Chaque hiver, au cœur des nuits les plus longues, des lumières apparaissent aux fenêtres des maisons juives : une, puis deux, puis trois, jusqu’à huit. C’est Hanouka (en hébreu, « inauguration », « dédicace »), la fête qui commence le 25 du mois de Kislev. Pourquoi huit jours ? Pourquoi allumer, et pourquoi au seuil de la maison ? Que s’est-il passé, et que raconte vraiment le Talmud ? Cet article répond à partir des livres des Maccabées, de la Michna, du Talmud, de Maïmonide et du Choulhan Aroukh, en distinguant l’histoire, la halakha (la loi qui se pratique) et les lectures morales ou spirituelles.

La réponse en bref

Hanouka est une fête instituée par les Sages, et non par la Torah. Elle commémore la reprise et la purification du Temple de Jérusalem, puis sa nouvelle consécration, après la persécution religieuse imposée par le pouvoir séleucide (vers 167-164 avant l’ère commune) ; la tradition talmudique en retient surtout l’épisode de la fiole d’huile qui brûla huit jours. La mitsva centrale est l’allumage, chaque soir, des lumières de Hanouka, que l’on place de façon à faire connaître le miracle (pirsoumé nissa), avec trois bénédictions le premier soir. On y récite le Hallel entier, on ajoute « Al hanissim » aux prières, on ne jeûne pas et on ne prononce pas d’éloge funèbre. Le minimum légal est une lumière par soir et par maison ; l’usage répandu est d’en ajouter une chaque soir, selon l’avis de Beit Hillel.

Une fête des Sages, qui n’est pas dans la Torah

Hanouka n’est prescrite nulle part dans la Torah écrite. Les événements qu’elle rappelle se sont produits plusieurs siècles après la clôture des Prophètes ; leur récit détaillé nous est parvenu dans les livres des Maccabées (en grec, hors du canon juif), non dans le Tanakh. Maïmonide classe d’ailleurs l’allumage parmi les mitsvot « de nos Sages » :

« Et l’allumage des lumières est une mitsva de nos Sages, comme la lecture de la Méguila. »

(Rambam, Michné Torah, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 3) — וְהַדְלָקַת הַנֵּרוֹת בָּהֶן מִצְוָה מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים כִּקְרִיאַת הַמְּגִלָּה

Cela ne diminue pas la fête. On bénit cette mitsva comme une mitsva de la Torah : « …qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’allumer la lumière de Hanouka ». Le Talmud se demande alors où D’ nous l’a ordonné, et donne deux réponses : l’interdiction de s’écarter de l’enseignement des Sages (« lo tassour », Devarim 17, 11) ou le verset « Demande à ton père et il te l’apprendra, à tes anciens et ils te le diront » (Devarim 32, 7) (Chabbat 23a). L’autorité des Sages d’instituer est donc elle-même enracinée dans la Torah.

Le Rav Raphaël Benizri souligne, de son côté, que l’absence du récit dans le canon n’est pas un hasard : ce qui a été retenu, ce n’est pas la chronique mais la bénédiction (voir plus bas la section sur ses cours).

L’histoire : de l’hellénisation à la dédicace de l’autel

Le contexte

Après la conquête d’Alexandre le Grand, la Judée passe sous la domination des royaumes hellénistiques, puis sous celle des Séleucides de Syrie. À Jérusalem, une partie de l’élite adopte les mœurs grecques : le premier livre des Maccabées parle de « renégats » sortis d’Israël qui égarent beaucoup de monde en disant : « Allons conclure une alliance avec les nations qui nous entourent » ; on bâtit un gymnase à Jérusalem selon les usages des nations, et certains abandonnent l’alliance sainte (1 Maccabées 1, 11-15). Le Rav Benizri appelle ces hellénisants, dans ses cours, les mityavenim, et il insiste sur le fait que la guerre des Maccabées fut d’abord une guerre intérieure.

Vers 167 avant l’ère commune, le roi Antiochos IV Épiphane interdit la pratique du judaïsme. Le texte de référence, 1 Maccabées, relate que l’on érigea une « abomination de la désolation » sur l’autel le 15 Kislev de l’an 145 de l’ère séleucide, que l’on déchira et brûla les livres de la Loi, et que l’on mit à mort ceux qui détenaient le livre de l’alliance ou qui faisaient circoncire leurs enfants ; le 25 du mois, on offrit un sacrifice païen sur l’autel (1 Maccabées 1, 54-61). Le prophète Daniel avait déjà annoncé que l’on « profanerait le Sanctuaire, la forteresse, on abolirait le sacrifice perpétuel et on installerait l’abomination dévastatrice » (Daniel 11, 31).

Maïmonide résume ainsi l’ensemble, en termes de halakha :

« Au temps du Second Temple, lorsque les rois de Yavan (la Grèce) décrétèrent des décrets contre Israël, annulèrent leur religion, ne les laissèrent pas s’occuper de Torah et de mitsvot, étendirent la main sur leurs biens et sur leurs filles, entrèrent dans le Sanctuaire, y ouvrirent des brèches et rendirent impures les choses pures… »

(Rambam, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 1) — בְבַיִת שֵׁנִי כְּשֶׁמַּלְכֵי יָוָן גָּזְרוּ גְּזֵרוֹת עַל יִשְׂרָאֵל וּבִטְּלוּ דָּתָם וְלֹא הֵנִיחוּ אוֹתָם לַעֲסֹק בְּתוֹרָה וּבְמִצְוֹת

