Au milieu d’une période de deuil, un jour de joie : des feux dans la nuit, des milliers de pèlerins à Méron, des enfants avec un arc. Pourquoi le trente-troisième jour de l’Omer est-il devenu une fête, qu’a-t-il à voir avec Rabbi Akiva et Rabbi Chimon bar Yohaï, et que disent ses flammes ?
Lag BaOmer est le trente-troisième jour du compte de l’Omer, les quarante-neuf jours que l’on compte entre Pessah et Chavouot. Il tombe le 18 Iyar. On le fête pour deux raisons : selon la tradition, c’est le jour où cessa l’épidémie qui emporta les vingt-quatre mille élèves de Rabbi Akiva, et c’est la hilloula, l’anniversaire de la disparition, de Rabbi Chimon bar Yohaï, à qui la tradition attribue le Zohar. Ce jour-là, le deuil de l’Omer s’interrompt : on se marie de nouveau, on se coupe les cheveux, on allume de grands feux et beaucoup montent à Méron, en Galilée, sur le tombeau de Rabbi Chimon.
En 5787, Lag BaOmer commence le lundi 24 mai 2027 au soir et se prolonge le mardi 25 mai. Le compte de l’Omer lui-même commence le jeudi 22 avril 2027 au soir, au second soir de Pessah, et s’achève la veille de Chavouot, qui commence le jeudi 10 juin 2027 au soir.
Le nom lui-même est un nombre. En hébreu, chaque lettre a une valeur numérique : le lamed vaut trente et le guimel trois. « Lag », c’est donc trente-trois, et « Lag BaOmer » signifie simplement « le trente-trois de l’Omer ». Pour comprendre pourquoi ce chiffre est devenu une fête, il faut d’abord comprendre ce que l’on compte.
Le compte de l’Omer : ce que dit la Torah
La source est dans le Lévitique, au chapitre des fêtes que l’on lit dans la parasha Emor : « Vous compterez pour vous, depuis le lendemain du jour de repos, depuis le jour où vous aurez apporté l’Omer du balancement, sept semaines entières. Jusqu’au lendemain de la septième semaine, vous compterez cinquante jours » (Vayikra 23, 15-16). Le Deutéronome le redit à sa manière : « Tu compteras sept semaines ; dès que la faucille commence à couper les blés, tu commenceras à compter sept semaines » (Devarim 16, 9).
L’Omer est d’abord une mesure. C’est le mot qu’emploie la Torah pour la ration de manne que chacun ramassait au désert : « un omer par tête » (Chemot 16, 16). C’est aussi le nom de l’offrande apportée au Temple le 16 Nissan, au lendemain du premier jour de Pessah : une mesure d’orge nouvelle, la première gerbe de la moisson. Tant que cette offrande n’avait pas été apportée, il était interdit de consommer la nouvelle récolte (Vayikra 23, 14).
Le « lendemain du jour de repos » dont parle le verset a fait l’objet d’une controverse ancienne. Des sectes comme les Boethusiens voulaient le lire à la lettre : le lendemain du Chabbat, c’est-à-dire toujours un dimanche. Nos Sages ont établi, par une longue démonstration, que le « repos » désigne ici le premier jour de la fête de Pessah (Menahot 65a-66a). C’est pourquoi le compte commence toujours au soir du 16 Nissan, quel que soit le jour de la semaine.
Compter les jours et les semaines
La Torah dit à la fois « sept semaines » et « cinquante jours ». Le Talmud en conclut qu’il faut compter les deux (Menahot 66a) : on annonce chaque soir le nombre de jours, et, dès la première semaine accomplie, le nombre de semaines. Au trente-troisième soir, on dit donc : « Aujourd’hui, trente-trois jours, soit quatre semaines et cinq jours de l’Omer. »
Le compte se fait le soir, après la sortie des étoiles, debout, avec la bénédiction « al sefirat haomer » (« sur le compte de l’Omer »). Celui qui a oublié de compter le soir compte pendant la journée, sans bénédiction, puis reprend normalement les soirs suivants. Celui qui a oublié un jour entier continue à compter les jours suivants, mais sans bénédiction (Choulhan Aroukh, Orah Haïm 489, 7-8). Pour les cas particuliers, on consultera un rabbin.
De l’orge au blé, de l’Égypte au Sinaï
Le compte relie deux offrandes. Au début, l’orge, apportée au lendemain de Pessah. À la fin, le blé : à Chavouot, on apportait au Temple deux pains de froment. Entre la sortie d’Égypte et le don de la Torah, le peuple parcourt un chemin. On ne compte pas à rebours, comme on attend une échéance : on compte en montant, chaque jour ajoutant quelque chose au précédent.
Depuis la destruction du Temple, il n’y a plus d’offrande, mais le compte demeure. Et la tradition a donné à ces quarante-neuf jours un contenu intérieur. Les maîtres de la Kabbale associent chaque semaine et chaque jour à l’une des sept sefirot, les sept attributs par lesquels D’ conduit le monde et que l’homme doit reproduire en lui : la bonté, la rigueur, l’harmonie, la persévérance, la splendeur, le fondement, la royauté. Sept fois sept : quarante-neuf étapes de travail sur soi. Dans ce découpage, le trente-troisième jour correspond à hod chebehod, la « splendeur de la splendeur ».
