Une petite calotte ronde posée sur le sommet du crâne : la kippa est sans doute le signe le plus visible du judaïsme. On la voit à la synagogue, dans la rue, au mur Occidental, parfois sous un chapeau noir, parfois tricotée de toutes les couleurs. Mais d’où vient-elle ? Est-ce un commandement de la Torah, une coutume, un signe d’appartenance ? Voici une réponse complète, avec les sources, l’histoire et le sens profond de ce petit morceau de tissu.

En bref : la kippa (mot hébreu qui signifie « coupole », « voûte ») est la calotte que les hommes juifs portent pour garder la tête couverte. Ce n’est pas un commandement écrit dans la Torah, mais un usage très ancien, déjà décrit dans le Talmud, qui est devenu au fil des siècles une règle reconnue par tous les codes de loi juive (Choulhan Aroukh, Orah Haïm 2, 6). Sa raison principale est donnée par le Talmud : « Couvre ta tête, afin que la crainte du Ciel soit sur toi » (Chabbat 156b). Se couvrir la tête, c’est reconnaître qu’il y a quelque chose au-dessus de soi. La kippa est donc à la fois un geste d’humilité devant D’, un rappel permanent de Sa présence, et, avec le temps, un signe d’identité juive.

Que veut dire le mot « kippa » ?

En hébreu, kippa (כִּפָּה) désigne une voûte, une coupole, un dôme. On parle par exemple de la kippat hachamayim, la « voûte du ciel ». Le mot évoque donc une forme arrondie qui couvre et protège. Appliqué au couvre-chef, il est relativement récent : le Talmud ne parle pas de « kippa », mais simplement du fait de « couvrir la tête » (kissouy harosh) ou de ne pas marcher « tête découverte » (guilouy harosh). Peu importait l’objet : un chapeau, un turban, un pan de châle.

En yiddish, la langue des juifs d’Europe de l’Est, la kippa s’appelle yarmulke. Le mot vient probablement du polonais jarmułka, une sorte de bonnet. Une étymologie populaire, plus jolie qu’exacte, le décompose en araméen : yaré malka, « celui qui craint le Roi ». Elle n’a pas de fondement linguistique, mais elle dit bien ce que la kippa veut exprimer.

En français, on dit aussi calotte ; dans les communautés d’Afrique du Nord, on entend parfois ce mot dans la bouche des anciens. Quel que soit le nom, l’objet est le même : une couverture de tête, portée en signe de respect.

Ce que dit la Torah écrite

Il faut le dire clairement dès le départ : aucun verset de la Torah n’ordonne aux juifs de se couvrir la tête. La kippa ne figure pas parmi les 613 commandements. Pourtant, la Torah connaît bien l’idée qu’on se couvre la tête dans un contexte sacré.

Le premier exemple est celui des prêtres, les Kohanim, qui servaient dans le Sanctuaire. Parmi les vêtements du grand prêtre, la Torah mentionne la mitsnefet, une sorte de turban (Chemot 28, 4 et 28, 39). Sur ce turban était attaché le tsits, une plaque d’or portant l’inscription « Saint pour l’Éternel » (Chemot 28, 36-37). Les simples prêtres, fils d’Aharon, portaient eux aussi un couvre-chef, les migbaot : « Et pour les fils d’Aharon, tu feras des tuniques, des ceintures et des coiffures, pour l’honneur et pour la splendeur » (Chemot 28, 40). Dans le lieu le plus saint d’Israël, celui qui se tenait devant D’ avait la tête couverte.

Le Tanakh, la Bible hébraïque, connaît aussi la tête couverte comme signe d’émotion grave et d’humilité. Lorsque le roi David fuit Jérusalem devant la révolte de son fils Avchalom, il gravit le mont des Oliviers « en pleurant, la tête couverte » (Chmouel II 15, 30). Et quand Haman est humilié devant Mordekhaï, il rentre chez lui « en deuil, la tête couverte » (Esther 6, 12). Se couvrir la tête, dans la culture biblique, c’est se replier, s’effacer, reconnaître qu’on n’est pas le maître de la situation.

Ces versets ne créent pas l’obligation de la kippa. Mais ils montrent que l’idée est enracinée très loin : la tête couverte exprime le respect devant ce qui nous dépasse.