La révolte et la dédicace

Une famille sacerdotale de Modiin, celle de Mattatias, prend la tête de la révolte (1 Maccabées 2, 1). Son fils Judas, surnommé Maccabée, remporte plusieurs victoires, et le Temple est repris. L’auteur de 1 Maccabées rapporte que l’on décida de purifier le Sanctuaire, que l’on bâtit un nouvel autel, et qu’on le consacra :

« Tôt le matin du vingt-cinquième jour du neuvième mois, qui est le mois de Kislev, en l’an cent quarante-huit, ils se levèrent et offrirent un sacrifice selon la Loi sur le nouvel autel des holocaustes qu’ils avaient construit. À l’époque même et le jour même où les nations l’avaient profané, il fut consacré, au son des chants, des harpes, des luths et des cymbales. »

(1 Maccabées 4, 52-54, traduit de la version anglaise NRSVUE)

L’an 148 de l’ère séleucide correspond à 164 avant l’ère commune. Le même livre ajoute que l’on célébra la dédicace de l’autel pendant huit jours, et que « Judas, ses frères et toute l’assemblée d’Israël décidèrent que chaque année, à cette saison, on célébrerait avec joie et allégresse les jours de la dédicace de l’autel pendant huit jours, à partir du vingt-cinquième jour du mois de Kislev » (1 Maccabées 4, 56 et 59).

Le deuxième livre des Maccabées, écrit indépendamment, présente la même fête et la rattache explicitement à Souccot : « Ils la célébrèrent pendant huit jours dans la joie, à la manière de la fête des Cabanes, se souvenant qu’un peu plus tôt, pendant la fête des Cabanes, ils avaient erré dans les montagnes et dans les cavernes comme des bêtes sauvages. C’est pourquoi, portant des bâtons ornés de lierre, de beaux rameaux et aussi des palmes, ils offrirent des hymnes d’action de grâce » (2 Maccabées 10, 6-7, d’après la version NRSVUE). L’historien Flavius Josèphe écrit de même que « depuis ce temps jusqu’à aujourd’hui nous célébrons cette fête, et nous l’appelons les Lumières » (Antiquités juives XII, 325).

Ces sources, indépendantes du Talmud, montrent que l’on célébrait déjà, au IIe siècle avant l’ère commune, une fête de huit jours à partir du 25 Kislev, modelée sur Souccot. Dans ce récit, l’événement fondateur est la dédicace de l’autel (le mot « Hanouka » vient de la racine ’hanokh, « inaugurer ») ; l’épisode de la fiole d’huile, lui, nous vient du Talmud (voir plus bas). Le Rav Benizri note que Hanouka s’est célébrée au début surtout par le Hallel et la gratitude, et que le récit de la fiole est venu du peuple lui-même.

Les Hasmonéens, la famille de Mattatias, fondent ensuite une dynastie. Maïmonide l’évoque en deux mots : « Ils établirent un roi issu des prêtres, et la royauté revint à Israël pendant plus de deux cents ans, jusqu’à la destruction du Second Temple » (Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 1). La fête, on le voit, ne se résume pas à une belle histoire de victoire militaire.

Le texte fondateur du Talmud : « Qu’est-ce que Hanouka ? »

Le Talmud ne raconte pas la guerre. Dans le traité Chabbat, au détour des lois sur les mèches et les huiles de Chabbat, il pose la question : « Qu’est-ce que Hanouka ? » et répond par une baraïta tirée de la Méguilat Taanit, un ancien calendrier de jours où l’on ne jeûne pas :

« Que sont les jours de Hanouka ? Les Sages ont enseigné : le 25 Kislev, les jours de Hanouka sont huit, où l’on ne fait pas d’éloge funèbre et où l’on ne jeûne pas. Car lorsque les Grecs entrèrent dans le Sanctuaire, ils rendirent impures toutes les huiles qui s’y trouvaient. Et lorsque la royauté de la maison des Hasmonéens l’emporta et les vainquit, on chercha et l’on ne trouva qu’une seule fiole d’huile, scellée du sceau du Grand Prêtre ; elle ne contenait de quoi allumer que pour un jour. Un miracle se produisit : on en alluma huit jours. L’année suivante, on les fixa et l’on en fit des jours de fête, avec Hallel et action de grâce. »

(Talmud de Babylone, Chabbat 21b) — מַאי חֲנוּכָּה? דְּתָנוּ רַבָּנַן: בְּכ״ה בְּכִסְלֵיו יוֹמֵי דַחֲנוּכָּה תְּמָנְיָא אִינּוּן דְּלָא לְמִסְפַּד בְּהוֹן וּדְלָא לְהִתְעַנּוֹת בְּהוֹן. שֶׁכְּשֶׁנִּכְנְסוּ יְוָוֽנִים לַהֵיכָל טִמְּאוּ כׇּל הַשְּׁמָנִים שֶׁבַּהֵיכָל. וּכְשֶׁגָּבְרָה מַלְכוּת בֵּית חַשְׁמוֹנַאי וְנִצְּחוּם, בָּדְקוּ וְלֹא מָצְאוּ אֶלָּא פַּךְ אֶחָד שֶׁל שֶׁמֶן שֶׁהָיָה מוּנָּח בְּחוֹתָמוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל, וְלֹא הָיָה בּוֹ אֶלָּא לְהַדְלִיק יוֹם אֶחָד. נַעֲשָׂה בּוֹ נֵס וְהִדְלִיקוּ מִמֶּנּוּ שְׁמוֹנָה יָמִים. לְשָׁנָה אַחֶרֶת קְבָעוּם וַעֲשָׂאוּם יָמִים טוֹבִים בְּהַלֵּל וְהוֹדָאָה.

