Un foulard noué avec soin, un béret, un chapeau, parfois une perruque si naturelle qu’on ne la remarque pas : dans le monde juif traditionnel, la femme mariée ne sort pas les cheveux découverts. Pourquoi seulement après le mariage ? Pourquoi une perruque, qui semble montrer ce qu’on prétend cacher ? Et que veut dire ce mot de tsniout, la « pudeur », qu’on entend aussi à propos des jupes et des manches longues ? Voici une réponse complète, des versets de la Torah jusqu’aux usages d’aujourd’hui.

En bref : la femme juive mariée se couvre les cheveux parce que la Torah, dans le passage de la femme soupçonnée d’infidélité (Bamidbar 5, 18), laisse entendre que la tête couverte est la norme de la femme mariée, et que le Talmud en a tiré une obligation (Ketoubot 72a). Les cheveux d’une femme mariée sont considérés comme une part intime de sa beauté, réservée à son couple (Berakhot 24a). Le Rambam et le Choulhan Aroukh en font une loi (Hilkhot Issouré Bia 21, 17 ; Even HaEzer 21, 2). La manière de se couvrir varie selon les communautés : foulard (tichel), chapeau, béret ou perruque (cheitel). Cette pratique s’inscrit dans une valeur plus large, la tsniout, qui concerne aussi bien les hommes que les femmes : la discrétion, le refus de réduire une personne à son apparence.

Ce que dit la Torah : la femme « à la tête découverte »

La Torah ne dit nulle part, en toutes lettres : « la femme mariée se couvrira la tête ». La source est indirecte, et c’est justement ce qui la rend intéressante. Elle se trouve dans le passage de la sota, la femme que son mari soupçonne d’infidélité, au livre de Bamidbar. Lors de la procédure qui se déroulait au Temple, le cohen (le prêtre) devait faire un geste précis : « Le cohen placera la femme devant l’Éternel, il découvrira la tête de la femme (oufara et roch haïcha) » (Bamidbar 5, 18).

Les Sages ont raisonné ainsi : si, pour humilier publiquement une femme soupçonnée, on lui découvre la tête, c’est qu’en temps normal une femme mariée a la tête couverte. Le Sifré, le commentaire classique des Sages sur le livre de Bamidbar, rapporte cette déduction : ce geste « enseigne que les filles d’Israël ont la tête couverte » (Sifré Bamidbar 11). Le Talmud la reprend au nom de l’école de Rabbi Yichmaël, sous la forme d’une « mise en garde aux filles d’Israël de ne pas sortir la tête découverte » (Ketoubot 72a).

La Torah écrite fournit aussi des images qui ont nourri cette idée. Lorsque Rivka aperçoit Its’hak pour la première fois, au moment de devenir sa femme, « elle prit le voile et s’en couvrit » (Bereshit 24, 65). Le geste de se couvrir marque, dès les patriarches, l’entrée dans une relation conjugale. Et lorsque les anges demandent à Avraham « où est Sarah, ta femme ? », il répond : « Voici, dans la tente » (Bereshit 18, 9). Rachi, s’appuyant sur le Talmud (Bava Metsia 87a), y lit un éloge : Sarah était tsenoua, discrète, et sa grandeur ne se donnait pas en spectacle.

La Michna et le Talmud : « loi de Moché » et « loi juive »

La Michna, première codification de la Torah orale (vers l’an 200), aborde le sujet dans le traité Ketoubot, consacré au contrat de mariage. Elle énumère les comportements par lesquels une femme « transgresse la loi de Moché et la loi juive » (dat Moché vidhoudit). Parmi eux : « sortir la tête découverte » (Michna Ketoubot 7, 6).

La Guemara (Ketoubot 72a-b) s’étonne aussitôt : si l’obligation vient de la Torah elle-même, comme on l’a déduit du verset de la sota, pourquoi la ranger dans la « loi juive », c’est-à-dire dans les usages adoptés par les femmes d’Israël ? Elle répond en distinguant deux niveaux :

  • Dat Moché, la « loi de Moché », qui vient de la Torah : ne pas sortir les cheveux entièrement découverts. À ce niveau, une couverture minimale suffit ; le Talmud parle d’une kalta, sorte de petit panier ou de coiffe posée sur la tête.
  • Dat yehoudit, la « loi juive », c’est-à-dire la norme de pudeur établie par les femmes juives elles-mêmes et consacrée par les Sages : une couverture plus complète, qui va au-delà de ce minimum.

