Questions à poser à la table de chabbat de Vayeshev
Un livret d’étude à imprimer : une question par page, la réponse du Rav, sa source, et une leçon à débattre en famille.
Avec Yossef, l’histoire change d’échelle : jusqu’ici trois grandes familles, celles d’Avraham, d’Its’hak et de Yaakov ; désormais un peuple. Le Rav Raphaël Benizri compare ce passage à un accouchement, avec ses douleurs, et le lit à travers un seul mot, toldot, les engendrements. Deux fois seulement ce mot est écrit complet, avec ses deux vav : pour le ciel et la terre, et pour Perets, d’où sortira David. Entre ce point de départ et ce point d’arrivée, toutes les générations sont incomplètes, et l’histoire n’est qu’une suite de corrections qui reviennent comme des vagues.
Le cours remonte ensuite au verset « Zé sefer toldot Adam », voici le livre des engendrements de l’homme : le livre de l’histoire commence avec Chet, et chacun écrit son propre livre de Béréchit. Il revient à Yossef, porteur d’un Verbe unificateur qui commence pourtant par la médisance, au vêtement qui cache la vérité, et au hé ajouté à son nom. De là, le débat des sages sur le verset qui résume toute la Torah — Rabbi Akiva, Hillel, Ben Azaï, Rabbi Chimon ben Pazi — et une lecture du retour sur la terre des pères, où l’on reste un étranger.
L’enregistrement commence alors que le cours est déjà engagé. Vers la 45e minute, une brève coupure du son interrompt le Rav, qui reprend sur le mot élé. Le cours s’achève au seuil des premiers pas de Yossef en Égypte, et les questions du public ne figurent pas dans l’enregistrement.
Ce que dit ce cours
Avec Yossef, les familles des pères deviennent un peuple. Jusqu’à présent, on était au niveau de trois grandes familles, celles d’Avraham, d’Its’hak et de Yaakov, avec leurs particularités, leurs combats, les préliminaires du peuple juif qu’ils ont fondé. Yossef, lui, va opérer la mutation des familles en un grand peuple : il est en quelque sorte le fondateur du peuple juif. Mais comme dans un accouchement, il y a les douleurs de l’enfantement. Ces douleurs portent toujours en germe les mêmes ferments destructeurs — la débauche, la corruption des mœurs, le crime et les effusions de sang, l’idolâtrie — qui ont transformé la première tranche de l’histoire depuis les premières générations.
L’histoire est le fruit des engendrements. Le mot toldot, engendrements, revient treize fois dans la Torah et une fois dans les Ketouvim. C’est au sein des familles que se bâtit l’histoire. Et parce que ces engendrements sont imparfaits, il arrive toujours un moment où l’histoire doit corriger ses erreurs de parcours.
Deux fois seulement, les engendrements sont écrits complets. Les engendrements parfaits sont ceux du ciel et de la terre, de l’esprit et de la matière : en hébreu, ce toldot-là s’écrit avec ses vav (Béréchit 2, 4). C’est une création qui répond à l’attente de son Créateur. À l’autre bout, il y a « Élé toldot Perets » dans la Méguila de Ruth (Ruth 4, 18), le germe messianique, le royaume de David et le Messie qui doit en émerger : là aussi le mot est complet. Cet élément fixateur du vav est là au point de départ comme au point d’arrivée. Entre les deux se tient l’homme créé, qui est chakoul, dans la balance de l’histoire.
Entre le départ et l’arrivée, l’histoire avance par vagues. Toutes les étapes que l’on traverse entre les engendrements du ciel et de la terre et ceux de Perets manquent de stabilité : soit le premier vav manque à l’appel, soit le vav final, ce qui atteste de l’échec du parcours. Ce sont des gallim, des mouvements de vagues, que le Zohar traduit par guilgoulim : des cycles qui se répètent à différents niveaux et qui attestent d’un tikkoun indispensable, d’une réparation qui marque le lien entre les générations. Ainsi ont défilé les toldot de Noa’h, d’Avraham, d’Ichmaël, d’Essav, d’Its’hak, et nous voici à celles de Yaakov.
