Une grande salle, une armoire couverte d’un rideau brodé, une estrade au centre, une petite lampe qui ne s’éteint jamais. Vue de l’extérieur, la synagogue intrigue : temple, église juive, école ? Que s’y passe-t-il, et pourquoi faut-il être dix pour y prier ? Voici une réponse complète, avec les sources, l’histoire et le sens de ce lieu.
En bref : la synagogue, en hébreu beit haknesset (« maison de l’assemblée »), est le lieu où la communauté juive se réunit pour prier, lire la Torah et étudier. Ce n’est pas le Temple de Jérusalem, qui était le seul lieu des sacrifices et qui a été détruit en l’an 70 ; c’est un « petit sanctuaire » (Yehezkel 11, 16), que les Sages identifient aux synagogues et aux maisons d’étude (Talmud, Meguila 29a). Son cœur est l’arche sainte, l’armoire qui contient les rouleaux de la Torah, tournée vers Jérusalem. On y prie trois fois par jour, et les prières les plus importantes demandent la présence d’un minyan, un groupe d’au moins dix hommes adultes (Michna Meguila 4, 3). Partout où vivent dix juifs, enseigne le Rambam, ils doivent se doter d’une synagogue (Hilkhot Tefila 11, 1).
Que veut dire le mot « synagogue » ?
Le mot français vient du grec synagôgè, qui signifie « rassemblement », « assemblée ». C’est le mot qu’employait la traduction grecque de la Bible, la Septante, pour rendre l’hébreu eda, la communauté d’Israël. Le nom ne désigne donc pas d’abord un bâtiment, mais des personnes réunies.
L’hébreu dit exactement la même chose. Beit haknesset, c’est « la maison du rassemblement ». La racine kanas, « rassembler », est aussi celle de la Knesset, le parlement israélien, et de la Knesset Haguedola, la « Grande Assemblée » des Sages qui, selon le Talmud, fixa le texte des prières au début de l’époque du second Temple (Berakhot 33a).
Les communautés lui ont donné bien d’autres noms. Les juifs ashkénazes (d’Europe centrale et orientale) disent souvent shoul, mot yiddish qui vient de « école », parce qu’on y étudie autant qu’on y prie. Les juifs séfarades parlent volontiers de kahal, « l’assemblée », ou, en judéo-espagnol, d’esnoga. On entend aussi beit tefila, « maison de prière », d’après le verset d’Isaïe : « Car Ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples » (Yechayahou 56, 7).
Une précision importante : on parle parfois de « temple » pour désigner une synagogue, en particulier dans le judaïsme libéral et dans l’usage français du XIXe siècle. Mais dans la tradition, le Temple, avec une majuscule, est unique : c’est le Beit Hamikdach de Jérusalem. La synagogue n’en est pas le remplaçant ; elle en est le reflet.
Un « petit sanctuaire » : ce que disent la Torah et les prophètes
La Torah ne parle pas de synagogue. Elle parle du Michkan, le sanctuaire portatif du désert, puis du lieu « que l’Éternel choisira » (Devarim 12, 5), qui deviendra le Temple de Jérusalem. C’est là, et là seulement, qu’on offrait les sacrifices.
Pourtant, la prière existe dans la Torah bien avant tout bâtiment. Avraham prie pour Sodome, Its’hak sort « méditer dans les champs » (Bereshit 24, 63), Moché supplie pour son peuple. Et lorsque le roi Chelomo (Salomon) inaugure le premier Temple, il demande à D’ d’écouter aussi la prière de ceux qui, loin de Jérusalem, même en exil, « prieront vers Toi en direction de leur pays […], de la ville que Tu as choisie et de la maison que j’ai bâtie à Ton Nom » (Melakhim I 8, 48). Ce verset est à l’origine d’une règle qu’on retrouve dans toutes les synagogues du monde : on prie tourné vers Jérusalem.