Cette distinction est capitale : le principe de la tête couverte est considéré comme d’origine biblique, mais sa forme concrète a toujours dépendu en partie des usages des communautés. D’où des pratiques différentes, toutes fondées sur le même texte.

Le Talmud rapporte aussi l’enseignement de Rav Chéchet : « les cheveux d’une femme sont une erva » (Berakhot 24a), c’est-à-dire une part intime de sa personne. Il s’appuie sur un verset du Cantique des cantiques, où l’époux décrit la beauté de sa bien-aimée : « Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres » (Chir Hachirim 4, 1). Les cheveux sont ainsi désignés comme un élément de la beauté qui touche à l’intimité du couple. La conséquence pratique, discutée dans ce passage, est qu’un homme ne récite pas le Chema face aux cheveux découverts d’une femme mariée.

La loi : Rambam et Choulhan Aroukh

Les grands codes de la loi juive ont repris cet enseignement. Le Rambam (Maïmonide, XIIᵉ siècle) écrit dans ses Lois des unions interdites : « Les filles d’Israël n’iront pas la tête découverte dans la rue, qu’elles soient célibataires ou mariées » (Michné Torah, Hilkhot Issouré Bia 21, 17). Dans ses Lois du mariage, il définit la « loi juive » comme « les usages de pudeur que pratiquent les filles d’Israël » et cite en premier lieu le fait de sortir sans avoir la tête entièrement couverte (Hilkhot Ichout 24, 12).

Le Choulhan Aroukh, le code de référence rédigé par Rabbi Yossef Karo au XVIᵉ siècle, reprend la même règle, dans les mêmes termes (Even HaEzer 21, 2). Il en tire aussi les conséquences pour la prière : on ne récite pas le Chema en face des cheveux d’une femme qui doit les couvrir (Ora’h ’Haïm 75, 2). Il mentionne enfin que la femme qui transgresse publiquement ces règles de pudeur s’expose, selon le droit du mariage, à perdre les droits de sa ketouba, le contrat de mariage (Even HaEzer 115, 4). Cela montre la gravité que la tradition accorde à cet engagement : il fait partie du pacte conjugal lui-même.

Pourquoi seulement les femmes mariées ?

Le Rambam et le Choulhan Aroukh mentionnent pourtant aussi la « célibataire ». Les commentateurs l’expliquent de différentes manières : il s’agirait d’une femme qui a déjà été mariée (veuve ou divorcée), ou bien d’une simple exigence de tenue pour les jeunes filles, qui ne doivent pas sortir les cheveux défaits et en désordre. Dans la pratique, l’usage établi est clair : l’obligation de couvrir les cheveux concerne la femme qui a été mariée, et la jeune fille qui ne s’est jamais mariée peut laisser ses cheveux découverts (Rema sur Ora’h ’Haïm 75, 2). La Michna en donne un indice frappant : lors de son mariage, une jeune fille était conduite à la houppa (le dais nuptial) « la tête découverte », les cheveux dénoués, et c’était même la preuve qu’elle se mariait pour la première fois (Michna Ketoubot 2, 1).

Les cheveux libres sont le signe de la jeune fille, les cheveux couverts celui de l’épouse : à partir du mariage, ce qui était visible de tous devient réservé au foyer. Une veuve ou une divorcée continue de se couvrir la tête, puisqu’elle a été mariée.

Les raisons : pourquoi couvrir les cheveux ?

La tradition juive ne s’est pas contentée d’énoncer la règle ; elle a cherché à en comprendre le sens. Plusieurs niveaux d’explication coexistent, et ils se complètent.

Une beauté réservée au couple

Le premier sens est celui du Talmud : les cheveux sont une part de la beauté féminine qui touche à l’intime (Berakhot 24a). En les couvrant, la femme mariée affirme que cette part de sa séduction appartient désormais à la relation conjugale. Ce n’est pas un jugement négatif sur la beauté, que la Bible célèbre souvent ; c’est une manière de lui donner une adresse.