Il y a quatre dimensions de l’homme, comme il y a quatre ferments d’échec. Avec les engendrements de Yaakov, on passe de la hiérarchie du particulier à celle du général. Face aux quatre fautes — guilouï arayot, chefikhout damim, avoda zara, lachon hara — il y a quatre types d’Adam. L’Adam particulier, tel qu’il est voulu ; l’humanité en général, dont il ne peut être dissocié ; un Adam spirituel, zakhar ounekeva, composé du masculin et du féminin ; et enfin l’Adam qui n’est plus pétri de terre mais qui aspire à ressembler à son Créateur — « adamé lé-Elyon », je ressemblerai au Très-Haut. Tant que cette quatrième dimension n’est pas atteinte, l’histoire ne fait que des corrections successives. Ce ne sont pas les mêmes clichés, mais ce sont les mêmes éléments porteurs d’une société qui, à l’opposé de ces quatre fautes, doit être mue par ’hessed et guevoura, l’amour et la rigueur, par tiféret, l’harmonie entre les deux, et par yessod, le fondement, qui doit parler d’une seule voix.
Servir Hachem en oubliant Elokim, c’est déjà une profanation. Lorsque nous ne servons que Hachem, une entité dans l’absolu qui transcende le monde créé, nous sommes dans l’avilissement : il y a un ’hiloul Hachem. Cette profanation a commencé tôt : « Az hou’hal likro bechem Hachem » (Béréchit 4, 26) : hou’hal, on a profané. On a commencé à évoquer le nom de Hachem sans plus souligner celui d’Elokim, le D’ créateur. Or nous ne pouvons pas dissocier Hachem d’Elokim, et c’est cette division que l’on a blâmée dans la génération d’Énosh.
Elokim est au pluriel parce que la création est multiple. Nous sommes monothéistes, certes, mais de même que la création porte en elle une diversité incalculable d’éléments, il y a une diversité incalculable de personnalités, de visages d’hommes et de femmes. Ils portent le même souffle divin et sont pourtant différents les uns des autres. Elokim est au pluriel parce qu’il est la totalité de toutes ces forces. Si bien que chacun de nous, en servant Hakadoch Baroukh Hou, a son éloha, son idole, un idéal qui lui est particulier. Il faut transcender cet idéal particulier qui nous sépare les uns des autres pour arriver à Hachem, et servir l’unité de Hachem Elokim.
Le livre de l’histoire commence avec Chet. « Zé sefer toldot Adam », voici le livre des engendrements de l’homme (Béréchit 5, 1), est dit à partir de Chet, le troisième enfant d’Adam. Kayin et Hevel ont disparu sans qu’il en reste rien ; Chet est celui sur lequel repose le fondement de l’humanité. Le verset le dit : « Ki chat li Elokim zéra a’her ta’hat Hevel » (Béréchit 4, 25), D’ m’a donné une autre descendance à la place de Hevel. Les premiers enfants étaient plutôt le fruit du désir ; le texte ne souligne pas qu’ils portaient le tsélem et la dmout, l’image et la ressemblance, comme s’ils n’étaient qu’un brouillon de la création. La véritable histoire commence avec Chet.
Le mot sefer a quatre sens, et chaque lettre plusieurs dimensions. Sefer, c’est le récit, l’histoire telle que nous la connaissons à travers les événements. C’est aussi la référence, l’allusion, le numérique : le rémez. C’est encore le drach, la dissertation du texte, que l’on coupe comme le sapar, le coiffeur. Et c’est le compte : on a compté le texte pour qu’il ne soit corrompu par aucun ajout — Rachi lit d’ailleurs ce verset comme le décompte des générations d’Adam (Rachi sur Béréchit 5, 1). Chaque lettre de la Torah est autonome : elle a son graphisme, ses nekoudot qui en changent la prononciation et le sens, son ta’am, sa musicalité, et ce blanc qui l’entoure, plein de non-dits que l’étude doit découvrir.
