Elloul, le temps du retour à l’essentiel : faire le bilan, reconnaître, corriger, se renouveler.
Dans ce cours donné à l’ouverture du mois d’Elloul, le Rav Raphaël Benizri aborde le douzième mois de l’année comme le temps du bilan : le moment où l’homme, à la manière d’une entreprise qui arrête ses comptes, doit regarder où il se situe réellement.
Autour du nom d’Elloul — la moisson, l’enquête —, du signe de la Vierge et du son du chofar, le Rav déploie une réflexion sur la crainte du Ciel, sur la routine qui vulgarise les mitsvot, et sur le temps juif comme temps orienté vers une finalité. La transcription intégrale du cours est disponible plus bas.
Ce que dit ce cours
Elloul est le douzième mois à compter de Tichri, et le sixième à compter de la sortie d’Égypte. Ce double compte n’est pas un détail de calendrier : il installe le mois dans une logique de bilan. De la même manière que se fait un bilan dans n’importe quelle entreprise, l’homme se doit, au douzième mois, de voir où il se situe réellement.
Le Rav met d’emblée en garde contre la tentation d’actualiser la Torah. À force de confronter l’enseignement au problème du jour, nous attentons à son originalité et à sa spécificité. L’accent mis sur la forme, sur l’expression, sur la traduction et sur l’interprétation finit par altérer la substance même du message divin : on consacre le profane plutôt que le texte sacré, et les mitsvot deviennent accessoires par rapport à la philosophie qu’on veut en tirer.
Le nom même d’Elloul porte le sens de la récolte et de l’enquête. À sa racine, c’est le katsir, la moisson, qui est le prix de toute une année. En araméen, le mot dit la recherche, l’enquête. Elloul est donc le temps où l’on va chercher ce que l’année a réellement produit, et où l’on restaure la relation avec le texte, avec le sacré, avec le Adam qui nous habite.
Ces quarante jours conduisent au don des secondes tables de la Loi, le jour de Kippour. Le premier Elloul, Moché est invité à s’isoler au mont Sinaï pour l’écriture. Les secondes tables sont façonnées par l’homme et seule l’écriture y est divine : le pardon accordé suppose que le peuple participe à l’élaboration des tables et à l’édification de la Torah.
Les premières tables étaient inappropriées parce qu’entièrement imposées d’en haut. Elles ne correspondaient pas à ce que le peuple pouvait réellement faire ni adopter. Les secondes, elles, sont accompagnées de ce mouvement de retour et de ce pardon : le pardon de la faute du veau.
La faute du veau est une faute cyclique, qui revient, comme le péché d’Adam HaRichon. L’éguel, le veau, renvoie à agoula, le cercle : c’est l’installation dans la routine, où même les prescriptions de la Torah sont vulgarisées au point d’être accomplies sans kavana, sans être assimilées au plus profond de nous-mêmes.
Le remède porte un nom : la milat halev, la circoncision du cœur. Le signe du mois d’Elloul est Betoula, la Vierge. « Chouvi, betoulat Israël » : reviens à ta virginité, jeune fille d’Israël. Il s’agit de retrouver une virginité de l’esprit, car il est impossible de traverser les épreuves d’une vie sans avoir traîné quelque part de la poussière, du sable, de la boue.
Elloul est appelé le mois de Rahamim, le mois de la miséricorde. HaKadoch Baroukh Hou a pardonné au peuple d’avoir confondu la sainteté de Moché avec celle du Créateur, d’avoir projeté sur Moché un pouvoir qui n’était pas le sien. Nous sommes tenus au respect et à la crainte de nos maîtres et de nos sages, mais pas au point de les déifier ni d’en faire des références dans l’absolu.
La parachat Chofetim rappelle qu’un peuple a besoin de juges et de références. Quand la justice se laisse dévoyer par les aspects politiques et les combines internes, il n’y a plus de référence pour le peuple. Or la référence, c’est le cohen, c’est le maître qui éduque, c’est le juge : ce sont eux les éducateurs, ceux qui se posent en modèles pour le peuple.
