Une fiole d’huile, de quoi brûler un seul jour, et une lumière qui tient huit jours. Pourquoi huit bougies, pourquoi une de plus chaque soir, et que disent ces petites flammes posées au seuil de nos maisons ?
En 2026 (5787), Hanoucca commence le vendredi 4 décembre au soir, veille du 25 Kislev, avec l’allumage de la première bougie. La fête dure huit jours et se termine le samedi 12 décembre. Particularité de cette année : le premier soir tombe un vendredi. Ce soir-là, on allume les lumières de Hanoucca avant les bougies de Chabbat. Le vendredi 11 décembre, pour la huitième bougie, la situation se répète.
Ce que raconte le Talmud
Hanoucca n’est pas écrite dans la Torah. C’est une fête instituée par nos Sages, et sa source principale est un passage du Talmud (Chabbat 21b). Les Grecs étaient entrés dans le Temple et avaient rendu impures toutes les huiles. Quand les Hasmonéens l’emportèrent, ils cherchèrent et ne trouvèrent qu’une seule fiole, scellée du sceau du grand prêtre. Elle ne contenait de quoi allumer la Menora que pour un jour. Un miracle se produisit : on en alluma pendant huit jours.
L’année suivante, précise le Talmud, les Sages fixèrent ces huit jours comme des jours de fête, de louange et de reconnaissance, avec la récitation du Hallel.
Pourquoi huit jours, et pas sept ?
La question est célèbre. Elle est posée par Rabbi Yossef Karo dans le Beit Yossef (Orah Haïm 670). Si la fiole suffisait pour un jour, le miracle n’a duré que sept jours. Pourquoi donc fêter huit jours ?
Les réponses sont nombreuses. Selon l’une d’elles, on avait partagé l’huile en huit dès le départ, pour qu’elle dure jusqu’à l’arrivée d’une huile pure : dès le premier soir, la petite quantité a brûlé toute la nuit. Selon une autre, le premier jour célèbre la découverte même de la fiole intacte.
Une autre lecture, développée notamment par le Maharal de Prague, s’attache au chiffre lui-même. Le sept est le chiffre de la nature : la création s’accomplit en sept jours et la semaine revient sans cesse. Le huit est ce qui dépasse ce cycle. Ce n’est pas un hasard si la circoncision a lieu le huitième jour. La lumière de Hanoucca dit qu’Israël ne se réduit pas aux lois de la nature.
Une bougie de plus chaque soir
Le même passage du Talmud (Chabbat 21b) rapporte un débat. Pour Beit Chammaï, on allume huit lumières le premier soir, puis une de moins chaque soir. Pour Beit Hillel, on commence par une et l’on en ajoute une chaque soir. La halakha suit Beit Hillel.
La raison donnée pour Beit Hillel tient en une formule : « on monte en sainteté, on ne descend pas ». La lumière ne doit pas s’éteindre peu à peu. Elle doit grandir.
Le Talmud rapporte aussi le degré le plus simple de la mitsva : « une lumière pour l’homme et sa maison » (ner ich ouveito). L’usage répandu est d’aller au-delà, en ajoutant une lumière par soir, et, dans beaucoup de familles, chacun allume sa propre hanoukia.
Pourquoi à la porte ?
Le but de l’allumage est de faire connaître le miracle, pirsoumei nissa. On place donc les lumières là où on les voit du dehors : à la porte, ou à une fenêtre donnant sur la rue. Le Talmud (Chabbat 22a) demande de les poser à gauche de l’entrée : la mezouza est à droite, la lumière de Hanoucca à gauche. Celui qui entre est ainsi entouré de mitsvot.
La lumière de la Menora était déjà décrite dans la Torah : « une huile d’olive pure, concassée, pour le luminaire, afin d’entretenir une lumière perpétuelle » (Chemot 27, 20). Et le roi Salomon écrit : « la mitsva est une lampe, et la Torah une lumière » (Michlé 6, 23).
Comment allumer en pratique
- Le moment : en général à la tombée de la nuit, ou au coucher du soleil selon les coutumes. Les lumières doivent brûler au moins une demi-heure après la nuit.
- Les bénédictions : on récite « lehadlik ner Hanoucca » et « che-assa nissim ». Le premier soir, on ajoute « chehehiyanou ».
- L’ordre : on place les bougies de droite à gauche, et l’on allume d’abord la plus récente, à gauche.
- Le vendredi soir : on allume Hanoucca avant les bougies de Chabbat, avec des bougies ou assez d’huile pour tenir jusqu’à une demi-heure après la nuit.
- Le samedi soir : on attend la sortie du Chabbat. L’ordre entre la havdala et l’allumage varie selon les communautés.
Pour les cas particuliers (appartement, voyage), on consultera un rabbin compétent.
Ce qu’en dit le Rav Raphaël Benizri
Dans son cours Hanoucca dans l’histoire, le Rav Benizri souligne que le miracle des huit jours n’a pas été décrété par les rabbins : c’est le peuple qui l’a reconnu. Au début, Hanoucca s’est surtout célébrée par le Hallel et la gratitude. Il relève aussi qu’on pouvait allumer avec n’importe quelle huile : le miracle est donc ailleurs. Cet allumage n’appartient pas à l’ordre de la nature, il se situe au-delà de la création.
Dans le même cours, il conclut : c’est par la propagation de la lumière, et non par la victoire militaire, que se réalise le destin d’Israël. La petite flamme qui va en augmentant est destinée à éclairer le monde entier.
Dans Maoz Tsour, le chant des exils, il commente les mots « ils ont rendu impures toutes les huiles ». Ce ne sont pas seulement des huiles matérielles, mais toutes les voies d’accès à l’intériorité. Ce qui reste, c’est de quoi allumer un jour, et il en fallait huit. Pour le Rav, le vrai miracle est là : une chose prévue pour durer un moment a traversé tout l’exil.
Dans Hanoucca : la lumière de chacun, il part de la formule ner ich ouveito. Chacun possède une lumière propre, que personne ne peut lui prendre. On ne la cache pas : on l’affiche au-dehors, parce qu’on veut la partager. Sa conclusion : personne ne peut nous l’ôter, et personne ne peut nous dispenser de l’allumer.
Enfin, dans Hanoucca : la rééducation juive, il explique la place de la hanoukia à gauche de la porte, face à la mezouza : l’homme passe entre les deux et se tient au milieu de ce qu’il a reçu.
Pour aller plus loin
- Hanoucca : tous les cours du Rav Benizri
- Hanoucca dans l’histoire
- Hanoucca : la lumière de chacun
- Hanoucca : la rééducation juive
- Maoz Tsour, le chant des exils
- Livret « Questions à poser à la table de Hanoucca » (PDF)
- Toutes les fêtes juives
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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