Une période de deuil : les élèves de Rabbi Akiva
Pourquoi ce temps de montée est-il devenu un temps de tristesse ? Le Talmud rapporte : « Rabbi Akiva avait douze mille paires de disciples, de Gevat jusqu’à Antipatris. Tous moururent en une même période, parce qu’ils ne se traitaient pas les uns les autres avec respect. Et le monde resta désolé, jusqu’à ce que Rabbi Akiva vienne auprès de nos maîtres du Sud et leur enseigne : Rabbi Meïr, Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi, Rabbi Chimon et Rabbi Elazar ben Chamoua. Ce sont eux qui ont maintenu la Torah à cette époque. » Le Talmud précise que tous moururent entre Pessah et Chavouot (Yevamot 62b).
Vingt-quatre mille élèves, les disciples du plus grand maître de son temps. Et leur faute n’était pas l’ignorance, ni l’idolâtrie, ni l’immoralité : c’était le manque de respect mutuel. La leçon est d’autant plus forte que c’est Rabbi Akiva lui-même qui enseignait que « tu aimeras ton prochain comme toi-même » est le grand principe de la Torah (Sifra sur Vayikra 19, 18).
En souvenir de cette catastrophe, l’usage s’est établi de marquer une partie de l’Omer par des signes de deuil. On ne célèbre pas de mariages entre Pessah et Lag BaOmer, et l’on ne se coupe pas les cheveux (Choulhan Aroukh, Orah Haïm 493, 1-2). Beaucoup s’abstiennent aussi d’écouter de la musique. Dans les communautés ashkénazes, le souvenir des massacres commis dans les communautés rhénanes pendant les croisades, au printemps 1096, s’est ajouté à ce deuil.
Pourquoi le trente-troisième jour ?
Le Talmud ne dit pas que l’épidémie s’arrêta le trente-troisième jour. Cette précision vient d’une tradition des Guéonim, rapportée notamment par le Meïri dans son commentaire sur Yevamot : c’est ce jour-là que les élèves cessèrent de mourir. D’où la règle du Choulhan Aroukh (Orah Haïm 493, 2) : « On a l’usage de ne pas se couper les cheveux jusqu’à Lag BaOmer, parce qu’on dit qu’alors ils cessèrent de mourir. »
Les communautés diffèrent sur le détail. Selon Rabbi Yossef Karo, dont suivent les communautés séfarades, le deuil s’achève le matin du trente-quatrième jour : on attend donc le lendemain de Lag BaOmer pour se couper les cheveux ou se marier, sauf si Lag BaOmer tombe un vendredi, auquel cas on se coupe les cheveux ce jour-là en l’honneur du Chabbat. Le Rama, que suivent les communautés ashkénazes, permet ces choses dès le trente-troisième jour et ajoute qu’on y multiplie un peu la joie et qu’on n’y dit pas les supplications du Tahanoun. D’autres usages encore déplacent la période de deuil. Chacun suivra la coutume de sa communauté et interrogera son rabbin.
L’arrière-plan historique : Rome et Bar Kokhba
Rabbi Akiva a vécu dans l’une des périodes les plus sombres de l’histoire juive, entre la destruction du second Temple, en 70, et la révolte de Bar Kokhba contre Rome, de 132 à 135. Rabbi Akiva soutint cette révolte : le Talmud de Jérusalem rapporte qu’il appliqua à son chef le verset « une étoile sortira de Yaakov » (Bamidbar 24, 17), et qu’un autre sage, Rabbi Yohanan ben Torta, lui répondit que l’herbe pousserait sur ses joues avant que vienne le Messie (Yerouchalmi Taanit 4, 5). La révolte s’acheva dans le sang, par la chute de Betar. Rabbi Akiva lui-même mourut martyr, torturé par les Romains, en prononçant le Chema (Berakhot 61b).
Plusieurs auteurs ont rapproché la mort des disciples et cette guerre. Le Rav Raphaël Benizri fait lui aussi ce lien, comme on le verra plus loin.
Rabbi Chimon bar Yohaï, l’homme de la grotte
Des cinq disciples qui recueillirent la Torah après la catastrophe, l’un est devenu, pour le peuple, le visage même de Lag BaOmer : Rabbi Chimon bar Yohaï, souvent appelé par ses initiales « Rachbi ». Maître de la Michna, il est cité des centaines de fois dans le Talmud simplement comme « Rabbi Chimon ».
Le Talmud raconte son histoire la plus célèbre (Chabbat 33b). Un jour, trois sages discutaient des constructions romaines. Rabbi Yehouda les loua : « Qu’elles sont belles, leurs œuvres ! Ils ont établi des marchés, des ponts, des bains. » Rabbi Yossi se tut. Rabbi Chimon répliqua : « Tout ce qu’ils ont établi, ils ne l’ont établi que pour eux-mêmes : les marchés pour y installer des prostituées, les bains pour s’y délasser, les ponts pour y percevoir des péages. » Ses paroles furent rapportées aux autorités, et il fut condamné à mort.