C’est pourquoi le cohen ne devait ni posséder de lopin de terre ni s’investir dans quelque affaire que ce soit. En Israël, c’est l’Éternel qui est leur propriété et leur héritage ; ils doivent être à la disposition du peuple. Le peuple a le devoir de subvenir à leurs besoins, mais les cohanim ne devaient pas être des personnes affairées par leurs biens, afin de préserver la justice et l’éducation de toute tendance subjective.
Craindre n’est pas avoir peur. La peur vient d’une menace extérieure. La crainte, elle, naît de ce que nous réalisons que tout ne dépend pas de nous, que nous sommes associés à une entreprise et à une finalité, et qu’au-dessus de l’homme il y a un Créateur qui gère le monde par tranches de jours. Nos sages ont dit que le monde a été créé pour apprendre à l’homme à craindre.
Dans le calendrier juif, les jours n’ont pas de nom : seul le Chabbat en porte un. Les semaines et les années n’en ont pas davantage. Seule la spécificité du mois est caractérisée par un nom particulier, et ces noms ne sont pas originaires de la Bible : empruntés à Babel, ils ont reçu une signification propre au renouveau de chaque mois.
Le temps n’est pas un contenant vide qu’il faudrait remplir. Un jour qui passe n’est pas renouvelé par un autre jour : c’est un autre apport, un autre temps. L’histoire des nations est rythmée par un temps sans commencement ni fin ; celle du peuple juif est structurée par un temps qui a un commencement, une finalité et un but — le Chabbat dans la semaine, la chemita dans le cycle des années, le yovel tous les cinquante ans, et au bout, le septième millénaire.
La première définition de l’idolâtrie est de ne pas voir un ensemble dans l’évolution de l’histoire. C’est considérer le temps et la vie comme les pages d’un calendrier que l’on arrache jour après jour. Ou bien l’on épouse son temps, et l’on est dans la bonne direction, ou bien l’on vit en marge de ce temps.
Le chofar, sonné à partir du deuxième jour d’Elloul, est un appel à retrouver la crainte perdue. Installés dans la routine, nous souffrons d’une assurance démesurée : nous nous pensons maîtres de tout et nous péchons par orgueil, au point de confondre le « ani », le « je », et le « Ata », le « Tu », et d’oublier la dimension de Celui qui échappe à toute saisie. Nous perdons alors toute la moisson de l’année.
Ki Tavo dit combien la Torah a redouté l’installation du peuple juif sur sa terre. Elle l’a désirée autant qu’elle l’a redoutée : prendre racine et croire que c’est grâce à ma force que nous avons édifié un pays, c’est la ruine intérieure du peuple. La paracha des malédictions se lit avant Roch Hachana, et nous la concluons en demandant que se termine l’année avec ses malédictions et que commence une année de bénédiction.
Le Ari zal et le Séfer Yetsira font correspondre les douze mois aux douze éléments moteurs de l’homme. Elloul, c’est la capacité de la marche, avec le pied gauche : le mois où se vérifie l’engagement de l’homme dans le monde. Le chofar ne demande pas de courir aux abris comme une sirène, mais de réfléchir en soi-même et de reprendre une orientation perdue.
Rabbi Yehouda Halévi a introduit dans les sélihot cet appel : endormi, ne sombre pas dans ton sommeil. Abandonne tes turpitudes, éloigne-toi du mode de vie de tous les autres hommes, car tu as un statut particulier dans la famille des nations. Considère à nouveau la beauté de la création et inspires-en toi : Il t’a forgé à Son image, betselem, et Il te donne le temps de créer ce Adam dont la dimension va d’une extrémité de la terre à l’autre.
Chez les Séfarades les sélihot commencent à Roch Hodech, ce qui fait quarante jours. Chez les Achkénazes, elles ne commencent que quatre ou cinq jours avant Roch Hachana, et une semaine plus tôt lorsque les jours manquent. Peu importe la coutume : ce sont ces sélihot quotidiennes qui conditionnent et entourent le mouvement de retour vers D’.
