Huit jours après la naissance d’un petit garçon, la famille se réunit, souvent à la synagogue, autour d’un fauteuil vide, d’une coupe de vin et d’un homme qu’on appelle le mohel. En quelques instants, l’enfant entre dans « l’alliance d’Avraham » et reçoit son nom. Pourquoi les juifs pratiquent-ils la circoncision depuis des millénaires, même sous les persécutions, et pourquoi précisément le huitième jour ? Voici les textes, les raisons, l’histoire et le sens profond de ce geste.

En bref : la brit mila (en hébreu « alliance de la circoncision ») est le commandement, donné par D’ à Avraham, de circoncire tout garçon juif le huitième jour de sa vie (Bereshit 17, 10-12 ; Vayikra 12, 3). Elle n’est pas d’abord une pratique d’hygiène ni une simple coutume : la Torah l’appelle « signe d’alliance » et « alliance éternelle ». Elle inscrit dans la chair même de l’enfant son appartenance au peuple d’Israël et le lien qui unit ce peuple à D’. Le Talmud la considère comme si importante qu’elle se pratique même le Chabbat, mais jamais au détriment de la santé de l’enfant : un bébé malade ou fragile est circoncis plus tard. Les Sages y ont vu plusieurs sens : achever ce que la nature a laissé inachevé, maîtriser le désir, et dépasser l’ordre naturel, symbolisé par le chiffre huit.

Ce que dit la Torah : l’alliance avec Avraham

Tout commence dans le livre de Bereshit (la Genèse), au chapitre 17. Avram a quatre-vingt-dix-neuf ans. D’ lui apparaît et lui dit : « Marche devant Moi et sois intègre » (Bereshit 17, 1). Il change son nom en Avraham, « père d’une multitude de nations », et lui donne un commandement qui le concerne dans sa propre chair :

« Voici Mon alliance que vous observerez, entre Moi et vous, et ta descendance après toi : que tout mâle parmi vous soit circoncis. Vous circoncirez la chair de votre prépuce, et ce sera un signe d’alliance entre Moi et vous. À l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, dans vos générations » (Bereshit 17, 10-12).

Le texte ajoute : « Mon alliance sera dans votre chair une alliance éternelle » (17, 13). Et il précise que l’incirconcis « sera retranché de son peuple : il a rompu Mon alliance » (17, 14). Ce retranchement, le karet, l’une des sanctions les plus graves de la Torah, n’est pas une peine humaine : c’est une rupture entre l’homme et la source de sa vie spirituelle.

Avraham s’exécute le jour même. Il se circoncit, et circoncit son fils Ichmaël, alors âgé de treize ans, ainsi que tous les hommes de sa maison (Bereshit 17, 23-27). Un an plus tard naît Its’hak, le premier enfant juif circoncis au huitième jour : « Avraham circoncit Its’hak son fils, âgé de huit jours, comme D’ le lui avait ordonné » (Bereshit 21, 4).

Le commandement est répété dans le livre de Vayikra (le Lévitique), au milieu des lois sur la naissance : « Et au huitième jour, on circoncira la chair de son prépuce » (Vayikra 12, 3). La tradition le compte parmi les 613 commandements de la Torah ; c’est même la deuxième mitsva du Sefer Ha-Hinoukh, juste après celle d’avoir des enfants.

Que veut dire « brit mila » ?

Le mot brit signifie « alliance », un engagement réciproque. Dans la Bible, les alliances se « tranchent » : on dit littéralement « couper une alliance » (karat brit). La circoncision est l’alliance tranchée dans le corps même.

Le mot mila signifie « coupure », « circoncision ». Le même mot, en hébreu, veut aussi dire « mot », « parole ». Nous reviendrons sur ce double sens avec l’enseignement du Rav Benizri.

On dit aussi « la brit » ou, chez les ashkénazes, « la bris ». Le prépuce se dit en hébreu orla, mot qui désigne plus largement une enveloppe, une fermeture, un obstacle. La Torah parle ainsi de « lèvres incirconcises » (Chemot 6, 12), c’est-à-dire d’une parole entravée.