Le texte fondateur est une parole du prophète Yehezkel (Ézéchiel), adressée aux exilés de Babylone après la destruction du premier Temple : « Bien que Je les aie éloignés parmi les nations […], J’ai été pour eux un petit sanctuaire (mikdach me’at) dans les pays où ils sont venus » (Yehezkel 11, 16). Le Talmud explique : « Ce sont les synagogues et les maisons d’étude de Babylone » (Meguila 29a). Autrement dit, quand le grand sanctuaire n’est plus accessible, D’ accompagne Son peuple dans des sanctuaires à taille humaine.
Le même passage ajoute que partout où Israël a été exilé, la Chekhina, la Présence divine, l’a accompagné. Rava y lit aussi le psaume « Éternel, Tu as été pour nous une demeure de génération en génération » (Tehilim 90, 1) : ce sont, dit-il, les synagogues et les maisons d’étude.
Ce qu’en dit le Talmud : D’ dans l’assemblée
Pour le Talmud, la synagogue n’est pas un simple lieu de réunion. C’est un lieu de présence. « D’où sait-on que le Saint, béni soit-Il, se trouve dans la synagogue ? Car il est dit : “D’ se tient dans l’assemblée divine” (Tehilim 82, 1) » (Berakhot 6a). Le même passage enseigne que lorsque dix personnes prient ensemble, la Chekhina est avec elles.
Abba Binyamin va plus loin : la prière d’un homme n’est pleinement entendue qu’à la synagogue (Berakhot 6a). Il s’appuie sur la prière de Chelomo au Temple, où D’ est invité à écouter « le chant et la prière » là où l’on chante Ses louanges (Melakhim I 8, 28).
Le Talmud insiste aussi sur la prière collective. Le psalmiste dit : « Et moi, que ma prière vienne à Toi, Éternel, en un moment favorable » (Tehilim 69, 14). Quel est ce moment favorable ? « Le moment où la communauté prie » (Berakhot 8a). Et Reich Lakich a cette formule sévère : celui qui a une synagogue dans sa ville et n’y entre pas pour prier est appelé « mauvais voisin » (Berakhot 8a, d’après Yirmeyahou 12, 14).
Enfin, un midrach célèbre montre ce que la synagogue représente pour le peuple juif. Le prophète païen Bilaam avait été envoyé pour maudire Israël. En voyant le campement, il s’écria malgré lui : « Qu’elles sont belles tes tentes, Yaakov, tes demeures, Israël ! » (Bamidbar 24, 5). Le Talmud explique que Bilaam voulait souhaiter qu’Israël n’ait ni synagogues ni maisons d’étude, et que D’ transforma sa malédiction en bénédiction : ces « tentes » sont les synagogues (Sanhedrin 105b). C’est ce verset, Ma tovou, que beaucoup récitent en entrant le matin à la synagogue.
D’où viennent les synagogues ? Un peu d’histoire
Des racines anciennes
Personne ne connaît la date exacte de la première synagogue. La tradition juive situe ses racines très tôt. Le Talmud rapporte que les prophètes avaient déjà établi qu’Israël ne resterait jamais trois jours sans lecture publique de la Torah, et que le scribe Ezra fixa la lecture du lundi, du jeudi et du Chabbat après-midi (Bava Kama 82a). Le livre de Nehemia décrit Ezra lisant la Torah devant tout le peuple rassemblé, debout sur une estrade de bois (Nehemia 8, 1-8) : c’est déjà, en germe, l’office synagogal.
La plupart des historiens pensent que la synagogue s’est développée pendant ou après l’exil de Babylone (VIe siècle avant l’ère commune), comme le suggère le verset de Yehezkel. Les plus anciennes traces archéologiques viennent d’Égypte : des inscriptions grecques du IIIe siècle avant l’ère commune dédient des « maisons de prière » (proseuchè) en l’honneur du roi Ptolémée III.
