancée depuis, et il n’existe pas aujourd’hui de consensus sur son détail.

Il faut être clair sur ce point : le judaïsme orthodoxe rejette cette théorie, au nom de l’origine céleste de la Torah, qu’il tient pour un article de foi (Michna Sanhédrin 10, 1). Le Talmud lui-même s’interroge sur la rédaction des derniers versets (Bava Batra 15a), mais il le fait à l’intérieur de la foi en l’origine divine de la Torah, ce qui n’est pas la démarche de la critique moderne. D’autres courants juifs, comme les judaïsmes conservateur et libéral, accueillent plus ou moins largement les apports de la critique. Cet article n’a pas pour objet de trancher entre ces positions, mais de les distinguer : la science peut décrire les textes, la tradition les reçoit comme un don.

Une même histoire, deux lectures

Le Tanakh n’est pas un manuel d’histoire au sens moderne : il raconte l’histoire d’un peuple devant D’, avec ses choix et ses fautes, à partir d’une perspective particulière. L’archéologie et les sources extérieures (inscriptions, chroniques assyriennes et babyloniennes) permettent de recouper certains récits, mais pas tous. Le lecteur croyant y voit un récit d’alliance ; l’historien y cherche des faits. L’un n’empêche pas l’autre de lire attentivement.

Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri

Le Rav Raphaël Benizri n’a pas consacré de cours au Tanakh en général, mais il revient dans plusieurs de ses cours sur la manière dont les livres se répondent ; nous rapportons ce qui s’y trouve.

Le dernier mot du Tanakh. Dans son cours sur le livre de Ruth, le Rav relève que le Tanakh se ferme sur un mot de montée : « Le texte se ferme sur “qu’il monte” : quand on a fini le Tanakh, il faut encore procéder à une ascension d’être, et c’est ainsi que l’on entre dans le monde de l’infini. » Ce mot est le dernier de Divré haYamim, dans la proclamation de Cyrus qui autorise le retour d’exil :

« Qui, parmi vous, est de tout Son peuple ? Que l’Éternel, son D’, soit avec lui, et qu’il monte ! »

(Divré haYamim II 36, 23) — מִי־בָכֶם מִכׇּל־עַמּוֹ ה׳ אֱלֹהָיו עִמּוֹ וְיָֽעַל׃

Le Rav en tire une leçon : « Une Torah sans dimension messianique, sans dimension nationale, sans dimension sociale, sans dimension universelle n’a aucune raison d’être. » Il rappelle aussi que cinq rouleaux sont répartis sur l’année et que le seul qui se rattache mal à sa fête est Ruth, qui se lit à Chavouot. Voir le cours : Chavouot : le livre de Ruth et le hesed.

Les trois « Eikha ». Dans son cours sur le livre d’Eikha, le Rav relève qu’il y a « trois Eikha dans le Tanakh » : celui de Moché sur les divisions du peuple, celui de Yechayahou sur la cité devenue prostituée, celui de Yirmeyahou sur la solitude. Tous trois « remontent au ayeka adressé à l’homme : où es-tu ? » C’est une lecture qui fait dialoguer la Torah, les Prophètes et les Écrits, et que le Midrach connaît (Eikha Rabba 1, 1). Le Rav note aussi que, lorsque Yehezkel trace les plans du futur sanctuaire, il dessine ceux du troisième Temple et non du second. Voir le cours : Ticha beAv : le livre d’Eikha.

« Roch Hachana » dans le Tanakh. Dans son cours sur Yona, le Rav fait remarquer que, nulle part dans la Torah, les Neviim ou les Ketouvim, le premier Tichri n’est appelé Roch Hachana : on y lit Yom Terouah, le jour du chofar, ou Yom haZikaron, le jour de la mémoire. L’expression apparaît chez Yehezkel, appliquée au jour de Kippour :

« La vingt-cinquième année de notre exil, au début de l’année, le dix du mois… »

(Yehezkel 40, 1) — בְּעֶשְׂרִים וְחָמֵשׁ שָׁנָה לְגָלוּתֵנוּ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ

Le Talmud confirme que ce « début de l’année » tombe le dix du mois : c’est l’année du Yovel (Arakhin 12a). Voir le cours : Yom Kippour : le livre de Yona et la techouva.

Idées reçues sur le Tanakh

« Le Tanakh, c’est la Bible, point final »

Pas exactement. Le contenu est celui de la Bible hébraïque, mais l’ordre, la langue de référence et surtout la lecture sont différents. Le Tanakh se lit avec la Torah orale, en hébreu, et dans une chaîne de commentaires (Rachi, Ramban, Ibn Ezra et d’autres) qui sont imprimés à côté du texte dans les éditions rabbiniques. Une « Bible » lue sans cette tradition est un autre objet.

« Les juifs ne lisent que la Torah »

Faux. Tous les livres du Tanakh sont lus à la synagogue au fil de l’année : Torah chaque semaine, Prophètes en haftara, Psaumes en prière, Meguilot aux fêtes. Les Neviim et les Ketouvim ont un statut inférieur à celui de la Torah, notamment pour l’usage rituel d’un rouleau, mais ils appartiennent pleinement au corpus.

« L’Ancien Testament annonce Jésus »

C’est une lecture chrétienne que le judaïsme ne partage pas. Pour le judaïsme, les passages que les chrétiens lisent comme des prophéties de Jésus ont un sens dans leur contexte et ne désignent pas ce personnage. Voir l’article Le Messie dans le judaïsme.

