À la synagogue, quand on sort le rouleau de la Torah, une voix appelle : « Que se lève le cohen ! » Puis vient le lévi, puis un israélite. Derrière ce rituel discret se cachent trois statuts transmis de père en fils depuis plus de trois mille ans, des familles qui servaient au Sanctuaire puis au Temple de Jérusalem, des noms de famille très répandus (Cohen, Lévy, Katz) et même des études de génétique. Que signifient ces trois catégories, d’où viennent-elles, et que changent-elles aujourd’hui ? Cet article part de la Torah, de la Michna, du Talmud, de Maïmonide et du Choulhan Aroukh, sépare la loi (halakha) de la lecture morale et mystique, puis confronte le tout à l’histoire et à la génétique.
La tradition juive distingue trois groupes. Les cohanim (au singulier cohen, « prêtre ») sont les descendants d’Aharon, frère de Moché, chargés du service du Sanctuaire. Les lévites (leviim) sont les autres membres de la tribu de Lévi, qui les secondaient comme gardiens, porteurs, chantres et enseignants. Les israélites (Israël) sont tous les autres. Le statut se transmet par le père ; il ne s’acquiert pas et ne s’achète pas, et nul ne peut « devenir cohen ». Ce n’est pas un classement de valeur morale mais une répartition de tâches sacrées, qui a laissé des traces concrètes, toujours vivantes : l’ordre des appels à la Torah, la bénédiction des cohanim, le rachat du premier-né, des interdits propres au cohen. Ce que les Sages en disent est parfois surprenant : un ignorant cohen ne passe pas avant un sage, quelle que soit sa naissance.
Les trois statuts en un coup d’œil
- Cohen (כֹּהֵן, pluriel cohanim) : homme descendant en ligne paternelle d’Aharon, premier grand prêtre. Il était chargé des sacrifices, de l’encens, de la bénédiction du peuple et de l’enseignement de la loi. Il est soumis à des règles de sainteté plus strictes que les autres juifs (Vayikra 21).
- Lévi (לֵוִי, pluriel leviim) : descendant en ligne paternelle de Lévi, fils de Yaakov, sans être cohen. Il était attaché au Sanctuaire : garde, transport, chant, enseignement. Il n’a pas reçu de territoire en Terre d’Israël (Bamidbar 18, 20-24).
- Israël (יִשְׂרָאֵל) : tout autre juif, descendant des onze autres tribus, ou converti. Le mot a deux sens : il désigne tout le peuple juif, et, dans cette classification, ceux qui ne sont ni cohen ni lévi. Le cohen et le lévi sont eux aussi « d’Israël » au sens large.
D’où viennent ces trois statuts ?
Lévi, fils de Léa
Lévi est le troisième fils de Yaakov et de Léa, qui lui donne ce nom en disant : « Cette fois mon mari s’attachera (yilavé) à moi » (Bereshit 29, 34). Ses fils sont Guershon, Kehat et Merari ; de Kehat naît Amram, père d’Aharon et de Moché (Chemot 6, 16-20). Les deux frères sont donc lévites, mais seule la descendance d’Aharon formera la famille sacerdotale. Les fils de Moché, eux, sont comptés parmi les lévites (Divré haYamim I 23, 14).
L’histoire de la tribu commence pourtant sur une note sombre. Au moment de sa bénédiction, Yaakov évoque la violence de Chimon et Lévi et conclut : « Je les diviserai dans Yaakov et je les disperserai en Israël » (Bereshit 49, 5-7). Rachi y lit que cette dispersion s’est faite « avec honneur » pour Lévi : sa tribu parcourait les aires de battage pour y recevoir les prélèvements (Rachi sur Bereshit 49, 7). La dispersion devient donc un service. Ce retournement est préparé au pied du Sinaï : après la faute du veau d’or, Moché se tient à la porte du camp et crie : « À qui est à l’Éternel, vers moi ! » ; « tous les fils de Lévi » se rassemblent autour de lui (Chemot 32, 26-29). C’est cette fidélité que Moché évoque dans sa bénédiction : « Ils ont observé Ta parole et gardé Ton alliance » (Devarim 33, 8-11).
La Torah donne ensuite une raison précise à la mise à part des lévites. Tous les premiers-nés d’Israël avaient été consacrés lors de la dixième plaie d’Égypte ; D’ prend les lévites à leur place :
« Moi, voici que J’ai pris les lévites du milieu des enfants d’Israël, à la place de tout premier-né, premier fruit du sein maternel parmi les enfants d’Israël : les lévites seront à Moi. »
(Bamidbar 3, 12) — וַאֲנִי הִנֵּה לָקַחְתִּי אֶת־הַלְוִיִּם מִתּוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל תַּחַת כׇּל־בְּכוֹר פֶּטֶר רֶחֶם מִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְהָיוּ לִי הַלְוִיִּֽם׃
Aharon et ses fils
Pour la prêtrise, le texte est direct : « Fais approcher de toi Aharon, ton frère, et ses fils avec lui, du milieu des enfants d’Israël, pour qu’ils Me servent comme prêtres » (Chemot 28, 1). La prêtrise est qualifiée de « statut perpétuel » (Chemot 29, 9), et la lignée sera confirmée à Pinhas, petit-fils d’Aharon, par un « pacte de prêtrise éternelle » (Bamidbar 25, 13). Dans un vocabulaire inattendu, D’ dit à Aharon : « Je fais de votre prêtrise un service de don » (Bamidbar 18, 7). Le cohen ne se l’approprie pas : il la reçoit.
La Torah ne cache pas le prix de cette proximité. Deux fils d’Aharon, Nadav et Avihou, offrent « un feu étranger » qui n’avait pas été ordonné ; un feu sort et les consume. Moché dit à Aharon : « C’est ce que l’Éternel a dit : par ceux qui M’approchent, Je serai sanctifié, et devant tout le peuple Je serai glorifié » ; « et Aharon se tut » (Vayikra 10, 1-3). La rébellion de Kora, un autre lévite, contre cette répartition se termine par le prodige du bâton d’Aharon, qui fleurit et porte des amandes (Bamidbar 16, 35 ; 17, 23).
