Ce cours du Rav Raphaël Benizri, dédié aux otages encore retenus, part d’une observation de langue : les fêtes juives se disent au pluriel — Chavouot, Souccot, Kippourim — à l’exception de Pessah et de Hanoucca. Toute la leçon se déploie à partir de là.
Kippour n’est pas le jour du pardon mais celui de la kappara, de la couverture mutuelle ; et Souccot en est la preuve pratique, jusqu’à cette « soukkat chalom », cette cabane de paix que nous demandons chaque soir.
Ce que dit ce cours
Il n’y a pas de liberté collective. Pessah est au singulier parce que chacun prend sur lui-même de se libérer, de s’arracher à son conditionnement, tant extérieur qu’intérieur. Hanoucca l’est aussi, parce que l’éducation ne se donne jamais à un collectif : éduquer l’enfant selon sa voie, dit le roi Salomon dans les Proverbes, c’est adapter l’enseignement à la sensibilité et à la capacité de chacun.
Mais l’engagement dans la Torah est celui de tout un peuple, tel un seul homme, avec un seul cœur et une seule volonté. La Torah est le ciment de base du peuple juif : ôtez-la et rien ne garantit plus son unité — cette unité qui fait écho à celle que nous proclamons, « Ata Ehad ve-Chimekha Ehad ». Combien de nations se sont éteintes ? Le peuple juif ne pèse rien numériquement, et il est toujours là.
Kippour ne veut pas dire pardon. Ce qui veut dire pardon, c’est sli’ha. Kaper, c’est couvrir : assurer la couverture de l’autre, être solidaire de lui, considérer son engagement comme m’engageant moi-même. D’où le pluriel, Kippourim : le jour où s’affirme la solidarité effective de tous les membres du peuple d’Israël, chacun assumant sa responsabilité pour l’autre.
Deux questions attendent l’homme au jour du jugement. As-tu affirmé la souveraineté de D’ ? Et : as-tu affirmé la souveraineté de ton prochain ? L’une sans l’autre ne mène à rien. Le Rav lit les Dix Commandements en vis-à-vis : « Je suis l’Éternel ton D’ » face à « tu ne tueras point », le nom de D’ porté en vain face au vol, le Chabbat face au faux témoignage.
Elokim apparaît trente-deux fois dans le récit de la création — l’équivalent numérique de lev, le cœur, qui assure la parfaite répartition du flux de la vie. Ce nom est celui des lois de la nature, de la cause à l’effet, donc de la marche vers la mort. C’est pourquoi Kippour s’achève sur « Hachem Hou HaElokim » : faire passer ce qui relève de la nature dans la sphère de l’amour, seul capable de triompher et de la justice et de la mort.
La soucca, c’est la sortie du cocon. Après Kippour il ne suffit pas de demander pardon : il faut en donner la preuve au quotidien. On construit donc des cabanes — on sort de sa maison, de ses conditionnements, de ses convictions, on ouvre sa porte, et l’on se place à l’ombre de D’, sous les ananei hakavod, les nuages de la gloire.
Les quatre espèces ne valent rien, et valent tout. Hier elles ne valaient rien, après la fête elles ne vaudront plus rien ; pendant Souccot elles ont valeur de service de D’ et de l’homme. L’arava sans parfum ni goût, l’etrog tenté par la vie séparée, le loulav porteur de fruits mais sans parfum : chacun est appelé à partager ce qu’il a. C’est la fête universelle, celle que les nations voudront célébrer avec nous — mais leurs philosophies, dit le Rav, ont montré leur faillite dès qu’il s’agit de leurs intérêts immédiats.
Pourquoi la cabane, et non la maison. Le Maharal de Prague demande pourquoi l’on dit « soukkat David » et non « beit David » : une maison en ruine se rebâtit autrement, sur d’autres plans ; une cabane qui tombe se remonte à l’identique, comme un puzzle défait. Fragile au-dehors, elle reste très solide au-dedans.
« Oufros alenou soukkat chelomekha ». Chaque soir, dans Hachkivenou, nous demandons que D’ étende sur nous sa cabane de paix. Nos sages y voient une « gueoula arikhta », une délivrance prolongée : la protection est inhérente à la délivrance d’Israël, et c’est la nuit qu’on en a besoin. La kabbale rapproche « Essav » et « chalom », de même valeur numérique, 376 : la paix que proposent les nations est séparatiste, fractionnelle ; celle de Yaakov, celle d’Aaron porteur du hod, est unitaire — et c’est celle-là que Souccot proclame.