À l’époque du second Temple
Au Ier siècle, les synagogues existent partout où vivent des juifs, en terre d’Israël comme en diaspora, à côté du Temple encore debout. Le Talmud de Jérusalem rapporte qu’il y en avait 480 à Jérusalem avant la destruction (Meguila 3, 1). L’archéologie en a mis au jour à Gamla, à Massada, à Hérodion et à Magdala, où l’on a découvert en 2009 une pierre sculptée d’une ménora.
À Jérusalem, une inscription grecque trouvée en 1913 dans la Cité de David, l’inscription de Théodotos, datée d’avant l’an 70, décrit une synagogue bâtie « pour la lecture de la Loi et l’enseignement des commandements », avec des chambres pour accueillir les voyageurs. Tout est dit : lecture, étude, hospitalité.
Après la destruction du Temple
En l’an 70, les Romains détruisent le second Temple. La synagogue devient alors le centre de la vie juive. Les prières quotidiennes, fixées par les Sages, prennent la place des sacrifices quotidiens : le Talmud enseigne que les offices du matin et de l’après-midi correspondent aux sacrifices perpétuels du Temple (Berakhot 26b), selon le verset « nous offrirons, au lieu de taureaux, les paroles de nos lèvres » (Hochéa 14, 3).
Les siècles suivants ont laissé des synagogues remarquables : Doura-Europos, en Syrie (IIIe siècle), aux murs couverts de peintures bibliques ; Beit Alpha, en Galilée (VIe siècle), avec sa mosaïque ; la Vieille-Nouvelle synagogue de Prague (vers 1270), toujours en activité. En France, celle de Carpentras, fondée au XIVe siècle, est la plus ancienne encore en usage.

À quoi ressemble une synagogue ? L’arche sainte et les autres éléments
Il n’existe pas de plan unique : une synagogue peut être une cathédrale de pierre ou une simple pièce. Mais on y retrouve presque toujours les mêmes éléments, qui rappellent le sanctuaire du désert et le Temple.
L’arche sainte (aron hakodech)
C’est le cœur de la synagogue. L’aron hakodech, l’« arche sainte », est une armoire placée contre le mur tourné vers Jérusalem. Elle contient les Sifré Torah, les rouleaux de la Torah écrits à la main sur parchemin par un scribe, enveloppés d’un manteau de tissu (chez les ashkénazes) ou rangés dans un étui rigide de bois ou de métal (chez beaucoup de séfarades). Les séfarades appellent l’arche le heikhal, le « palais », du nom de la salle principale du Temple ; le Rambam emploie déjà ce terme (Hilkhot Tefila 11, 2).
L’arche rappelle l’arche d’alliance qui, dans le Saint des saints, contenait les Tables de la Loi. Elle est souvent fermée par un rideau brodé, la parokhet, du nom du voile qui séparait le Saint des saints dans le sanctuaire (Chemot 26, 31-33). On l’ouvre pour sortir la Torah, et pour certaines prières solennelles. Quand l’arche est ouverte, l’assemblée se lève.
La lampe perpétuelle (ner tamid)
Au-dessus ou devant l’arche brûle une petite lampe qu’on ne laisse jamais s’éteindre, le ner tamid. Elle rappelle la lumière que la Torah ordonnait d’entretenir en permanence dans le sanctuaire (Chemot 27, 20-21). C’est un usage, et non une loi, mais il est universel.
La bima, l’estrade de lecture
Au centre de la salle se dresse une estrade, la bima (que les séfarades appellent teva). C’est de là qu’on lit la Torah. Le Rambam en donne la raison : on place l’estrade au milieu de la salle, afin que celui qui lit la Torah ou qui enseigne soit entendu de tous (Hilkhot Tefila 11, 3). Chez les ashkénazes, l’officiant prie le plus souvent devant un pupitre placé près de l’arche, l’amoud ; chez les séfarades, il officie souvent depuis la teva elle-même, au milieu de l’assemblée.