Les cohanim
Qui est cohen ?
Le statut se transmet par le père. La Michna pose le principe pour tous les mariages valides :
« Partout où il y a mariage valide et sans transgression, l’enfant suit le mâle, c’est-à-dire le père : c’est le cas de la fille de cohen, de lévi ou d’israélite qui épouse un cohen, un lévi ou un israélite. »
(Michna Kidoushin 3, 12) — כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ קִדּוּשִׁין וְאֵין עֲבֵרָה, הַוָּלָד הוֹלֵךְ אַחַר הַזָּכָר. וְאֵיזֶה, זוֹ כֹהֶנֶת, לְוִיָּה וְיִשְׂרְאֵלִית שֶׁנִּשְּׂאוּ לְכֹהֵן וּלְלֵוִי וּלְיִשְׂרָאֵל
Quelques conséquences en découlent. Le fils d’un cohen et d’une israélite est cohen ; le fils d’une fille de cohen et d’un israélite est israélite. La fille d’un cohen, la bat cohen, n’est pas cohen elle-même mais garde un lien avec la prêtrise : la Torah précise qu’elle mange des prélèvements sacrés tant qu’elle n’est pas mariée à un non-cohen (Vayikra 22, 12-13). Le cohen reste cohen quoi qu’il fasse : s’il épouse une femme qui lui est interdite, l’enfant de cette union est un « profané » (halal), mais le père ne perd pas son statut (Michna Kidoushin 3, 12).
Peut-on le devenir ? Non. Un converti est israélite : il n’appartient à aucune tribu et n’a pas d’ancêtre cohen. Il n’existe pas non plus d’ordination qui fasse un cohen d’un israélite. Ce point distingue nettement le cohen du prêtre des Églises chrétiennes : on naît cohen, on ne le devient pas par un sacrement.
Comment sait-on qu’on est cohen ?
Dans la pratique, par la tradition de la famille : un homme sait qu’il est cohen parce que son père le lui a dit et l’a été avant lui. Cette transmission a toujours été le point fragile, et la Bible le sait. Au retour de l’exil de Babylone, des familles sacerdotales cherchent leur généalogie et ne la trouvent pas :
« Ceux-ci cherchèrent leur registre généalogique, mais il ne fut pas trouvé, et ils furent écartés de la prêtrise. Le gouverneur leur dit de ne pas manger des choses très saintes jusqu’à ce que se lève un cohen pour l’Ourim et le Toumim. »
(Ezra 2, 62-63) — אֵלֶּה בִּקְשׁוּ כְתָבָם הַמִּתְיַחְשִׂים וְלֹא נִמְצָאוּ וַֽיְגֹאֲלוּ מִן־הַכְּהֻנָּֽה׃ וַיֹּאמֶר הַתִּרְשָׁתָא לָהֶם אֲשֶׁר לֹא־יֹאכְלוּ מִקֹּדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים עַד עֲמֹד כֹּהֵן לְאוּרִים וּלְתֻמִּֽים׃
Plusieurs siècles plus tard, l’historien Flavius Josèphe affirme que ses ancêtres ont veillé à ce que la souche des prêtres reste sans mélange : le prêtre prenait la généalogie de sa femme dans les registres anciens et faisait appel à des témoins, et un catalogue des mariages sacerdotaux était tenu en Judée, en Égypte, à Babylone et partout où des prêtres vivaient (Contre Apion I, 30-36). C’est un témoignage utile, mais il émane d’un prêtre qui défend l’ancienneté de son peuple ; nous le citons comme source historique, non comme preuve.
Ce que fait le cohen
Le service du Temple. C’est la tâche première : offrir les sacrifices, brûler l’encens, arranger les lampes du Sanctuaire « du soir au matin » (Chemot 27, 21), veiller à la pureté du lieu. La Torah résume sa mission en deux verbes : « distinguer entre le sacré et le profane, entre l’impur et le pur » et « enseigner aux enfants d’Israël tous les décrets » (Vayikra 10, 10-11). Pour les sacrifices, voir notre article sur les korbanot, et pour le lieu, celui sur le Beit Hamikdash.
L’enseignement et le jugement. Le cohen est aussi un maître. Le prophète Malakhi le dit en une phrase :
« Car les lèvres du cohen gardent la connaissance, et c’est de sa bouche qu’on cherche la Torah, car il est l’envoyé de l’Éternel des armées. »
(Malakhi 2, 7) — כִּֽי־שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ־דַעַת וְתוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ ה׳־צְבָאוֹת הֽוּא׃
Dans les affaires trop difficiles pour les tribunaux locaux, la Torah envoie le plaideur « vers les cohanim lévites et vers le juge » du lieu choisi (Devarim 17, 8-9). Au retour de l’exil, Ezra, descendant d’Aharon, est présenté comme « scribe expert dans la Torah de Moché » (Ezra 7, 1-6) ; il « avait disposé son cœur à chercher la Torah de l’Éternel, à la pratiquer et à enseigner en Israël lois et jugements » (Ezra 7, 10).
Les prélèvements. Les cohanim n’ont pas d’héritage territorial. La Torah leur en donne la raison dans une phrase célèbre :
« L’Éternel dit à Aharon : Tu n’auras pas d’héritage dans leur pays, et il n’y aura pas de part pour toi au milieu d’eux ; Moi, Je suis ta part et ton héritage au milieu des enfants d’Israël. »
(Bamidbar 18, 20) — וַיֹּאמֶר ה׳ אֶֽל־אַהֲרֹן בְּאַרְצָם לֹא תִנְחָל וְחֵלֶק לֹא־יִהְיֶה לְךָ בְּתוֹכָם אֲנִי חֶלְקְךָ וְנַחֲלָתְךָ בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵֽל׃
Ils vivent donc des dons du peuple : la Torah énumère les « dons de la prêtrise » (Bamidbar 18, 8-20), que la tradition compte au nombre de vingt-quatre (Bava Kama 110b). Parmi eux figurent le prélèvement sur les récoltes (la terouma), le premier pétrissage (la halla), les prémices et le rachat du premier-né. Une partie de ces dons subsiste sans Temple : le rachat du fils premier-né est la plus visible (voir notre article sur le pidyon haben).