Ce passage appelle plusieurs remarques. Le texte parle de l’institution de la fête (« l’année suivante ») et de ses deux traits : le Hallel (louange) et la hoda’a (action de grâce). Les règles de l’allumage ne sont pas dans cette baraïta, mais dans les baraïtot voisines que nous verrons plus bas. Il est aussi remarquable que le Talmud, qui ne relate rien de la guerre, ne retienne que l’huile : une façon de dire que la fête célèbre la lumière retrouvée, plus que la victoire militaire. Cette lecture rejoint celle du Rav Benizri, pour qui ce qui a été sauvé « n’est pas un territoire, c’est une intériorité ».

Remarquons enfin que la prière « Al hanissim », que l’on ajoute pendant la fête, ne dit pas un mot de la fiole d’huile. Elle raconte que « Tes fils entrèrent dans le sanctuaire de Ta maison, évacuèrent Ton Temple, purifièrent Ton Sanctuaire, allumèrent des lumières dans les parvis de Ta sainteté et fixèrent ces huit jours de Hanouka pour louer et rendre grâce à Ton grand Nom » (Siddour achkénaze, « Al hanissim » de Hanouka). Les deux traditions, celle du Temple purifié et celle de la fiole, coexistent donc dans la liturgie.

Le Beit Yossef (Rabbi Yossef Karo, le grand commentateur du Tour) discute le récit du Talmud avec les outils de la halakha de la pureté. Pourquoi huit jours pour produire de l’huile pure ? Parce que, répond-il, tout Israël était réputé impur d’impureté de mort : il fallait sept jours de purification, puis un jour pour presser les olives ; le Ran, de son côté, écrit que l’huile pure se trouvait à quatre jours de route, d’où huit jours aller et retour (Beit Yossef, Ora’h ’Haïm 670). Maïmonide va dans le même sens : on alluma la Menora huit jours « jusqu’à ce qu’on presse des olives et qu’on produise de l’huile pure » (Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 2).

Pourquoi huit jours, et non sept ?

La question est posée par le Beit Yossef lui-même : si la fiole contenait de quoi brûler un jour, le miracle n’a duré que sept jours. Il propose trois réponses :

« Il y a lieu de s’interroger : pourquoi ont-ils fixé huit jours ? Puisque l’huile de la fiole contenait de quoi allumer une nuit, le miracle ne s’est produit que pendant sept nuits. On peut répondre qu’ils partagèrent l’huile de la fiole en huit parts et mirent chaque nuit une part dans la Menora, et elle brûla jusqu’au matin ; ainsi le miracle a eu lieu toutes les nuits. »

(Beit Yossef, Ora’h ’Haïm 670) — ואיכא למידק למה קבעו ח’ ימים דכיון דשמן שבפך היה בו כדי להדליק לילה א’ נמצא שלא נעשה הנס אלא בז’ הלילות וי »ל שחילקו שמן שבפך לח’ חלקי’ ובכל לילה היו נותני’ במנורה חלק א’ והיה דולק עד הבקר

Il ajoute deux autres solutions : après avoir rempli les lampes à la mesure voulue, la fiole serait restée pleine comme avant, de sorte que le miracle était visible dès le premier soir ; ou bien, le premier soir, toute l’huile fut versée dans les lampes, qui brûlèrent toute la nuit, et l’on retrouva les lampes pleines au matin, et ainsi chaque nuit. Une autre réponse découle de ce que nous venons de voir : dès lors que huit jours furent nécessaires pour fabriquer de l’huile pure, la question ne se pose plus de la même façon.

Une autre lecture ne traite plus la question comme un problème arithmétique. Le chiffre sept est celui de la nature (la création en sept jours, la semaine qui revient) ; le huit, celui de ce qui dépasse la nature, comme la circoncision, qui a lieu le huitième jour. C’est la lecture que l’on attribue au Maharal de Prague, notamment dans son Ner Mitsva consacré à Hanouka, et que l’on rencontre dans toute la littérature de la pensée juive ; elle relève de la hagada et du mussar, non de la halakha.

Enfin, on peut rattacher les huit jours de Hanouka à ceux de Souccot (sept jours de fête, puis Chemini Atseret). C’est ce que fait déjà 2 Maccabées 10, 6, cité plus haut. Le Rav Benizri en fait la structure même de son enseignement : Pessah et Chavouot, reliées par le compte du Omer, forment un premier couple ; Souccot et Hanouka en forment un second. Dans Chabbat 21b, d’ailleurs, l’un des deux motifs avancés pour l’opinion de Beit Chammaï est « en face des taureaux de la fête » (kenéged parei ha’hag), c’est-à-dire ceux de Souccot, dont le nombre diminue de jour en jour (Bamidbar 29, 12-34).

Quelques lampes à huile antiques allumées sur une corniche de pierre, dans la pénombre

La mitsva : allumer les lumières de Hanouka

Combien de lumières ?

La baraïta de Chabbat 21b distingue trois degrés. Le premier, le minimum, est une lumière par homme et sa maison. Celui qui est zélé (mehadrin) allume une lumière pour chaque membre de la maison. Celui qui est plus zélé encore (mehadrin min hamehadrin) ajuste le nombre de lumières chaque jour, et c’est là que Beit Chammaï et Beit Hillel divergent :

« Nos maîtres ont enseigné : la mitsva de Hanouka, c’est une lumière pour l’homme et sa maison. Ceux qui sont zélés : une lumière pour chacun. Et ceux qui sont plus zélés que les zélés : Beit Chammaï disent : le premier jour on allume huit, ensuite on diminue ; et Beit Hillel disent : le premier jour on allume une, ensuite on ajoute. »

(Talmud de Babylone, Chabbat 21b) — תָּנוּ רַבָּנַן: מִצְוַת חֲנוּכָּה, נֵר אִישׁ וּבֵיתוֹ. וְהַמְהַדְּרִין, נֵר לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד. וְהַמְהַדְּרִין מִן הַמְהַדְּרִין, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: יוֹם רִאשׁוֹן מַדְלִיק שְׁמֹנָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ פּוֹחֵת וְהוֹלֵךְ. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: יוֹם רִאשׁוֹן מַדְלִיק אַחַת, מִכָּאן וְאֵילָךְ מוֹסִיף וְהוֹלֵךְ.