Rabbi Chimon s’enfuit avec son fils Rabbi Elazar. Ils se cachèrent dans une grotte. Un caroubier et une source d’eau y apparurent miraculeusement. Pendant douze ans, ils étudièrent la Torah, enfouis dans le sable jusqu’au cou pour préserver leurs vêtements, qu’ils ne revêtaient que pour prier. Le prophète Eliyahou vint leur annoncer que l’empereur était mort et que le décret était annulé.
À leur sortie, ils virent des hommes qui labouraient et semaient. « Ils délaissent la vie éternelle pour s’occuper de la vie passagère ! » s’écria Rabbi Chimon. Tout ce sur quoi ils posaient les yeux prenait feu. Une voix céleste retentit : « Êtes-vous sortis pour détruire Mon monde ? Retournez dans votre grotte ! » Ils y restèrent encore douze mois. Quand ils sortirent de nouveau, c’était une veille de Chabbat. Ils virent un vieil homme qui courait au crépuscule avec deux bouquets de myrte. « Pourquoi ces myrtes ? — En l’honneur du Chabbat. — Un seul ne suffirait-il pas ? — L’un pour « Souviens-toi », l’autre pour « Garde ». » Rabbi Chimon dit à son fils : « Vois combien les commandements sont chers à Israël. » Et leur esprit s’apaisa.
Le récit est une leçon en lui-même. Treize ans d’étude absolue peuvent produire un regard qui brûle. Il faut encore apprendre à voir la sainteté dans la vie la plus simple, dans deux branches de myrte portées par un vieil homme.

Le Zohar
La tradition attribue à Rabbi Chimon bar Yohaï et à son cercle de disciples le Zohar, « le Livre de la Splendeur », le texte fondamental de la Kabbale. Il se présente comme un vaste commentaire de la Torah, en araméen, où Rabbi Chimon et ses compagnons dévoilent les dimensions cachées du texte. Le Zohar a commencé à circuler à la fin du XIIIe siècle, en Castille, par l’intermédiaire de Rabbi Moshe de León. Son autorité s’est imposée au fil des siècles, au point qu’il est devenu, avec le Talmud, l’un des piliers de la vie juive.
Le Zohar décrit lui-même le dernier jour de Rabbi Chimon, dans la section appelée Idra Zouta, « la petite assemblée », qui figure dans la parasha Haazinou. Entouré de ses disciples, il leur révéla ce jour-là des secrets qu’il n’avait jamais dévoilés. Un feu entourait la maison, et nul ne pouvait s’en approcher. Quand le feu s’éteignit, Rabbi Chimon avait quitté ce monde.
Une hilloula, pas un deuil
C’est dans la Galilée du XVIe siècle, à Safed, que Lag BaOmer est devenu le jour de Rabbi Chimon. Les maîtres de la Kabbale y enseignaient que le 18 Iyar était le jour de sa disparition, et le mot choisi pour ce jour dit tout : hilloula, un mot araméen qui désigne des noces. Rabbi Haïm Vital rapporte que son maître, le Ari, se rendit à Méron avec sa famille pour Lag BaOmer, et qu’il y coupa les cheveux de son jeune fils, selon un usage déjà établi.
D’ordinaire, le jour de la mort d’un juste est un jour de tristesse. Le Choulhan Aroukh (Orah Haïm 580, 2) mentionne ainsi des jeûnes pour le 7 Adar, jour de la mort de Moshe, et pour le 1er Av, jour de la mort d’Aharon. Pourquoi alors fêter la disparition de Rabbi Chimon ? Parce que ce jour est celui où son enseignement le plus secret a été dévoilé. Le départ du juste n’est pas vécu comme une perte, mais comme le moment où sa lumière se répand.
Les coutumes de Lag BaOmer
Les feux
La coutume la plus visible, surtout en Israël, ce sont les feux. Dès le soir, on allume de grands bûchers dans les quartiers, sur les terrains vagues, dans les jardins. Les enfants ramassent du bois pendant des semaines. On chante autour du feu, on y fait griller des pommes de terre, on reste tard dans la nuit.
La raison la plus souvent donnée est le feu qui entourait Rabbi Chimon le jour de sa mort, selon le Zohar, et la lumière de son enseignement. La lumière de la Torah cachée, dit-on, s’est répandue ce jour-là dans le monde. Le Rav Benizri donne à ces flammes un sens beaucoup plus large, que nous verrons plus loin.
Méron
Rabbi Chimon bar Yohaï et son fils Rabbi Elazar sont enterrés à Méron, un village de haute Galilée, près de Safed. À Lag BaOmer, ce lieu devient le plus grand rassemblement de l’année en Israël : des centaines de milliers de personnes y montent, on y allume des feux immenses, on y danse toute la nuit, et l’on y chante « Bar Yohaï nimchahta achrekha », le chant composé au XVIe siècle par le rabbin et poète Rabbi Chimon Lavi, qu’on chante aussi dans de nombreuses familles séfarades le vendredi soir.