La circoncision du cœur

Les prophètes et la Torah elle-même montrent que la circoncision ne concerne pas que le corps. « Circoncisez le prépuce de votre cœur, et ne raidissez plus votre nuque » (Devarim 10, 16), dit Moché au peuple. Et plus loin : « L’Éternel ton D’ circoncira ton cœur et le cœur de ta descendance, pour que tu aimes l’Éternel ton D’ de tout ton cœur » (Devarim 30, 6). Le prophète Yirmeyahou reprend la même image (Yirmeyahou 4, 4).

Dans la tradition juive, la circoncision du cœur ne remplace pas celle de la chair : elle la complète. Le geste physique est le point de départ ; il appelle tout un travail intérieur pour ôter ce qui bouche le cœur, l’oreille et la parole.

Pourquoi le huitième jour ?

Pourquoi attendre huit jours, ni plus ni moins ? Les Sages ont proposé plusieurs réponses complémentaires.

Une raison de joie familiale

Le Talmud rapporte la question des élèves de Rabbi Chimon bar Yo’haï : pourquoi la Torah a-t-elle dit de circoncire le huitième jour ? Il répond : « pour que tous ne soient pas dans la joie alors que le père et la mère sont tristes » (Nidda 31b). Selon la Torah, la mère se trouve pendant les sept premiers jours dans un état d’impureté rituelle lié à la naissance (Vayikra 12, 2). Au huitième jour, elle peut pleinement participer à la fête de son fils.

Un chiffre au-delà de la nature

Une explication plus profonde, développée notamment par le Maharal de Prague, s’attache au chiffre lui-même. Le monde a été créé en sept jours, et la semaine revient sans fin : sept est le chiffre de la nature, du cycle, de ce qui se répète. Huit est ce qui dépasse ce cycle. L’enfant a traversé un Chabbat, une semaine complète de création ; au huitième jour, on lui fait franchir une limite que la nature seule ne franchit pas. Ce n’est pas un hasard si Hanoucca dure huit jours.

Un enfant qui n’a rien choisi

On objecte souvent que l’enfant de huit jours n’a pas choisi. Le Midrash connaît l’objection. Il raconte qu’Ichmaël se vantait devant Its’hak : « moi, j’ai été circoncis à treize ans, j’aurais pu refuser ; toi, tu n’avais que huit jours. » Its’hak répondit : « Si D’ me demandait tous mes membres, je ne refuserais pas. » (Talmud, Sanhédrin 89b ; Bereshit Rabba 55). La circoncision au huitième jour n’est pas l’adhésion d’un adulte à une idée, mais l’entrée d’un enfant dans une histoire qui le précède, comme on reçoit une langue maternelle ou un nom ; à lui ensuite de faire sienne cette alliance.

Les raisons de la circoncision selon les Sages

La Torah ne donne pas d’explication au-delà du « signe d’alliance ». Les maîtres juifs ont pourtant réfléchi aux ta’amé hamitsvot, les raisons des commandements, tout en rappelant qu’on accomplit d’abord la mitsva parce que D’ l’a ordonnée.

Achever ce que D’ a laissé inachevé

Le Midrash Tanhouma (Tazria 5) rapporte un dialogue célèbre entre Rabbi Akiva et le gouverneur romain Turnus Rufus. Le Romain demande quelles œuvres sont les plus belles, celles de D’ ou celles des hommes. Celles des hommes, répond Rabbi Akiva, en lui montrant des épis de blé et des pains. Turnus Rufus demande alors : « S’Il veut que l’on soit circoncis, pourquoi l’enfant ne naît-il pas circoncis ? » Et Rabbi Akiva répond que D’ a donné les mitsvot à Israël pour qu’ils s’affinent par elles.

L’idée est reprise par le Sefer Ha-Hinoukh (mitsva 2). D’ a voulu que l’homme ne naisse pas achevé, afin de lui signifier que, de même que la perfection de son corps passe par sa main, la perfection de son âme dépend de ses actes. L’homme est appelé à devenir l’associé du Créateur.

Maîtriser le désir

Le Rambam (Maïmonide), dans son Guide des égarés (Moreh Névoukhim III, 49), donne deux raisons. La première est morale : la circoncision modère le désir sexuel, sans l’abolir, et aide l’homme à rester maître de ses pulsions plutôt que d’en être l’esclave. L’organe par lequel la vie se transmet porte la marque d’une limite. La seconde raison est collective : c’est un signe commun à tous ceux qui croient en l’unité de D’, qui les unit en un seul peuple. On ne s’inflige pas une telle marque pour une croyance à laquelle on ne tient pas, souligne-t-il.