La bénédiction. Le texte de la bénédiction des cohanim est l’un des plus anciens de la Torah :
« Que l’Éternel te bénisse et te garde. Que l’Éternel fasse rayonner Sa face vers toi et te fasse grâce. Que l’Éternel porte Sa face vers toi et t’accorde la paix. »
(Bamidbar 6, 24-26) — יְבָרֶכְךָ ה׳ וְיִשְׁמְרֶֽךָ׃ יָאֵר ה׳ פָּנָיו אֵלֶיךָ וִֽיחֻנֶּֽךָּ׃ יִשָּׂא ה׳ פָּנָיו אֵלֶיךָ וְיָשֵׂם לְךָ שָׁלֽוֹם׃
Le verset suivant précise ce que fait le cohen : « Ils mettront Mon nom sur les enfants d’Israël, et Moi, Je les bénirai » (Bamidbar 6, 27). Le cohen n’est que le canal ; c’est D’ qui bénit. Cet usage est attesté de façon spectaculaire par l’archéologie : en 1979, l’équipe de l’archéologue Gabriel Barkay a retrouvé à Ketef Hinnom, près de la Vieille Ville de Jérusalem, deux minuscules rouleaux d’argent, datés de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle avant l’ère commune, qui contiennent une variante de cette bénédiction. Ce sont les plus anciens textes bibliques actuellement connus.
Les règles de sainteté du cohen
La proximité du sacré se paie en contraintes. La Torah les énumère au chapitre 21 de Vayikra, et la raison est donnée en une ligne :
« Tu le tiendras pour saint, car il offre le pain de ton D’ ; il sera saint pour toi, car Je suis saint, Moi l’Éternel qui vous sanctifie. »
(Vayikra 21, 8) — וְקִדַּשְׁתּוֹ כִּֽי־אֶת־לֶחֶם אֱלֹהֶיךָ הוּא מַקְרִיב קָדֹשׁ יִֽהְיֶה־לָּךְ כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי ה׳ מְקַדִּשְׁכֶֽם׃
Trois séries de règles en découlent.
- La mort. Le cohen ne doit pas se rendre impur au contact d’un mort, sauf pour ses plus proches : mère, père, fils, fille, frère, sœur vierge (Vayikra 21, 1-4), auxquels les Sages ajoutent l’épouse (Yevamot 22b). La halakha en tire que le cohen n’entre pas sous le même toit qu’un défunt (Choulhan Aroukh, Yoré Déa 371, 1) et qu’il évite le cimetière : quand un cohen enterre un proche, on le place au bord du cimetière pour qu’il n’y pénètre pas (Yoré Déa 373, 7 ; voir aussi 369, 1).
- Le mariage. Il ne peut épouser ni une femme « zona », ni une divorcée (Vayikra 21, 7). Le terme « zona » est pris en un sens technique, qui inclut la convertie (Choulhan Aroukh, Even Haézer 6, 8). Le grand prêtre doit épouser une vierge et ne peut pas épouser une veuve (Vayikra 21, 13-14).
- Le deuil. Le grand prêtre ne laisse pas flotter ses cheveux (ou, selon les traductions, ne se découvre pas la tête) et ne déchire pas ses vêtements, gestes habituels du deuil (Vayikra 21, 10).
Les ta’amé hamitsvot (raisons des commandements) se déploient sur plusieurs plans. Au plan le plus simple, le Sanctuaire est un lieu de vie et le cohen en est le serviteur : tout ce qui touche à la mort, à l’impureté ou à une relation non conforme s’éloigne de lui. Au plan moral, on lit dans ces règles l’idée que l’homme qui représente le peuple devant D’ ne s’appartient plus tout à fait. Les deux lectures sont des explications, non la loi ; la loi est qu’on s’y conforme même sans les comprendre.
Le grand prêtre
Le cohen gadol, « grand prêtre », est oint d’huile et revêt des vêtements particuliers (Vayikra 21, 10). Le grand jour de son service est Yom Kippour, quand il entre seul dans le Saint des Saints (Vayikra 16 ; voir Yom Kippour : le sens du jour du Grand Pardon). Pour la Michna, la couronne de la prêtrise est l’une des trois grandes couronnes d’Israël, mais elle n’est pas la première :
« Rabbi Chimon dit : il y a trois couronnes : la couronne de la Torah, la couronne de la prêtrise et la couronne de la royauté ; mais la couronne d’un bon nom les surpasse toutes. »
(Pirké Avot 4, 13) — רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר, שְׁלשָׁה כְתָרִים הֵם, כֶּתֶר תּוֹרָה וְכֶתֶר כְּהֻנָּה וְכֶתֶר מַלְכוּת, וְכֶתֶר שֵׁם טוֹב עוֹלֶה עַל גַּבֵּיהֶן
Les lévites
Une tribu consacrée au Sanctuaire
Le désert est la grande école de la tribu. La Torah leur confie le Tabernacle : « ils porteront le Tabernacle et tous ses ustensiles, et ils le serviront, et ils camperont autour du Tabernacle » (Bamidbar 1, 50-51). Ils sont placés « devant Aharon le cohen » pour le servir (Bamidbar 3, 5-10). Deux âges de service sont mentionnés : dès vingt-cinq ans (Bamidbar 8, 24) et de trente à cinquante ans pour le transport (Bamidbar 4, 3), l’âge de cinquante ans marquant la retraite du travail, non de l’aide (Bamidbar 8, 25-26).
