Pendant toute la fête, le pain disparaît des maisons juives et laisse place à une galette plate et craquante. Pourquoi la matsa, et que dit ce pain sans levain de la sortie d’Égypte ?
En 5787 (2027), le premier Séder de Pessah a lieu le mercredi 21 avril au soir, veille du 15 Nissan. Le premier jour de la fête est le jeudi 22 avril. En dehors d’Israël, un second Séder se tient le jeudi soir. Pessah dure sept jours en Israël, jusqu’au mercredi 28 avril, et huit jours en dehors d’Israël, jusqu’au jeudi 29 avril. La recherche du hamets se fait le mardi 20 avril au soir.
Ce que dit la Torah
La Torah donne elle-même la raison historique : « Ils firent cuire la pâte qu’ils avaient emportée d’Égypte en galettes azymes, car elle n’avait pas levé : ils avaient été chassés d’Égypte, sans pouvoir s’attarder » (Chemot 12, 39). Les Hébreux sont partis si vite que leur pain n’a pas eu le temps de lever.
Le commandement est fixé dans le même chapitre : « Le premier mois, le quatorzième jour du mois au soir, vous mangerez des matsot » (Chemot 12, 18). Et encore : « Pendant sept jours vous mangerez des matsot ; dès le premier jour, vous ferez disparaître le levain de vos maisons » (Chemot 12, 15).
C’est pourquoi la fête porte aussi dans la Torah le nom de Hag HaMatsot, la fête des pains azymes (Vayikra 23, 6).
Pain de misère ou pain de liberté ?
La matsa a un double visage. Le Deutéronome l’appelle « pain de misère » (lehem oni) : « Tu mangeras des matsot, un pain de misère, car c’est en hâte que tu es sorti du pays d’Égypte » (Devarim 16, 3). Au début du récit, la Hagada le dit aussi : « Voici le pain de misère que nos pères ont mangé en terre d’Égypte. »
Mais plus loin, la Hagada donne une autre raison : on mange la matsa parce que la pâte de nos pères n’a pas eu le temps de lever avant que D’ ne se révèle à eux et ne les délivre. La même galette est donc à la fois le pain de l’esclave et le pain de l’homme libéré.
Le Talmud (Pessahim 115b) joue sur les mots lehem oni : c’est aussi un « pain sur lequel on répond beaucoup de choses ». La matsa est un pain qui fait parler, qui pousse à raconter.
Qu’est-ce qu’une matsa ?
La matsa est faite seulement de farine et d’eau. Elle doit provenir de l’une des cinq céréales : blé, orge, épeautre, seigle ou avoine. La pâte ne doit à aucun moment être laissée au repos : de la mise en contact avec l’eau jusqu’à la cuisson, il ne doit pas s’écouler plus de dix-huit minutes environ. Au-delà, elle risque de devenir du hamets.
Pour le Séder, beaucoup utilisent de la matsa chmoura, « gardée » : le blé est surveillé dès la moisson pour qu’il ne touche pas l’humidité.
La matsa au Séder
- Trois matsot sont posées sur la table du Séder.
- Ya’hats : au début de la soirée, on rompt la matsa du milieu. La plus grande moitié est mise de côté : c’est l’afikoman.
- Motsi-matsa : on récite deux bénédictions, « hamotsi » et « al akhilat matsa », puis on mange la matsa, accoudé.
- Korekh : on mange la matsa avec le maror, comme le faisait Hillel au temps du Temple.
- Tsafoun : à la fin du repas, on mange l’afikoman. Ensuite, on ne mange plus rien, pour garder le goût de la matsa.
Manger de la matsa le premier soir est une obligation de la Torah. Les autres jours, il n’y a pas d’obligation d’en manger, mais il est interdit de manger du hamets (Pessahim 120a). Pour les quantités à consommer, le temps imparti et les cas particuliers (personnes âgées, malades, enfants), on consultera un rabbin compétent.
Ce qu’en dit le Rav Raphaël Benizri
Dans son cours Pessah : Pé-Sah, la bouche qui parle, le Rav Benizri enseigne que la matsa est à la fois pain de misère et pain de liberté. Le pain pauvre est celui qui suscite le dialogue : l’homme qui mesure ses manques cherche ses compléments chez l’autre. C’est alors qu’il dit : « que celui qui a faim vienne manger ».
Dans Pessah : le mystère du chiffre quatre, il rappelle les quatre noms de la fête, dont Hag HaMatsot. La matsa, dit-il, est le pain de l’esclavage et le pain de la liberté : une liberté couvée dans la servitude, puis projetée au-dehors.
Dans Pessah : le temps n’est pas continu, il résume : entre la matsa et le pain, il n’y a que le temps. Le temps de laisser lever la pâte. Ne pas laisser le hamets, c’est refuser de donner à notre élan spirituel le temps de se rationaliser et de se dénaturer.
Dans Les quatre questions du Ma Nichtana, il note que le hamets surgit de l’oisiveté. Tant qu’on pétrit la pâte, il n’y a pas de hamets ; il apparaît quand on la laisse au repos. Il ajoute : tout pain que nous préparons est d’abord une matsa.
Enfin, dans Pessah : chercher le hamets en soi, il explique que le levain n’est pas un corps étranger à la pâte. Il ne s’agit pas d’éliminer le hamets pour toujours, mais de lui restituer sa dose. Sept jours par an, on neutralise l’esprit de compétition, le désir et l’affirmation de soi, pour les reprendre ensuite avec de nouvelles perspectives.
Pour aller plus loin
- Pessah : tous les cours du Rav Benizri
- Pessah : par où commencer la Hagada ?
- Pessah : chercher le hamets en soi
- Pessah : Pé-Sah, la bouche qui parle
- Les quatre questions du Ma Nichtana
- Pessah : le mystère du chiffre quatre
- Pessah : le temps n’est pas continu
- Livret « Questions à poser à la table de Pessah » (PDF)
- Toutes les fêtes juives
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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