Méron porte aussi une blessure. Dans la nuit de Lag BaOmer 5781, le 30 avril 2021, une bousculade dans un passage étroit coûta la vie à quarante-cinq personnes, parmi lesquelles de nombreux enfants et jeunes gens. Depuis, l’accès au site est encadré et limité par les autorités. Le souvenir de ces victimes accompagne désormais la fête.
La première coupe de cheveux
Beaucoup de familles attendent Lag BaOmer pour la première coupe de cheveux des petits garçons âgés de trois ans, qu’on appelle halaké en hébreu d’Israël et opsherin en yiddish. On laisse les papillotes sur les tempes, et le garçon commence souvent ce jour-là à porter la kippa et les tsitsit, les franges rituelles. Beaucoup font cette cérémonie à Méron, selon l’usage que rapporte Rabbi Haïm Vital à propos du Ari.
L’arc et les caroubes
Dans beaucoup de familles, les enfants sortent en forêt avec un arc et des flèches. On en donne plusieurs raisons. L’une, fondée sur le Midrach (Bereshit Raba 35, 2), rapporte que tant que vécut Rabbi Chimon, l’arc-en-ciel, en hébreu kechet, le même mot que l’arc, n’apparut pas : sa présence suffisait à protéger le monde, et il n’avait pas besoin du signe de l’alliance avec Noah. Une autre raison, historique, rattache l’arc à la révolte de Bar Kokhba. On mange aussi des caroubes, en souvenir du caroubier qui nourrit Rabbi Chimon et son fils dans la grotte.
Joie, mariages, et pas de Tahanoun
Dans les communautés qui suivent le Rama, Lag BaOmer est l’un des jours préférés pour les mariages, au cœur d’une période où l’on n’en célèbre pas ; beaucoup de communautés séfarades, suivant le Choulhan Aroukh, attendent le trente-quatrième jour, selon les règles vues plus haut. On ne dit pas Tahanoun ; on ne jeûne pas ; on se réjouit. Les écoles organisent des sorties, les familles des pique-niques.
Ce qu’enseigne le Rav Raphaël Benizri sur l’Omer et Lag BaOmer
Deux cours du Rav Raphaël Benizri sont consacrés à cette période : Le mois de l’Omer : compter pour se compter et Lag BaOmer : les feux et la lumière du Zohar. Ils donnent aux usages qu’on vient de décrire une profondeur rare. En voici les grandes lignes.
On ne sort pas indemne d’un exil
Le Rav part d’un constat. La période entre Pessah et Chavouot, explique-t-il, sert à préparer le peuple à retrouver ce qu’il a perdu pendant les deux cent dix ans d’esclavage en Égypte. Car on survit à un exil, mais on en emporte beaucoup d’écorces, les kelipot : les travers des civilisations au milieu desquelles on a vécu. C’est pourquoi, ajoute-t-il, même revenus sur notre terre, nous ne sommes pas encore parvenus à briser les murs de nos différences. Le message de Rabbi Chimon bar Yohaï, dit-il, s’adressait précisément aux exilés de l’avenir.
Ni un défaut d’amour, ni un défaut de science : un défaut de reconnaissance
Dans son cours sur le mois de l’Omer, le Rav imagine d’abord ce que signifiait cette épidémie : près de mille enterrements par jour. Puis il précise le diagnostic. Les élèves de Rabbi Akiva n’ont pas manqué d’amour du prochain : ils ont manqué de reconnaissance de la dignité humaine de chacun. Ils n’ont pas cherché à accepter la différence, la diversité, la nuance dans le courant de pensée que chacun choisit, pourvu qu’il vienne de la source et qu’il y retourne.
Et le Rav insiste : ce problème n’est pas celui des petites gens. Il atteint au contraire les grands esprits. Les disciples de Rabbi Akiva étaient imprégnés de Torah, mais chacun restait attaché à ses prérogatives et devenait incapable de considérer le courant de pensée de l’autre. On devient, dit-il, le fanatique d’une idée, d’un camp.
Dans son cours sur Lag BaOmer, il ajoute un trait plus dur encore. On avait enseigné de se tenir à distance de l’homme du peuple, l’am haarets, de peur de perdre sa substance à son contact. Le savant s’est alors mis à parler de loin à l’homme simple. Cet orgueil, dit le Rav, est intolérable, et c’est lui qui a perdu les vingt-quatre mille élèves. Il relie aussi cette division à la révolte de Bar Kokhba, que ces élèves ont soutenue contre la mainmise de Rome : chacun voulait imposer son autorité, et le combat pour la libération n’a pas abouti.
L’Omer, la manne et le pain de la terre
Pourquoi ce drame s’est-il joué justement pendant l’Omer ? Le Rav cite le Midrach : « Que le commandement de l’Omer ne soit pas léger à tes yeux », car c’est par lui qu’Avraham a mérité l’héritage de la terre (Vayikra Raba 28, 6). L’alliance de la terre est suspendue à ce compte, explique-t-il : on n’hérite pas d’un pays sans avoir appris à faire place à l’autre.