Transcription intégrale du cours
Le douzième mois : le temps du bilan
C’est effectivement le douzième mois de l’année à partir de Tichri, à partir de la création, et c’est le sixième mois à partir de la sortie d’Égypte. Ces deux rapports, nous aurons à les expliquer par la suite, mais retenons que, de la même manière que se fait un bilan dans n’importe quelle entreprise, l’homme se doit, au douzième mois, de voir où il se situe réellement.
Or, qu’on le veuille ou non, nous avons toujours tendance à actualiser l’enseignement de la Torah. Et quand nous l’actualisons, nous le confrontons au problème du jour. Et cette confrontation fait que, d’une manière ou d’une autre, nous attentons à l’originalité, à la spécificité même de la parole divine, parce que nous voulons en quelque sorte la développer, l’actualiser, la présenter sous sa meilleure expression.
Et quelquefois, ou bien souvent, nous altérons son enseignement, parce que l’accent que nous avons mis sur la forme, sur l’expression, sur la traduction, sur l’interprétation, a quelquefois altéré la substance même du message divin. Nous avons consacré le profane plutôt que le texte sacré. Et c’est un acte qui rend les mitsvot et la parole de la Torah accessoires par rapport à l’interprétation philosophique qu’on veut en faire. Il faut prendre garde.
Elloul : la moisson et la recherche
C’est un fait que, lorsque nous commençons le douzième mois de l’année, le mois d’Elloul, vous savez, à sa racine, c’est […], c’est le katsir, c’est la moisson. La moisson, c’est effectivement le prix de toute l’année. En araméen, c’est la recherche, c’est l’enquête.
Nous sommes effectivement appelés à renouveler ou à restaurer cette relation que nous avons avec le texte, avec le sacré, avec la personne, avec le Adam qui nous habite, ce bel Adam qui se construit à partir d’Adam HaRichon. Nous sommes quarante jours avant le don des deuxièmes tables de la loi. Le don des deuxièmes tables de la loi, c’est le jour de Kippour.
Les secondes tables et la participation du peuple
Alors, le premier Elloul, Moché est invité à s’isoler au mont Sinaï pour l’écriture. Et c’est quoi ? Des tables de la loi qui sont façonnées par l’homme, et dont l’écriture est divine. Un pardon est accordé. HaKadoch Baroukh Hou est revenu de sa décision : « Laisse-moi, je vais les exterminer. » Non : il faut que le peuple participe à l’élaboration des tables de la loi, à l’édification de la Torah.
Et c’est la raison pour laquelle les premières tables de la loi étaient inappropriées. Elles étaient entièrement imposées d’en haut, et cela ne correspondait pas à ce que le peuple pouvait réellement faire, à ce qu’il pouvait adopter. Et les deuxièmes tables sont accompagnées de ce mouvement de retour, de ce pardon. Le pardon de quoi ? De la faute du veau.
Et la faute du veau, nous l’avons d’abord signalée comme une faute cyclique, qui revient, comme le péché d’Adam HaRichon. L’éguel, le veau, c’est agoula, c’est le cercle. C’est lorsqu’on s’installe dans une routine, et que, ma foi, même les prescriptions de la Torah sont vulgarisées à tel point que nous les faisons sans kavana, sans les assimiler au plus profond de nous-mêmes.
La circoncision du cœur et la virginité de l’esprit
C’est cela, opérer la circoncision du cœur, la milat halev. […] « … et le cœur de ta descendance. » Ce n’est pas un jeu de mots, c’est une idée que nos Hakhamim ont traduite dans cette recherche, dans cette quête de virginité, parce que le signe du mois d’Elloul, c’est Betoula, c’est la Vierge.
« Chouvi, betoulat Israël » : reviens à ta virginité, jeune fille d’Israël. Eh bien, il faut retrouver cette virginité de l’esprit. Nous sommes effectivement confrontés à de nombreuses épreuves tout au long de la vie, et il est impossible de ne pas avoir traîné quelque part de la poussière, du sable, de la boue dans ce que nous avons fait. Il faut lustrer tout cela à la faveur du mois d’Elloul, qui est appelé le mois de Rahamim, le mois de la miséricorde.