Transcription intégrale du cours
Pourquoi les fêtes juives sont au pluriel
[…] les otages parmi nous, ceux qui en restent, malheureusement. Et ce cours leur est dédié.
Vous avez probablement remarqué avec moi que les fêtes juives sont toujours au pluriel, à l’exception de Pessah et de Hanoucca. Chavouot, c’est un pluriel. Souccot, c’est un pluriel. Kippourim, c’est un pluriel. Pessah, non, c’est un singulier.
C’est dire que, s’agissant de la liberté, il n’y a pas de liberté collective. Chacun prend sur lui-même de se libérer, de s’arracher à son conditionnement, tant extérieur qu’intérieur.
Pour Hanoucca, il s’agit de l’éducation, et c’est là le fondement du judaïsme lui-même. Le tort que l’on a, c’est toujours de réduire l’enseignement à un ensemble, à un collectif. Or un enseignement idéal doit se mettre à la portée de l’élève, tel un précepteur chargé de l’éducation d’un enfant, parce que toutes les sensibilités ne sont pas les mêmes, et toutes les capacités non plus.
Éduquer un enfant selon sa voie, selon sa capacité, selon sa sensibilité : c’est ce que recommande le sage des nations, le roi Salomon, dans Michlei, dans les Proverbes. Adapter un enseignement à un enfant, c’est la meilleure façon de réussir l’éducation.
Donc c’est de personne à personne, […]. Il y a une implication de soi dans la conception de sa propre vie, dans la détermination de son projet, de son commencement, de ses objectifs, et chacun est jugé individuellement, ou se juge individuellement.
La Torah, ciment de l’unité d’Israël
Mais par contre, s’agissant de l’engagement dans la voie de la Torah, c’est […] tout le peuple qui est engagé, tel un seul homme, avec un seul cœur, une seule volonté. La Torah est le ciment de base de tout le peuple juif. Si vous enlevez la Torah, il ne restera plus rien qui puisse effectivement faire cette unité du peuple juif, laquelle équivaut, dans un certain sens, à l’unité même que nous proclamons.
« Ata E’had ve-Chimekha E’had » : Tu es Un et Ton Nom est Un, mais Ton peuple, lui aussi, est un. L’unité du peuple juif est fondamentale. Ce qui l’a garantie, ce sont les mêmes lois, les mêmes pratiques, les mêmes convictions. Ce qui fait que nous sommes toujours là. Combien de nations se sont éteintes ? Et le peuple juif ne représente rien numériquement, mais il est toujours présent.
Kippour n’est pas le pardon : c’est la couverture
Il est toujours présent parce que Yom HaKippourim, le jour de Kippour, est traduit par « le jour des expiations ». Quelle horreur ! Le jour du pardon. Très bien : je pardonne, vous vous pardonnez, c’est très bien, et chacun reste dans son coin. Mais Kippour ne veut pas dire pardon. Ce qui veut dire pardon, c’est sli’ha. Certes, il faut demander pardon. Vous demandez pardon à D’, pardon à votre prochain. Mais cela ne suffit pas.
Au-delà du pardon, il y a la kappara. Qu’est-ce que ça veut dire, kaper ? Couvrir, assurer la couverture de l’autre, être solidaire de l’autre, considérer l’engagement de l’autre comme m’engageant moi-même. Et de ce fait, le jour de Kippour, c’est le jour où s’affirme la solidarité effective de tous les membres du peuple d’Israël, chacun assurant la couverture de l’autre, chacun assumant sa responsabilité pour l’autre. Et c’est pour cela que c’est Kippourim, au pluriel. Le miracle s’est réalisé parce que le peuple a su affirmer sa solidarité, parce que kappara veut dire couverture.
Pourquoi ? Parce que nous considérons que l’homme qui s’est engagé dans la voie de la Torah a pris sur lui de répercuter cet enseignement, de le diffuser, de le partager, d’éduquer, de le faire rayonner. Et de ce fait, il croit en l’image de D’ portée par chaque homme. « Ki betselem Elokim assa et haadam » : l’homme créé à l’image de D’. Cela fait que nous ne pouvons jamais dissocier notre foi en D’, notre conviction juive, sans y associer l’autre.