L’orientation et les fenêtres
On prie tourné vers Jérusalem, et à Jérusalem vers le mont du Temple (Berakhot 30a ; Choulhan Aroukh, Orah Haïm 94, 1). En France, on prie donc vers l’est, ou plus exactement vers le sud-est. Le Choulhan Aroukh demande aussi que la salle de prière ait des fenêtres ouvertes vers Jérusalem, comme le prophète Daniel, qui priait trois fois par jour devant ses fenêtres ouvertes en direction de Jérusalem (Daniel 6, 11), et il ajoute qu’il est bien qu’une synagogue ait douze fenêtres (Orah Haïm 90, 4).
La place des femmes
Dans les synagogues orthodoxes, hommes et femmes prient séparément. La séparation, la mehitsa, peut être une galerie à l’étage, une cloison ou un rideau. Les Sages la rattachent à l’usage du Temple, où l’on aménageait pendant la fête de Souccot une galerie pour les femmes afin d’éviter la promiscuité (Talmud, Soucca 51b). Le but n’est pas d’exclure, mais de permettre à chacun de se concentrer sur la prière. Les synagogues des courants libéraux et massortis (conservative) ont généralement des places mixtes.
Que se passe-t-il dans une synagogue ?
La prière, trois fois par jour
La synagogue vit d’abord au rythme des trois prières quotidiennes : Chaharit le matin, Minha l’après-midi, Arvit le soir. Leur centre est la Amida, une prière de bénédictions que l’on récite debout, en silence, tourné vers Jérusalem, puis que l’officiant répète à voix haute. On y récite aussi le Chema Israël matin et soir. Le Rambam pose la règle : partout où vivent dix juifs, il faut établir un lieu où ils se réunissent pour prier à chaque office (Hilkhot Tefila 11, 1).
L’officiant s’appelle le chalia’h tsibour, « l’envoyé de la communauté », ou hazan quand c’est un chantre. Ce n’est pas un prêtre : tout homme qui connaît les prières peut officier. Le rabbin, lui, est un enseignant et un décisionnaire, pas un intermédiaire entre les fidèles et D’.
La lecture de la Torah
Le lundi et le jeudi matin, le Chabbat, les jours de fête et le premier jour du mois (Roch Hodech), on sort un rouleau de l’arche et on le porte en procession jusqu’à la bima. Le Chabbat matin, on lit la parasha de la semaine : la Torah est divisée en sections lues dans l’ordre, de sorte qu’on la termine en une année. Plusieurs membres de l’assemblée sont appelés à « monter » à la Torah pour réciter une bénédiction avant et après chaque passage. Le lecteur suit le texte avec une petite main d’argent, le yad, pour ne pas toucher le parchemin.
L’étude
La synagogue est aussi une maison d’étude. On y donne des cours entre les offices, on y étudie à deux (en havrouta), on y trouve des bibliothèques de Talmud et de commentaires.
La vie de la communauté
Enfin, la synagogue accompagne toute la vie juive : la bar mitsva, quand un garçon de treize ans monte pour la première fois à la Torah ; le Kaddich récité par les endeuillés ; le kiddouch partagé après l’office du Chabbat ; la tsedaka (la charité).
Le minyan : pourquoi faut-il être dix ?
Ce qui demande un minyan
Un juif peut prier seul, chez lui ou n’importe où. Mais certaines parties de l’office ne peuvent être dites qu’en présence d’un minyan, mot qui signifie « compte », « nombre » : un quorum de dix hommes juifs âgés d’au moins treize ans. La Michna énumère ce qui ne se fait pas à moins de dix : l’appel solennel qui ouvre la prière (Barekhou), la répétition de la Amida par l’officiant, la bénédiction des Cohanim, la lecture publique de la Torah et la lecture des Prophètes (Michna Meguila 4, 3). Le Kaddich et la Kedoucha, des textes de sanctification, en font aussi partie.
D’où vient le chiffre dix ?