Il revient ensuite au sens premier du mot. L’Omer est la mesure de la manne qui descendait au désert. Quand vient la première récolte en terre d’Israël, la manne cesse, et l’homme se nourrit du fruit de son travail. Mais il apporte d’abord une mesure d’orge devant D’. Cette offrande relie deux nourritures : le « pain du ciel » et le pain de la terre. Et c’est leur rencontre, dit le Rav, qui assure la vie : « l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de D’ » (Devarim 8, 3). Il rappelle que le premier commandement donné à l’homme dans le jardin d’Eden fut de manger, et de manger généreusement, pour maintenir le lien entre le matériel et le spirituel. Sans bénédiction, explique le Rav, l’homme mange « comme un chien » : il considère sa nourriture comme une proie qui satisfait son instinct. Et partager son pain avec l’autre, ajoute le Rav, est le tout premier élément de toute reconnaissance de l’autre.
Compter pour se compter
Le Rav s’arrête sur la bénédiction elle-même. On dit « sur le compte de l’Omer », et non « sur le compte des jours de l’Omer ». Ce n’est donc pas le temps que l’on bénit, c’est l’Omer, la mesure de nourriture. Or le mot sefira, le compte, évoque le sapir, le saphir. Compter, ici, c’est rendre à l’objet sa transparence, purifier sa forme, rattacher la nourriture à sa source.
Il relève encore que ces jours ne sont pas ceux de la création : ce sont ceux de la constitution du peuple juif et de sa marche vers la terre d’Israël. C’est un temps que l’homme conçoit lui-même. Le calendrier hébraïque en donne un exemple frappant : le tribunal peut ajouter un mois à l’année pour équilibrer l’année solaire et l’année lunaire, et repousser ainsi Roch Hachana, l’anniversaire même de la création. Et le Rav fait un calcul : le mot mida, la mesure, la vertu, vaut quarante-neuf (mem 40, dalet 4, hé 5). Quarante-neuf jours pour reconstruire les sept vertus qui gèrent l’homme comme elles gèrent le monde, que la Torah appelle, à l’image de l’homme, Adam gadol, le grand Adam, avec son nombril, son œil, sa bouche.
Yech : donner une réalité à l’autre
Autre calcul du Rav : le mot omer vaut trois cent dix (ayin 70, mem 40, rech 200), exactement comme le mot yech, « il y a », qui donne aux choses leur réalité. Dans le nom Israël, ajoute-t-il, on entend yech au début et al, la négation, à la fin. Entre les deux, c’est le rech qui décide : ou bien il devient roch, la tête, la royauté, ou bien il devient rach, le pauvre. Et ce rech, dit le Rav, c’est le visage de l’homme, son panim, qui reflète sa vie intérieure.
D’où la gravité de l’humiliation. Nos Sages enseignent que faire blêmir le visage de son prochain en public équivaut à verser son sang, et qu’il vaut mieux se jeter dans une fournaise que de le faire (Bava Metsia 58b-59a). C’est là, conclut le Rav, que le compte de l’Omer se joue concrètement.
Accepter de se couper : le brit et l’exemple d’Aharon
On peut bien sortir d’Égypte et marcher vers le pays, dit encore le Rav : si l’on n’a pas consenti à se retrancher quelque chose pour laisser une place à l’autre, on n’a rien fait. C’est pourquoi l’on dit en hébreu « couper une alliance » (karat brit) : chacun coupe une part de soi et la confie à l’autre. L’alliance de la terre est greffée sur celle de la mila, la circoncision.
Il donne l’exemple d’Aharon. Tout le livre de Bereshit est une histoire de querelles entre frères ; Aharon est le premier frère qui se réjouit du succès de l’autre, quand son cadet Moshe reçoit la mission de libérer le peuple. Cela lui vaut la prêtrise, pour lui et ses descendants. Et le peuple entier, rappelle le Rav, est appelé à être un « royaume de prêtres » (Chemot 19, 6) : la reconnaissance que nous recevrons se mesurera à celle que nous accordons aux autres.
Trente-deux, trente-trois, dix-sept : le cœur
Voici l’explication que le Rav donne du trente-troisième jour. Rabban Yohanan ben Zakkaï demanda à ses disciples quel est le bon chemin auquel l’homme doit s’attacher. L’un répondit : un bon œil ; un autre : un bon ami ; un autre : voir ce qui va naître. Rabbi Elazar ben Arakh répondit : un bon cœur, lev tov. Et Rabban Yohanan dit : « Je préfère ses paroles aux vôtres, car dans ses paroles sont comprises les vôtres » (Pirké Avot 2, 9).