« La Torah, c’est la loi, un code de règles »

Réducteur. Le mot veut dire « enseignement ». La Torah contient de la loi, mais aussi des récits, des généalogies, des chants, de la morale. Le décompte de 613 commandements est celui de la tradition rabbinique (Makkot 23b ; voir Que sont les 613 commandements ?).

« Les rabbins ont choisi les livres au Concile de Yavné »

Hypothèse popularisée au XIXe siècle, désormais largement abandonnée par les historiens (voir plus haut). Les discussions de Yavné sur Kohelet et le Cantique sont réelles, mais il n’y a pas eu de concile qui ait fixé le canon.

Questions fréquentes sur le Tanakh

Que signifie « Tanakh » ?

C’est un acronyme formé des initiales de Torah, Neviim et Ketouvim, les trois parties du recueil. Il désigne l’ensemble de la Bible hébraïque.

Combien de livres comporte le Tanakh ?

Vingt-quatre dans le comptage juif : cinq de Torah, huit de Neviim et onze de Ketouvim (Bava Batra 14b). Les chrétiens, qui séparent Chemouel, Melakhim, Divré haYamim, Ezra-Nehemia et les Douze, en comptent trente-neuf.

Qui a écrit le Tanakh ?

Selon la tradition, la Torah est de Moché, sous la dictée de D’, et les autres livres de prophètes, de rois et de sages inspirés, dont le Talmud donne la liste (Bava Batra 14b-15a). La critique moderne propose d’autres schémas, qui divergent beaucoup selon les écoles.

Quelle est la différence entre le Tanakh et la Torah ?

La Torah est la première partie du Tanakh : les Cinq Livres. Mais le mot « Torah » désigne aussi, plus largement, tout l’enseignement juif, écrit et oral.

Pourquoi le Tanakh finit-il par Divré haYamim et non par Malakhi ?

Parce que l’ordre du Tanakh suit celui de la tradition talmudique (Bava Batra 14b), non l’ordre chronologique des livres. Le Rav Benizri relève que le dernier mot du Tanakh est « qu’il monte » (Divré haYamim II 36, 23).

Peut-on lire le Tanakh en français ?

Oui, mais une traduction est toujours une interprétation. Le Talmud lui-même encourage la lecture du texte accompagnée de sa traduction araméenne (Berakhot 8a), et l’on étudie de préférence avec un commentaire classique comme celui de Rachi.

Que veut dire « les Écrits » (Ketouvim) ?

Ce sont les livres qui ne sont ni la Torah ni des livres de prophètes au sens strict : poésie, sagesse, histoire. Ils sont tenus pour inspirés : le Talmud dit par exemple d’Esther qu’elle a été « dite par l’esprit saint » (Meguila 7a).

Le Tanakh est-il lu en entier ?

Pas dans un seul cycle liturgique : la Torah est lue entièrement en un an, les Prophètes et les Écrits en extraits ou par rouleaux. Des études quotidiennes, comme le Tehilim hebdomadaire, complètent la liturgie.

Pour aller plus loin

Le Tanakh est le texte autour duquel tout le reste s’organise : prière, fêtes, loi, éthique. Pour poursuivre, voici quelques lectures sur le site.

Sources et références (29)
  • Chemot 23, 2 ; 34, 27
  • Bamidbar 6, 24-26
  • Devarim 4, 2 ; 30, 12 ; 34, 5 ; 34, 10
  • Nehemia 8, 8
  • Yehezkel 40, 1
  • Malakhi 3, 22
  • Divré haYamim II 36, 23
  • Michna Yadayim 3, 5
  • Michna Sanhédrin 10, 1
  • Talmud de Babylone, Berakhot 4b ; 8a ; 31b
  • Talmud de Babylone, Chabbat 14a ; 30b ; 63a
  • Talmud de Babylone, Yoma 9b
  • Talmud de Babylone, Meguila 3a ; 7a ; 9a ; 14a ; 29b
  • Talmud de Babylone, Guitin 60b
  • Talmud de Babylone, Bava Metzia 59b
  • Talmud de Babylone, Bava Batra 14b-15a
  • Talmud de Babylone, Sanhédrin 11a
  • Talmud de Babylone, Arakhin 12a
  • Eikha Rabba 1, 1
  • Rambam, Michné Torah, Hilkhot Yessodé haTorah 8, 1
  • Rambam, Michné Torah, Hilkhot Tefilin, Mezouza véSefer Torah 8, 4
  • Flavius Josèphe, Contre Apion I, 8 (division de Whiston)
  • Prologue du Siracide (Ben Sira), vers 117 avant l’ère commune ; article « Book of Sirach », Wikipedia
  • Codex d’Alep (vers 920) et Codex de Léningrad (1008 ou 1009) ; articles « Aleppo Codex » et « Leningrad Codex », Wikipedia
  • Manuscrits de la mer Morte ; article « Dead Sea Scrolls », Wikipedia
  • Heinrich Graetz (1871) et critique de la thèse du « concile de Yavné » ; article « Council of Jamnia », Wikipedia
  • Gabriel Barkay et al., rouleaux d’argent de Ketef Hinnom, découverts en 1979 (fin du VIIe ou début du VIe siècle avant l’ère commune)
  • Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels
  • Cours du Rav Raphaël Benizri : Chavouot : le livre de Ruth et le hesed ; Ticha beAv : le livre d’Eikha ; Yom Kippour : le livre de Yona et la techouva

Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.