Un signe dans le corps

Le Talmud raconte que le roi David, entré dans un bain public, se désola d’être « nu de toute mitsva ». Puis il vit sa circoncision, et son esprit s’apaisa (Menahot 43b). On met puis on enlève les téfilines ; la brit mila, elle, accompagne l’homme à chaque instant et jusqu’à sa mort.

Une alliance qui ne se rompt pas

La Michna enseigne : « Grande est la circoncision, car treize alliances ont été conclues à son sujet » (Nedarim 3, 11), allusion aux treize mentions du mot brit dans le chapitre 17 de Bereshit. Elle ajoute qu’Avraham, malgré toutes ses mitsvot, ne fut appelé « intègre » qu’après sa circoncision, selon le verset « Marche devant Moi et sois intègre ».

Un grand-père à barbe blanche, portant une kippa et un talith, tient tendrement un nouveau-né emmailloté de blanc dans une synagogue
Le sandak tient l’enfant sur ses genoux : « De même qu’il est entré dans l’alliance, qu’il entre dans la Torah, sous le dais nuptial et dans les bonnes actions » (Chabbat 137b).

Comment se déroule une brit mila aujourd’hui

La brit a lieu en principe le matin du huitième jour, à compter du jour de la naissance (un enfant né un lundi est circoncis le lundi suivant). Comme la journée juive commence au coucher du soleil, un enfant né un soir après la tombée de la nuit est compté comme né le lendemain. Les Sages enseignent qu’on la fait le matin, avec empressement, à l’image d’Avraham qui « se leva de bon matin » (Bereshit 22, 3 ; Talmud, Pessahim 4a).

Les acteurs

  • Le père est le premier tenu par la mitsva. Le plus souvent, il la délègue au mohel, tout en restant présent.
  • Le mohel est le spécialiste, formé à la fois à la loi juive, à l’hygiène et aux gestes.
  • Le sandak est celui qui tient l’enfant sur ses genoux pendant la circoncision ; c’est un honneur important, confié souvent à un grand-père ou à un rabbin.

Le fauteuil d’Eliyahou

Dans la salle, on prépare un fauteuil spécial, souvent richement décoré, appelé le kissé chel Eliyahou, le « siège du prophète Élie ». Selon les Pirké de Rabbi Eliezer (chapitre 29), le prophète, qui s’était plaint auprès de D’ que les enfants d’Israël avaient « abandonné Ton alliance » (Melakhim I 19, 10), reçut pour réponse qu’il assisterait désormais à chaque circoncision pour constater lui-même leur fidélité. On l’accueille donc symboliquement, et l’on pose un instant l’enfant sur ce siège.

L’acte et les bénédictions

L’acte lui-même ne dure que quelques instants. Il comporte trois étapes décrites dans la Michna (Chabbat 19, 2) : la mila, l’ablation du prépuce ; la peria, qui dégage le gland ; et la metsitsa, qui consiste à aspirer un peu de sang de la plaie, à l’origine par mesure de santé. La manière de la pratiquer varie selon les communautés (beaucoup de mohalim utilisent aujourd’hui un tube stérile) ; chacun suivra l’avis de son rabbin.

Le mohel récite la bénédiction « al hamila », « sur la circoncision ». Le père dit : « Béni sois-Tu… qui nous as ordonné de le faire entrer dans l’alliance d’Avraham notre père. » L’assemblée répond d’une seule voix : « De même qu’il est entré dans l’alliance, qu’il entre dans la Torah, sous le dais nuptial et dans les bonnes actions » (Chabbat 137b). Tout le programme d’une vie juive est là : l’étude, le mariage, la bonté.

Le nom

C’est au cours de la brit qu’on annonce le nom hébraïque de l’enfant, dans une prière récitée sur une coupe de vin. Le lien est ancien : c’est au moment de son alliance qu’Avram est devenu Avraham. On cite à cet instant le verset de Yehezkel : « Je t’ai dit : par ton sang, vis ! » (Yehezkel 16, 6).

