Vingt-cinq heures sans manger ni boire, des vêtements blancs, une synagogue pleine du soir au soir, et à la fin un seul son de chofar. Que se passe-t-il vraiment à Yom Kippour ? Pourquoi le traduit-on par « Grand Pardon », alors que le mot hébreu dit autre chose ? Sources, prières, lois et sens profond du jour le plus saint de l’année, éclairés par l’enseignement du Rav Raphaël Benizri.
Yom Kippour, le « jour des expiations », tombe le 10 du mois de Tichri, dix jours après Roch Hachana. C’est le jour le plus saint du calendrier juif. La Torah le décrit comme un jour où D’ efface les fautes de Son peuple : « Car en ce jour, on fera l’expiation pour vous, afin de vous purifier ; de toutes vos fautes, devant l’Éternel, vous serez purs » (Vayikra 16, 30). On le passe dans le jeûne, la prière et la techouva, mot qu’on traduit par « repentir » mais qui signifie littéralement « retour ».
Yom Kippour 5787 vient d’être célébré, du dimanche 20 au lundi 21 septembre 2026. Le prochain Yom Kippour, celui de l’an 5788, commencera le dimanche 10 octobre 2027 au soir et se terminera le lundi 11 octobre 2027 à la tombée de la nuit. Entre-temps, la leçon du jour ne se range pas au placard : on dit même que Souccot, qui commence quatre jours plus tard, en est la mise à l’épreuve.
Cet article fait le tour complet du sujet : ce que dit la Torah, ce que veulent dire les mots kippour et kappara, les cinq interdits du jour, les grandes prières de Kol Nidré à Neila, la lecture du livre de Yona, et la règle capitale selon laquelle Kippour ne répare pas les torts faits au prochain tant qu’on ne l’a pas apaisé. Tout au long, l’enseignement du Rav Raphaël Benizri vient approfondir ce que les textes posent.
Ce que dit la Torah
Trois passages de la Torah décrivent Yom Kippour, et un quatrième le nomme à propos du jubilé (Vayikra 25, 9). Le passage principal se trouve dans la parasha Aharé Mot (Vayikra 16). Il décrit le service du grand prêtre, le Kohen Gadol, qui entre ce jour-là seul dans le Saint des saints pour y faire l’expiation « pour lui, pour sa maison et pour toute l’assemblée d’Israël ». Le chapitre se termine par l’institution du jour pour toutes les générations : « Au septième mois, le dix du mois, vous affligerez vos personnes et vous ne ferez aucun travail […] ; c’est un Chabbat des Chabbats pour vous » (Vayikra 16, 29-31).
Le deuxième passage se trouve dans le calendrier des fêtes (Vayikra 23, 26-32). Il répète l’obligation de « s’affliger » et y ajoute l’interdit du travail, aussi strict que celui du Chabbat. Le troisième (Bamidbar 29, 7-11) décrit les sacrifices propres au jour. C’est ce dernier passage qu’on lit à la synagogue comme maftir, la lecture complémentaire du matin.
Au Temple, le service de Kippour comportait un rite célèbre : deux boucs identiques étaient tirés au sort. L’un était offert à D’, l’autre, le « bouc pour Azazel », était envoyé dans le désert après que le grand prêtre eut confessé sur lui les fautes du peuple (Vayikra 16, 8-10 et 21-22). Ce service est raconté en détail dans le traité Yoma de la Michna. Aujourd’hui, sans Temple, on en récite le récit à l’office de Moussaf : c’est la Avoda, moment où, dans beaucoup de communautés, l’assemblée se prosterne, comme le peuple le faisait lorsqu’il entendait le grand prêtre prononcer le Nom divin.
Kippour a aussi une origine historique. D’après la tradition (Seder Olam et Rachi sur Chemot 33, 11), Moshe est monté au Sinaï le premier jour du mois d’Elloul pour recevoir les secondes Tables de la Loi, après que les premières eurent été brisées à cause du veau d’or. Il est redescendu quarante jours plus tard, le 10 Tichri, porteur des Tables et de la nouvelle du pardon. Yom Kippour est donc, dès son origine, le jour d’une alliance renouvelée après la faute.
Kippour ne veut pas dire « pardon »
En français, on appelle ce jour le « Grand Pardon ». Le mot est beau, mais il n’est pas exact. En hébreu, le pardon se dit seliha ou mehila. Le mot kippour, lui, vient de la racine kaper, qui signifie « couvrir ». Le premier emploi de cette racine dans la Torah le montre bien : D’ demande à Noah d’enduire l’arche de bitume, « vekhafarta otah », « tu la couvriras » à l’intérieur et à l’extérieur (Bereshit 6, 14). La kappara, l’expiation, est d’abord une couverture, une protection qui empêche la faute de continuer à agir.
La Torah elle-même ne dit d’ailleurs pas « Yom Kippour », mais Yom HaKippourim, au pluriel (Vayikra 23, 27). Ce pluriel a beaucoup fait réfléchir. Le Rav Benizri en tire une leçon majeure, que nous verrons plus bas : Kippour est le jour où chacun « couvre » l’autre.