Or lev, le cœur, vaut trente-deux (lamed 30, bet 2). Le trente-troisième jour est celui où l’on a franchi le cœur. Le trente-troisième jour est donc le lendemain du cœur : c’est lorsqu’on a retrouvé le langage du cœur, dit le Rav, que la trêve du deuil devient possible. Le mot kavod, le respect, vaut lui aussi trente-deux (kaf 20, bet 2, vav 6, dalet 4) : c’est précisément le respect qui manquait aux disciples. Et après le cœur vient tov, le bien, qui vaut dix-sept : exactement les jours qui séparent Lag BaOmer de Chavouot. Le Rav rapproche cela de la prière du matin, qui dit de D’ : « tov yatsar kavod lichmo », le Bon a créé la gloire pour Son Nom.
« Quand on a un lev tov, on ne souffre pas du succès de l’autre, on ne méprise pas l’autre, on n’est pas là en train d’analyser ses aspects négatifs. » (Rav Raphaël Benizri, Le mois de l’Omer)
Rabbi Akiva et le cinquantième degré
Pour comprendre Rabbi Chimon, le Rav revient à son maître. Rabbi Akiva, dit-il, avait atteint les cinquante degrés de la connaissance, alors que Moshe s’était arrêté au quarante-neuvième. Et il en donne la raison : Rabbi Akiva descendait de convertis. Le converti apporte au tout un élément qui lui manquait. Le Rav cite ici le récit célèbre du Talmud (Menahot 29b) : montant au ciel, Moshe trouve D’ occupé à poser des couronnes sur les lettres de la Torah. Il demande pourquoi. D’ lui répond qu’un homme viendra, Akiva ben Yossef, qui tirera de chaque trait des monceaux de lois. Moshe propose que la Torah soit donnée par lui. Dans la lecture du Rav, D’ refuse : à Moshe revient la Loi écrite, que nul ne conteste ; à Akiva, la Loi orale, qui est, dit-il, la Torah à la mesure de la perception de chacun, et qui ouvre beaucoup de portes.
La vie de Rabbi Akiva, rappelle-t-il, a suivi celle de Moshe : quarante ans homme du peuple, quarante ans d’étude, et c’est ensuite qu’il enseigna à ses vingt-quatre mille disciples. Un rabbin, rapporte le Rav, dit même qu’il resta volontairement ignorant jusqu’à sa maturité, pour ne pas être déçu par la conduite des élèves des académies et ne pas avoir à les juger.
La mort qu’on célèbre
Après la catastrophe, explique le Rav, Rabbi Akiva alla chercher cinq disciples dans le Sud, et c’est Rabbi Chimon qui brilla parmi eux. Héritier de l’érudition de son maître, car toute la Loi orale porte l’empreinte de Rabbi Akiva, il ouvrit au peuple de nouvelles perspectives par l’enseignement du Zohar. Et pourquoi fête-t-on sa mort, contrairement aux jeûnes pour Moshe et Aharon ? Parce qu’au moment où se retire ce maître de la pensée mystique, son enseignement est scellé : il a fini de transmettre, et ses élèves peuvent le répandre. Le Rav rappelle que selon le Zohar, un feu entourait toute sa personne le jour où il se retira.
Deux symboles : l’arc et le feu
Le Rav lit les deux coutumes de la fête comme deux héritages. L’arc des enfants dit que le combat de Bar Kokhba pour la terre n’est pas éteint. Il cite le roi David, qui, pleurant Chaoul et Yonathan, demande d’« enseigner l’arc aux enfants de Yehouda » (Chemouel II 1, 18). Le feu, lui, renvoie à une histoire beaucoup plus ancienne.
L’histoire du feu, depuis Avraham
Le premier feu de la Torah, explique le Rav, est celui de l’alliance entre les morceaux, dans la parasha Lekh Lekha : « un four fumant et une torche de feu » passèrent entre les animaux partagés (Bereshit 15, 17), et c’est ainsi que la terre fut promise à la descendance d’Avram, entre l’Égypte au sud et l’Euphrate au nord. Ce feu, dit le Rav, ni les eaux du Nil ni celles de l’Euphrate n’ont pu l’éteindre, ni celles de tous les pogroms, des baptêmes et des conversions forcées. Il faillit s’éteindre en Égypte ; D’ le retira au désert, jusqu’à ce que Moshe le retrouve dans le buisson ardent et le porte en lui jusqu’au Sinaï, où le peuple retrouve un feu d’une autre nature.
Il y a donc deux feux, poursuit le Rav : celui de la promesse de la terre et celui de l’alliance de la Torah. Tous deux trouvent leur place au Sanctuaire. Le feu de l’autel, qui ne doit jamais s’éteindre (Vayikra 6, 6), expie pour la terre et pour le peuple. Et la ménora, avec sa lampe occidentale, le ner maaravi, toujours allumée, tournée vers le Saint des saints : c’est le feu de la Torah. À Lag BaOmer se rejoignent ainsi le feu de la terre, celui du combat de Bar Kokhba ; le feu de la Torah, que les disciples de Rabbi Akiva ont mal intégré, chacun la considérant comme sa propriété exclusive ; et le feu de Rabbi Chimon, que le Rav appelle « le feu de la transparence », celui qui unit par l’amour tous les éléments du peuple d’Israël.