Le Chabbat, la santé et les cas particuliers

La brit mila au huitième jour est si importante qu’elle se fait même le Chabbat (Michna Chabbat 19, 1-2), et même le jour de Kippour : le Talmud le tire des mots « et au huitième jour » (Chabbat 132a), qui ne font pas d’exception. C’est une des rares mitsvot qui repoussent les interdits du Chabbat. Il y a cependant des limites : un enfant né par césarienne, par exemple, est circoncis le huitième jour, mais pas si ce jour tombe un Chabbat (Chabbat 135a).

Surtout, la loi juive est catégorique : on ne met jamais la vie ou la santé d’un enfant en danger pour la circoncision. « Le danger pour la vie repousse tout » ; on peut toujours circoncire plus tard, mais on ne peut pas rendre une vie (Rambam, Hilkhot Mila 1, 18). Un bébé prématuré, malade ou atteint d’une jaunisse importante attend d’être guéri, et l’on compte alors sept jours pleins après sa guérison complète avant la brit. Le Talmud va jusqu’à dispenser de circoncision un enfant dont deux frères aînés sont morts des suites de la leur (Yevamot 64b). Les lois de la circoncision sont rassemblées dans le Choulhan Aroukh, Yoré Déa 260 à 266 ; pour tout cas particulier, on consultera un rabbin et un médecin.

Si le père ne fait pas circoncire son fils, l’obligation passe au tribunal rabbinique, c’est-à-dire à la communauté, et, à défaut, l’homme devenu adulte doit se faire circoncire lui-même (Rambam, Hilkhot Mila 1, 1-2). Un enfant né sans prépuce, ou un converti déjà circoncis, reçoit une hatafat dam brit, une simple goutte de sang prélevée en signe d’alliance (Chabbat 135a). Pour un homme qui se convertit au judaïsme, la circoncision est l’une des conditions de la conversion, avec l’immersion dans le mikvé (Keritot 9a).

Une fidélité qui a traversé l’histoire

La circoncision est très ancienne. D’autres peuples du Proche-Orient la pratiquaient : l’historien grec Hérodote, au Ve siècle avant l’ère commune, mentionne les Égyptiens (Histoires II, 104), et des représentations égyptiennes en témoignent. Mais chez eux, il s’agissait le plus souvent d’un rite de passage à l’adolescence ou d’un usage de caste. Chez les Hébreux, elle prend un tout autre sens : elle se fait au huitième jour, sur le nouveau-né, comme signe d’une alliance avec le D’ unique.

La Bible raconte plusieurs moments où cette alliance est en jeu. Sur le chemin de l’Égypte, Tsipora, l’épouse de Moché, circoncit elle-même leur fils pour écarter un danger mortel (Chemot 4, 24-26). Avant la sortie d’Égypte, la Torah interdit à tout incirconcis de manger l’agneau pascal (Chemot 12, 48) ; le Midrash dit qu’Israël fut sauvé par deux sangs, celui du Pessah et celui de la mila. Pendant les quarante ans dans le désert, on ne circoncit pas, à cause des dangers du voyage ; Yehochoua circoncit tout le peuple en entrant en terre d’Israël, à Guilgal (Yehochoua 5, 2-9).

L’histoire juive est aussi celle des tentatives d’interdire la brit. Vers 167 avant l’ère commune, le roi grec Antiochus IV Épiphane la proscrit en Judée ; le premier livre des Maccabées rapporte que des mères furent mises à mort avec leurs nourrissons circoncis (I Maccabées 1, 60-61). C’est le contexte de la révolte des Hasmonéens, que commémore Hanoucca. Trois siècles plus tard, l’empereur Hadrien interdit à son tour la circoncision, ce qui, selon de nombreux historiens, contribua à la révolte de Bar Kokhba (132-135). Les juifs de l’Inquisition, puis ceux d’Union soviétique, la pratiquèrent en secret, au péril de leur liberté. Et, comme le rappelle le Rav Benizri, les persécuteurs n’avaient qu’à vérifier si un homme était circoncis pour savoir s’il était juif.

C’est pourquoi on parle de la brit comme d’une mitsva pour laquelle le peuple juif a donné sa vie. Le Talmud enseigne que les mitsvot pour lesquelles Israël s’est sacrifié, comme la circoncision, sont restées fermement ancrées en lui (Chabbat 130a). Aujourd’hui encore, la très grande majorité des familles juives, même peu pratiquantes, tiennent à la brit de leur fils.