Plus encore, le service de l’autre est véritablement le lieu où se forge ma foi en D’. Celui qui dissocierait le service de D’ du service de l’homme n’a pas encore quitté la sphère de l’idolâtrie.
Deux questions au jour du jugement
Nos sages disent que lorsque l’homme aura à rendre des comptes, on lui demandera s’il a véritablement cru au règne de D’, s’il a œuvré pour cela. […] Est-ce que tu as considéré le Créateur du monde comme ton roi ?
Certes, les prières des fêtes tournent autour de cette idée de la royauté de D’, de la reconnaissance de la royauté de D’. Mais à quoi finalement cela nous engage-t-il ? À être des serviteurs de D’. Et en tant que serviteurs, nous avons déjà vu que nous devons, qu’on le veuille ou non, obéir aux directives, à la volonté du maître. Sinon, il y a des sanctions, il y a des malédictions, il y a des pogroms, jusqu’à ce que nous acceptions la souveraineté de notre Maître.
Mais à quoi cela nous avance-t-il ? C’est pour cela qu’il est dit qu’il y a une deuxième question liée à cette première question : est-ce que tu as affirmé la souveraineté de D’ ? Et c’est : est-ce que tu as affirmé la souveraineté de ton prochain ? Affirmer la souveraineté de D’ sans affirmer celle de ton prochain, ou celle de ton prochain sans la souveraineté de D’, cela ne mène à rien, parce que la Torah, à sa source, a associé les obligations vis-à-vis de D’ avec les obligations vis-à-vis de l’homme. Elle les a mises en parallèle, elle les a enchevêtrées, de telle sorte qu’il est impossible de considérer une loi des Dix Commandements sans son vis-à-vis.
Les Dix Commandements en vis-à-vis
Par exemple, d’un côté « Je suis l’Éternel ton D’ », et de l’autre « Tu ne tueras point ». Parce que celui qui tue a réduit effectivement l’image de D’ qui est en l’homme. Et il en est de même de celui qui viole l’intimité de son prochain : c’est comme s’il pratiquait un culte de l’idolâtrie, comme si, en fin de compte, il associait à D’ une autre croyance.
Et il en est de même de « lo tignov », tu ne voleras pas, et de « ne porte pas le nom de D’ en vain ». Si tu attentes à la propriété de ton prochain, alors tu es en train de contester la distribution des richesses de ce monde telle que D’ l’a conçue, puisque nous sommes nés sous des étoiles différentes, qu’on le veuille ou non. Nous n’avons pas un héritage commun. À la base, le communisme voulait qu’il y ait une solidarité effective entre les hommes et une interdépendance des uns des autres, et que cela soit géré plus par l’amour que par la tyrannie.
Le Chabbat, et porter un faux témoignage contre son prochain : c’est la même chose. Celui qui profane le Chabbat, c’est comme s’il portait un faux témoignage sur son prochain. Et son prochain, c’est d’abord celui qui lui a donné la vie, son Créateur. C’est Lui qui a instauré le Chabbat pour lui, c’est Lui qui lui a insufflé une âme spirituelle. Il y a donc effectivement un lien étroit, inséparable, entre les obligations envers D’ et les obligations envers l’homme.
Elokim, les lois de la nature et la sphère de l’amour
Et ce qui commande cela, c’est Elokim. Vous savez combien de fois il y a le mot Elokim dans le récit de la création ? Trente-deux fois, l’équivalent de lev, le cœur, qui assure la parfaite répartition de l’énergie, du flux de la vie, de l’équilibre.
Or ce mot Elokim est contraignant, parce qu’il est lié aux lois de la nature. Ces lois de la nature sont de cause à effet, déterminées, et là, ma foi, dès que nous arrivons à la vie, nous nous acheminons petit à petit vers la mort. Or ce n’est pas le but, de mettre des enfants au monde pour les voir, has vechalom, disparaître. Non, nous croyons que chacun a un rôle à remplir et que chacun est porteur d’une parcelle de l’image de D’. Et c’est celle-là qui commande réellement notre relation, et avec D’ et avec le monde.