La Guemara donne ensuite les raisons des deux écoles. Pour Beit Chammaï, le nombre correspond soit aux jours qui entrent (ceux qui restent à venir), soit aux taureaux de Souccot ; pour Beit Hillel, soit aux jours qui sortent (ceux qui sont passés), soit au principe : « on monte en sainteté et l’on ne descend pas » (Chabbat 21b). Rabba bar bar ’Hana rapporte même qu’il y avait à Sidon deux anciens, dont l’un suivait Beit Chammaï et l’autre Beit Hillel, chacun donnant sa raison (Chabbat 21b). La halakha suit Beit Hillel.

Maïmonide énonce les trois degrés ainsi : la mitsva est qu’il y ait une lumière par maison, que la maison compte un ou plusieurs habitants ; celui qui veut s’y appliquer allume autant de lumières qu’il y a de membres ; et celui qui veut faire mieux encore commence par une lumière par personne le premier soir, puis ajoute chaque soir une lumière (Hilkhot Méguila ve-Hanouka 4, 1).

Séfarades et ashkénazes

C’est ici que les usages divergent. Maïmonide note que, dans toutes les villes d’Espagne, la coutume est que toute la maisonnée allume une lumière le premier soir, puis une de plus chaque soir, jusqu’à huit, que la maison compte un ou plusieurs membres (Hilkhot Méguila ve-Hanouka 4, 3). Le Choulhan Aroukh retient cette règle : une lumière le premier soir, une de plus chaque soir, huit le dernier soir, « et même si les membres de la maison sont nombreux, on n’en allume pas davantage » (Ora’h ’Haïm 671, 2). Le Rema, qui exprime l’usage ashkénaze, ajoute :

« Certains disent que chacun des membres de la maison allume (Rambam), et tel est l’usage répandu ; et l’on veillera à placer les lumières de chacun dans un endroit particulier, afin que l’on sache combien de lumières sont allumées. »

(Rema sur Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 671, 2) — וי »א דכל אחד מבני הבית ידליק (רמב »ם) וכן המנהג פשוט ויזהרו ליתן כל א’ וא’ נרותיו במקום מיוחד כדי שיהיה היכר כמה נרות מדליקין

Dans la pratique, beaucoup de familles ashkénazes font allumer à chacun sa propre hanoukia (chandelier à huit branches, plus un porte-flamme), tandis que de nombreuses familles séfarades suivent la lettre de Maïmonide et du Choulhan Aroukh : une seule hanoukia, allumée par le chef de famille pour toute la maison. Dans les deux cas, on ajoute une lumière chaque soir selon Beit Hillel. Pour le détail de chaque famille, on consultera un rabbin.

Le chamach

La hanoukia compte huit emplacements pour les lumières de la fête, et un neuvième, le chamach (« serviteur »). Sa raison est dans la halakha : les lumières de Hanouka sont sacrées et l’on n’a pas le droit d’en tirer profit. Rava l’énonce : il faut une autre lumière pour pouvoir se servir de sa clarté (Chabbat 21b). L’usage d’un chamach distinct, que l’on place un peu à l’écart, est une pratique qui s’est établie à partir de cette règle ; il n’est pas mentionné comme tel dans le Talmud.

Quand, avec quoi, comment ?

Les lumières s’allument à la tombée de la nuit : « la mitsva est depuis le coucher du soleil jusqu’à ce que le pied cesse de fouler le marché » (Chabbat 21b), c’est-à-dire tant que des passants circulent. Maïmonide écrit : « on n’allume pas avant le coucher du soleil, mais avec lui, sans retarder ni avancer », et, si l’on a oublié, on allume tant que la rue n’est pas vide, soit environ une demi-heure (Hilkhot Méguila ve-Hanouka 4, 5). Le Choulhan Aroukh précise « avec la fin du coucher du soleil » (Ora’h ’Haïm 672, 1), un point sur lequel les usages divergent : on suivra l’horaire de sa communauté.

Quant au combustible, « toutes les huiles et toutes les mèches sont valables » (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 673, 1), mais le Rema ajoute que l’huile d’olive est la plus recommandée, rappelant l’huile de la Menora du Temple (Vayikra 24, 2), et que dans les pays ashkénazes on allume aussi des bougies de cire, dont la lumière est claire comme l’huile.

Le rite d’allumage s’accompagne de bénédictions. Le premier soir, celui qui allume en dit trois : « …qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’allumer la lumière de Hanouka », « …qui a fait des miracles pour nos pères en ces jours, en ce temps », et Chéhé’héyanou (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 676, 1 ; Rambam, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 4) ; les soirs suivants, deux seulement. L’ordre d’allumage est précisé : le premier soir, on allume la lumière placée le plus à droite ; les soirs suivants, on ajoute la nouvelle lumière à sa gauche, on commence par elle, puis on revient vers la droite, « car la lumière ajoutée montre le miracle » (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 676, 5).