Idées reçues sur la circoncision

« C’est une mesure d’hygiène. » Des études médicales ont montré certains bénéfices de la circoncision masculine, et l’Organisation mondiale de la santé la recommande dans certaines régions pour réduire la transmission du VIH. Mais ce n’est pas la raison donnée par la Torah, et le Rambam ne la présente pas comme une mesure médicale : il s’agit d’une alliance, pas d’une opération préventive.

« Celui qui n’est pas circoncis n’est pas juif. » C’est faux. Est juif celui qui est né d’une mère juive ou s’est converti selon la loi juive. Un juif non circoncis manque à une mitsva importante, mais il reste pleinement juif. La brit est un signe d’appartenance, pas sa condition.

« Les filles sont aussi circoncises. » Non. Le judaïsme n’a jamais pratiqué aucune forme de « circoncision » féminine. La naissance d’une fille est célébrée en lui donnant son nom à la synagogue, lors de la lecture de la Torah, et, chez beaucoup de séfarades, par une fête appelée zeved habat, « le cadeau de la fille ».

Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri

Le Rav Benizri a consacré plusieurs cours au chapitre 17 de Bereshit. En voici les idées principales.

Ne pas croire que la nature est parfaite

Dans Lech Lecha : le dialogue de la révélation, le Rav part de l’ordre donné à Avraham : « Marche devant Moi et sois intègre. » Il ne faut pas attendre la révélation : il faut aller au-devant. Toute la différence entre celui qui pratique la circoncision et celui qui s’en abstient tient là, explique-t-il. S’en abstenir revient à considérer que la nature, telle qu’elle est faite, est parfaite, et qu’il ne faut rien y toucher. Or la perfection dans l’ordre de la nature est impossible.

Une recréation de l’être

Dans le même cours, le Rav rapproche le mot brit, l’alliance, du mot beria, la créature, la création. Il ne faut pas croire, dit-il, que le circoncis soit simplement celui qui a subi une petite opération : la circoncision véritable opère une recréation de l’être. C’est pourquoi, accomplie le huitième jour, elle représente un dépassement de l’ordre de la nature et repousse même le Chabbat. Mais il souligne aussitôt la limite : si l’enfant n’est pas en état, on la reporte, car on ne va pas le priver de la possibilité d’observer d’autres Chabbat.

Trois alliances, dont une éternelle

Le Rav distingue trois alliances. Celle de l’arc-en-ciel, alliance de l’espace, engage l’humanité entière. Le peuple juif est concerné par deux autres : celle du Chabbat, alliance du temps, et celle de la circoncision, alliance de l’être. Cette dernière est dite « alliance éternelle » : rien ne peut l’annuler. C’est pourquoi, explique-t-il, un juif qui ne la fait pas reste juif : il est en faute, mais il ne cesse pas d’appartenir. Et si un enfant n’a personne pour le faire circoncire, la communauté en porte la charge, car l’appartenance précède l’acte.

À ceux qui objectent que cette alliance ne concerne que les hommes, le Rav répond par l’expression du prophète Malakhi, « la femme de ton alliance » (Malakhi 2, 14) : l’homme et la femme forment une seule entité, et la circoncision que l’homme accomplit, il l’accomplit pour deux.

Couper quatre excroissances

Dans Vayera : les promesses à Avraham (1re partie), le Rav explique que la bonté véritable, le hessed, l’amour gratuit, n’est possible qu’après la mila. Un amour inconditionnel suppose qu’on l’ait amputé de ses excroissances, qui sont au nombre de quatre : celle de la chair, celle du cœur et du désir, celle de la parole qui dépasse ses limites, et celle de l’oreille qui se prête à tous les conditionnements. Elles correspondent aux quatre plans de la vie de l’homme : physique, psychologique, intellectuel et spirituel. La création, rappelle-t-il, tient en sept jours ; la mila se situe au huitième, hors de ce cadre.