Les Sages distinguent trois niveaux, qui se complètent sans se confondre : la techouva, démarche de l’homme qui revient ; la seliha, le pardon qui lève la dette ; la kappara, l’expiation qui efface les traces laissées par la faute. Yom Kippour est le jour où ces trois dimensions se rejoignent.
La techouva : revenir, pas seulement regretter
Le mot techouva vient de chouv, « revenir ». Il ne dit pas d’abord la honte ou le remords, mais un mouvement : on s’était éloigné, on revient. Revenir vers D’, vers ses sources, et vers soi-même.
Le Rambam, dans ses Lois de la techouva, en donne une définition précise (Hilkhot Techouva 2, 2). Le fauteur abandonne sa faute, l’ôte de ses pensées et décide dans son cœur de ne plus la commettre. Il regrette le passé. Il en fait l’aveu à voix basse devant D’ : c’est le vidouy, la confession (Hilkhot Techouva 1, 1). La techouva complète, ajoute le Rambam, c’est lorsque la même occasion se présente à nouveau, dans les mêmes conditions, et qu’on s’abstient, non par peur ni par faiblesse, mais parce qu’on a changé (2, 1).
Le Rambam écrit aussi que chacun doit se considérer, toute l’année, comme si ses mérites et ses fautes étaient en équilibre, et le monde entier de même. Un seul acte peut alors faire pencher la balance, pour soi et pour le monde (Hilkhot Techouva 3, 4). C’est une idée que le Rav Benizri reprend à sa manière dans Elloul : le rôle de l’homme : tout repose sur le « je », chacun est un petit Avraham, et de même qu’un microbe insignifiant peut détruire une vie, un seul acte positif peut guérir un monde entier.
Le Talmud va plus loin encore (Yoma 86a-b). « Grande est la techouva, qui atteint jusqu’au Trône de gloire. » Et Reich Lakich enseigne : la techouva faite par crainte transforme les fautes volontaires en fautes involontaires ; la techouva faite par amour les transforme même en mérites, en zekhouyot. La faute, une fois comprise et dépassée, devient ce qui nous a fait grandir.
Enfin, la Michna pose une limite importante (Yoma 8, 8-9). Celui qui dit « je vais fauter, et Yom Kippour m’obtiendra le pardon » ne l’obtient pas. Kippour n’est pas un guichet automatique. Il expie avec la techouva, jamais sans elle.
Un midrach sur la faute : quatre réponses
Le Rav Benizri ouvre son cours Yom Kippour : le livre de Yona et la techouva par un midrach célèbre, rapporté notamment dans le Talmud de Jérusalem (Makot 2, 6). On demande à la Sagesse : le fauteur, quel est son sort ? Elle répond : « le mal poursuit les fauteurs ». On demande à la Prophétie : elle répond : « l’âme qui faute, elle mourra ». On demande à la Torah : qu’il apporte un sacrifice de culpabilité, et il sera pardonné. Et le Rav souligne la limite de cette réponse : celui qui n’a pas les moyens d’offrir le sacrifice reste sans remède. On demande enfin à D’ Lui-même, et Il répond : qu’il fasse techouva, et il sera pardonné.
Le Rav rattache ce midrach au verset des Tehilim : « D’ est bon et droit, c’est pourquoi Il montre aux fauteurs le chemin » (Tehilim 25, 8). Il ne veut pas la mort du fauteur ; Il veut qu’il revienne à lui-même et qu’il vive. Faire techouva, explique le Rav, c’est « décider de revenir à soi-même, revenir à ses sources, revenir à ses racines ».
Elloul, les dix jours, puis Kippour : une montée
Yom Kippour n’arrive pas d’un coup. Il est l’aboutissement d’une préparation de quarante jours. Le mois d’Elloul ouvre ce temps, avec les selihot, les prières de supplication. Puis Roch Hachana, le 1er et le 2 Tichri, proclame D’ Roi et ouvre le jugement. Viennent ensuite les Asseret yemé techouva, les dix jours de retour, dont Kippour est le sommet et la conclusion. Selon le Talmud (Roch Hachana 16b), trois livres sont ouverts à Roch Hachana : les justes y sont aussitôt inscrits pour la vie, tandis que le sort des « moyens » reste en suspens jusqu’à Yom Kippour. D’où la formule de la liturgie : on est inscrit à Roch Hachana, et scellé à Yom Kippour.
Le Rav Benizri décrit cette montée comme un changement de relation. Dans Elloul : le rôle de l’homme, il explique qu’à Roch Hachana, la relation avec D’ est comparable à celle d’un couple, qu’on prépare. À Kippour, elle devient une relation de père et de fils : « kerahem av al banim », « comme un père a pitié de ses enfants » (Tehilim 103, 13). Et il ajoute qu’un homme ne découvre la paternité qu’avec son premier enfant : c’est le premier-né qui donne aux parents le titre de père et de mère. Or, rappelle-t-il dans le même cours, Israël est appelé « Mon fils, Mon premier-né » (Chemot 4, 22). Puis vient Souccot : la maison est construite, mais au seuil, à la mezouza, et la Chekhina, la Présence divine, s’installe chez nous comme un familier.