Après l’allumage, on dit « Hanerot halalou » (« Ces lumières… »), un texte ancien que le petit traité Soferim rapporte déjà : « Ces lumières, nous les allumons pour les délivrances, les miracles et les prodiges que Tu as accomplis pour nos pères, par tes saints prêtres ; pendant les huit jours de Hanouka, ces lumières sont saintes, et nous n’avons pas le droit de nous en servir, sinon pour les regarder » (traité Soferim 20, 6). Puis vient souvent « Maoz Tsour », dont nous parlerons plus bas.

Pourquoi à la porte ? Faire connaître le miracle

Le propre de cette mitsva est sa dimension publique. La baraïta de Chabbat 21b l’énonce :

« Nos maîtres ont enseigné : la mitsva est de placer la lumière de Hanouka à la porte de sa maison, à l’extérieur. Si l’on habite à l’étage, on la place à la fenêtre qui donne sur le domaine public. Et en temps de danger, on la place sur sa table, et cela suffit. »

(Talmud de Babylone, Chabbat 21b) — תָּנוּ רַבָּנַן: נֵר חֲנוּכָּה מִצְוָה לְהַנִּיחָהּ עַל פֶּתַח בֵּיתוֹ מִבַּחוּץ. אִם הָיָה דָּר בַּעֲלִיָּיה — מַנִּיחָהּ בַּחַלּוֹן הַסְּמוּכָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים. וּבִשְׁעַת הַסַּכָּנָה — מַנִּיחָהּ עַל שֻׁלְחָנוֹ וְדַיּוֹ.

C’est le pirsoumé nissa, la « publicité du miracle ». Le Talmud précise l’emplacement :

« Rabba a dit : la mitsva est de placer la lumière de Hanouka dans la paume (tefa’h) la plus proche de la porte. Et où la place-t-on ? Rav A’ha, fils de Rava, dit : à droite ; Rav Chmouel de Difti dit : à gauche. Et la halakha est : à gauche, afin que la lumière de Hanouka soit à gauche et la mezouza à droite. »

(Talmud de Babylone, Chabbat 22a) — אָמַר רַבָּה: נֵר חֲנוּכָּה מִצְוָה לְהַנִּיחָהּ בְּטֶפַח הַסָּמוּךְ לַפֶּתַח. וְהֵיכָא מַנַּח לֵיהּ? רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא אָמַר: מִיָּמִין רַב שְׁמוּאֵל מִדִּפְתִּי אָמַר: מִשְּׂמֹאל. וְהִילְכְתָא מִשְּׂמֹאל, כְּדֵי שֶׁתְּהֵא נֵר חֲנוּכָּה מִשְּׂמֹאל וּמְזוּזָה מִיָּמִין.

Celui qui entre est ainsi enveloppé de mitsvot : la mezouza à sa droite, la lumière à sa gauche (Chabbat 22a). Le Talmud ajoute que la lumière placée à plus de vingt coudées de hauteur n’est pas valable, car on ne lève pas la tête si haut (Chabbat 22a) ; et qu’il faut la placer à moins de dix paumes du sol (Chabbat 21b).

Aujourd’hui, la plupart des gens allument à l’intérieur, dans un appartement ou à une fenêtre. Le Rema l’admet : « de nos jours où tous allument à l’intérieur, et où il n’y a aucune reconnaissance pour les passants, on ne s’inquiète pas tant que l’on n’allume pas dans la paume proche de la porte ; mais la coutume est d’allumer dans la paume proche de la porte, comme à leur époque » (Ora’h ’Haïm 671, 7). Chaque communauté a son usage (porte, vitrine, fenêtre sur la rue) : on s’en remettra à son rabbin. Quand l’allumage visible n’est pas possible, le Talmud lui-même fixe la règle : en temps de danger, la table suffit.

Une précision de halakha : c’est l’allumage lui-même qui accomplit la mitsva, et non le fait de poser la lumière (Chabbat 23a). Une lumière allumée par un sourd-muet, un incapable, un mineur ou un non-juif ne compte donc pas ; de même, si on l’allume à l’intérieur pour la sortir ensuite, il faut l’allumer à sa place (Rambam, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 4, 9).

Qui est tenu ? Femmes, invités, pauvres

La mitsva est tenue par tous ceux qui sont tenus à la lecture de la Méguila (Rambam, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 4). Les femmes y sont expressément incluses :

« Rabbi Yehochoua ben Lévi a dit : les femmes sont tenues à la lumière de Hanouka, car elles aussi étaient dans ce miracle. »

(Talmud de Babylone, Chabbat 23a) — אִשָּׁה וַדַּאי מַדְלִיקָה, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּנֵר חֲנוּכָּה שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס.

Rachi explique ce « miracle » : les Grecs avaient décrété que toute vierge sur le point de se marier serait d’abord livrée au gouverneur, « et le miracle s’est fait par une femme » (Rachi sur Chabbat 23a). Le Rav Benizri, dans son cours « Hanouka dans l’histoire », rappelle que deux atteintes ont déclenché la révolte, et que chacune est liée à une femme. C’est pourquoi la femme est pleinement tenue par l’allumage. Le Choulhan Aroukh rapporte l’usage des femmes de ne pas travailler pendant que les lumières brûlent, mais note que d’aucuns ne veulent pas en faire une règle (Ora’h ’Haïm 670, 1).