Sous David, leur rôle se diversifie. Les Chroniques les dénombrent à trente-huit mille : vingt-quatre mille pour l’ouvrage de la Maison, six mille officiers et juges, quatre mille portiers et quatre mille chantres (Divré haYamim I 23, 3-5) ; les fils d’Assaf, d’Héman et de Yedoutoun « prophétisent avec des lyres, des harpes et des cymbales » (Divré haYamim I 25, 1). On retrouve leurs noms dans le livre des Psaumes : « de Assaf » (Tehilim 50, 1), « des fils de Kora » (Tehilim 42, 1).
Les lévites sont aussi des enseignants. Dans la bénédiction de Moché :
« Ils enseigneront Tes jugements à Yaakov et Ta Torah à Israël ; ils mettront l’encens devant Toi et l’holocauste sur Ton autel. »
(Devarim 33, 10) — יוֹרוּ מִשְׁפָּטֶיךָ לְיַֽעֲקֹב וְתוֹרָתְךָ לְיִשְׂרָאֵל יָשִׂימוּ קְטוֹרָה בְּאַפֶּךָ וְכָלִיל עַֽל־מִזְבְּחֶֽךָ׃
À l’époque d’Ezra, c’est ce qu’ils font à Jérusalem, lors de la grande lecture publique de la Torah : « les lévites faisaient comprendre la Torah au peuple, et le peuple restait debout à sa place » (Nehémia 8, 7).
Pas de terre, mais la part de D’
À la différence des autres tribus, Lévi n’a pas reçu de territoire (Devarim 10, 8-9 ; 18, 1-2). Il reçoit quarante-huit villes avec leurs pâturages, réparties au sein des autres tribus (Bamidbar 35, 2-3 et 35, 7 ; Yehoshoua 21, 1-3), et la dîme des produits du pays, appelée premier maasser, « en échange du service qu’ils accomplissent » (Bamidbar 18, 21 et 18, 24). Sur cette dîme, ils prélèvent à leur tour un dixième pour les cohanim (Bamidbar 18, 26).
Maïmonide, à la fin du traité de la septième année, donne la raison de cette condition, puis élargit la perspective avec un passage célèbre :
« Pourquoi Lévi n’a-t-il pas reçu de part dans l’héritage de la Terre d’Israël ni dans son butin, comme ses frères ? Parce qu’il a été mis à part pour servir l’Éternel, Le servir et enseigner à la multitude Ses voies droites et Ses jugements justes. »
(Rambam, Hilkhot Chemita véYovel 13, 12) — וְלָמָּה לֹא זָכָה לֵוִי בְּנַחֲלַת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּבְבִזָּתָהּ עִם אֶחָיו מִפְּנֵי שֶׁהֻבְדַּל לַעֲבֹד אֶת ה’ לְשָׁרְתוֹ וּלְהוֹרוֹת דְּרָכָיו הַיְשָׁרִים וּמִשְׁפָּטָיו הַצַּדִּיקִים לָרַבִּים
« Et non seulement la tribu de Lévi, mais tout homme, de tous les habitants du monde, dont l’esprit l’a poussé et dont l’intelligence lui a fait comprendre de se mettre à part pour se tenir devant l’Éternel, Le servir (…) celui-là est sanctifié comme saint des saints, et l’Éternel sera sa part et son héritage pour toujours. »
(Rambam, Hilkhot Chemita véYovel 13, 13) — וְלֹא שֵׁבֶט לֵוִי בִּלְבַד אֶלָּא כָּל אִישׁ וְאִישׁ מִכָּל בָּאֵי הָעוֹלָם אֲשֶׁר נָדְבָה רוּחוֹ אוֹתוֹ וֶהֱבִינוֹ מַדָּעוֹ לְהִבָּדֵל לַעֲמֹד לִפְנֵי ה’ לְשָׁרְתוֹ וּלְעָבְדוֹ … הֲרֵי זֶה נִתְקַדֵּשׁ קֹדֶשׁ קָדָשִׁים
Ce que Rambam dit là a un poids singulier : la prêtrise et le lévitisme sont héréditaires, mais la sainteté, elle, est offerte à tout être humain qui se met à part pour servir D’ et vivre droit.
Une tribu qui n’est pas revenue
Le Talmud conserve un souvenir amer. Lors du retour de Babylone, les lévites sont presque absents : la liste d’Ezra compte quatre mille deux cent quatre-vingt-neuf prêtres (973 + 1 052 + 1 247 + 1 017), mais seulement soixante-quatorze lévites (Ezra 2, 36-40). Quand Ezra rassemble les exilés au bord du fleuve Ahava, il constate : « Je ne trouvai pas là de fils de Lévi » (Ezra 8, 15). Le Talmud y voit la raison pour laquelle le premier maasser, à l’origine destiné aux lévites, a été en partie transféré aux cohanim : pour l’un des maîtres, ce fut une sanction pour ne pas être montés à l’époque d’Ezra (Yevamot 86b ; Houlin 131b). Un autre avis y voit une mesure pratique pour que les cohanim impurs aient de quoi manger (Yevamot 86b). La pratique de la dîme aujourd’hui est complexe et relève des consultations rabbiniques.
Le lévi aujourd’hui
Il reste deux usages sûrs : le lévi est appelé en deuxième à la Torah (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 135, 3) et il verse l’eau sur les mains des cohanim avant la bénédiction (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 128, 6). Les familles lévitiques et sacerdotales sont aussi dispensées du rachat du premier-né (Yoré Déa 305, 18). Les noms de famille Lévy, Lévi, Levine et Halévi trahissent souvent cette ascendance. Segal en est une autre : on y lit généralement les initiales de segan leviya, « adjoint des lévites », bien qu’une minorité de sources y voie segan lekehouna, « adjoint du cohen ». Ces indices ne sont que des indices.