Un signe visible du mariage

Dans le monde antique comme aujourd’hui, la coiffe dit quelque chose de celle qui la porte. Comme l’alliance au doigt, le foulard ou le chapeau indiquent qu’une femme est engagée dans un couple. Mais ce signe est vécu de l’intérieur : chaque matin, la femme qui se couvre la tête renouvelle, par un geste, le choix de son foyer.

La tsniout : se montrer sans s’exposer

Le mot tsniout, souvent traduit par « pudeur » ou « modestie », vient de la racine tsana, qu’on trouve chez le prophète Mikha : « Ce que l’Éternel demande de toi : pratiquer la justice, aimer la bonté et marcher humblement (hatsnéa lekhet) avec ton D’ » (Mikha 6, 8). La tsniout n’est donc pas d’abord une affaire de vêtements : c’est une attitude de discrétion, le refus de faire de soi un spectacle. Elle s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Les Sages ont même lu dans la bénédiction de Bilaam, « Qu’elles sont belles tes tentes, Yaakov » (Bamidbar 24, 5), un éloge du peuple d’Israël dont les tentes ne s’ouvraient pas les unes en face des autres, pour préserver l’intimité de chacun (Bava Batra 60a, cité par Rachi).

Le psalmiste le résume ainsi : « Toute la gloire de la fille du roi est à l’intérieur » (Tehilim 45, 14). Couvrir ses cheveux, dans cette perspective, ce n’est pas s’effacer ; c’est déplacer le centre de gravité de l’apparence vers la personne.

La dimension mystique

Le Zohar, livre fondamental de la Kabbale, insiste fortement sur cette mitsva. Commentant le passage de la sota, il affirme que la femme qui veille à ce que ses cheveux ne soient pas découverts, même dans sa maison, attire la bénédiction sur son foyer : ses enfants seront élevés au-dessus des autres, son mari sera béni (Zohar III, 125b-126a, parachat Nasso). Le Talmud raconte d’ailleurs l’histoire de Kim’hit, une femme qui eut sept fils devenus grands prêtres. Quand les Sages lui demandèrent ce qui lui avait valu ce mérite, elle répondit : « De toute ma vie, les poutres de ma maison n’ont pas vu les tresses de mes cheveux » (Yoma 47a).

Pour les kabbalistes, ce que l’on couvre, on le protège et on le sanctifie, comme le Saint des saints du Temple était voilé par un rideau.

Une femme vue de dos, les cheveux couverts d'un foulard noué, en jupe longue et chemisier à manches longues, marchant dans une ruelle de pierre de Jérusalem avec un panier de pain
« Toute la gloire de la fille du roi est à l’intérieur » (Tehilim 45, 14) : le foulard de la femme mariée, signe de discrétion et de dignité.

Foulard, chapeau ou perruque : les manières de se couvrir

Concrètement, chaque communauté a développé ses usages. On rencontre aujourd’hui principalement :

  • Le foulard ou tichel (mot yiddish), noué de mille façons, souvent coloré et élégant. C’est l’usage le plus répandu dans les communautés séfarades et chez beaucoup de femmes en Israël.
  • Le béret, le chapeau ou le turban, portés seuls ou avec un filet.
  • La perruque, appelée cheitel (en yiddish) ou péa nokhrit (« chevelure étrangère » en hébreu), surtout répandue chez les ashkénazes et dans le monde hassidique.
  • Dans certaines communautés hassidiques d’origine hongroise, l’usage est même de se raser la tête après le mariage et de porter un foulard, pour être sûre qu’aucun cheveu ne dépasse.

La question de savoir quelle proportion des cheveux doit être couverte a été discutée par les décisionnaires. Beaucoup tolèrent que quelques cheveux dépassent sur le front ou près des tempes, d’autres sont plus stricts (voir notamment Rav Moché Feinstein, Igrot Moché, Even HaEzer 1, 58). Pour la pratique personnelle, chacune consultera un rabbin de sa communauté.