Dans le même cours, le Rav lit le premier paragraphe du Chema comme une carte des fêtes : « quand tu te couches et quand tu te lèves », c’est Roch Hachana, où l’on ne doit pas s’endormir ; « quand tu es assis dans ta maison », c’est la soucca ; et « quand tu marches sur la route », c’est Kippour, parce qu’avec le don des secondes Tables, Kippour nous remet en chemin.
Dans Elloul et le cri du chofar, il rappelle que les quarante jours d’Elloul rejouent, chaque année, la remontée de Moshe après la faute du veau d’or. Et que cette faute n’appartient pas au passé : commettre la faute du veau, c’est s’accrocher à un aspect de la manifestation divine et s’y figer, s’installer dans une pensée qui ne bouge plus. La techouva de Kippour, c’est le contraire : accepter d’être refaçonné.
La veille de Kippour : manger, demander pardon, se préparer
La veille de Kippour, le 9 Tichri, n’est pas un jour ordinaire. Le Talmud enseigne que celui qui mange et boit le 9 est considéré comme s’il avait jeûné le 9 et le 10 (Berakhot 8b ; Yoma 81b). Manger ce jour-là est donc une mitsva, un commandement.
Plusieurs usages marquent cette journée :
- Demander pardon. Le Choulhan Aroukh (Orah Haïm 606, 1) demande de profiter de la veille de Kippour pour aller demander pardon à ceux qu’on a blessés. Nous y revenons plus bas.
- Les kapparot. Coutume ancienne, pratiquée aujourd’hui le plus souvent avec de l’argent donné à la tsedaka. Le Choulhan Aroukh la déconseille, le Rema l’approuve (Orah Haïm 605, 1) ; chacun suit l’usage de sa communauté.
- Le bain rituel. Beaucoup d’hommes se trempent au mikvé, par souci de pureté avant le jour saint.
- Le dernier repas. La seouda mafseket, le repas « d’interruption », se prend l’après-midi, avant le coucher du soleil. On y mange de façon nourrissante mais légère.
- La bénédiction des enfants. Avant de partir à la synagogue, de nombreux parents bénissent leurs enfants.
- L’allumage des bougies. On allume avec la bénédiction « lehadlik ner chel Yom HaKippourim » (et, si c’est Chabbat, « chel Chabbat veChel Yom HaKippourim »).
On entre dans le jeûne un peu avant le coucher du soleil, en ajoutant du temps profane au temps saint (Yoma 81b). Le jeûne dure ainsi environ vingt-cinq heures, jusqu’à la sortie des étoiles le lendemain soir.

Les cinq interdits du jour
La Torah demande de « s’affliger » ce jour-là (Vayikra 16, 29), sans préciser comment. La tradition orale, rapportée dans la Michna (Yoma 8, 1), en donne le contenu : cinq privations, qu’on appelle les cinq inouyim.
- Ne pas manger ni boire. C’est l’interdit principal : la Torah le sanctionne du karet, le retranchement (Vayikra 23, 29).
- Ne pas se laver. On ne se lave pas pour le plaisir. Le matin, on se rince seulement le bout des doigts.
- Ne pas s’oindre. Pas de crèmes, huiles ou parfums sur le corps.
- Ne pas porter de chaussures de cuir. On porte des chaussures de toile, de caoutchouc ou de tissu (Yoma 78b).
- S’abstenir de relations conjugales.
Pourquoi cinq ? Le Talmud (Yoma 76a) les rattache aux cinq mentions de « l’affliction » dans les passages de la Torah consacrés à ce jour ; d’autres y voient une correspondance avec les cinq sens. Le sens général est clair : pendant un jour, on suspend ce qui nourrit et embellit le corps. Non pas pour le mépriser, mais pour laisser toute la place à l’âme. Les Sages comparent l’homme à Kippour aux anges, qui ne mangent pas, ne boivent pas et se tiennent debout. C’est pourquoi on s’habille de blanc, et beaucoup d’hommes portent le kittel, un vêtement blanc qui rappelle aussi le linceul (Rema, Orah Haïm 610, 4).
Ces interdits ne sont jamais une mise en danger. Celui dont la vie ou la santé l’exige doit manger et boire : c’est une règle absolue de la Torah. Les enfants, les femmes enceintes ou qui allaitent, les malades et les personnes âgées ont des règles particulières. On consultera un rabbin compétent, et un médecin, bien avant le jour.
Les cinq prières du jour
Yom Kippour est le seul jour de l’année où l’on prie cinq offices : Arvit le soir, Chaharit le matin, Moussaf, Minha l’après-midi et Neila au coucher du soleil. Dans chacun, on récite le vidouy, la confession collective.
Kol Nidré : l’ouverture
L’office du soir s’ouvre par le Kol Nidré, sans doute le texte le plus connu de la liturgie juive. On sort les rouleaux de la Torah. L’officiant, entouré de deux notables, récite trois fois cette formule en araméen, d’une voix de plus en plus forte : tous les vœux et engagements que nous pourrions prendre sont déliés et annulés. Dans beaucoup de communautés, la formule vise les vœux de l’année qui vient, selon l’avis de Rabbénou Tam.