Et c’est la raison pour laquelle nous avons achevé le jour de Kippour sur la répétition de cette phrase : « Hachem Hou HaElokim ». Pourquoi ? Pour dire que ce qui relève de l’image de D’ en l’homme, conditionné par la création, il faudrait la faire passer, la verser dans la sphère de l’amour. Et c’est par l’amour que nous pouvons effectivement triompher, et de la justice, et de la mort.
Mais il arrive qu’à Roch Hachana, effectivement, ceux qui sont les tsadikim gmourim, les justes, eh bien eux sont condamnés à la vie. La vie leur appartient. Nous avons déjà dit que, pour nous, la vie est pétrie de ce monde-ci et du monde à venir. Et ce monde-ci est aussi pétri du passé dans le présent. C’est la raison pour laquelle la vie se dit ’hayim, au pluriel. Il n’y a pas de vie au singulier. On ne peut pas dissocier la vie d’ici-bas de la vie de l’au-delà, et on ne peut pas dissocier la vie de l’au-delà de la vie d’ici-bas. Les deux vont de pair.
De la théorie à la soucca
Mais pour ce faire, il ne faut pas rester dans le monde de la théorie. Il faut une application au quotidien. […] Quand on a commis une faute envers son prochain, il ne suffit pas de lui demander pardon : il faut lui signifier ce par quoi nous avons fauté à son égard. Il faut faire étalage de ses propres fautes, pour voir si, en réalité, à la sortie de Kippour, nous avons pris la bonne mesure, et que nous ne nous sommes pas considérés comme ayant droit à la vie, mais que nous avions réellement à prouver notre engagement vis-à-vis du prochain.
Qu’est-ce qu’on fait ? On va construire des souccot, on va construire des cabanes. Les cabanes, c’est plus réel, parce qu’on sort de notre cocon, on sort de notre maison, on sort de nos conditionnements, on sort de notre boîte, on sort de nos convictions, on les étale au grand jour et on les met en pratique. On ouvre sa porte, on ouvre sa maison, et en même temps on se place à l’ombre, à l’abri de D’.
Ananei hakavod : ce sont les nuages de la gloire, parce que nous croyons que, finalement, nous sommes tous placés sous la même enseigne et que nous ne pouvons pas faillir à nos devoirs. Et c’est particulièrement la fête de Souccot que les autres veulent fêter avec nous. C’est la fête universelle.
La fête universelle et les quatre espèces
À l’avenir, les nations se présenteront pour dire : nous aussi, nous portons l’amour de l’humanité en nous, nous avons des philosophies au service de l’homme, alors nous aussi nous avons nos souccot. Oui, mais malheureusement, quand il s’agit de faire preuve de cette philosophie et de la mettre en exécution, nous sommes en train de constater à quel point ces philosophies ont fait faillite, elles qui ont mis l’homme, disons, à l’apogée de tout. Et quand il s’agit de leurs intérêts immédiats, toutes ces théories ne valent absolument rien.
Et là, aujourd’hui, baroukh Hachem, le peuple juif, lui, a conservé tant bien que mal ses valeurs, et il les restitue dans une certaine mesure. Sa couverture est assurée […] par ces quatre espèces que nous prenons, où ceux qui portent des fruits, ceux qui donnent un parfum, sont tous reliés pour la louange de l’Éternel.
Nous les prenons en main. Elles ne représentent rien. Hier, elles ne valaient absolument rien. Aujourd’hui, elles ont valeur de service de D’ et de l’homme, par leur symbole. Après la fête, elles ne représenteront plus rien. Ce qui est important, c’est que pendant la fête de Souccot, on l’a dit, on l’a crié avec ces quatre espèces : nous avons aimé, nous avons triomphé. Ce sont là nos épées, ce sont là nos armes.
C’est cette arava, ce saule, qui n’a ni parfum ni goût, et pourtant il est associé à ce service divin. Et le etrog, qui a une tendance à l’indépendance, à vivre séparément, comme le ferait un tsadik ou un hassid, pour ne pas être en quelque sorte entraîné par le mouvement. Non, lui aussi est là pour diffuser son parfum et le partager avec les autres, ses actions, ses pensées. Et c’est le loulav : il est porteur de fruits, il n’a aucun parfum. Lui aussi, ce qu’il peut donner, son fruit, il le partage avec les autres.