La querelle de la perruque

La perruque intrigue le plus : pourquoi une femme qui doit cacher ses cheveux porterait-elle de faux cheveux, parfois plus beaux que les vrais ? Les rabbins eux-mêmes en ont débattu.

Ceux qui l’autorisent s’appuient sur la Michna, qui mentionne déjà la péa nokhrit, la chevelure postiche que portaient les femmes de l’époque (Michna Chabbat 6, 5). Au XVIᵉ siècle, le Chilté HaGuiborim, commentateur italien, conclut que l’obligation porte sur les cheveux propres de la femme, qui sont liés à son intimité, et non sur des cheveux qui ne font pas partie de son corps. Cette position a été reprise par le Maguen Avraham (sur Ora’h ’Haïm 75), la Michna Beroura et Rav Moché Feinstein (Igrot Moché, Even HaEzer 2, 12). Le Rabbi de Loubavitch encourageait vivement la perruque, qu’une femme garde plus facilement en toutes circonstances qu’un foulard.

D’autres décisionnaires s’y sont opposés, craignant que la perruque ne fasse perdre le sens même de la mitsva : si l’on ne peut plus distinguer une femme mariée d’une jeune fille, et si la perruque est plus séduisante que les cheveux naturels, que reste-t-il de la pudeur ? Dans le monde séfarade, Rav Ovadia Yossef, ancien grand rabbin séfarade d’Israël, a ainsi déconseillé la perruque dans ses responsa et recommandé le foulard ou le chapeau, tout en reconnaissant que d’autres autorités la permettent.

Les deux positions partagent le même but et diffèrent sur le moyen ; l’usage suit en général la tradition de la communauté. Un point fait l’unanimité : une perruque provocante irait contre l’esprit de la loi.

Jupes, manches et décolletés : la tsniout au quotidien

La couverture des cheveux fait partie d’un ensemble plus large de règles de tenue, qui s’appliquent dans leurs grandes lignes à toutes les femmes, mariées ou non, à partir de l’âge des mitsvot.

Le Talmud enseigne qu’un tefa’h (une largeur de main) découvert d’une partie du corps habituellement couverte est considéré comme une atteinte à la pudeur (Berakhot 24a), règle reprise par le Choulhan Aroukh à propos de la prière (Ora’h ’Haïm 75, 1). À partir de cette notion d’« endroits habituellement couverts », les décisionnaires plus récents ont fixé les règles communément suivies dans le monde orthodoxe : le décolleté couvert jusqu’aux clavicules, les bras couverts au moins jusqu’aux coudes, et les jambes couvertes jusqu’aux genoux et au-delà, y compris en position assise.

Pourquoi la jupe plutôt que le pantalon ? Deux raisons sont généralement données. La première est la pudeur : le pantalon dessine la forme du corps. La seconde vient d’un verset de la Torah : « Une femme ne portera pas un vêtement d’homme, et un homme ne mettra pas un vêtement de femme » (Devarim 22, 5). Le pantalon ayant longtemps été un vêtement masculin, beaucoup de décisionnaires l’ont déconseillé aux femmes. Sur ce point, les opinions et les usages varient selon les milieux.

La tsniout ne s’arrête pas aux vêtements : elle touche la manière de parler et de se comporter, et elle oblige tout autant les hommes. Le Talmud rapporte ainsi l’éloge que Rabbi Yossi faisait de sa propre pudeur : « les poutres de ma maison n’ont jamais vu l’ourlet de ma tunique » (Chabbat 118b), une formule très proche de celle de Kim’hit.

Un peu d’histoire

L’usage de couvrir la tête de la femme mariée n’est pas propre au peuple juif ; il était répandu dans tout le Proche-Orient ancien. Un recueil de lois assyriennes datant d’environ 1100 avant l’ère commune (les « Lois médio-assyriennes », article 40) impose déjà aux femmes mariées de se voiler en public et l’interdit à certaines autres.