L’invité, lui, est tenu s’il n’y a pas d’allumage chez lui : il donne une perouta (une toute petite somme) au maître de maison pour s’associer à l’huile, ou allume à son entrée s’il a une porte propre (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 677, 1 ; Chabbat 23a). Rabbi Zeira rapporte dans le Talmud qu’avant son mariage il s’associait de cette façon à son hôte, et qu’une fois marié il n’en eut plus besoin, car on allumait chez lui pour lui (Chabbat 23a).

Même le plus pauvre doit allumer. Maïmonide écrit :

« La mitsva de la lumière de Hanouka est une mitsva très chère, et l’on doit y veiller afin de faire connaître le miracle et d’ajouter à la louange de D’ et à l’action de grâce pour les miracles qu’Il nous a faits. Même s’il n’a rien à manger sinon de la tsedaka, il emprunte ou vend son vêtement, achète de l’huile et des lumières et les allume. »

(Rambam, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 4, 12) — מִצְוַת נֵר חֲנֻכָּה מִצְוָה חֲבִיבָה הִיא עַד מְאֹד וְצָרִיךְ אָדָם לְהִזָּהֵר בָּהּ כְּדֵי לְהוֹדִיעַ הַנֵּס וּלְהוֹסִיף בְּשֶׁבַח הָאֵל וְהוֹדָיָה לוֹ עַל הַנִּסִּים שֶׁעָשָׂה לָנוּ. אֲפִלּוּ אֵין לוֹ מַה יֹּאכַל אֶלָּא מִן הַצְּדָקָה שׁוֹאֵל אוֹ מוֹכֵר כְּסוּתוֹ וְלוֹקֵחַ שֶׁמֶן וְנֵרוֹת וּמַדְלִיק.

(Même règle, presque mot pour mot, dans Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 671, 1.) Mais la paix du foyer a la priorité : s’il n’a de quoi acheter que la lumière de Hanouka ou celle de la maison (celle de Chabbat), « la lumière de sa maison passe d’abord, pour la paix de sa maison », dit Rava, et Maïmonide en tire : « car le Nom est effacé pour mettre la paix entre l’homme et sa femme » (Chabbat 23b ; Rambam, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 4, 14). Si l’on hésite entre la lumière de Hanouka et le Kiddouch, la lumière de Hanouka passe d’abord, « à cause de la publicité du miracle » (Chabbat 23b). Et le vendredi soir, on allume d’abord les lumières de Hanouka, puis celles de Chabbat (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 679, 1).

Hallel, « Al hanissim », lectures et coutumes

Pendant les huit jours, les Sages ont interdit l’éloge funèbre et le jeûne (Chabbat 21b), mais le travail reste permis (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 670, 1). On récite chaque jour le Hallel entier, avec bénédiction, aussi bien en communauté qu’à titre individuel (Rambam, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 5). On ajoute « Al hanissim » (« Pour les miracles ») dans la prière et dans le Birkat Hamazon (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 682, 1).

À la synagogue, la Michna prescrit de lire, à Hanouka, le passage des offrandes des princes des tribus (Nombres 7), qui raconte la dédicace du Tabernacle : « à Hanouka, on lit “les princes” » (Michna Méguila 3, 6). Le Talmud ajoute la haftara de Zekharia, celle des « lumières de Zekharia » (Méguila 31a) : « Non par la puissance, ni par la force, mais par Mon esprit, dit l’Éternel des armées » (Zekharia 4, 6). Le Choulhan Aroukh précise les usages de lecture (Ora’h ’Haïm 684, 1-2) ; le chabbat de Hanouka, on lit « Réjouis-toi, chante, fille de Sion » (Zekharia 2, 14) en haftara. Cette parole, qui insiste sur l’esprit, et non sur la puissance, est un contrepoint calme au récit militaire.

Il faut y ajouter les coutumes. Le Choulhan Aroukh précise que les repas supplémentaires de ces jours sont facultatifs ; le Rema ajoute qu’ils deviennent des repas de mitsva si l’on y chante des louanges et des hymnes, et que certains conseillent de manger du fromage, « car le miracle s’est fait par le lait que Yehoudit fit manger à l’ennemi » (Ora’h ’Haïm 670, 2, citant le Kol Bo et le Ran). Ce sont des coutumes, non des obligations.

« Maoz Tsour » (« Rocher de mon salut ») est une hymne chantée après l’allumage. Les chercheurs la datent généralement du XIIIe siècle (le Rav Benizri la situe, lui, plus tôt dans le millénaire) ; l’auteur, Mordekhaï, ne nous est connu que par l’acrostiche des premières lettres de cinq strophes. Elle parcourt les délivrances : l’Égypte, Babel, la Perse, la Grèce, et la cinquième strophe est consacrée à la fête :

« Les Grecs s’étaient rassemblés contre moi aux jours des Hasmonéens ; ils ont percé les murailles de mes tours et rendu impures toutes les huiles. Et du reste des fioles, un miracle fut fait pour les roses (Israël). Les hommes de sagesse fixèrent ces huit jours pour le chant et les louanges. »

(Maoz Tsour, 5e strophe, Siddour achkénaze) — יְוָנִים נִקְבְּצוּ עָלַי אֲזַי בִּימֵי חַשְׁמַנִּים. וּפָרְצוּ חוֹמוֹת מִגְדָּלַי וְטִמְּאוּ כָּל הַשְּׁמָנִים. וּמִנּוֹתַר קַנְקַנִּים נַעֲשָׂה נֵס לַשּׁוֹשַׁנִּים. בְּנֵי בִינָה יְמֵי שְׁמוֹנָה קָבְעוּ שִׁיר וּרְנָנִים.

Le Rav Benizri consacre un cours entier à ce chant, strophe après strophe, et y lit les quatre exils.