Pourquoi la pitka tava n’arrive qu’à Souccot
[…] à Kippour, finalement, ceux qui se sont considérés comme étant […], cela me rappelle que ce jour réalise cette unité de toutes les tendances, dans une même synagogue, avec un même livre de prière, avec, disons, un service commun.
Nous avons réussi cela, et nous avons notre inscription pour la vie. Or nous sommes toujours en train de demander une pitka tava, un bon billet. Nous n’avons pas encore décroché le ticket. Ça traîne encore jusque-là. Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ?
Pourquoi […] que le jour de Kippour ne soit qu’un simple élan dans cette piété du jour, dans ce service divin, dans ce conditionnement spirituel. Nous avons effectivement vécu une élévation de l’âme, mais peut-être qu’à la sortie de Kippour, pour certains, elle est passée et il n’en subsiste plus rien. Puisqu’à la sortie de Kippour, on est là en train de dire : nous avons péché. Comment, nous avons péché ? Nous venons justement de passer ce qu’il faut. […] dans la mesure où tout ce que nous avons promis, nous n’avons pas encore montré au Père que nous allons le conserver.
Alors pourquoi traînons-nous, en fait, jusqu’à Souccot ? Parce qu’il y a dans la prière ce qu’on appelle une gueoula et une chemira : une libération et une conservation. Rien ne sert d’avoir un état si nous ne savons pas le conserver. Rien ne sert de bénéficier ou d’atteindre un degré sans savoir s’y maintenir.
Les bénédictions du Chema et la prière de Hachkivenou
Alors à quel moment nous prend cette volonté de conservation ? Vous savez, il y a toujours autour du Chema trois bénédictions. La première bénédiction est universelle, elle rend hommage au D’ de la création. La deuxième bénédiction est un hommage à Celui qui a choisi, au sein de l’humanité, le peuple d’Israël. Et la troisième bénédiction, « Gaal Israel », c’est Celui qui assure la libération d’Israël.
Alors dans Arvit, il y a aussi le Chema, mais il y a deux bénédictions avant et deux bénédictions après. La bénédiction d’avant est, encore une fois, une action de grâce universelle au Créateur du monde. La deuxième, « Ohev amo Israel », est un hommage à Celui qui aime Son peuple d’Israël. Et la troisième, « Gaal Israel », Celui qui a libéré le peuple d’Israël. Mais il y en a une quatrième : c’est « Hachkivenou ». Et là on demande à D’ de nous épargner toute misère, toute épreuve, et de nous assurer une protection. Et nous concluons par « Chomer amo Israel laad », Celui qui assure la protection d’Israël, la conservation d’Israël.
Mais dans cette bénédiction, il y a « Oufros alenou soukkat chelomekha » : étends sur nous Ta cabane de paix, Ta soucca de paix. Ce n’est qu’une cabane. C’est pourquoi, attention, dit le Maharal de Prague : pourquoi dit-on « soukkat David » et non pas « beit David » ?
Il dit : quand on parle de la maison de David, quand la maison tombe en ruine, alors il faut bâtir la maison à nouveau. Et bâtir la maison à nouveau, ce n’est jamais la même chose, c’est différent. Lorsqu’on construit, on va changer les plans, on va changer l’infrastructure. Mais une cabane, quand elle tombe, on la remet. Il s’agit simplement d’un puzzle qui a été défait, on va le refaire, et c’est toujours la même cabane, c’est toujours la même soucca. C’est pour cela qu’on parle de « soukkat David ». La cabane de David, c’est une cabane de protection qui est toujours la même.
Alors, la question : pourquoi cette cabane n’est-elle là que le soir, dans Arvit ? Nos sages se sont posé la question, car en principe il ne doit pas y avoir d’interruption entre gueoula et tefila, entre la bénédiction sur la délivrance et la prière proprement dite. C’est un moment où nous nous isolons chacun avec Lui, dans le silence.
Mais ceci n’a pas été respecté pour Arvit, puisque les hommes de la Grande Assemblée ont ajouté la prière de Hachkivenou. Hachkivenou est une quatrième bénédiction, et ils se sont posé la question : pourquoi ici la règle n’est-elle pas d’application ? Ils ont répondu par l’affirmative : oui, la règle est d’application, c’est considéré comme une « gueoula arikhta », une longue délivrance, comme s’il n’y avait qu’une seule bénédiction qui était prolongée.