Le secret, c’est l’assemblée
Le Rav rappelle les quatre niveaux de lecture de la Torah, comme les quatre fleuves qui sortaient du jardin d’Eden : le pchat, le sens littéral ; le drach, l’interprétation par l’image ; le remez, l’allusion ; le sod, le secret. Réduire la Torah aux seules exigences de la raison, dit-il, c’est peine perdue.
Puis il donne une définition inattendue du sod. Yaakov dit de deux de ses fils : « Que mon âme n’entre pas dans leur secret, que ma gloire ne s’unisse pas à leur assemblée » (Bereshit 49, 6). Le parallélisme du verset montre que le secret, le sod, est une assemblée, un kahal : le tout, la somme. Celui qui découpe et sépare l’enseignement, explique le Rav, n’a plus que sa Torah à lui. Or « la Torah de D’ est parfaite » (Tehilim 19, 8) : ce n’est pas une Torah personnelle, c’est celle qui rassemble tous les courants et les unit. Voilà ce que Rabbi Chimon est venu apporter après une Torah qui, aussi grande fût-elle, avait pu ravager vingt-quatre mille disciples.
La flamme à la tête du défunt
Le Rav explique aussi le ner, la flamme qu’on allume pour une hilloula. Au Jardin d’Eden, dit-il, il y avait deux arbres. L’arbre de la connaissance distingue encore le bien et le mal ; dans l’arbre de vie, même le mal participe à l’accomplissement de l’homme lorsqu’il se soumet à une volonté supérieure. Mais nous n’en sommes pas là : quand nous perdons un être cher, nous ne pouvons pas encore dire « Béni soit Celui qui est bon et fait le bien », nous disons « Béni soit le Juge de vérité ». Dès que l’âme quitte un être aimé, on place une flamme à sa tête. Chaque être porte cette flamme ; toute la question est de savoir si nous lui donnerons plus de substance pour qu’elle dure et devienne un ner tamid, une lumière perpétuelle, ou si elle restera vacillante, à la merci du moindre vent.
La miséricorde contre le jugement
L’apport de Rabbi Chimon, selon le Rav, est d’enseigner que l’on peut, berahamim, par la miséricorde et l’amour, dispenser le monde du jugement, qui est à l’origine de bien des maux. Il rappelle que Rabbi Akiva lui-même disait du Cantique des cantiques qu’il est « saint des saints » (Michna Yadayim 3, 5). Et ce chant se termine par ces mots : « Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour » (Chir Hachirim 8, 7). Un amour qui mûrit peu à peu, dit le Rav, et qui devient chalhevetya, « une flamme de D’ » (Chir Hachirim 8, 6). La danse autour du feu à Lag BaOmer, conclut-il, n’est pas celle d’un amour désenchanté qu’il faudrait reconquérir par la sorcellerie : c’est une danse autour d’un feu d’amour qui unit l’humanité et assure au peuple exilé son retour.
Une Torah qui se renouvelle
Pourquoi ce dévoilement si tard ? Parce que, explique le Rav, la Torah du Zohar porte une volonté de hithadchout, de renouvellement perpétuel. La halakha est arrêtée, elle ne bouge plus ; le sod se renouvelle chaque jour, comme D’ renouvelle chaque jour Sa création. Nos Sages ont dit que le sage est préférable au prophète (Bava Batra 12a), mais, précise le Rav, le sage développe le message par sa propre pensée, et cela a ses limites : il manque l’élément prophétique. Le travail consiste à allier la pensée rationnelle et la pensée prophétique. Il cite les quatre sages qui entrèrent au Pardes, le verger des secrets de la Torah (Hagiga 14b) : seul Rabbi Akiva en sortit en paix, parce qu’au-delà de la connaissance rationnelle il y a la emouna, la foi, qu’il faut rendre solide comme le marbre.
Le regard qui brûle
À la fin du cours, un auditeur objecte : Rabbi Chimon n’était-il pas un homme très entier, alors que Rabbi Akiva était plutôt indulgent ? Le Rav répond par l’épisode de la grotte : le regard qui brûlait les laboureurs, la voix céleste qui renvoie Rabbi Chimon dans la grotte, car s’il n’a appris qu’à condamner les autres, il n’a rien appris. Et il en donne une lecture historique : à cette époque, le travail de la terre ne servait que l’occupant romain. Rabbi Chimon disait en somme qu’il fallait faire grève, se renforcer par l’étude plutôt que livrer à Rome l’usufruit de notre travail et de notre terre. Le Rav ne pense pas que Rabbi Chimon ait exclu le travail qui exprime le lien profond entre la Torah et la terre d’Israël, puisque, dit-il, « il n’y a pas de Torah comme la Torah de la terre d’Israël ».
Il ajoute que l’accès à l’enseignement du Zohar n’est traditionnellement pas donné avant l’âge de quarante ans, parce qu’il faut une maturité acquise par l’étude, et que c’est la Torah de Rabbi Akiva qui donne accès à celle de Rabbi Chimon.