Le Talmud le déduit d’un raisonnement fin (Meguila 23b). La Torah dit : « Je serai sanctifié au milieu des enfants d’Israël » (Vayikra 22, 32). Le mot « au milieu » (betokh) se retrouve dans l’histoire de Kora’h : « Séparez-vous du milieu de cette assemblée » (Bamidbar 16, 21). Et le mot « assemblée » (eda) désigne ailleurs les dix explorateurs qui avaient dénigré la terre d’Israël : « Jusqu’à quand cette mauvaise assemblée ? » (Bamidbar 14, 27). Une « assemblée », c’est donc dix personnes, et la sanctification publique du Nom de D’ demande une assemblée.
Le chiffre dix apparaît déjà dans la négociation d’Avraham pour Sodome : D’ accepte d’épargner la ville s’il s’y trouve dix justes (Bereshit 18, 32). Moins de dix, ce n’est plus une communauté.
Pourquoi une prière collective ?
Le Rambam résume l’enseignement du Talmud : « La prière de la communauté est toujours entendue. Même s’il y a des fauteurs parmi eux, le Saint, béni soit-Il, ne méprise pas la prière du grand nombre. C’est pourquoi l’homme doit s’associer à la communauté et ne pas prier seul chaque fois qu’il peut prier avec elle » (Hilkhot Tefila 8, 1). Prier en minyan, c’est se présenter devant D’ non comme un individu isolé, mais comme membre d’un peuple ; c’est pourquoi la plupart des prières sont au pluriel : « bénis-nous », « pardonne-nous ».
Qui compte dans le minyan ?
Selon la loi juive traditionnelle, suivie par les synagogues orthodoxes, le minyan est formé de dix hommes juifs ayant atteint l’âge de la bar mitsva. Le mouvement massorti (conservative) compte aussi les femmes depuis les années 1970, et le judaïsme libéral n’exige généralement pas de minyan. Pour les cas particuliers, on consultera un rabbin.
Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri
Le Rav Benizri n’a pas consacré de cours entier à la synagogue, mais plusieurs de ses enseignements en éclairent le sens : le minyan, la communauté, la prière et la maison comme sanctuaire.
Le minyan : neuf plus un
Dans son cours Pirkey Avot 5 : dix générations d’Adam, le Rav explique que le chiffre dix est l’expression de la création parfaite : dix paroles pour créer le monde, dix paroles au Sinaï, dix épreuves d’Avraham. Il rappelle l’enseignement des Sages selon lequel la Présence divine réside parmi dix qui étudient. Mais, ajoute-t-il, le minyan est toujours « neuf plus un » : le dixième est la force qui s’ajoute, le bonus. Il le compare au compte du Omer, où l’on compte quarante-neuf jours et où le cinquantième « se lève de lui-même ».
Dans le même cours, il répond à une question : quelle différence entre la Présence divine qui repose sur dix et celle qui repose sur trois ? Dans le groupe de dix, explique-t-il, les éléments peuvent rester séparés ; même s’il y a parmi eux des mécréants, la Présence est là, parce que chacun est intégré dans l’ensemble. Dans un groupe plus petit, il faut au contraire un vrai dialogue, une participation de chacun.
Un tsibour, pas une foule
Dans Chavouot : le cinquantième jour, hors du compte, le Rav commente l’expression qui décrit Israël au pied du Sinaï, « comme un seul homme, d’un seul cœur ». Cela ne veut pas dire fondus en un, explique-t-il : cela veut dire que chacun s’est un peu effacé pour donner sa réalité à l’autre, pour que ce soit véritablement un tsibour, un ensemble rassemblé. C’est exactement le mot qui désigne la communauté en prière.