Ce qu’en dit le Talmud

C’est dans le Talmud, compilé entre le IIIe et le VIe siècle, qu’on trouve les sources directes de la kippa. Trois passages sont essentiels.

L’histoire de Rav Nahman bar Its’hak

Le texte le plus célèbre se trouve à la fin du traité Chabbat (156b). Des astrologues chaldéens avaient prédit à la mère de Rav Nahman bar Its’hak que son fils deviendrait un voleur. Elle ne le laissa donc jamais aller tête nue, et lui disait : « Couvre ta tête, afin que la crainte du Ciel soit sur toi, et prie pour obtenir la miséricorde. » Le garçon ne savait pas pourquoi elle insistait tant.

Un jour, devenu adulte, il étudiait assis sous un palmier qui ne lui appartenait pas. Le tissu qui lui couvrait la tête glissa. Il leva les yeux, vit les dattes, et son penchant l’emporta : il grimpa et arracha une grappe avec les dents. Le Talmud raconte cette histoire pour enseigner que le destin n’est pas écrit d’avance pour Israël : un penchant réel peut être maîtrisé. Mais il nous transmet au passage la raison même de la kippa. La tête couverte entretient chez l’homme la conscience qu’il est vu, et cette conscience le protège de ses propres faiblesses.

La formule araméenne, kassi richakh ki heikhi detehevei alakh eimta dichmaya, « couvre ta tête pour que la crainte du Ciel soit sur toi », est devenue la phrase de référence sur le sujet. Le Kitsour Choulhan Aroukh (3, 6) la cite encore au XIXe siècle pour justifier qu’on habitue les petits enfants à se couvrir la tête.

« La Présence divine est au-dessus de ma tête »

Le deuxième passage se trouve dans le traité Kiddouchin (31a). On y raconte que Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, ne marchait jamais quatre coudées (environ deux mètres) tête nue. Il expliquait : « La Chekhina, la Présence divine, est au-dessus de ma tête. » Le même maître dit ailleurs, en faisant le bilan de sa vie : « Que je sois récompensé pour n’avoir jamais marché quatre coudées tête découverte » (Chabbat 118b).

On voit ici la logique : celui qui se sait en permanence en présence de D’ ne se tient pas devant Lui comme devant n’importe qui. De même qu’on ne se présente pas débraillé devant une personne qu’on respecte, on se couvre la tête parce qu’on se tient, à chaque instant, devant le Roi.

Un usage, pas encore une loi

Le troisième passage montre qu’à l’époque du Talmud, se couvrir la tête n’était pas encore une obligation générale. Dans le traité Nedarim (30b), à propos d’une expression employée dans les vœux, le Talmud constate simplement que « les hommes, parfois, se couvrent la tête, et parfois se la découvrent ; les femmes ont toujours la tête couverte ; les enfants, toujours la tête découverte ».

Autrement dit, chez les Sages, la tête toujours couverte était une marque de piété particulière, celle de Rav Houna ou des grands savants, et non encore un usage de tous. C’est ce qui explique les débats qui suivront.

Des décisionnaires au Choulhan Aroukh : d’une piété à une règle

Le Rambam (Maïmonide, XIIe siècle) mentionne la tête couverte à deux endroits. Dans ses Lois de la prière, il enseigne qu’avant de prier, on arrange ses vêtements et on se présente dignement, et qu’on ne se tient pas en prière « la tête découverte » (Hilkhot Tefila 5, 5). Dans ses Lois des comportements, il décrit la grande pudeur des sages : ils ne se découvrent ni la tête ni le corps (Hilkhot Déot 5, 6). Pour le Rambam, la tête couverte est donc requise pour la prière et attendue d’un homme d’étude.

Au XVIe siècle, le Choulhan Aroukh de Rabbi Yossef Karo, le grand code de loi juive, franchit un pas : « Il est interdit de marcher la tête haute, avec arrogance, et on ne marchera pas quatre coudées tête découverte » (Orah Haïm 2, 6). Il rapporte aussi que, selon certains avis, il est interdit de prononcer le Nom de D’ la tête découverte, et, selon d’autres, qu’il faut empêcher qu’on entre tête nue à la synagogue (Orah Haïm 91, 3).