Chacun écrit son propre livre de Béréchit. Ce livre de l’histoire se rapporte à nous. Chacun a son histoire, son autobiographie, sa manière de vivre son destin et d’influer sur l’avenir de sa société, proche et lointaine. Chacun est à découvrir à nouveau, parce qu’il n’est pas sorti d’un moule à répétition. Chacun porte un secret de la création, une parcelle qui n’a pas encore été mise en évidence. C’est le sens de l’homme créé « à la ressemblance d’Elokim ».
Yossef porte le Verbe unificateur, et il commence par la médisance. Yossef a en lui le pouvoir du Verbe unificateur. Mais au début, ce n’est pas le cas : c’est l’erreur que l’on commet chaque fois que l’on prend en main la direction politique, intellectuelle ou morale d’un peuple, il y a toujours un abus. Ici, c’est la dibba : une médisance, un mal-dit, un refus d’écoute. Or Yossef est lié par la parole ; c’est pour cela qu’il connaissait les soixante-dix langues, le langage universel à partir duquel on peut répandre l’enseignement spirituel. Cet enseignement, inutile de le figer dans un écrit qui serait comme un moule d’où rien de nouveau ne peut plus sortir : c’est là tout le problème de la mésentente dans la société et entre les peuples. Le peuple juif n’a été en exil que pour apprendre à s’aligner aussi sur le langage des autres.
Le vêtement cache la nudité, mais aussi la vérité. Ce qui prolonge l’exil de Yaakov, c’est qu’il n’a pas trouvé de langage commun avec Essav, et il y a toujours là un problème de vêtement. Le vêtement cache la nudité, mais il cache quelquefois la vérité, la mesure de l’homme ; c’est cet aspect négatif que l’on neutralise avec les tsitsit. Le vêtement que Yaakov a porté pour se présenter devant son père datait de Nimrod, et avant lui d’Adam, qui a éprouvé le besoin de couvrir sa nudité ; il s’est transmis de génération en génération pour cacher la honte. C’est pourquoi beged, le vêtement, renvoie à bagad, trahir, et levouch, l’habit, à lo bocha : ne pas avoir honte.
Le hé ajouté au nom de Yossef dit la question, la direction et le don. Yossef est la quatrième dimension, et la quatrième lettre du Nom divin est le hé. C’est le hé que l’on ajoute à son nom : « Édout biHossef samo », il en a fait un témoignage en Yossef (Tehilim 81, 6). Ce hé, lettre du féminin, porte l’interrogation et appelle une définition ; c’est aussi lui qui indique la finalité, la trajectoire, comme dans « Yerouchalaymah », vers Jérusalem. C’est la seule lettre qui se répète dans le Nom du Créateur qui transcende la création. Et Yossef en usera : « Hé lakhem zéra », voici pour vous de la semence (Béréchit 47, 23) — répondre aux besoins de l’autre.
Aimer son prochain comme soi-même : le Arizal le juge impossible. Répondre aux besoins de l’autre, c’est le grand point d’interrogation. Quand nos sages ont cherché le verset qui résume toute la Torah, Rabbi Akiva a répondu : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le Arizal dit que ce n’est pas possible, et c’est pour cela que Hillel l’a ajusté au négatif : ce que tu détestes, ne le fais pas à ton prochain — rien que ne pas lui nuire. Où se situe alors ce commandement ? D’après le Arizal, dans le rapport de l’homme et de la femme : veiller à ce que l’amour du couple continue de l’animer tout au long d’une vie, sans vieillissement, sans banalisation, sans répétition. C’est cela, le véritable « veahavta lereakha kamokha ».