La conservation, inhérente à la délivrance
C’est donc que la conservation, que la protection, est associée, inhérente même, à la délivrance du peuple juif. Et on n’a besoin d’elle que dans la nuit. Le jour, nous sommes conscients de ce miracle permanent de l’existence du peuple juif. Comment une si petite nation peut-elle tenir tête à soixante-dix nations ? Nous sommes assaillis par des ennemis de partout, de toutes sortes, de tout niveau, et malgré tout nous sommes là.
Mais la nuit, lorsque nous affrontons les démons de la nuit et les pires persécutions, nous nous référons à notre point de foi. « Emet ve-emouna » le soir, et le matin « Emet veyatsiv » : une vérité intangible, elle est là aussi le soir. C’est la vérité de l’existence du peuple juif, mais qui tient surtout à sa foi en l’Un.
C’est là qu’à l’occasion du Chabbat et des fêtes, on n’énumère pas toutes les misères que nous vivons, mais nous concluons ces dernières bénédictions par « Hapores soukkat chalom alenou » : Celui qui étend sur nous Sa cabane de paix, sur nous et sur Jérusalem. Sa cabane de paix : qu’est-ce que ça veut dire, une cabane de paix ?
Essav, la paix des nations et le refus de Yaakov
Il y a une allusion faite par la kabbale s’agissant du mot « Essav ». Il a une valeur numérique de 376, n’est-ce pas ? Et le mot qui veut dire paix, « chalom », a la même valeur numérique.
C’est-à-dire que lorsque Essav s’est présenté devant Yaakov, il lui a proposé la paix : nous allons marcher ensemble. C’est ce que les nations nous proposent : nous allons marcher ensemble, ne vous en faites pas, nous allons vous couvrir, nous allons véritablement vous assurer la protection. Or là, c’est le danger le plus fort, parce que c’est une mission de paix.
Yaakov n’a pas voulu. Il lui a dit : non, moi je préfère marcher au rythme de la famille. Nous ne pouvons pas aller ensemble. Telle que vous la concevez, la paix, ce n’est pas la mienne. Ce n’est pas la mienne parce que la mienne est unitaire, alors que la leur est véritablement séparatiste, fractionnelle.
Aaron et la cabane qui se relève toujours
Non, ce qu’à Souccot nous proclamons, c’est l’occasion de « soukkat chalom », Celui qui étend la cabane. Et celui qui a été l’homme porteur de cet étendard de paix, c’est Aaron. Aaron, c’était l’homme qui cherchait à négocier la paix au sein du peuple d’Israël, quitte même à […].
C’est lui qui a assuré par la suite les ananei hakavod. Par les nuages de majesté il nous a entourés, bizkhout Aharon, par le mérite d’Aaron. Et l’attribut d’Aaron, c’est le hod, son attribut, c’est la majesté. Indépendamment donc de ce que représente Aaron parmi les ouchpizin, nous devons […] d’une soucca, d’une cabane qui dure toujours.
Même quand elle se défait, il faut tout simplement la remonter. « Soukkat David hanofelet », la cabane de David qui tombe en ruine : il faut refaire le puzzle et la reconstituer. Elle est peut-être fragile extérieurement, mais intérieurement elle reste très solide.
La pureté de la soucca et la pitka tava
Parce qu’à la sortie de Kippour, il faut prouver, il faut donner la preuve que nous restons exclusifs dans cette solidarité juive, et ce n’est pas la peine de l’encombrer par des conceptions extérieures, celles des autres nations. C’est dans la pureté.
De la même manière que nous revendiquons la pureté de Jérusalem, la sainteté de Jérusalem, et ce que représente Jérusalem dans l’espace pour nous comme étant la référence de notre lieu, de notre approche, eh bien c’est ce que la soucca reste pour nous : pas celle que veulent les autres nations, pas celle qu’ils revendiquent, mais la nôtre, pure dans son intériorité.
Et lorsque nous en avons donné la preuve, lorsque nous clôturons la fête de Souccot, nous avons droit à la pitka tava, au reçu, au ticket, attestant que notre détermination le jour de Kippour était véritablement sincère et qu’elle a donné ses preuves.
Une étude du Rav Raphaël Benizri. Voir aussi Souccot et toutes les fêtes juives.