Les israélites
Un nom pour tout le peuple
« Israël » est le nom donné à Yaakov après sa lutte nocturne : « Ton nom ne sera plus dit Yaakov, mais Israël, car tu as lutté avec des êtres divins et des hommes, et tu as vaincu » (Bereshit 32, 29). Les « israélites » forment donc d’abord tout le peuple, et dans la classification de cet article, le groupe majoritaire qui n’est ni cohen ni lévi.
À l’époque du Temple, les israélites n’étaient pas de simples spectateurs. Pour que le sacrifice quotidien soit celui de tout le peuple, les premiers prophètes ont institué vingt-quatre « gardes » : chaque semaine, une famille de cohanim, un groupe de lévites et une délégation d’israélites (le maamad) montaient à Jérusalem, tandis que les israélites de la même garde se rassemblaient dans leurs villes et lisaient le récit de la Création (Michna Taanit 4, 2).
Un royaume de prêtres
Au Sinaï, avant même de recevoir la Torah, tout le peuple est appelé à une vocation sacerdotale :
« Vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte. »
(Chemot 19, 6) — וְאַתֶּם תִּהְיוּ־לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים וְגוֹי קָדוֹשׁ
La phrase peut se lire de deux façons : tout Israël est un peuple qui a un rôle de prêtre pour les nations, et il comprend en son sein des cohanim qui le servent à son tour. Les deux niveaux s’emboîtent. C’est ce que le Rav Benizri exprime en disant que nous sommes de « petits cohanim pour l’humanité » (voir plus bas).
Aucune hiérarchie de mérite
Les Sages ont pris soin de ne pas faire de la naissance un titre de supériorité. La Michna fixe un ordre de préséance, mais pose aussitôt une condition :
« Le cohen passe avant le lévi, le lévi avant l’israélite (…). Quand cela ? Lorsqu’ils sont tous égaux. Mais si un mamzer est disciple de sages et un grand prêtre un ignorant, le mamzer disciple de sages passe avant le grand prêtre ignorant. »
(Michna Horayot 3, 8) — כֹּהֵן קוֹדֵם לְלֵוִי, לֵוִי לְיִשְׂרָאֵל … אֵימָתַי, בִּזְמַן שֶׁכֻּלָּן שָׁוִין. אֲבָל אִם הָיָה מַמְזֵר תַּלְמִיד חָכָם וְכֹהֵן גָּדוֹל עַם הָאָרֶץ
(Le mamzer est un enfant né d’une union interdite par la Torah ; il se situe, dans la Michna, tout en bas de l’échelle des statuts.) Le savoir passe avant la naissance. Ce principe se retrouve dans l’enseignement de Hillel : « Sois des disciples d’Aharon : aimant la paix et poursuivant la paix, aimant les créatures et les rapprochant de la Torah » (Pirké Avot 1, 12).
À la synagogue : ce que cela change aujourd’hui
L’ordre des appels à la Torah
C’est l’usage le plus visible. La Michna dit :
« Voici ce qu’on a institué pour les voies de la paix : le cohen lit en premier, puis le lévi, puis l’israélite, pour les voies de la paix. »
(Michna Guitin 5, 8) — וְאֵלּוּ דְבָרִים אָמְרוּ מִפְּנֵי דַרְכֵי שָׁלוֹם
L’institution a donc pour motif la paix : éviter que chacun se dispute les premières places. Le Talmud demande alors d’où l’on sait que le cohen passe avant, et répond par un verset :
« Rav Matana a dit : l’Écriture dit : “Moché écrivit cette Torah et la donna aux cohanim, fils de Lévi.” Ne sais-je pas que les cohanim sont fils de Lévi ? Mais le verset veut dire : d’abord le cohen, puis le lévi. »
(Guitin 59b) — אָמַר רַב מַתְנָה, דְּאָמַר קְרָא: ״וַיִּכְתּוֹב מֹשֶׁה אֶת הַתּוֹרָה הַזֹּאת וַיִּתְּנָהּ אֶל הַכֹּהֲנִים בְּנֵי לֵוִי״ – אַטּוּ אֲנָא לָא יָדַעְנָא דְּכֹהֲנִים, בְּנֵי לֵוִי נִינְהוּ? אֶלָּא כֹּהֵן בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר לֵוִי
Le verset cité est Devarim 31, 9. Le Choulhan Aroukh en fait une loi : « Le cohen lit en premier, puis le lévi, puis l’israélite » (Ora’h ’Haïm 135, 3). Quand il n’y a ni cohen ni lévi, on appelle des israélites.
La bénédiction des cohanim
Les cohanim montent à l’estrade (le douchan), sans chaussures (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 128, 5), après que le lévi leur a versé de l’eau sur les mains (128, 6), à condition qu’il y ait un minyan de dix hommes (128, 1). L’usage varie. Le Choulhan Aroukh, suivi par les séfarades, ne conditionne la bénédiction à aucune fête, alors que le Rema note que, dans les pays ashkénazes de son temps, on ne la donnait que les jours de fête, au moment de Moussaf (Ora’h ’Haïm 128, 44). En Israël, l’usage le plus répandu est la bénédiction quotidienne, y compris chez les ashkénazes ; chacun suivra la coutume de sa synagogue.
Le rachat du premier-né
Le père d’un fils premier-né de sa mère verse cinq sicles d’argent à un cohen pour le racheter (Bamidbar 18, 15-16 ; Choulhan Aroukh, Yoré Déa 305, 1). La dispense des familles sacerdotales et lévitiques dépend de la mère : le fils d’une femme cohenet ou lévia est exempt, même si elle a épousé un israélite (Yoré Déa 305, 18). Pour les cas particuliers, on consultera un rabbin. Voir le pidyon haben.