Restait une question : s’agit-il d’une obligation stricte ou d’une « mesure de piété » (midat hassidout) ? Les avis sont partagés. Le Maharchal (Rabbi Chlomo Louria, XVIe siècle), cité par le Taz, estimait qu’en dehors de la prière il n’y a pas d’interdit au sens strict, mais seulement une piété, tout en recommandant de s’y tenir parce que la tête nue était perçue comme un manque de sérieux. Le Gaon de Vilna penchait aussi pour y voir une mesure de piété.

Le Taz (Rabbi David Halévi, XVIIe siècle) a apporté un argument devenu décisif (Taz sur Orah Haïm 8, 3). À son époque, explique-t-il, les non-juifs avaient pris l’habitude de se découvrir la tête en signe de respect, notamment en s’asseyant et dans leurs lieux de culte. Rester tête nue revenait donc à imiter leurs usages religieux, ce que la Torah interdit : « Vous ne suivrez pas leurs coutumes » (Vayikra 18, 3). D’autant plus, ajoute-t-il, que la tête couverte exprime la crainte du Ciel, comme l’enseigne la fin du traité Chabbat. Pour lui, il y a donc là un véritable interdit.

Au XXe siècle, Rav Moché Feinstein, l’un des grands décisionnaires américains, a conclu dans ses responsa (Igrot Moché) que, même si à l’origine il s’agissait d’une piété, l’usage s’est tellement généralisé dans le peuple juif qu’il a pris force d’obligation. C’est aujourd’hui la position reçue dans le monde orthodoxe, chez les ashkénazes comme chez les séfarades : un homme juif garde la tête couverte en permanence, et au minimum pendant la prière, les bénédictions, l’étude de la Torah et à la synagogue.

Les raisons de la kippa : trois niveaux d’explication

Pourquoi un geste aussi simple a-t-il pris une telle importance ? Les explications se superposent, du plus simple au plus profond.

Le niveau simple : le respect

Dans presque toutes les cultures, on marque le respect par un geste de la tête. Le judaïsme a choisi de couvrir la tête devant D’, comme le prêtre au Sanctuaire. La kippa dit : « Je sais devant Qui je me tiens. » Elle transforme chaque instant de la journée en un moment vécu en présence de D’, et pas seulement les heures de prière.

Le niveau moral : l’humilité et la maîtrise de soi

Le Choulhan Aroukh associe la tête couverte à l’interdit de « marcher la tête haute » avec arrogance (Orah Haïm 2, 6). La tête est le siège de l’intelligence, de la volonté, de l’orgueil aussi. La couvrir, c’est rappeler que la raison humaine a une limite, qu’il y a au-dessus d’elle quelque chose de plus grand. L’histoire de Rav Nahman bar Its’hak montre aussi la dimension pratique : la kippa est un garde-fou. Celui qui porte un signe visible de sa relation à D’ se surveille davantage. Il sait que ses actes engagent plus que lui-même.

Le niveau intérieur : la crainte du Ciel

Le mot clé reste celui du Talmud : yirat chamayim, la « crainte du Ciel ». Il ne s’agit pas de peur, mais d’une conscience : celle de vivre sous le regard de D’. La kippa ne fabrique pas cette conscience, mais elle l’entretient, comme un nœud au mouchoir. Dans la tradition mystique, on aime souligner que la tête est la partie de l’homme la plus proche du Ciel : la couvrir, c’est marquer la séparation entre ce que l’homme peut saisir et ce qui le dépasse, et accepter cette limite comme une forme de respect, non comme une humiliation.

Un père et son fils vus de dos, portant chacun une kippa tricotée, marchant dans une ruelle de pierre de Jérusalem
« Couvre ta tête, afin que la crainte du Ciel soit sur toi » (Talmud, Chabbat 156b) : un usage que l’on transmet de père en fils.

Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri

Le Rav Benizri n’a pas consacré de cours entier à la kippa, mais il en a parlé directement dans un cours de Pessah, et il a souvent enseigné sur la notion même que le Talmud place au cœur de cet usage : la crainte du Ciel, celle que la kippa est censée « poser » sur la tête de celui qui la porte.