« Comme toi-même »
Le Rav conclut sur la phrase de Rabbi Akiva : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis D’ » (Vayikra 19, 18). Il remarque que pour l’amour de D’ et pour l’amour de l’étranger, la Torah emploie la particule et, alors qu’ici elle dit lereakha, « à ton prochain ». Ce sont trois amours de nature différente, et celui du prochain se prouve par des actes, non par de belles paroles. Il rapproche cela de la controverse entre Rabbi Akiva et Ben Azzaï sur le grand principe de la Torah, qu’il développe dans Bereshit : les fondations de l’être humain et dans l’introduction aux Pirkey Avot.
Vers le cinquantième jour
Enfin, dans Chavouot : le cinquantième jour, hors du compte, le Rav éclaire le terme du chemin. Le cinquantième jour ne se compte pas, explique-t-il : il est au-delà du carré de sept, au-delà du safar, la limite. Le dépasser, c’est se trouver dans un état de transparence totale, où l’on regarde les choses au travers d’elles. On comprend alors que les quarante-neuf jours du compte préparent l’homme à ce dépassement.
Questions fréquentes sur Lag BaOmer
Quelle est la date de Lag BaOmer en 2027 ?
Lag BaOmer 5787 commence le lundi 24 mai 2027 au soir et se prolonge le mardi 25 mai. C’est le 18 Iyar, trente-troisième jour du compte de l’Omer. Les feux s’allument le lundi soir.
Pourquoi appelle-t-on ce jour « Lag » ?
Parce que les lettres hébraïques lamed (30) et guimel (3) forment le nombre trente-trois. « Lag BaOmer » signifie « le trente-troisième jour de l’Omer ».
Peut-on se marier et se couper les cheveux à Lag BaOmer ?
Oui, mais le moment exact varie selon les communautés. Selon le Choulhan Aroukh, suivi par les communautés séfarades, on attend le matin du trente-quatrième jour, sauf si Lag BaOmer tombe un vendredi. Selon le Rama, suivi par les communautés ashkénazes, c’est permis dès le trente-troisième jour. Chacun suivra sa coutume et interrogera son rabbin.
Rabbi Chimon bar Yohaï a-t-il écrit le Zohar ?
La tradition lui attribue le Zohar, qui présente son enseignement et celui de son cercle de disciples. Le livre a commencé à circuler à la fin du XIIIe siècle en Castille, par Rabbi Moshe de León, et il est devenu l’ouvrage de référence de la Kabbale. Le Talmud, lui, le cite comme l’un des grands maîtres de la Michna.
Pourquoi fait-on des feux ?
En souvenir du feu qui, selon le Zohar, entourait Rabbi Chimon le jour de sa mort, et de la lumière de son enseignement. Le Rav Benizri y voit aussi l’aboutissement d’une histoire du feu qui commence avec l’alliance faite avec Avraham, passe par le buisson ardent et le Sinaï, et brûle dans l’autel et la ménora du Temple.
Le deuil de l’Omer s’arrête-t-il définitivement à Lag BaOmer ?
Pour beaucoup de communautés séfarades, oui : le deuil s’achève au matin du trente-quatrième jour. D’autres coutumes, notamment ashkénazes, observent le deuil sur une autre partie de la période, parfois jusqu’aux jours qui précèdent Chavouot. Il faut suivre l’usage de sa communauté.
Pour conclure : franchir le cœur
Lag BaOmer est une fête étrange. Elle n’est pas écrite dans la Torah ; elle naît d’un deuil ; elle célèbre la mort d’un homme. Et pourtant tout y parle de lumière. Les élèves de Rabbi Akiva sont morts d’avoir voulu posséder la Torah chacun pour soi ; Rabbi Chimon, sorti de la grotte, a appris à voir la sainteté dans deux branches de myrte portées par un vieil homme ; et son enseignement le plus caché s’est révélé au moment même où il quittait le monde.
Le Rav Raphaël Benizri résume ce chemin en un chiffre : trente-trois, c’est le lendemain du cœur. Avant Lag BaOmer, on apprend le respect, le kavod ; après, il reste dix-sept jours, la valeur de tov, pour arriver au Sinaï. Les feux allumés ce soir-là ne sont pas seulement un souvenir : ils disent qu’une flamme qu’on nourrit peut devenir une lumière perpétuelle.
Pour approfondir, écoutez les deux cours du Rav sur cette période, parcourez les pages consacrées à Chavouot et aux Pirkey Avot, que l’on a l’usage d’étudier le Chabbat pendant ces semaines, et consultez le glossaire pour les mots hébreux.
Pour aller plus loin
- Le mois de l’Omer : tous les cours du Rav Benizri
- Lag BaOmer : les feux et la lumière du Zohar
- Le mois de l’Omer : compter pour se compter
- Chavouot : le cinquantième jour, hors du compte
- Pirkey Avot : acquérir la Torah avant Chavouot
- Parasha Emor : le chapitre des fêtes
- Les livrets à télécharger
- Toutes les fêtes juives
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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