Le mois de la miséricorde, parce que HaKadoch Baroukh Hou a pardonné au peuple d’Israël ce rejet de la Torah donnée par D’, parce qu’il confondait la sainteté de Moché avec celle de HaKadoch Baroukh Hou, ou plutôt parce qu’il projetait sur Moché le pouvoir du Créateur.
Nous sommes bien sûr tenus au respect et à la crainte de nos maîtres, de nos sages, mais pas au point de les déifier, pas au point d’en faire des références dans l’absolu.
Chofetim : les juges, les cohanim et la référence du peuple
C’est bien la parachat Chofetim : tu auras des juges, tu auras des exécutants de la loi, à toute époque. Et aujourd’hui encore, nous continuons à prier : donne-nous la possibilité de retrouver nos juges comme auparavant.
Et la justice, quand elle se laisse dévoyer par tous les aspects politiques, par toutes les combines internes, alors il n’y a malheureusement plus de référence pour le peuple. Or la référence, c’est le cohen, la référence, c’est le maître, celui qui éduque, et le juge : ce sont eux les éducateurs du peuple, ceux qui se posent en modèles pour le peuple.
Et c’est la raison pour laquelle le cohen ne devait pas avoir un lopin de terre à travailler, ni s’investir dans l’immobilier, ni avoir une occupation quelconque autre que celle de se dévouer à la cause de son peuple. En Israël, c’est l’Éternel qui est effectivement leur propriété, leur héritage. Ils doivent être à la disposition du peuple.
Bien sûr, le peuple a le devoir de subvenir à leurs besoins. Mais les cohanim ne devaient pas être des personnes affairées par leurs biens, par leur richesse, par la volonté de prendre des dons, des teroumot, des présents des autres. Au contraire : il fallait pouvoir préserver la justice et l’éducation de toute tendance subjective, de toute orientation particulière.
Retrouver la crainte du Ciel
Alors c’est l’occasion pour nous, dans le décompte de ces quarante jours qui nous séparent de Kippour, de retrouver, au son du chofar, cette crainte du Ciel, cette yirat chamayim, que nous avons perdue, parce que nous avons fait l’amalgame de tout.
En embellissant notre judaïsme, nous sommes tombés dans le travers des belles formes, et nous avons négligé le contenu. Nous avons aussi essayé de sanctifier le profane au détriment de ce que la Torah elle-même a sanctifié.
Nos sages ont dit que le monde a été créé pour apprendre à l’homme à craindre. Craindre, ce n’est pas avoir peur. La peur, c’est une menace extérieure. La crainte, elle est tout simplement dans le fait que nous réalisons que tout ne dépend pas de nous, que nous sommes associés à une entreprise, à une finalité, mais qu’il y a au-dessus de l’homme un Créateur qui gère le monde, et qui le gère par tranches de jours.
Un calendrier où seuls les mois portent un nom
Vous savez, il y a une particularité dans le calendrier juif. Je ne sais pas si vous y avez fait attention : les jours n’ont pas de nom. Jour un, jour deux, jour trois, jour quatre, jour cinq, jour six. Seul le Chabbat porte un nom. Les années non plus n’ont pas de nom. Les semaines non plus.
La spécificité du mois, elle, est caractérisée par un nom particulier à chaque mois. Ces noms ne sont pas originaires de la Bible. Ils ont été empruntés de Babel, ils ont été introduits, et on leur a donné une signification propre au renouveau de chaque mois.
Parce que si la création s’est effectuée par tranches de six jours, […] le texte aurait dû dire « en l’espace de six jours ». Car six jours, c’est une entité de création, et chaque jour a sa propre création. Et les semaines qui se suivent renouvellent en quelque sorte ce mouvement de la création, à un autre niveau, parce qu’il n’y a pas de temps dans l’abstrait.
Un temps qui a un commencement et une finalité
Un jour qui passe n’est pas renouvelé par un autre jour. L’autre jour est différent d’hier, il est différent de la semaine dernière. C’est un autre apport, c’est un autre temps. Il y a un temps qui n’a ni commencement ni fin : c’est celui qui rythme l’histoire de l’ensemble des nations.