La vie spirituelle n’est pas un compromis

Avraham avait trois amis, Aner, Echkol et Mamré. Selon le Midrash que commente le Rav, deux d’entre eux tentèrent de le dissuader : ta morale est très belle, mais cette amputation dans ta chair ne répond à rien. Ils ne voyaient pas, dit le Rav, que le support de tout esprit est la chair. Seul Mamré l’encouragea, et c’est aux chênes de Mamré que D’ se révéla ensuite. Pour le Rav, la circoncision doit apprendre au monde que la vie spirituelle n’est pas un compromis.

La coupure dans la chair et dans la parole

Enfin, dans Lech Lecha : Avraham contre Pharaon, le Rav revient sur le double sens du mot mila : la coupure et la parole. Il y a deux manières d’avoir une descendance, dit-il : par le corps et par la parole, c’est-à-dire l’éducation. La coupure doit donc se faire à la fois dans la chair et dans le langage. Et il met en garde : réduire la brit à un simple signe d’identité, une pratique de convenance, c’est passer à côté de ce qu’elle est. Elle n’a de sens que si elle s’accompagne d’une transmission vivante de la Torah.

Questions fréquentes sur la brit mila

Pourquoi les juifs font-ils la circoncision ?

Parce que D’ l’a ordonnée à Avraham comme « signe d’alliance » entre Lui et sa descendance (Bereshit 17, 10-11), et que la Torah la répète pour chaque génération (Vayikra 12, 3). Les Sages y voient aussi un appel à parfaire la nature, à maîtriser ses désirs et à porter dans son corps le signe d’une appartenance.

Pourquoi le huitième jour exactement ?

Parce que la Torah le fixe ainsi. Le Talmud y voit le souci que les parents puissent se réjouir pleinement (Nidda 31b). Les maîtres y lisent aussi le symbole du chiffre huit, qui dépasse le cycle de sept jours de la création et de la nature.

Que se passe-t-il si le huitième jour tombe un Chabbat ?

La brit a lieu le Chabbat, et même le jour de Kippour, car elle repousse ces interdits (Chabbat 132a). Il existe toutefois des exceptions, par exemple pour un enfant né par césarienne. Les détails relèvent d’un rabbin.

La circoncision est-elle dangereuse ?

Pratiquée par un mohel compétent sur un enfant en bonne santé, c’est un acte bref. La loi juive interdit absolument de circoncire un enfant dont la santé pourrait en souffrir : on attend alors sa guérison complète.

Un adulte peut-il faire sa brit mila ?

Oui. Un juif qui n’a pas été circoncis dans l’enfance, par exemple en Union soviétique, peut la faire à tout âge, sous anesthésie et dans de bonnes conditions médicales.

Pour aller plus loin

Sources et références

  • Torah : Bereshit 17, 1-14 et 17, 23-27 ; Bereshit 21, 4 ; Bereshit 22, 3 ; Vayikra 12, 2-3 ; Chemot 4, 24-26 ; Chemot 6, 12 ; Chemot 12, 48 ; Devarim 10, 16 ; Devarim 30, 6
  • Prophètes : Yehochoua 5, 2-9 ; Melakhim I 19, 10 ; Yirmeyahou 4, 4 ; Yehezkel 16, 6 ; Malakhi 2, 14
  • Michna Chabbat 19, 1-2 ; Michna Nedarim 3, 11
  • Talmud de Babylone : Chabbat 130a, 132a, 135a, 137b ; Pessahim 4a ; Nidda 31b ; Menahot 43b ; Sanhédrin 89b ; Yevamot 64b ; Keritot 9a
  • Midrash : Bereshit Rabba 55 ; Midrash Tanhouma, Tazria 5 ; Pirké de Rabbi Eliezer, chapitre 29
  • Rambam, Moreh Névoukhim (Guide des égarés) III, 49 ; Michné Torah, Hilkhot Mila 1, 1-2 et 1, 18
  • Sefer Ha-Hinoukh, mitsva 2
  • Choulhan Aroukh, Yoré Déa 260 à 266
  • Maharal de Prague, sur le symbolisme des nombres sept et huit
  • Hérodote, Histoires II, 104 ; Premier livre des Maccabées 1, 60-61
  • Cours du Rav Raphaël Benizri : Lech Lecha : le dialogue de la révélation ; Vayera : les promesses à Avraham (1re partie) ; Lech Lecha : Avraham contre Pharaon

Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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