Un statut qui ne s’impose pas aux autres
L’orthodoxie maintient ces statuts. Dans le judaïsme libéral, ils sont souvent abandonnés ou interprétés autrement : la plupart des synagogues réformées et reconstructionnistes ont aboli les distinctions traditionnelles, au nom de l’égalité, et certains rabbins du mouvement conservative (massorti) accordent à la bat cohen le statut de son père, par exemple pour la première montée à la Torah ou pour la bénédiction. Cet article décrit l’usage traditionnel.
Histoire, archéologie, génétique
La prêtrise au fil du temps
La Bible présente les cohanim comme d’abord une seule famille, celle d’Aharon, qui se divise après la mort de Nadav et d’Avihou entre Elazar et Itamar. Au temps de David, le roi, Tsadok (de la lignée d’Elazar) et Ahimélekh (de celle d’Itamar) répartissent les cohanim en vingt-quatre classes (Divré haYamim I 24, 1-4). C’est ce système de « gardes » qui rythmera la vie du Temple jusqu’à sa destruction. Le Temple de Jérusalem est détruit une première fois en 586 avant l’ère commune, puis en 70 de l’ère commune ; depuis, les cohanim n’ont plus de service sacrificiel, mais la tradition a conservé leur statut.
L’histoire de la prêtrise n’est pas seulement religieuse : Hanouka naît d’une révolte menée par une famille de cohanim, les Hasmonéens : Matityahou, fils de Yohanan, était cohen, de la classe de Yoyariv (1 Maccabées, chap. 2), et la prière Al hanissim le nomme encore aujourd’hui. Le Rav Benizri y consacre un cours (voir plus bas).
Ce que dit la critique biblique
Les historiens critiques n’entendent pas tous ces récits comme la tradition. Depuis Julius Wellhausen (Prolegomena zur Geschichte Israels), beaucoup voient dans la distinction entre prêtres et lévites un développement qui se serait précisé au fil des siècles, notamment à l’époque du Premier Temple et après l’exil. La tradition juive, elle, lit l’ordre sacerdotal comme donné dès le désert. Les deux lectures ne se placent pas sur le même terrain : l’une reconstruit une histoire des textes, l’autre transmet une loi. Un lecteur qui pratique s’en tient à la seconde.
Ce que disent les gènes
Depuis un article de Karl Skorecki et de ses collègues publié dans Nature en 1997 (« Y chromosomes of Jewish priests »), on sait qu’une majorité des hommes qui se déclarent cohanim portent une signature caractéristique du chromosome Y, que l’on appelle l’« haplotype modal des cohanim » (Hammer et al., 2009). Une étude de 1998 (Thomas et al., Nature) a poursuivi cette recherche sur l’origine de la lignée sacerdotale. Une étude de 2009 (Hammer et al., Human Genetics), plus fine, porte sur 215 cohanim de communautés variées : ils portent 21 haplogroupes du chromosome Y, mais cinq d’entre eux regroupent 79,5 % des cohanim, et la lignée la plus fréquente (46,1 %), marquée par la mutation P58, est d’origine proche-orientale ; sa divergence est estimée à 3 190 ± 1 090 ans. Les auteurs concluent que la majorité des prêtres juifs contemporains descendent d’un petit nombre de lignées paternelles, ce qui s’accorde avec une origine commune ancienne, antérieure à la dispersion des communautés.
Pour les lévites, le résultat est plus nuancé. Environ 300 000 hommes se disent lévites ashkénazes, et les deux tiers descendraient d’un seul homme porteur d’une lignée dite R1a-Y2619. Mais en 2017 (Behar et al., Scientific Reports), le séquençage du chromosome Y décrit un ancêtre d’origine proche-orientale qui se réclamait lévite, dont la descendance s’est étendue il y a environ 1 743 ans, au rythme de l’expansion des autres fondateurs ashkénazes, « sans relation particulière » avec l’appartenance lévite. Ce marqueur-là ne remonte donc pas à la tribu de Lévi de la Torah, ce qui n’infirme pas pour autant la tradition : un marqueur ne dit rien des autres lignées.
Deux précautions s’imposent. La génétique n’établit pas le statut : la halakha se fonde sur la transmission familiale, non sur un test, et un résultat de laboratoire ne fait pas un cohen. Et ces études portent sur des populations, non sur une famille : elles montrent qu’une part des cohanim d’aujourd’hui partagent des ancêtres paternels communs très anciens, sans plus.
Halakha, lecture morale, lecture mystique
La halakha est tout ce qui précède : un statut héréditaire, des gestes précis (appels à la Torah, bénédiction, rachat du premier-né), des interdits (cimetière, mariage). Les décisionnaires tiennent à distinguer ce qui oblige de ce que l’on suggère.
La lecture morale (mussar, hagada) retourne le privilège : ce que le cohen reçoit par naissance, chaque juif peut le conquérir par ses actes. La Michna le dit (Avot 4, 13 ; Horayot 3, 8), Hillel l’exprime en demandant d’être « disciple d’Aharon » (Avot 1, 12), et Rambam en tire une sorte de manifeste : n’importe quel être humain peut être sanctifié comme saint des saints (Chemita véYovel 13, 13).
La lecture mystique (kabbale, hassidout) associe volontiers cohen, lévi et israélite à trois attributs divins (bonté, rigueur, harmonie), et la structure en trois à une loi générale de l’univers. C’est un langage symbolique, sans portée halakhique. Le Rav Benizri en tire une lecture d’ensemble dans son cours sur Pirké Avot 5 (voir plus bas).
Les usages. Ashkénazes, séfarades et hassidiques diffèrent surtout sur la fréquence de la bénédiction des cohanim (Rema, Ora’h ’Haïm 128, 44) ; dans le doute, on suit la coutume de sa communauté et on demande à son rabbin.
Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri
Le Rav Raphaël Benizri n’a pas consacré de cours à ce sujet précis, mais il y revient à plusieurs reprises dans ses cours publiés ; nous rapportons ce qui s’y trouve.