Juste avant, on proclame : « Avec l’accord du Tout-Puissant et l’accord de l’assemblée, […] nous permettons de prier avec les fauteurs. » Cette formule, attribuée au Maharam de Rothenbourg et rapportée par le Tour (Orah Haïm 619), ouvre la porte de la synagogue à tous. Personne n’est exclu de Kippour, et personne n’y entre en se croyant parfait.
Pourquoi ouvrir le jour le plus saint par l’annulation des vœux ? Parce que la parole est ce qui nous engage le plus, et ce que nous trahissons le plus facilement. Avant de demander pardon, on commence par dénouer les liens qu’on s’est imposés à la légère. Le soir de Kippour, on récite aussi à voix haute le verset « Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed », qu’on dit à voix basse toute l’année (Choulhan Aroukh, Orah Haïm 619, 2) : ce jour-là, nous sommes comme les anges.
Le vidouy : Achamnou et Al het
La confession prend deux formes. Achamnou, « nous avons fauté », suit les lettres de l’alphabet hébreu. Al het énumère, en une longue liste, les fautes commises « par la parole », « par la dureté du cœur », « par un regard orgueilleux », « par la calomnie ». On se frappe légèrement la poitrine, à l’endroit du cœur, à chaque mention.
Le vidouy est dit au pluriel. On ne dit pas « j’ai fauté » mais « nous avons fauté ». Chacun confesse aussi des fautes qu’il n’a peut-être pas commises lui-même, parce que tout Israël est responsable les uns des autres. On retrouve ici le pluriel de Kippourim.
Les treize attributs de miséricorde
Tout au long du jour, et surtout à Neila, on proclame les treize attributs de miséricorde que D’ a révélés à Moshe après la faute du veau d’or : « Hachem, Hachem, D’ miséricordieux et clément, lent à la colère, plein de bonté et de vérité… » (Chemot 34, 6-7). Le Talmud (Roch Hachana 17b) enseigne que D’ a montré à Moshe l’ordre de cette prière et lui a dit : chaque fois qu’Israël fautera, qu’ils la récitent devant Moi, et Je leur pardonnerai.
Le Rav Benizri insiste sur une condition. Ces attributs, explique-t-il dans Elloul : le rôle de l’homme, restent des notions abstraites si nous ne les transposons pas sur nous-mêmes. Si nous ne faisons pas nous-mêmes preuve de hessed, de bonté, il ne sert à rien de réciter des prières. Nous ne connaissons D’ qu’à travers ces attributs, comme on ne connaît une personne qu’à travers ses qualités : « tu Me verras de dos, mais Ma face ne sera pas vue » (Chemot 33, 23).
Les lectures du matin et de Moussaf
Le matin, on lit dans la Torah le récit du service du grand prêtre (Vayikra 16), puis le passage des sacrifices (Bamidbar 29, 7-11). La haftara, la lecture des Prophètes, est tirée de Yechayahou (57, 14 à 58, 14). Le prophète y lance une question brûlante : « Est-ce là le jeûne que J’aime, un jour où l’homme afflige sa personne ? […] N’est-ce pas plutôt ceci : délier les chaînes de l’injustice, partager ton pain avec l’affamé ? » (Yechayahou 58, 5-7). Au cœur du jour de jeûne, le prophète rappelle que le jeûne n’a de valeur que s’il transforme la conduite envers autrui.
À Moussaf vient l’Avoda, le récit du service du Temple. On y ajoute, dans de nombreuses communautés, le récit des dix martyrs, dix Sages mis à mort par les Romains.
Minha : les unions interdites et le livre de Yona
L’après-midi, on lit dans la Torah le chapitre des arayot, les unions interdites (Vayikra 18), selon le Talmud (Meguila 31a). Puis on lit, comme haftara, tout le livre de Yona, suivi des derniers versets du prophète Mikha (7, 18-20) : « Qui est un D’ comme Toi, qui pardonne la faute… Tu jetteras dans les profondeurs de la mer tous leurs péchés. »
Pourquoi lire les unions interdites ?
La question paraît étrange : au plus haut du jour saint, on parle des instincts les plus bas. Le Rav Benizri y voit une leçon de lucidité. Les luttes de l’homme, dit-il, ne changent pas de nature comme par magie parce qu’il a jeûné une journée et prié avec ferveur. Le lendemain, la vie continue. La techouva idéale, qu’on imagine atteindre d’un coup, n’est pas possible.
Ce qu’il faut alors, explique le Rav, c’est prendre une décision précise : choisir une faiblesse particulière qu’on veut surmonter, et décider qu’on ne cédera pas sur celle-là. S’accrocher à un aspect de la vie et vouloir le corriger, c’est la promesse de toutes les restaurations à venir. Une techouva concrète, limitée, tenue, vaut mieux qu’une grande résolution qui s’évapore à la sortie de la synagogue.