Une petite voûte sous la voûte céleste

Dans son cours sur les quatre questions du Ma Nichtana, le Rav met en garde contre une illusion : croire que tout est limpide, transparent, alors qu’« il n’y a pas de connaissances qui ne laissent pas une ombre », aussi fine soit-elle. C’est là qu’il évoque le couvre-chef : « il faudrait que l’homme puisse porter avec humilité ce couvre-chef », qui le met « à l’état d’ouverture et d’écoute ». Et il joue sur le sens même du mot kippa : « Cette voûte céleste, moi je lui substitue une autre voûte sur ma tête, qui exige de moi une certaine humilité. »

L’image est parlante : la kippa est une petite coupole qui rappelle la grande. Elle ne prétend pas tout expliquer ; elle dit au contraire que l’homme, même savant, garde au-dessus de lui une part qu’il ne maîtrise pas, et qu’il doit rester à l’écoute.

Craindre n’est pas avoir peur

Dans son cours Elloul : le bilan de l’année, le Rav distingue nettement les deux notions. « Craindre, ce n’est pas avoir peur. La peur, c’est une menace extérieure. » La crainte, explique-t-il, réside dans le fait de réaliser que tout ne dépend pas de nous, que nous sommes associés à une entreprise et à une finalité, mais qu’il y a au-dessus de l’homme un Créateur qui conduit le monde. Il rappelle que, selon nos sages, le monde a été créé pour apprendre à l’homme à craindre.

Dans le même cours, il met en garde contre un travers : à force d’embellir notre judaïsme, nous risquons de tomber dans « le travers des belles formes » en négligeant le contenu. La remarque vaut pour la kippa : elle n’a de sens que si elle porte effectivement cette conscience. Une belle kippa sur une tête qui ne pense jamais au Ciel reste un accessoire.

Les degrés de la crainte

Dans le cours Eshet Haïl, 4e partie, le Rav décrit une échelle. Il y a d’abord la crainte du châtiment, la peur que quelque chose ne nous tombe sur la tête ; puis la crainte de la faute, du faux pas ; puis la crainte du Ciel, celle de ce qui est plus haut que nous, qui peut encore faire perdre ses moyens. Et au-delà, la crainte de D’ proprement dite, qui n’est plus paralysante : on y a de l’assurance, on fait les choses avec précaution, « on ne casse rien sur son passage », mais on reste conscient de ce qui manque encore à son propre développement.

La crainte du sublime, source de joie

Dans Pirkey Avot 5 : servir sans récompense, commentant la maxime d’Antigone de Sokho, « que la crainte du Ciel soit sur vous » (Pirké Avot 1, 3), le Rav appelle cette dimension « la crainte du sublime ». Nous avons beau vouloir tout réduire au rationnel, dit-il, celui qui est conscient de l’omniprésence de D’ et de Sa proximité devient l’objet d’une révélation. Et cette conscience ne rend pas triste : elle se traduit en une joie permanente, non pas celle qui se noie dans les plaisirs, mais celle qui fait sentir une présence et une providence tout au long du chemin.

On remarquera que la maxime d’Antigone emploie presque les mêmes mots que la mère de Rav Nahman : « que la crainte du Ciel soit sur vous ». La kippa est une manière très concrète de mettre cette phrase en pratique.

Un peu d’histoire

Dans l’Antiquité, les usages variaient. Le Talmud témoigne que les sages de Babylone tenaient particulièrement à la tête couverte, comme signe de piété et de dignité ; les érudits portaient souvent un sudar, une étoffe enroulée autour de la tête.

Au Moyen Âge, les pratiques divergeaient encore selon les régions. Dans l’Europe chrétienne, certains rabbins de France récitaient, semble-t-il, des bénédictions tête nue, ce que critiquaient d’autres autorités d’Allemagne. Dans le monde musulman, au contraire, la tête couverte était la norme pour tous, et les juifs d’Orient et d’Afrique du Nord ont toujours porté turban, chéchia ou calotte. Dans les pays germaniques, les juifs portèrent pendant des siècles un chapeau caractéristique, souvent pointu, qui fut ensuite imposé par les autorités comme signe distinctif.