Dans Elloul : le rôle de l’homme, il lit dans la parasha Nitsavim, « vous êtes tous debout aujourd’hui », l’abolition de toute hiérarchie spirituelle : du chef jusqu’au bûcheron et au puiseur d’eau, tous sont au même niveau. « C’est la raison pour laquelle, dit-il, le talit devient le châle d’uniformité de nos prières et de nos personnes dans la synagogue. »
Et dans Souccot : de Kippour à la soucca de paix, il souligne que le jour de Kippour réalise l’unité de toutes les tendances du peuple, « dans une même synagogue, avec un même livre de prière », dans un service commun. À la sortie de Kippour, ajoute-t-il, il faut prouver qu’on reste fidèle à cette solidarité.
Le chant et le silence
Dans Elloul : la particularité de chacun, un participant demande au Rav comment ne pas se perdre dans les habitudes de l’office. Le Rav ne dénigre pas le folklore : on a besoin de chantres, de chants, de mélodies pour embellir la prière. Mais il faut être conscient de la place qu’il occupe. Le meilleur moment de la prière, dit-il, est celui où tout le monde est réduit au silence et où l’on se trouve véritablement face à soi : D’ n’est pas dans la tempête ni dans le tonnerre, mais dans la « voix d’un silence ténu » (Melakhim I 19, 12). Tout le reste n’est que préparation.
Des petits sanctuaires qui font le grand
Enfin, dans Vayakhel : le Tabernacle hors de l’espace, le Rav explique que le sanctuaire est le lieu de rencontre entre D’ et l’homme, comme le Chabbat en est le temps. Celui qui construit sa maison et marque sa porte d’une mezouza veut en faire un petit sanctuaire, et « ces petits sanctuaires, en s’additionnant, réalisent le grand sanctuaire », où il y a une place pour toute l’humanité. Le Rav parle ici de la maison, mais l’image éclaire aussi la synagogue, ce mikdach me’at.
Idées reçues sur la synagogue
« La synagogue, c’est l’église des juifs. » Pas tout à fait. Il n’y a ni sacrement ni sacrifice à la synagogue, et le rabbin n’est pas un prêtre. La synagogue est d’abord une maison d’assemblée, de prière et d’étude. Les prêtres du judaïsme, les Cohanim, exerçaient au Temple ; aujourd’hui, ils bénissent l’assemblée à certains offices, mais ne dirigent pas la synagogue.
« La synagogue est un lieu sacré comme le Temple. » Elle a une sainteté réelle, qui impose des règles de respect, mais elle n’est pas le Temple. On n’y offre pas de sacrifices, et le Temple de Jérusalem reste, dans la conscience juive, le lieu unique attendu.
Comment se comporter à la synagogue ?
La synagogue étant un « petit sanctuaire », la loi juive demande de la respecter. Le Choulhan Aroukh interdit d’y avoir une conduite légère, de s’y livrer à des plaisanteries ou à des conversations futiles, d’y manger ou d’y boire en dehors d’un repas de mitsva, ou d’y entrer simplement pour s’abriter du soleil ou de la pluie (Orah Haïm 151, 1 ; Talmud, Meguila 28a). Parler pendant la prière et la lecture de la Torah est particulièrement mal vu.
Pour un visiteur, quelques repères simples :
- Les hommes se couvrent la tête d’une kippa ; on en trouve souvent à l’entrée.
- On porte une tenue correcte : bras et jambes couverts pour les femmes dans les synagogues orthodoxes, pas de tenue de plage pour personne.
- Le Chabbat et les jours de fête, on ne téléphone pas, on ne photographie pas et on ne porte pas d’argent.
- Quand l’arche est ouverte ou que la Torah passe en procession, on se lève.
- On ne passe pas devant quelqu’un qui récite la Amida, la prière silencieuse debout.
Questions fréquentes sur la synagogue
Quelle est la différence entre une synagogue et le Temple ?
Le Temple (Beit Hamikdach) était un sanctuaire unique, à Jérusalem, où les Cohanim offraient les sacrifices. Il a été détruit en 586 avant l’ère commune (par Babylone) puis en l’an 70. La synagogue, « petit sanctuaire » (Meguila 29a), peut exister partout ; elle ne remplace pas le Temple, dont la reconstruction est demandée chaque jour dans la prière.