Le récit de Yona
Le livre de Yona tient en quatre courts chapitres. Yona fils d’Amitaï, un prophète connu aussi par le livre des Rois (Melakhim II 14, 25), reçoit l’ordre d’aller à Ninive, la grande capitale de l’Assyrie, pour annoncer sa destruction à cause de sa méchanceté. Au lieu d’aller vers l’est, il s’embarque à Jaffa pour Tarchich, à l’ouest, « loin de la face de l’Éternel » (Yona 1, 3).
Une tempête se lève. Les marins implorent chacun sa propre divinité. Yona dort au fond du navire. On tire au sort, et le sort tombe sur lui. Il demande qu’on le jette à la mer ; la mer se calme. Un grand poisson l’avale, et il y reste trois jours et trois nuits, d’où il prie (chapitre 2). Rejeté sur la terre, il reçoit une seconde fois l’ordre d’aller à Ninive. Cette fois, il y va, et proclame : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite » (3, 4).
Les habitants de Ninive croient, jeûnent, se couvrent de sacs, et le roi ordonne à chacun de « revenir de sa mauvaise voie et de la violence qui est dans ses mains » (3, 8). D’ voit leurs actes et renonce au mal annoncé (3, 10). Yona en est profondément contrarié. Il s’assoit hors de la ville ; D’ fait pousser au-dessus de lui une plante, un kikayon, qui lui donne de l’ombre, puis la fait sécher. Le livre se termine sur une question de D’ laissée sans réponse : « Et Moi, n’aurais-Je pas pitié de Ninive, la grande ville, où il y a plus de cent vingt mille êtres humains […] et des bêtes en grand nombre ? » (4, 11).
Ce que Yona enseigne sur la techouva
La Michna tire de ce livre une leçon fondamentale (Taanit 2, 1). Le verset ne dit pas que D’ vit leurs sacs et leur jeûne, mais « D’ vit leurs actes, qu’ils étaient revenus de leur mauvaise voie » (Yona 3, 10). Ce n’est pas le rite qui compte, c’est le changement. Le Talmud précise, à propos de « la violence qui est dans leurs mains », que même celui qui avait volé une poutre et l’avait intégrée dans son palais démolissait le palais pour la rendre (Taanit 16a).
Le livre enseigne aussi qu’on ne peut pas fuir D’, ni la mission qu’Il nous confie. Et que la techouva est ouverte à tous, même à une ville étrangère et violente. C’est une lecture universelle, au cœur du jour le plus juif de l’année.
La lecture du Rav Benizri : Yona, c’est Israël
Dans son cours Yom Kippour : le livre de Yona et la techouva, le Rav Raphaël Benizri propose une lecture profonde de ce livre. Il rappelle d’abord que toute la prophétie de Yona tient en cinq mots hébreux : « Od arbaïm yom veNinveh nehpakhet ». Tout le reste du livre est le récit autobiographique d’un homme aux prises avec la mission que D’ lui impose.
La colombe et la vérité. Yona veut dire « colombe ». Le Rav relie le prophète à la colombe de Noah, qui sort trois fois de l’arche : la première fois, elle ne trouve pas de repos et revient ; la deuxième, elle revient avec un rameau d’olivier, signe qu’il y a de l’espoir ; la troisième, elle ne revient plus, elle a gagné sa liberté (Bereshit 8, 8-12). Ces trois étapes se retrouvent chez Yona. Son père s’appelle Amitaï, de emet, la vérité. Yona voudrait que tout repose sur la stricte vérité. Mais la vérité seule exigerait une justice stricte, et, sous une justice stricte, le monde ne pourrait pas tenir. Il faut la bonté : « la justice et la paix s’embrassent » (Tehilim 85, 11).
Tarchich, ou la tentation du repli. Pourquoi fuir justement à Tarchich ? Le Rav rappelle que tarchich est aussi le nom d’une des pierres du pectoral du grand prêtre Aharon, où chaque tribu avait sa pierre, et qu’on suppose que Yona était de la tribu d’Acher, dont c’était la pierre. Envoyé vers l’est, il part vers l’ouest, vers le joyau de sa propre tribu. Il voudrait se confiner dans ce qu’il est, dans l’espace de sa tribu et de son peuple, et ne pas s’investir vers l’extérieur. Pourquoi ? Parce que la mission est trop lourde et les déceptions trop grandes. C’est, dit le Rav, la tentation de toujours : fuir la confrontation, fuir l’autre, parfois se fuir soi-même.
Le Rav explique encore que Yona ne fuit ni D’ ni sa conscience. Il voudrait que l’autre le suive sans condition. Il sait que D’ est miséricordieux et qu’Il renoncera à punir Ninive (Yona 4, 2) ; il aurait alors accompli une mission pour rien, et paru ridicule. « Ce sont des pensées, conclut le Rav, qui peuvent bien nous hanter le jour de Kippour. »
Israël, responsable du lien avec l’humanité. Ninive n’est pas une ville juive. Des nations, rappelle le Rav, on n’exige que les sept lois noahides, un canevas moral de base, sur lequel chacun brode sa voie. Mais celui qui doit veiller sur cette structure, c’est le peuple juif. « Et le peuple juif, c’est Yona. » Le Rav compare Israël à la halla, la part prélevée qui consacre toute la pâte : elle n’a de valeur que si elle continue à nourrir le reste. Il va jusqu’à dire que se replier dans son quartier, dans son enclave, en restant indifférent à la société qui nous entoure, est aussi une faute dont il faut faire techouva à Kippour.