C’est progressivement que la petite calotte, portée seule ou sous un chapeau, s’est imposée. Au XIXe siècle, en Allemagne, une partie du mouvement réformé supprima l’obligation de se couvrir la tête à la synagogue, pour ressembler davantage aux usages environnants. En réaction, la kippa devint aussi un marqueur de fidélité à la tradition.

Au XXe siècle, en Israël, la kippa tricotée (kippa srouga) est devenue le signe du sionisme religieux, tandis que la kippa de velours noir est associée au monde dit « orthodoxe » ou haredi. Les juifs de Boukhara et du Yémen ont leurs kippot brodées, les hassidim de Breslev de grandes kippot blanches. Ainsi, en Israël, la kippa dit souvent aussi à quel courant on appartient. Mais tous ces styles expriment le même geste fondamental.

La kippa en pratique aujourd’hui

Qui la porte ? Dans le judaïsme traditionnel, la kippa est portée par les hommes et les garçons. Dans beaucoup de familles, on habitue les petits garçons à la porter très tôt ; chez de nombreux ashkénazes et hassidim, l’usage est de commencer le jour de la première coupe de cheveux, à trois ans, souvent célébrée à Lag BaOmer. Les femmes mariées, elles, se couvrent les cheveux pour une autre raison, liée à la pudeur conjugale, avec un foulard, un chapeau ou une perruque ; ce n’est pas une kippa. Dans certains courants libéraux, des femmes ont choisi de porter la kippa ; ce n’est pas l’usage traditionnel.

Quand ? L’idéal, selon le Choulhan Aroukh, est de la garder en permanence. Au minimum, la tradition exige la tête couverte pour la prière, les bénédictions (y compris avant et après le repas), l’étude de la Torah, et à la synagogue ou dans un cimetière.

Quelle forme ? Aucune forme n’est imposée. Ce qui compte, c’est que la tête soit couverte : un chapeau, une casquette ou un bonnet remplissent la même fonction. Beaucoup d’hommes religieux portent d’ailleurs un chapeau par-dessus la kippa pour la prière. Pour les questions de détail, par exemple la taille minimale ou le fait de se couvrir avec la main pour une bénédiction occasionnelle, les décisionnaires en discutent, et on consultera un rabbin.

Et en public ? Certains juifs portent la kippa dans la rue, d’autres la remplacent par une casquette ou un chapeau, pour des raisons de discrétion ou de prudence. Du point de vue de la loi juive, l’essentiel, la tête couverte, est respecté dans les deux cas.

Et les non-juifs ? Un visiteur non juif qui entre dans une synagogue ou s’approche du mur Occidental est invité à se couvrir la tête par respect pour le lieu. On lui prête souvent une kippa en carton ou en tissu. Ce geste de politesse ne l’engage à rien sur le plan religieux.

Idées reçues sur la kippa

« La kippa est un commandement de la Torah. » Non. C’est un usage d’origine talmudique, devenu une règle de la loi juive au fil des siècles. Sa force vient de la tradition et de la décision des Sages, ce qui, dans le judaïsme, n’est pas peu.

« La kippa est un objet sacré. » Non plus. Contrairement à un rouleau de la Torah, aux téfilines ou à une mezouza, la kippa n’a aucune sainteté propre : il n’y a rien d’écrit dessus, et elle n’est qu’un moyen de se couvrir la tête. On peut la laver, la remplacer, s’en défaire quand elle est usée.

« Seuls les rabbins portent une kippa. » Faux : tout homme juif est concerné, du petit enfant au vieillard. Le rabbin n’a, sur ce point, aucune obligation particulière.

« Porter une kippa, c’est se déclarer plus religieux que les autres. » Ce n’est pas le sens de l’usage. La kippa n’est pas un diplôme de piété, mais un rappel adressé d’abord à celui qui la porte. Comme le dit le Talmud, elle sert à mettre sur lui la crainte du Ciel, pas à le faire voir.

« La couleur ou la matière de la kippa ont une signification religieuse. » Dans la loi juive, non. Ce sont des usages communautaires, qui expriment parfois une appartenance, mais toutes les kippot ont la même valeur.

Questions fréquentes sur la kippa

Quelle est la différence entre kippa, kipa, yarmulke et calotte ?