Lectures morales et spirituelles : ce que la fête suggère

Les textes qui précèdent relèvent de la halakha et de l’histoire. Ce qui suit relève de la hagada, du mussar (l’éthique) et de la pensée juive. Elles éclairent la pratique ; elles ne sont pas la loi.

La lumière qui s’ajoute

La baraïta de Chabbat 21b donne la raison de Beit Hillel : on monte en sainteté, on ne descend pas. De cette règle simple, la tradition a fait une image : la lumière de Hanouka ne s’éteint pas progressivement, elle grandit. La formule « ner ich ouveito », « une lumière pour l’homme et sa maison », a inspiré au Rav Benizri toute une anthropologie : chacun possède une lumière propre, que personne ne peut lui prendre, et que la mitsva oblige à afficher, non à cacher.

La Grèce, la lumière et la parole

Une tradition ancienne lit dans la persécution grecque une attaque non contre les corps, mais contre l’intériorité. Dans la prière « Al hanissim », le royaume de Yavan s’est dressé contre Israël « pour leur faire oublier Ta Torah et les détourner des lois de Ta volonté » (Siddour achkénaze). Maïmonide énumère de même ce que les décrets visaient : la religion, l’étude de la Torah, les mitsvot (Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 1). Beaucoup de commentateurs en tirent que l’enjeu de Hanouka est la transmission d’une identité, non un simple épisode de guerre.

Sept et huit

La lecture attribuée au Maharal, évoquée plus haut, voit dans le sept le temps de la nature et dans le huit ce qui le dépasse. Elle donne à l’huile qui brûle plus que de raison une valeur symbolique : Hanouka dit qu’Israël ne se réduit pas aux lois de la nature.

Mystique et ’hassidout

La tradition ’hassidique a médité longuement ces lumières. Le Sefat Emet (Rabbi Yehouda Aryé Leib Alter, rabbi de Gour), dans un discours de Hanouka de 5631 (1870-1871), part de la bénédiction « qui a fait des miracles » prononcée en voyant la lumière : si la Menora s’est allumée à l’époque par miracle, alors, même sans Temple ni huile pure, le miracle demeure pour les générations ; le support de cet allumage, c’est la mitsva elle-même, car « la mitsva est une lampe et la Torah une lumière » (Michlé 6, 23). Il y voit encore un jeu de chiffres : la valeur numérique de « ner » (lampe, 250) égale les 248 mitsvot positives plus la crainte et l’amour (Sefat Emet, Beréchit, « Pour Hanouka », 5631, première nuit). C’est une lecture mystique, non une règle de halakha.

Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri

Le Rav Benizri a consacré à Hanouka quatre cours publiés sur ce site, que nous résumons sans rien y ajouter.

  • Dans « Hanouka : la lumière de chacun », il part de la formule « ner ich ouveito » pour en tirer l’idée d’une lumière propre à chacun, inaliénable, que la mitsva oblige à afficher au-dehors. Il distingue Hallel, l’irradiation de la lumière, et hoda’a, la gratitude, qui est « la lutte permanente contre le “c’est ma force et la puissance de ma main” ». Il fait observer que le récit de Hanouka n’est pas écrit dans le canon, et que ce qui a été retenu, c’est la bénédiction. Voir le cours : Hanouka : la lumière de chacun.
  • Dans « Hanouka : la rééducation juive », il lit la fête comme une invitation à une rééducation de l’identité juive. Pessah, Chavouot et Souccot sont les trois pieds de l’édifice ; Pourim redynamise Chavouot, Hanouka fait le même travail pour Souccot. Il relie la hanoukia à la notion de bayit (maison), condition de l’allumage, et lit la place de la lumière, à gauche, face à la mezouza, comme la place de l’homme « au milieu de ce qu’il a reçu ». Voir le cours : Hanouka : la rééducation juive.
  • Dans « Hanouka dans l’histoire », il relit l’histoire du peuple juif à partir de la toupie (sevivon) : les quatre exils, Babel, la Perse, la Grèce et Rome, sont déjà inscrits dans le premier verset de la Torah (« tohou, vavohou, hochekh, tehom »). Il y souligne que la guerre des Maccabées fut d’abord une guerre intérieure contre les mityavenim, que le miracle des huit jours n’a pas été décrété par les rabbins mais reconnu par le peuple, et que l’on pouvait allumer avec n’importe quelle huile : le miracle est donc ailleurs qu’on ne le croit. Voir le cours : Hanouka dans l’histoire.
  • Dans « Maoz Tsour, le chant des exils », il commente le poème strophe après strophe, le rattachant aux quatre empires, à Zeroubavel, au veau d’or et aux treize brèches ouvertes par la pensée grecque dans les remparts du sanctuaire. Il y définit Pourim comme répondant à Chavouot et Hanouka comme prolongeant Souccot. Voir le cours : Maoz Tsour, le chant des exils.

Idées reçues sur Hanouka

« Hanouka est le Noël juif »

Non. Hanouka n’a aucun lien historique ni théologique avec Noël ; elle en est antérieure de plusieurs siècles. Du point de vue de la halakha, c’est une fête rabbinique : le travail y est permis (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 670, 1) et sa mitsva centrale est celle des Sages. Sa place dans l’année civile moderne, où elle coïncide souvent avec les fêtes de fin d’année, est un fait de société, non de halakha. Le Rav Benizri, lui, estime que la popularité de Hanouka, y compris chez les non-pratiquants, n’est pas un accident.

« Le Talmud raconte la victoire des Maccabées »

Pas du tout : le passage fondateur (Chabbat 21b) ne mentionne ni Mattatias, ni Judas, ni bataille ; il ne retient que l’huile. Le récit de la guerre est transmis par 1 et 2 Maccabées, livres conservés en grec et hors du canon juif.