- Aharon, le cohen qui rapproche. Dans son cours sur Tetsavé, le Rav relève que le nom de Moché ne figure pas dans cette parasha et qu’Aharon prend les commandes : « Aharon est le Cohen, animé par l’amour du peuple, cherchant à rapprocher de la voie de Moché ceux qui étaient restés au bas de la montagne ». Ses fils « hériteront de cette prêtrise et du devoir d’éduquer » ; le mot Tetsavé veut dire à la fois attacher et éduquer. Voir le cours : Tetsavé : l’élévation de soi.
- Le cohen n’est pas dans la chaîne de la transmission. À propos de la première michna des Pirké Avot (Moché reçut la Torah du Sinaï…), le Rav explique que l’absence des cohanim n’est pas un oubli : « Ils bénéficient d’un filon d’hérédité : de père en fils, ils sont cohanim, et même un ignorant l’est. C’est un statut octroyé par la loi. Le cohen a la garde du rituel et de la connaissance de la loi, mais il ne peut pas être pour autant la référence de la Torah. » La chaîne de la michna passe en effet de Moché à Yehoshoua, aux anciens, aux prophètes et aux hommes de la Grande Assemblée, sans mentionner les cohanim (Pirké Avot 1, 1). Voir le cours : Pirkey Avot : la chaîne de la transmission.
- Sainteté reçue, sainteté voulue. Dans son cours sur Pirké Avot 5, 2, le Rav relève que le peuple, « instrument » de l’univers, se répartit entre cohen, lévi et israël, et que cette structure en trois se retrouve partout. À un participant, il explique que la sainteté obéit à un double mouvement : « Le cohen est saint de naissance, non parce qu’il est juste ou bon : cette sainteté lui a été octroyée, qu’il le veuille ou non » ; mais « il y a aussi un mouvement de bas en haut, une sainteté que nous voulons et qui engage le libre arbitre ». D’où la notion de peuple, « un royaume de prêtres et une nation sainte » : « nous sommes de petits cohanim pour l’humanité ». Voir le cours : Pirkey Avot : l’arithmétique de la Création.
- Le cohen, celui qui rapproche. Dans sa première étude sur Pessah, le Rav rapproche cohen de karov (« proche ») : le cohen est « l’éducateur du peuple, celui qui opère le rapprochement du monde matériel et du monde spirituel », ce qui est le sens du korban (« rapprocher »). C’est une lecture par la racine des mots (un derach), non une étymologie scientifique. Voir le cours : Pessah : par où commencer la Hagada ?.
- Hanouka et les cohanim. Dans son cours sur Hanouka dans l’histoire, le Rav inscrit la lutte des cohanim (les Hasmonéens) « dans le prolongement du veau d’or » : Aharon, le cohen, avait participé à sa confection, persuadé qu’il ne menaçait pas réellement l’avenir du peuple ; il revenait donc à ses descendants de reprendre ce combat et de le mener jusqu’au bout. Voir le cours : Hanouka dans l’histoire.
Idées reçues sur les cohanim, les lévites et les israélites
« Le cohen est un prêtre comme dans le christianisme »
Non. Le cohen n’est pas un intermédiaire sans lequel on ne pourrait pas prier, il ne confesse pas, ne célèbre pas de sacrement et n’est pas le guide spirituel de la communauté. Ce rôle revient au rabbin, qui n’est pas nécessairement cohen, ni même descendant d’une famille sacerdotale. La prêtrise était un service du Temple, à une époque où il existait ; aujourd’hui il reste un statut et des usages.
« Le cohen est plus saint ou meilleur que les autres »
Non plus. Il est tenu à une sainteté plus exigeante, mais la Michna refuse d’en faire un titre : un ignorant cohen gadol passe derrière un mamzer qui est un sage (Horayot 3, 8). Le Rav Benizri dit la même chose à sa manière : sa sainteté lui est « octroyée » à la naissance, non parce qu’il est juste.
« Tous les Cohen sont cohanim, tous les Lévy sont lévites »
Faux. Un nom ne prouve rien : beaucoup de Cohen ne sont pas cohanim, et beaucoup de cohanim ne portent pas ce nom. Katz en est l’exemple connu : il s’agit presque toujours des initiales de Kohen Tsedek, « prêtre de justice », mais tous les Katz ne descendent pas de prêtres. On a aussi proposé qu’Azoulay vienne des initiales d’un verset sur les unions interdites au cohen (Vayikra 21, 7), mais c’est une explication parmi d’autres.
« On peut devenir cohen en se convertissant ou en étudiant »
Non. Le converti est israélite, et la prêtrise ne se confère pas. Comme on l’a vu, la sainteté, elle, peut s’acquérir par l’étude et les actes (Rambam, Chemita véYovel 13, 13).
« Aujourd’hui, tout cela ne sert plus à rien »
Faux. Chaque Chabbat, des cohanim sont appelés les premiers ; chaque pidyon haben suppose un cohen ; et dans les communautés qui pratiquent le douchan, des cohanim bénissent le peuple. Les statuts sont l’un des rares liens vivants avec le service du Temple.
Questions fréquentes sur les cohanim, les lévites et les israélites
Qu’est-ce qu’un cohen en une phrase ?
C’est un juif de sexe masculin, descendant en ligne paternelle d’Aharon, qui a hérité d’un statut de service sacré : il n’exerce plus au Temple, mais garde des privilèges (première montée à la Torah, bénédiction du peuple, rachat du premier-né) et des interdits (cimetière, mariage).
Une fille de cohen est-elle cohen ?
Non. Elle est bat cohen et garde un lien avec la prêtrise, par exemple le droit de manger les prélèvements sacrés tant qu’elle n’épouse pas un non-cohen (Vayikra 22, 12-13). Les enfants suivent leur père : l’enfant d’une bat cohen et d’un israélite est israélite (Michna Kidoushin 3, 12).