Il s’agit du même objet. Kippa (souvent écrit kipa) est le mot hébreu, qui signifie « coupole ». Yarmulke est le mot yiddish employé par les juifs ashkénazes. Calotte est le terme français traditionnel.

Pourquoi les femmes ne portent-elles pas la kippa ?

La kippa est un usage masculin. Le Talmud constate déjà que les femmes avaient toujours la tête couverte (Nedarim 30b), mais pour une raison différente, liée à la pudeur. Aujourd’hui, les femmes mariées se couvrent les cheveux avec un foulard, un chapeau ou une perruque. Certains courants libéraux ont adopté la kippa pour les femmes, mais ce n’est pas la pratique traditionnelle.

Peut-on remplacer la kippa par une casquette ?

Oui. Ce que demande la loi juive, c’est d’avoir la tête couverte, pas de porter un objet précis. Une casquette, un chapeau ou un bonnet conviennent. Pour la prière, on préférera toutefois une tenue digne.

Un non-juif peut-il porter une kippa ?

Oui, par exemple en visitant une synagogue, en assistant à un mariage ou à une bar mitsva, ou au mur Occidental. C’est une marque de respect, bien accueillie, qui ne fait pas de lui un juif et ne l’engage à rien.

Pourquoi la kippa tient-elle sans tomber ?

Souvent grâce à une simple pince à cheveux. Certaines kippot, plus grandes ou en velours, tiennent seules. Le Talmud raconte justement ce qui arriva à Rav Nahman bar Its’hak le jour où son couvre-chef glissa : une bonne raison de bien l’attacher.

Faut-il dormir avec la kippa ?

Beaucoup d’hommes religieux le font, ou se couvrent la tête la nuit, puisque l’usage est de ne jamais rester tête nue. D’autres sont moins stricts pendant le sommeil. Pour la règle précise, on consultera un rabbin.

À partir de quel âge un garçon porte-t-il la kippa ?

Il n’y a pas d’âge obligatoire. Le Kitsour Choulhan Aroukh (3, 6) recommande d’habituer les enfants dès leur plus jeune âge, en s’appuyant sur l’histoire de Rav Nahman bar Its’hak. Dans beaucoup de familles, le petit garçon la porte dès qu’il sait la garder sur la tête, et chez de nombreux ashkénazes et hassidim, à partir de trois ans.

Pour aller plus loin

La kippa ne pèse que quelques grammes, mais elle porte une idée immense : l’homme ne vit pas seul face à lui-même, il vit devant D’. La garder sur la tête, c’est garder cette conscience à portée de main, du matin au soir.

Sources et références

  • Chemot 28, 4 ; 28, 36-40 (la mitsnefet, le tsits et les migbaot des prêtres)
  • Chmouel II 15, 30 ; Esther 6, 12 (la tête couverte, signe de deuil et d’humilité)
  • Vayikra 18, 3 (« Vous ne suivrez pas leurs coutumes »)
  • Talmud de Babylone, Chabbat 156b (Rav Nahman bar Its’hak : « Couvre ta tête… »)
  • Talmud de Babylone, Kiddouchin 31a et Chabbat 118b (Rav Houna fils de Rav Yehochoua)
  • Talmud de Babylone, Nedarim 30b (usages des hommes, des femmes et des enfants)
  • Michna, Pirké Avot 1, 3 (Antigone de Sokho)
  • Rambam, Michné Torah, Hilkhot Tefila 5, 5 et Hilkhot Déot 5, 6
  • Choulhan Aroukh, Orah Haïm 2, 6 et 91, 3
  • Taz sur Choulhan Aroukh, Orah Haïm 8, 3 (citant les responsa du Maharchal)
  • Rav Moché Feinstein, Igrot Moché, responsa sur la tête couverte
  • Kitsour Choulhan Aroukh 3, 6
  • Rav Raphaël Benizri, Pessah : les quatre questions du Ma Nichtana
  • Rav Raphaël Benizri, Elloul : le bilan de l’année
  • Rav Raphaël Benizri, Mishlei : Eshet Haïl, 4e partie
  • Rav Raphaël Benizri, Pirkey Avot, 5e partie

Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.