« Ivri anokhi » : je suis un passeur. Sur le bateau, les marins, dont le Rav rappelle qu’on les compte au nombre de soixante-dix, comme les soixante-dix nations, crient chacun vers sa propre divinité. Yona, lui, est descendu au fond du navire et dort. C’était pourtant le moment de parler. Le capitaine le réveille : « Que fais-tu à dormir ? Lève-toi, invoque ton D’ ! » (Yona 1, 6). On lui demande : « Quel est ton métier ? D’où viens-tu ? Quel est ton pays ? » (1, 8). Le Rav relève que le verset dit melakha, qui évoque le malakh, le messager : « Quel est ton message ? » Yona répond : « Ivri anokhi, je suis Hébreu, et je crains l’Éternel, le D’ du ciel, qui a fait la mer et la terre » (1, 9). Ivri, c’est celui qui vient « de l’autre rive », comme Avraham venu d’au-delà du fleuve ; mais c’est aussi, de laavor, « faire passer », celui qui fait passer. Le Juif est le passeur, celui qui relie le ciel et la terre.
Ce qu’il n’a pas su transmettre passe par sa disparition. Jeté à la mer à sa propre demande, Yona apaise les flots, et les marins « craignent l’Éternel d’une grande crainte », Lui offrent un sacrifice et font des vœux (1, 16). Le Rav voit dans cette scène une image de l’histoire : les nations se sont approprié le D’ d’Israël en croyant supprimer Yona, et c’est ce qu’ont fait les grandes religions. Mais le peuple juif, s’il connaît des descentes jusqu’au chéol, le séjour des morts, n’en meurt pas. Jeté dans les eaux, il finit toujours par remonter.
Et la première leçon, pour le Rav, est de ne jamais désespérer. Même si l’on n’a avancé que d’un pas sur le kilomètre à parcourir, ce pas compte. Il cite les Maximes des Pères : « Ce n’est pas à toi d’achever l’ouvrage, mais tu n’es pas libre de t’y soustraire » (Pirké Avot 2, 16).

Le pardon entre les hommes
C’est peut-être la règle la plus importante de tout Kippour. La Michna (Yoma 8, 9) enseigne : « Les fautes de l’homme envers D’, Yom Kippour les expie. Les fautes de l’homme envers son prochain, Yom Kippour ne les expie pas, tant qu’il n’a pas apaisé son prochain. » Rabbi Elazar ben Azaria le déduit du verset lui-même : « devant l’Éternel vous serez purs » (Vayikra 16, 30), c’est-à-dire que seules les fautes « devant l’Éternel » sont effacées par le jour.
Concrètement, cela signifie :
- Réparer d’abord. Si l’on a causé un dommage ou pris quelque chose, il faut rembourser. Le Rambam précise que même après avoir payé, il faut encore apaiser la personne et lui demander pardon (Hilkhot Techouva 2, 9).
- Demander clairement. Le Choulhan Aroukh (Orah Haïm 606, 1) enseigne que si la personne ne pardonne pas la première fois, on revient une deuxième et une troisième fois, accompagné de trois personnes, en employant chaque fois une manière différente de l’apaiser.
- Nommer la faute. Le Rav Benizri insiste : en demandant pardon, il faut dire à l’autre exactement quel tort on lui a fait. Un « pardon pour tout » général ne suffit pas toujours.
- Savoir pardonner. Le Rambam écrit qu’il est interdit d’être cruel et de refuser de pardonner. Quand celui qui a fauté demande pardon, on doit pardonner de tout cœur et d’une âme sincère (Hilkhot Techouva 2, 10).
Rabbi Akiva conclut le traité Yoma par une parole d’espoir (Michna Yoma 8, 9) : « Heureux êtes-vous, Israël ! Devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux cieux. » Et il cite le prophète : « Mikvé Israël Hachem », « l’Espérance d’Israël, c’est l’Éternel » (Yirmeyahou 17, 13), que Rabbi Akiva lit aussi « le bain de purification d’Israël, c’est l’Éternel ». Comme le mikvé purifie celui qui s’y plonge, D’ purifie Israël.
Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri
Au-delà du livre de Yona, plusieurs cours du Rav Benizri éclairent le sens de Kippour. Voici les idées principales, fidèlement résumées.
Kippourim : le jour où l’on se couvre les uns les autres
Dans Souccot : de Kippour à la soucca de paix, le Rav part d’une observation de langue. Les fêtes juives portent un nom au pluriel, Chavouot, Souccot, Kippourim, à l’exception de Pessah et de Hanoucca. Pessah est au singulier, dit-il, parce qu’il n’y a pas de liberté collective : chacun doit s’arracher lui-même à ses conditionnements. Hanoucca aussi, parce que l’éducation se fait toujours à la mesure de chacun, « selon sa voie » (Michlé 22, 6).