Pourquoi le cohen est-il appelé en premier à la Torah ?
Les Sages l’ont institué « pour les voies de la paix » (Michna Guitin 5, 8) et le Talmud en cherche le fondement dans le verset « Moché écrivit cette Torah et la donna aux cohanim, fils de Lévi » (Guitin 59b ; Devarim 31, 9).
Pourquoi un cohen ne va-t-il pas au cimetière ?
Parce que la Torah lui interdit de se rendre impur au contact d’un mort, sauf pour ses plus proches parents (Vayikra 21, 1-4 ; Choulhan Aroukh, Yoré Déa 369, 1). La raison est le lien du cohen avec le Sanctuaire, lieu de vie. Pour assister à des funérailles, on consultera un rabbin.
Peut-on savoir par un test ADN si l’on est cohen ?
Non, pas au sens de la halakha. Un test peut indiquer qu’on porte une signature fréquente chez les cohanim, ce qui n’est pas équivalent à un statut. Le statut vient de la transmission familiale. En cas de doute, c’est à un rabbin qu’il faut poser la question.
Que fait un lévi aujourd’hui ?
Il est appelé en deuxième à la Torah et verse l’eau sur les mains des cohanim avant la bénédiction. Pour le reste, il est un israélite comme les autres.
Un israélite peut-il remplacer un cohen ?
Pour la Torah, si aucun cohen n’est présent, on appelle un israélite et on lit comme à l’ordinaire. En revanche, seul un cohen peut prononcer la bénédiction des cohanim (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 128, 1).
Pour aller plus loin
Les cohanim, les lévites et les israélites sont les trois « fils » d’une même histoire, celle d’un peuple qui apprend à se rapprocher du sacré. Pour poursuivre, voici quelques lectures sur le site.
- Qu’est-ce que le Beit Hamikdash, le Temple de Jérusalem ?
- Pourquoi des sacrifices (korbanot) dans la Torah ?
- Qu’est-ce que le pidyon haben, le rachat du premier-né ?
- Qu’est-ce que le Tanakh ? Torah, Prophètes et Écrits
- Qui est juif ? Et comment devient-on juif ?
- Le mariage juif : houppa, ketouba et verre brisé
- Yom Kippour : le sens du jour du Grand Pardon
- Glossaire des mots hébreux du judaïsme
Sources et références (35)
- Bereshit 29, 34 ; 32, 29 ; 49, 5-7
- Chemot 6, 16-20 ; 19, 6 ; 28, 1 ; 29, 9 ; 32, 26-29
- Vayikra 10, 1-3 ; 10, 10-11 ; 16 ; 21, 1-4 ; 21, 7-8 ; 21, 10 ; 21, 13-14 ; 22, 12-13
- Bamidbar 1, 50-51 ; 3, 5-10 ; 3, 12 ; 4, 3 ; 6, 22-27 ; 8, 24-26 ; 16, 35 ; 17, 23 ; 18, 7-8 ; 18, 15-16 ; 18, 20-21 ; 18, 24 ; 18, 26 ; 25, 13 ; 35, 2-3 ; 35, 7
- Devarim 10, 8-9 ; 17, 8-9 ; 18, 1-2 ; 31, 9 ; 33, 8-11
- Yehoshoua 21, 1-3
- Ezra 2, 36-40 ; 2, 62-63 ; 7, 1-6 ; 7, 10 ; 8, 15
- Nehémia 8, 7
- Divré haYamim I 23, 3-5 ; 23, 14 ; 24, 1-4 ; 25, 1
- Tehilim 42, 1 ; 50, 1
- Malakhi 2, 7
- Michna Kidoushin 3, 12
- Michna Guitin 5, 8
- Michna Taanit 4, 2
- Michna Horayot 3, 8
- Pirké Avot 1, 1 ; 1, 12 ; 4, 13
- Talmud de Babylone, Guitin 59b
- Talmud de Babylone, Yevamot 22b ; 86b
- Talmud de Babylone, Bava Kama 110b
- Talmud de Babylone, Houlin 131b
- Rachi sur Bereshit 49, 7
- Rambam, Michné Torah, Hilkhot Chemita véYovel 13, 12-13
- Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 128, 1 ; 128, 5-6 ; 128, 44 ; 135, 3
- Choulhan Aroukh, Yoré Déa 305, 1 ; 305, 18 ; 369, 1 ; 371, 1 ; 373, 7
- Choulhan Aroukh, Even Haézer 6, 8
- Flavius Josèphe, Contre Apion I, 30-36
- Karl Skorecki et al., « Y chromosomes of Jewish priests », Nature 385, 1997, p. 32
- Mark G. Thomas et al., « Origins of Old Testament priests », Nature 394, 1998, p. 138-140
- Michael F. Hammer et al., « Extended Y chromosome haplotypes resolve multiple and unique lineages of the Jewish priesthood », Human Genetics 126, 2009, p. 707-717
- Doron M. Behar et al., « The genetic variation in the R1a clade among the Ashkenazi Levites’ Y chromosome », Scientific Reports 7, 2017, art. 14969
- Gabriel Barkay et al., rouleaux d’argent de Ketef Hinnom, découverts en 1979 (fin du VIIe ou début du VIe siècle avant l’ère commune)
- Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels
- 1 Maccabées, chap. 2 (Matityahou le cohen, de la classe de Yoyariv) ; prière Al hanissim ; article « Mattathias », Wikipedia
- Article « Kohen », Wikipedia (surnoms, bat cohen, positions des mouvements non orthodoxes) ; article « Katz (surname) », Wikipedia ; article « Segal », Wikipedia
- Cours du Rav Raphaël Benizri : Tetsavé : l’élévation de soi ; Pirkey Avot : la chaîne de la transmission ; Pirkey Avot : l’arithmétique de la Création ; Pessah : par où commencer la Hagada ? ; Hanouka dans l’histoire
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.