Ce qui distingue la tradition juive, c’est le sens qu’elle a donné à cet usage et sa fidélité à travers les siècles. Au Moyen Âge, en terre d’islam comme en Europe, les femmes juives mariées portaient coiffes, bonnets ou foulards, souvent richement brodés ; au Maroc, au Yémen ou en Europe de l’Est, ces coiffes étaient de véritables trésors familiaux, dont le Musée d’Israël à Jérusalem conserve de beaux exemples.

La perruque apparaît chez les femmes juives à l’époque où elle devient à la mode en Europe, aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, et suscite, on l’a vu, des débats rabbiniques. Au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, avec l’émancipation et l’assimilation, beaucoup de femmes juives d’Europe occidentale abandonnent la couverture des cheveux. Depuis la seconde moitié du XXᵉ siècle, cet usage connaît au contraire un renouveau important, en Israël comme en diaspora, porté par de nombreuses femmes qui le choisissent en connaissance de cause et y voient l’expression de leur identité.

Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri

Le Rav Benizri n’a pas consacré de cours spécifique à la couverture des cheveux, mais plusieurs de ses cours éclairent le fond de la question : le rapport entre la beauté extérieure et les valeurs intérieures, et la place de la discrétion dans le féminin.

La beauté qui ne s’use pas

Dans son cours sur le Bereshit Raba (chapitre 40, 1re partie), consacré à la beauté de Sarah au moment où Avraham descend en Égypte, le Rav commente le constat d’Avraham : « Nous entrons dans un pays qui ne juge qu’à l’apparence. » Dans cette société, explique-t-il, les choses ne sont appréciées que par leur extérieur, leur superficie, leur utilité, et la femme risque d’y devenir « objet de convoitise ». Or, dit-il, « toute apparence extérieure finit par s’user » : cette beauté-là est appelée à se rider et à perdre son lustre, « tandis que la beauté qui reflète les valeurs intérieures tient tête à toutes les épreuves ». Le midrash, souligne-t-il, ne dit pas de Sarah qu’elle était « belle », mais « agréable » : sa beauté était l’harmonie de ses valeurs.

« Le charme est trompeur, la beauté est vaine »

Dans le cours Eshet Haïl, 4e partie, consacré au dernier verset de l’hymne à la femme de vaillance, « Le charme est trompeur et la beauté est vaine ; la femme qui craint l’Éternel, c’est elle qui sera louée » (Mishlei 31, 30), le Rav précise que la Bible ne méprise pas la beauté : elle la reconnaît chez Sarah, Rivka, Rahel, Yossef ou David. Mais la grâce et la beauté « ne valent rien lorsqu’elles sont indépendantes de la crainte de D’ ». Prises séparément, elles ne sont plus qu’un « flash extérieur », et la relation devient « tributaire d’un conditionnement du dehors et non du dedans » ; elles peuvent même faire de la femme l’« objet du désir qu’elle projette au-dehors ». Ce qui, ajoute-t-il aussitôt, « ne signifie pas qu’elle ne doive pas se faire valoir dans la société et s’y imposer ».

C’est exactement l’équilibre que cherche la tsniout : ni effacement, ni exhibition, mais une présence qui ne se laisse pas réduire à l’apparence.

Retenue et discrétion

Dans Eshet Haïl, 1re partie, le Rav répond à une question sur la place de la femme face aux commandements. La Torah, explique-t-il, est venue « conditionner » l’effronterie et l’orgueil qui menacent l’homme ; la femme en a moins besoin, parce qu’elle « ne cherche pas à se mettre au-devant » et qu’elle a « une retenue et une discrétion propres ». Pour le Rav, cette discrétion n’est pas une faiblesse mais une force : c’est par elle que la femme devient « l’inspiratrice de l’homme », et il conclut sur la formule de Mishlei selon laquelle la femme de vaillance est « la couronne de son époux ».

L’image est éloquente : la couronne se porte sur la tête. Le foulard ou le chapeau de la femme mariée peut se lire dans cet esprit, non comme un voile qui efface, mais comme une couronne qui dit la dignité et la valeur de celle qui le porte.

Questions fréquentes sur les femmes juives et la couverture des cheveux

Les jeunes filles juives doivent-elles se couvrir les cheveux ?