Mais Kippour, lui, est au pluriel. « Kippourim ne veut pas dire pardon », souligne le Rav. Le pardon, c’est la seliha. Bien sûr, il faut demander pardon à D’ et à son prochain, mais ce n’est pas suffisant. Kaper, c’est couvrir : assurer la couverture de l’autre, être solidaire de lui, considérer son engagement comme m’engageant moi-même. Kippour est le jour où s’affirme la solidarité effective de tous les membres du peuple d’Israël, chacun prenant sa responsabilité pour l’autre. D’où le pluriel.
Deux questions au jour du jugement
Toujours dans ce cours, le Rav cite le Tanna devé Eliyahou : quand l’homme vient rendre ses comptes, on lui demande s’il a proclamé D’ Roi. Mais une seconde question est liée à la première : as-tu aussi reconnu la souveraineté de ton prochain ? L’une sans l’autre, dit le Rav, ne mène à rien. Le service de l’autre est même le lieu où se forge la foi en D’. Celui qui sépare le service de D’ du service de l’homme n’est pas encore sorti de son isolement.
Le Rav montre ce lien dans les Dix Commandements, gravés sur deux Tables qui se font face. « Je suis l’Éternel ton D’ » fait face à « tu ne tueras pas », car celui qui tue détruit l’image de D’ en l’homme. Ne pas prononcer le Nom de D’ en vain fait face à « tu ne voleras pas ». Le Chabbat fait face au faux témoignage. C’est la même logique que la Michna de Yoma : on ne peut pas être en règle avec D’ en restant en faute avec son prochain.
Couvrir ou effacer ?
Dans Elloul : le rôle de l’homme, le Rav développe une autre nuance du mot. Kaper, c’est couvrir, comme on passe une couche de peinture sur un mur sale pour cacher la tache. Mais la techouva va plus loin : elle permet d’effacer vraiment. Pourquoi ? Parce que la faute n’atteint pas l’essence d’Israël ; elle ne tache que son vêtement. L’âme, elle, reste intacte : c’est ce que nous affirmons chaque matin, « l’âme que Tu m’as donnée est pure ». Il suffit d’ôter ce qui la cache.
Dans le même cours, il cite l’enseignement du Talmud selon lequel les fautes volontaires deviennent des fautes involontaires, et même des mérites, par la leçon qu’elles nous ont donnée et qui nous fait aujourd’hui nous élever au-delà d’elles. Le nouveau cycle, dit-il, ne rompt pas avec le passé : il lui donne un autre sens.
Deux qualités de pardon
Dans Elloul : retrouver ses sources, le Rav distingue une techouva « inférieure » et une techouva « supérieure ». Face à un supérieur, on peut être pardonné sans être réintégré : « ça va, je te pardonne, mais je ne compte plus sur toi, tu as perdu ma confiance. » Et il y a un autre pardon : « tu as commis une faute grave, je te pardonne, et je te donne la possibilité de t’affirmer davantage. » C’est ce second pardon auquel nous aspirons à Kippour : celui qui ouvre une mesure supplémentaire de miséricorde pour aller de l’avant.
Kippour, tête de l’année et jour de liberté
Dans le cours sur Yona, le Rav fait une remarque surprenante. Nulle part dans la Torah, les Prophètes ou les Écrits, le premier Tichri n’est appelé « Roch Hachana » : il y est nommé Yom Terouah, le jour de la sonnerie, ou Yom HaZikaron, le jour du souvenir. L’expression « Roch Hachana » apparaît chez le prophète Yehezkel (40, 1), et le Talmud (Arakhin 12a) l’applique au jour de Kippour d’une année de jubilé. Pour le Rav, Kippour est en ce sens la vraie tête de l’année.
Il rappelle que c’est à Kippour, l’année du jubilé, qu’on sonnait le chofar pour libérer les esclaves et rendre les terres à leurs propriétaires (Vayikra 25, 9-10). Mais, dit-il, ce n’est pas d’abord la libération des autres qu’il faut penser. Tant que nous restons asservis à nos idéaux relatifs, à nos habitudes de vie et de pensée, nous ne sommes pas sortis de nous-mêmes. Kippour est le jour où l’on repense sa propre libération.
C’est pourquoi, dans Elloul et le cri du chofar, le Rav rappelle la Michna selon laquelle il n’y avait pas en Israël de jours aussi joyeux que le 15 Av et Yom Kippour (Taanit 4, 8). Kippour n’est pas un jour austère, explique-t-il, mais un jour de joie, parce qu’il ouvre à l’homme une autre voie : comme tous les esclaves sont libérés ce jour-là, l’homme accède lui aussi à sa propre liberté.
Neila : la fermeture des portes
Au coucher du soleil commence la cinquième prière, Neila, la « fermeture ». Le nom évoque la fermeture des portes du Temple à la fin du jour, et, dans la lecture traditionnelle, celle des portes du ciel. C’est le moment le plus intense de Kippour. Dans beaucoup de communautés, l’arche reste ouverte pendant tout l’office et l’on prie debout. Dans les prières, on ne dit plus « inscris-nous » mais « scelle-nous » dans le livre de la vie.