L’histoire du peuple juif, elle, est réglée et structurée par un temps qui a un commencement, qui a une finalité, qui a un but. Dans la semaine, c’est le Chabbat, le septième jour. C’est la chemita dans le cycle des années. C’est le yovel, le jubilé, dans le cycle des cinquante ans, parce qu’il y a une reprise de perspective de l’histoire tous les cinquante ans. Et tout cela vise le septième millénaire.
L’histoire de ce monde est conçue, comme les six jours de la création, pour six millénaires. Et par conséquent, en avançant dans le temps, nous ne faisons que nous rapprocher de l’échéance. Et de ce fait, […] la veille du septième millénaire, c’est comme la veille d’un Chabbat.
C’est important de savoir qu’on ne vit pas dans un temps abstrait, dans cette notion d’espace-temps où le temps lui-même serait vide et où il faudrait le remplir. Le temps a un contenu. Ou bien on épouse son temps, et on est dans la bonne direction ; ou bien on vit en marge de ce temps, et on est dans l’idolâtrie.
Parce que la première définition de l’idolâtrie, c’est de ne pas voir un ensemble dans l’évolution de l’histoire, et de considérer le temps et la vie comme les pages d’un calendrier que l’on arrache jour après jour.
Elloul, mois de la miséricorde
Alors le mois d’Elloul a cette particularité, par le fait qu’il est porteur de cet attribut de miséricorde, de tout convertir, de nous ramener à une vision d’ensemble, dans le projet divin où chacun a sa place. Chacun apporte sa pierre et remplit sa mission.
Et de la même manière, le respect des parents est accompagné de la crainte. Le respect du maître est aussi accompagné de la crainte du maître : c’est une manière de lui reconnaître son kavod. Le respect de D’ est accompagné de la crainte de D’.
Qu’est-ce que c’est que cette crainte ? C’est celle qui nous tient en haleine devant un roi que nous respectons et que nous craignons. Mais comment ne pas le faire devant Adonei ha’adonim, le maître des maîtres ? Oui, le maître des maîtres, comme Elohei ha’Elohim, le D’ des dieux, le D’ des divinités. Oui, la Torah reconnaît qu’il y a des divinités : il y a divinité pour autant qu’on détache un élément d’un ensemble.
Le véritable service de D’, c’est celui qui nous tient en haleine face à ce que nous faisons, non pas par peur, mais parce que nous voulons réussir à tout prix ce que nous entreprenons, et parce que nous craignons de perdre nos moyens. Nous craignons de ne pas venir à bout de nos épreuves.
Le chofar contre l’assurance démesurée
Et c’est là que le chofar, que nous sonnons à partir du deuxième jour d’Elloul, est un appel à retrouver cette crainte qui est perdue, parce que nous avons tout vulgarisé, parce que, quand on s’installe dans la routine, à ce moment-là nous souffrons d’une assurance démesurée.
Nous perdons le sens de ce respect et de cette crainte. Nous pensons que nous sommes les maîtres de tout, et nous péchons par orgueil. Bien sûr, on a beau être un homme de loi, un pratiquant outre mesure, mais malgré tout nous péchons par le fait que nous sommes bien installés dans cette relation avec Hachem, au point de confondre le « ani », le « je », et le « Ata », le « Tu », et d’oublier la dimension supérieure de Celui qui échappe à toute saisie : celle du transcendant et celle du futur. Nous perdons alors tout le fruit de l’année, toute la moisson de l’année, toute la recherche.
Ki Tavo et la crainte de l’installation
J’ai commencé par dire que le mois d’Elloul est introduit généralement par le souci de respecter une autorité au sein d’Israël, et que cette autorité reste toujours le point de mire du peuple, l’exemple à suivre.
Et puis le deuxième point, c’est Ki Tavo : combien la Torah a redouté l’installation du peuple juif sur cette terre. Elle l’a tellement désirée, mais autant elle l’a désirée, autant elle l’a redoutée. Pourquoi ? Tout simplement parce que le fait de prendre racine sur la terre et de croire que c’est grâce à moi, grâce à ma force, que nous avons réussi à édifier un pays, c’est cela la ruine du peuple, la ruine intérieure du peuple.