« Le miracle, c’est l’huile pour huit jours, point »

Le Beit Yossef lui-même discute cette présentation : si l’huile suffisait pour un jour, le miracle n’a duré que sept jours, et plusieurs explications sont proposées (voir plus haut). Le Rav Benizri fait remarquer pour sa part que l’on pouvait allumer avec n’importe quelle huile, ce qui déplace la question du miracle.

« On allume huit bougies tous les soirs »

Non : on en ajoute une chaque soir selon Beit Hillel. Les « huit » lumières ne se voient que le dernier soir. Le chamach n’est pas compté dans les huit.

« Hanouka commémore la guerre contre les Grecs et la culture grecque est condamnée »

Les sources sont plus nuancées. Les Sages disent que « la beauté de Yéfet résidera sous les tentes de Chem » (Méguila 9b, à partir de Bereshit 9, 27), et le Rav Benizri en tire que la beauté grecque est admise sous la tente, à condition qu’elle ne prétende pas se substituer à la Torah. La limite n’est pas l’art ou la philosophie en tant que tels, mais cette substitution.

Questions fréquentes sur Hanouka

Qu’est-ce que Hanouka en une phrase ?

C’est la fête de huit jours, à partir du 25 Kislev, qui commémore la reprise et la nouvelle consécration du Temple après la persécution séleucide, et que l’on célèbre en allumant des lumières à la porte de la maison, en récitant le Hallel et en ajoutant « Al hanissim ».

Combien de lumières allume-t-on et dans quel ordre ?

Le premier soir, une ; on en ajoute une chaque soir jusqu’à huit, selon Beit Hillel. On place la lumière ajoutée à gauche, on commence par elle et l’on va vers la droite (Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 676, 5). Le chamach sert à allumer les autres.

Quand allume-t-on ?

À la tombée de la nuit, tant que des gens circulent (Chabbat 21b ; Rambam 4, 5). Le vendredi soir, on allume avant Chabbat, d’où l’horaire particulier (Ora’h ’Haïm 679, 1). Le samedi soir, l’ordre (allumage avant ou après la havdala) varie selon l’usage de chaque communauté.

Les femmes allument-elles ?

Oui, elles y sont tenues, « car elles aussi étaient dans ce miracle » (Chabbat 23a). L’usage ashkénaze veut aussi que chaque personne de la maison allume, selon le Rema.

Peut-on allumer à l’intérieur ?

Oui, c’est devenu la norme dans de nombreux lieux. Le Rema l’admet, tout en gardant la coutume de la paume proche de la porte lorsque c’est possible (Ora’h ’Haïm 671, 7). En cas de danger, la table suffit (Chabbat 21b).

Peut-on utiliser la lumière de Hanouka pour s’éclairer ?

Non : elles sont sacrées et l’on ne s’en sert pas (Chabbat 21b ; traité Soferim 20, 6). C’est pourquoi on ajoute le chamach.

Que veut dire « Hanouka » ?

Le mot vient de la racine ’hanokh, « inaugurer », « dédier » : c’est la fête de la dédicace de l’autel. Une lecture traditionnelle, rapportée dans les commentaires sur Maïmonide, y voit aussi les mots « ’hanou kah », « ils se reposèrent le vingt-cinq » (de Kislev) (voir Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 2 et ses notes).

Pour aller plus loin

Hanouka est une fête sobre : de petites flammes, un seuil, un passage de nuit. Pour poursuivre, voici quelques lectures sur le site.

Sources et références (24)
  • Bereshit 9, 27
  • Vayikra 24, 2
  • Bamidbar 7, 1 ; 29, 12-34
  • Devarim 17, 11 ; 32, 7
  • Zekharia 2, 14 ; 4, 6
  • Daniel 11, 31
  • 1 Maccabées 1, 11-15 ; 1, 54-61 ; 2, 1 ; 4, 52-59 (traduction NRSVUE)
  • 2 Maccabées 10, 1-8 (traduction NRSVUE)
  • Flavius Josèphe, Antiquités juives XII, 325
  • Michna Méguila 3, 6
  • Talmud de Babylone, Chabbat 21b ; 22a ; 23a ; 23b
  • Talmud de Babylone, Méguila 31a
  • Traité Soferim 20, 6
  • Rambam, Michné Torah, Hilkhot Méguila ve-Hanouka 3, 1-5 ; 4, 1 ; 4, 3 ; 4, 5 ; 4, 9 ; 4, 12-14
  • Beit Yossef, Ora’h ’Haïm 670
  • Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 670, 1-2 ; 671, 1-2 ; 671, 7 ; 672, 1 ; 673, 1 ; 676, 1 ; 676, 5 ; 677, 1 ; 679, 1 ; 682, 1 ; 684, 1-2
  • Siddour achkénaze, « Al hanissim » de Hanouka ; Maoz Tsour
  • Sefat Emet, Beréchit, « Pour Hanouka », 5631 (première nuit)
  • Michlé 6, 23
  • Rachi sur Chabbat 23a
  • Talmud de Babylone, Méguila 9b
  • Maharal de Prague, Ner Mitsva (lecture rapportée, voir le journal de vérification)
  • Wikipédia, « Hanukkah » (datation de Maoz Tsour et de la persécution de 167 avant l’ère commune)
  • Cours du Rav Raphaël Benizri : Hanouka : la lumière de chacun ; Hanouka : la rééducation juive ; Hanouka dans l’histoire ; Maoz Tsour, le chant des exils

Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.