L’office se termine par des proclamations que l’assemblée crie d’une seule voix : une fois le « Chema Israël », trois fois « Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed », et sept fois « Hachem Hou HaElokim », « l’Éternel est D’ », la phrase que le peuple s’écria au mont Carmel devant le prophète Eliyahou (Melakhim I 18, 39). Puis retentit un long son de chofar, et l’on dit : « L’an prochain à Jérusalem ! »
Dans Souccot : de Kippour à la soucca de paix, le Rav Benizri donne à ce « Hachem Hou HaElokim » un sens profond. Le nom Elokim, qui apparaît trente-deux fois dans le récit de la création, correspond à la valeur numérique de lev, le cœur. C’est le nom des lois de la nature, de la cause et de l’effet, et donc d’un chemin qui mène, peu à peu, vers la mort. Le nom Hachem, lui, est celui du hessed, de l’amour. Proclamer à la fin de Kippour « Hachem, c’est Elokim », c’est dire que tout ce qui appartient à la nature doit passer dans la sphère de l’amour, seul capable de triompher de la stricte justice et de la mort.
Après Kippour : la preuve par la soucca
Le jeûne se termine à la sortie des étoiles, avec la Havdala, la prière de séparation entre le saint et le profane. Beaucoup ont l’habitude de réciter ensuite la bénédiction de la lune et de commencer, dès ce soir-là, à construire leur soucca (Rema, Orah Haïm 624, 5) : on passe d’une mitsva à une autre.
Dans le même cours, le Rav Benizri explique ce passage avec force. Dès la sortie de Kippour, dans la prière du soir, on dit déjà « pardonne-nous, car nous avons fauté ». Pourquoi ? Parce que tout ce que nous nous sommes promis, nous n’avons pas encore prouvé que nous allons le tenir. Il ne suffit pas d’avoir demandé pardon : il faut en donner la preuve au quotidien. C’est pourquoi on construit une soucca. On sort de sa maison, de ses habitudes, de ses certitudes ; on ouvre sa porte, et l’on se place à l’ombre de D’. Le verdict de Kippour, dit-il, n’est vraiment remis qu’à Hochaana Rabba, quand on a montré que la résolution était sincère.
La prochaine fête est donc tout près : Souccot 5787 commence le vendredi 25 septembre 2026 au soir. Pour la vivre comme la suite de Kippour, lire Pourquoi habite-t-on dans la soucca pendant sept jours ? et Les quatre espèces de Souccot, ou rejoindre la page Souccot.
Questions fréquentes sur Yom Kippour
Pourquoi dit-on « Grand Pardon » ?
C’est la traduction française traditionnelle. Le mot hébreu kippour signifie plutôt « expiation », de la racine « couvrir ». Le pardon au sens strict se dit seliha. Kippour inclut le pardon, mais va au-delà : il efface les traces de la faute et, selon le Rav Benizri, affirme la solidarité de chacun avec tous.
Que souhaite-t-on à Yom Kippour ?
Avant le jeûne, on se souhaite « Gmar hatima tova », « que le sceau soit bon », ou « Tsom kal », « un jeûne facile ». Beaucoup de Séfarades disent « Tizkou leChanim rabot ». On évite en général de se dire simplement « bonne fête ».
Kippour efface-t-il toutes les fautes ?
Non, pas automatiquement. Il expie avec la techouva, pas sans elle (Michna Yoma 8, 8). Et il n’efface pas les fautes envers le prochain tant qu’on ne l’a pas apaisé (Yoma 8, 9). Celui qui compte sur Kippour pour fauter tranquillement n’est pas pardonné.
Pourquoi lit-on le livre de Yona ?
Parce qu’il montre la puissance de la techouva : une ville entière, étrangère et violente, change de conduite et D’ renonce à la punir. Il enseigne aussi qu’on ne peut pas fuir D’ ni sa mission. Pour le Rav Benizri, Yona représente le peuple juif, chargé d’être le « passeur » entre le ciel et l’humanité.
Les enfants et les malades doivent-ils jeûner ?
Les enfants en dessous de l’âge des mitsvot (13 ans pour un garçon, 12 ans pour une fille) ne sont pas tenus au jeûne complet ; on les y habitue progressivement selon leur âge. Les malades, les femmes enceintes ou qui allaitent, et toute personne dont la santé est en jeu, doivent consulter un rabbin et un médecin : préserver la vie passe avant le jeûne.
Peut-on se brosser les dents ou porter des baskets ?
On ne porte pas de chaussures de cuir ; des chaussures en toile, en tissu ou en plastique sont permises. Pour le brossage des dents, l’usage répandu est de s’en abstenir, à cause de l’interdit de boire et de se laver. Pour tout cas particulier, on consultera un rabbin.
Pour aller plus loin
Yom Kippour n’est pas une parenthèse de vingt-cinq heures. C’est le moment où l’on remonte à la source, pour repartir avec des Tables neuves, taillées de nos mains. Le Rav Benizri le résume en une idée : ce n’est pas à nous d’achever l’ouvrage, mais nous ne sommes pas libres de nous y soustraire. Un pas, un seul, suffit pour commencer.
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Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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