Le mois d’Omer
Lag Baomer
Entre Pessah et Chavouot, on compte. Chaque soir, à voix haute, on énonce le jour où l’on se trouve : premier jour, deuxième jour, et ainsi jusqu’à quarante-neuf. C’est l’une des pratiques les plus simples de la tradition, et l’une des plus étranges — car on ne compte rien d’autre que le temps qui passe.
Compter vers, non compter à rebours
On ne décompte pas les jours restants comme on attendrait des vacances. On compte les jours accomplis. La différence est significative : le décompte à rebours vide le temps de son contenu, la numération à l’endroit lui en donne un. Chaque jour ajoute quelque chose au lieu de rapprocher d’une échéance.
Sept semaines de sept jours
Le trajet n’est pas linéaire : il est structuré en sept semaines de sept jours. La tradition kabbalistique associe à chaque semaine une qualité — la bonté, la rigueur, l’harmonie, la persévérance, l’humilité, le lien, la royauté — et à chaque jour la combinaison de deux d’entre elles.
On obtient ainsi quarante-neuf nuances de caractère à examiner une par une. C’est un travail méthodique sur soi, sans exaltation, qui suppose qu’aucune qualité n’est bonne à l’état pur : la bonté sans rigueur devient de la complaisance, la rigueur sans bonté devient de la dureté.
Un temps de retenue
Une partie de cette période est marquée par des usages de deuil, en mémoire des disciples de Rabbi Akiva, dont la tradition dit qu’ils moururent pour n’avoir pas su se respecter les uns les autres. Le rapprochement est frappant : dans le trajet qui mène à la réception de la Torah, on se souvient de ceux qui savaient tout et qui ont manqué l’essentiel.
C’est peut-être le sens de ces quarante-neuf jours. Il ne suffit pas d’avoir été libéré, et il ne suffit pas de savoir. Il faut aussi devenir quelqu’un à qui l’on peut confier quelque chose.