Chaque année à Pourim, enfants et adultes se déguisent en rois, en reines ou en personnages inattendus. Ce n’est pas un carnaval ordinaire : derrière le masque se cache toute la leçon du livre d’Esther.

En 5787 (2027), Pourim tombe le mardi 23 mars. L’année 5787 est une année embolismique : elle compte deux mois d’Adar, et Pourim se célèbre le 14 Adar II. La Meguila est lue le lundi 22 mars au soir, puis le mardi matin. Le jeûne d’Esther a lieu le lundi 22 mars dans la journée. À Jérusalem, on fête Chouchan Pourim le mercredi 24 mars. Le Chabbat Zakhor, où l’on lit le passage sur Amalek, est le samedi 20 mars.

Une coutume, pas une mitsva

Le déguisement ne fait pas partie des mitsvot de Pourim. Le Talmud n’en parle pas. C’est une coutume, apparue au Moyen Âge, que le Rema mentionne déjà dans ses notes sur le Choulhan Aroukh (Orah Haïm 696, 8). Elle s’est répandue dans toutes les communautés, au point de devenir l’image la plus connue de la fête.

Pourquoi a-t-elle pris une telle place ? Parce qu’elle traduit en geste ce que raconte le livre d’Esther.

Un D’ caché derrière les événements

Le livre d’Esther a une particularité : le nom de D’ n’y apparaît pas une seule fois. Aucun prophète, aucun miracle visible. Tout semble se dérouler par hasard : une reine renvoyée, une jeune fille choisie, un complot entendu par Mordekhai, une nuit d’insomnie du roi.

Le Talmud (Houlin 139b) cherche où Esther est évoquée dans la Torah. Il répond par un verset : « Et Moi, je cacherai, je cacherai Ma face en ce jour-là » (Devarim 31, 18). En hébreu, « je cacherai » se dit astir, de la même racine que le nom d’Esther. Le salut est réel, mais il avance masqué. Se déguiser, c’est rappeler que la main de D’ agit derrière un visage qui ne la montre pas.

Tout est renversé

Le livre le dit lui-même : « tout fut renversé » (venahafokh hou, Esther 9, 1). Le jour où les ennemis d’Israël espéraient le dominer, ce sont les Juifs qui l’emportent. Aman prépare une potence pour Mordekhai et y finit lui-même.

Le récit est rempli de changements de vêtements. Mordekhai déchire ses habits et se couvre d’un sac (Esther 4, 1). Esther « revêt la royauté » pour se présenter devant le roi (Esther 5, 1). Mordekhai est ensuite promené à cheval, vêtu des habits royaux (Esther 6, 11). Il sort enfin de chez le roi en vêtement royal, avec une couronne d’or et un manteau de lin et de pourpre (Esther 8, 15). Le costume de Pourim fait écho à ces renversements.

Esther elle-même cache longtemps qui elle est : « Esther n’avait fait connaître ni son peuple ni sa naissance » (Esther 2, 10). Son identité reste voilée jusqu’au moment décisif.

Les quatre mitsvot de Pourim

Le verset fixe lui-même le programme de la fête : des « jours de festin et de joie, d’envoi de portions l’un à l’autre et de dons aux pauvres » (Esther 9, 22).

  • La lecture de la Meguila : le soir et le matin, en écoutant chaque mot. On fait du bruit au nom d’Aman.
  • Le michloah manot : envoyer au moins deux aliments prêts à consommer à au moins une personne.
  • Les matanot laevyonim : donner au moins à deux pauvres, de quoi faire un repas de fête.
  • Le festin (séouda) : un repas joyeux, l’après-midi de Pourim.

Le Talmud (Méguila 7b) ajoute qu’on boit à Pourim « jusqu’à ne plus distinguer entre « maudit soit Aman » et « béni soit Mordekhai » ». Les décisionnaires encadrent fortement cette parole, et beaucoup recommandent la modération. Pour les détails pratiques (quantités, horaires, personnes qui ne peuvent pas se déplacer), on consultera un rabbin compétent.

Quelques règles pour le costume

Le déguisement reste une coutume joyeuse, pas une permission de tout faire. On évite ce qui blesse, ce qui humilie ou ce qui contredit la pudeur. Certaines questions, comme les habits de l’autre sexe, font l’objet de discussions entre décisionnaires : là encore, on demandera l’avis d’un rabbin.

Ce qu’en dit le Rav Raphaël Benizri

Dans son cours Pourim : la guerre contre Amalek, le Rav Benizri aborde directement les déguisements. Pour lui, les déguisements de Pourim sont nos déguisements de l’année. Ce sont des vêtements : ils ne sont pas abjects en soi. Ils le deviennent quand nous les étiquetons pour rejeter l’autre. La fête démasque notre goût des étiquettes, ce réflexe qui nous fait juger sur l’habit plutôt que sur l’être.

Dans le même cours, il lit « Esther » comme l’éclipse de la face divine : D’ s’éclipse parfois, non par abandon, mais parce que nous Lui tournons le dos. Sur le « ad delo yada », il précise : le but n’est pas l’ivresse mais le dépassement. Il relie aussi le michloah manot et les matanot laevyonim à un effort d’intégration de l’autre, celui en qui je ne me reconnais pas.

Dans Pourim : la fête née dans l’exil, il rappelle que le nom d’Esther vient de « sater », cacher. Pourim est la fête de l’absence de révélation : aucun miracle dévoilé, une main cachée orchestre les événements.

Et dans Pourim : la Meguila dans le présent, il souligne que le nom de D’ n’apparaît pas dans la Meguila, non qu’il soit absent : il est constamment présent. Chaque emploi du mot « le roi », hormis celui qui règne de l’Inde jusqu’à Kouch, désigne la providence divine, présente mais invisible.

Pour aller plus loin

Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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