Qu’y a-t-il dans l’arche sainte ?
Les rouleaux de la Torah (Sifré Torah), qui contiennent les cinq livres de Moché écrits à la main par un scribe. Ils sont habillés d’un manteau brodé ou rangés dans un étui, souvent ornés d’une couronne ou de clochettes d’argent.
Pourquoi faut-il dix hommes pour prier ?
Parce que la sanctification publique du Nom de D’ (Kaddich, Kedoucha, Barekhou, lecture de la Torah) demande une « assemblée », et que le Talmud déduit des versets qu’une assemblée commence à dix (Meguila 23b). Le Talmud enseigne aussi que la Présence divine est avec dix personnes qui prient (Berakhot 6a). Seul, on prie normalement, mais sans ces passages.
Les femmes vont-elles à la synagogue ?
Oui. Elles ne sont pas tenues à la prière en minyan comme les hommes, mais beaucoup viennent, notamment le Chabbat et les jours de fête. Dans les synagogues orthodoxes, elles prient dans une section séparée ; ailleurs, les places sont souvent mixtes.
Un non-juif peut-il entrer dans une synagogue ?
Oui, en règle générale, et il y est bien accueilli s’il respecte le lieu : tête couverte pour les hommes, tenue correcte pour tous. Beaucoup de synagogues organisent des visites, notamment lors des Journées européennes de la culture juive. Pour des raisons de sécurité, une pièce d’identité est souvent demandée.
Pour aller plus loin
- La parasha de la semaine : qu’est-ce que c’est ?
- Pirkey Avot 5 : dix générations d’Adam
- Vayakhel : le Tabernacle hors de l’espace
- Elloul : la particularité de chacun
- Qu’est-ce que le Kaddich ?
- Que signifie le Chema Israël ?
- Qu’est-ce que la Torah ?
- Qu’est-ce qu’un rabbin ?
- Glossaire des mots hébreux du judaïsme
Sources et références
- Bereshit 18, 32 ; Bereshit 24, 63
- Chemot 26, 31-33 ; Chemot 27, 20-21
- Vayikra 22, 32
- Bamidbar 14, 27 ; Bamidbar 16, 21 ; Bamidbar 24, 5
- Devarim 12, 5
- Melakhim I 8, 28 ; Melakhim I 8, 48 ; Melakhim I 19, 12
- Yechayahou 56, 7
- Yirmeyahou 12, 14
- Yehezkel 11, 16
- Hochéa 14, 3
- Tehilim 69, 14 ; Tehilim 82, 1 ; Tehilim 90, 1
- Daniel 6, 11
- Nehemia 8, 1-8
- Michna Meguila 4, 3
- Talmud de Babylone, Berakhot 6a ; Berakhot 8a ; Berakhot 26b ; Berakhot 30a ; Berakhot 33a
- Talmud de Babylone, Meguila 23b ; Meguila 28a ; Meguila 29a
- Talmud de Babylone, Soucca 51b
- Talmud de Babylone, Bava Kama 82a
- Talmud de Babylone, Sanhedrin 105b
- Talmud de Jérusalem, Meguila 3, 1
- Rambam, Michné Torah, Hilkhot Tefila 8, 1 ; 11, 1-3
- Choulhan Aroukh, Orah Haïm 90, 4 ; 94, 1 ; 151, 1
- Inscription de Théodotos (Jérusalem, Ier siècle, découverte en 1913)
- Rav Raphaël Benizri, Pirkey Avot 5 : dix générations d’Adam
- Rav Raphaël Benizri, Chavouot : le cinquantième jour, hors du compte
- Rav Raphaël Benizri, Elloul : le rôle de l’homme
- Rav Raphaël Benizri, Elloul : la particularité de chacun
- Rav Raphaël Benizri, Souccot : de Kippour à la soucca de paix
- Rav Raphaël Benizri, Vayakhel : le Tabernacle hors de l’espace
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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