Non. Selon la loi juive, l’obligation commence avec le mariage ; une jeune fille qui ne s’est jamais mariée peut avoir les cheveux découverts (Rema sur Ora’h ’Haïm 75, 2). Au Yémen, par usage local, les jeunes filles se couvraient pourtant la tête.

La femme doit-elle se couvrir les cheveux à la maison ?

La loi exige la couverture dans l’espace public. À la maison, devant son mari et ses proches, la plupart des décisionnaires permettent de laisser les cheveux découverts. Certaines, suivant le Zohar et l’histoire de Kim’hit, gardent toujours un petit foulard. Pour la règle précise, on consultera un rabbin.

Est-ce une obligation religieuse ou une coutume ?

Les deux. Le principe de la tête couverte est déduit de la Torah elle-même (Bamidbar 5, 18 ; Ketoubot 72a), c’est la « loi de Moché ». La manière précise de se couvrir relève de la « loi juive », c’est-à-dire des usages de pudeur des femmes d’Israël, qui varient selon les communautés.

La femme juive doit-elle porter une jupe ?

Dans le monde orthodoxe, oui : la jupe ou la robe couvrant les genoux est la norme, pour des raisons de pudeur et à cause du verset interdisant de porter un vêtement de l’autre sexe (Devarim 22, 5). Les usages varient sur la longueur exacte et sur l’acceptation du pantalon dans certains milieux.

Est-ce une marque d’infériorité de la femme ?

La tradition juive ne le comprend pas ainsi. La tsniout s’impose aussi aux hommes, qui se couvrent la tête avec la kippa et doivent eux aussi s’habiller et se conduire avec discrétion. Pour beaucoup de femmes, c’est un choix d’identité et de dignité.

À partir de quand se couvre-t-on les cheveux ?

Le jour du mariage. Selon les usages, la femme se couvre la tête dès la fin de la cérémonie ou à partir du lendemain matin.

Pour aller plus loin

Le foulard d’une femme mariée ne cache pas une honte ; il garde un trésor. Il rappelle que ce qui compte le plus en une personne ne se voit pas d’abord, et que le couple a besoin d’un espace que le regard des autres ne traverse pas.

Sources et références

  • Bereshit 18, 9 ; Rachi sur ce verset
  • Bereshit 24, 65
  • Bamidbar 5, 18
  • Bamidbar 24, 5 ; Rachi sur ce verset
  • Devarim 22, 5
  • Mikha 6, 8
  • Tehilim 45, 14
  • Mishlei 31, 30
  • Chir Hachirim 4, 1
  • Sifré Bamidbar 11 (sur Bamidbar 5, 18)
  • Michna Ketoubot 2, 1
  • Michna Ketoubot 7, 6
  • Michna Chabbat 6, 5
  • Talmud de Babylone, Ketoubot 72a-b
  • Talmud de Babylone, Berakhot 24a
  • Talmud de Babylone, Yoma 47a
  • Talmud de Babylone, Bava Metsia 87a
  • Talmud de Babylone, Bava Batra 60a
  • Talmud de Babylone, Chabbat 118b
  • Rambam, Michné Torah, Hilkhot Issouré Bia 21, 17
  • Rambam, Michné Torah, Hilkhot Ichout 24, 12
  • Choulhan Aroukh, Even HaEzer 21, 2
  • Choulhan Aroukh, Even HaEzer 115, 4
  • Choulhan Aroukh, Ora’h ’Haïm 75, 1-2, avec le Rema, le Maguen Avraham et la Michna Beroura sur ce chapitre
  • Chilté HaGuiborim sur le Rif, traité Chabbat
  • Zohar III, 125b-126a (parachat Nasso)
  • Rav Moché Feinstein, Igrot Moché, Even HaEzer 1, 58 et 2, 12
  • Rav Ovadia Yossef, responsa Yabia Omer
  • Lois médio-assyriennes, article 40 (vers 1100 avant l’ère commune)
  • Rav Raphaël Benizri, Bereshit Raba 40, 1re partie : la beauté de Sarah
  • Rav Raphaël Benizri, Eshet Haïl, 1re partie : le statut du féminin
  • Rav Raphaël Benizri, Eshet Haïl, 4e partie : la crainte de D’

Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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