Et c’est la parachat des malédictions que nous lisons avant Roch Hachana. Nous la concluons en demandant que se termine l’année avec ses malédictions, avec ses menaces, et que commence une nouvelle année de bénédiction.
Et dans cette promesse d’avenir, dans cette miséricorde, il faut savoir que le peuple juif a beau vouloir se détruire par lui-même, il demeure. C’est la bénédiction de Roch Hachana. La bénédiction, c’est que, par quoi que vous passiez, vous demeurerez liés à l’éternité de ce monde.
Et ce, sans aucune différence entre […] et le bûcheron : aucune différence. Il veille sur le peuple juif. Maintenant, ce qu’il faut, c’est que nous en prenions conscience. Et dans ces quarante jours qui précèdent le don de la Torah, nous sommes appelés à faire preuve de cette volonté de sortir de la routine, du train-train de la vie.
Rabbi Yehouda Halévi et l’appel des sélihot
Regardez ce que dit Rabbi Yehouda Halévi, qui a introduit dans les sélihot, ces prières de pardon… Vous savez, il y a une différence entre les Séfarades et les Achkénazes. Chez les Achkénazes, cela commence uniquement quatre ou cinq jours avant Roch Hachana, c’est-à-dire la dernière semaine. Mais quand la semaine ne compte que dimanche, lundi et mardi, on commence la semaine d’avant, et il y a à ce moment-là huit ou dix jours. Tandis que chez les Séfarades, on commence à Roch Hodech, et cela fait quarante jours.
Alors, peu importe. Quelles sont les recommandations ? « Endormi, ne sombre pas dans ton sommeil, abandonne tes turpitudes, éloigne-toi du mode de vie de tous les autres hommes. Tu n’es pas comme eux, tu as un statut particulier. De la même manière que tu le réclames pour toi-même, pour ta famille, par dignité, par amour-propre, il faut savoir que dans la famille des nations tu as un statut particulier. »
Parce que si tu élèves ton regard vers les hauteurs pour servir le Rocher qui a présidé à tout, qui a tout précédé, […] les lueurs de tes étoiles, de ta propre lumière, alors ces lumières, ces lueurs, ne vont-elles pas disparaître dans les ténèbres ? […] Considère à nouveau la création, la beauté de cette création, et inspire-t’en.
Il t’a forgé à son image, betselem. C’est-à-dire qu’il te donne le temps de créer le Adam, cet homme dont la dimension va d’une extrémité de la terre à l’autre. Ça, c’est le Adam. C’est ce Adam à la fois universel et à la fois betselem Elohim, à l’image de D’. C’est celui-là qui a cette dimension des douze mois de l’année.
Les douze mois et les douze organes moteurs de l’homme
Vous savez, le Ari zal et le Séfer Yetsira ont conçu que, de la même manière qu’il y a des organes maîtres chez l’homme, la vue, l’odorat, la parole, la marche, le cœur, le filtre des kelayot, des reins, eh bien dans les mois, dans le temps, c’est la même chose. Les douze mois de l’année correspondent, dans le Séfer Yetsira, aux douze éléments moteurs de l’homme.
Et Elloul, c’est la capacité de la marche, avec le pied gauche. C’est véritablement le mois où se vérifie l’engagement de l’homme dans le monde, au même titre que le chofar nous appelle à un saisissement de soi.
Si le chofar venait à sonner dans la cité, si la sirène sonnait, alors tout le monde se demanderait : mais qu’est-ce qui se passe ? On va se réfugier dans les abris. Le chofar, lui, te demande de réfléchir en toi-même : je te rappelle que tu as perdu le sens du langage, que tu as perdu ton orientation dans la vie. Il faut la reprendre, parce que le pied gauche est celui qui […].
Alors il faudrait apprendre à maîtriser soi-même ce phénomène de retour vers D’. Il est entouré, il est conditionné, pardon, par ces sélihot que nous récitons tous les jours. Et c’est cela le sens de […]. Nous aurons encore à en parler.
Une étude du Rav Raphaël Benizri. Voir aussi le mois d’Elloul.