Pour Ben Azaï, toute la Torah tient dans « voici le livre des engendrements de l’homme ». Ben Azaï n’est pas d’accord avec Rabbi Akiva : le concentré de toute la Torah, c’est « Zé sefer toldot Adam ». C’est-à-dire sortir du cadre restreint de la maison vers le monde extérieur, rayonner, donner à cet amour une dynamique qui embrasse l’humanité entière. D’autres sages l’ont compris autrement : unifier tous les éléments, toutes les croyances, dans une seule entité qui les transcende, sous la houlette du Chema Israël. Pour Ben Nanas, ce serait encore l’amour du prochain.
Pour Rabbi Chimon ben Pazi, assez de discours : l’homme se mesure à ce qu’il donne. Ça suffit de faire des discours et de fixer des choses en l’air dans les hautes sphères de la pensée. L’homme, et l’humanité, se mesurent à ce que chacun offre spontanément : le sacrifice de soi, matin et soir, dans les moments heureux comme dans les moments tristes. Ce que tu réalises vraiment, de manière désintéressée, en faveur de l’autre, cet esprit d’abnégation et de don de soi, c’est cela qui est important. Et c’est chez Yossef que cela va se vérifier.
Revenu sur la terre de ses pères, Yaakov y reste un étranger. On a neutralisé Ichmaël, on a neutralisé Essav. Puis nous sommes passés par l’Église, nous avons voulu faire du prosélytisme, répandre nos idées, nos croyances, nos valeurs, et cela nous a coûté très cher : comme on a persécuté Yossef, on nous a persécutés, jusqu’au calvaire concentrationnaire. Nous en sommes sortis et nous sommes retournés. C’est ainsi que commence la paracha : Yaakov revient à la maison de son père, là où il s’était installé comme guer, comme étranger. Cette terre ne lui a jamais appartenu ; il s’y installe par ordre divin, à la fois citoyen et toujours guer. La promesse est absolue, mais la terre lui revient s’il se conforme à la volonté divine qui la lui a affectée — et la première prescription donnée à Avraham était justement de s’installer dans la terre de la vision, d’une vision universelle.
Aujourd’hui encore, Yossef est contesté, et un vav manque. Nous vivons cette situation : nous sommes retournés à la terre de nos ancêtres. Mais regardez combien de contestations à l’intérieur du peuple, combien de divisions dans une seule et grande famille, et Yossef est à nouveau contesté. C’est la raison pour laquelle les engendrements de Yossef ne marquent pas la fin d’un retour en Israël : il y manque un vav. Ce sont les premiers pas d’un peuple. Le dernier sera à la fin des temps messianiques, quand le peuple réalisera pleinement son unité, fera entendre sa voix à travers les nations et libérera, depuis Israël, une parole de D’ qui ne laisse aucune place à la médisance. Le texte dit d’ailleurs « Élé toldot Yaakov », et non « vé-élé » : élé annule ce qui précède, parce que c’est un nouveau chapitre. Non que cette histoire se détache de l’autre, mais il y a des mutations à travers l’histoire ; il ne faut pas revenir sur le cliché du passé, qui reste, lui, la mémoire permanente du peuple d’Israël.
Il y a toujours un enfant qui porte le destin, et les autres en sont les coopérants. On revient encore à l’enfant préféré : cela a été le cas avec Kayin, et Avraham a tout de même chéri Ichmaël — « Lou Ichmaël yi’hyé lefanékha », puisse Ichmaël vivre devant Toi (Béréchit 17, 18). On ne peut pas y échapper. On a beaucoup d’enfants, mais il y en a un qui prend en charge le destin de la fin, et qui le prouve ; les autres sont les coopérants de ce destin. Hakadoch Baroukh Hou a de même choisi le peuple d’Israël : toutes les nations sont ses enfants, ses créatures, mais Israël est l’enfant chéri.
Yossef apporte à l’Égypte la foi en Elokim, première marche vers Hachem. C’est de là que partent les premiers pas de Yossef. Il sait traduire les rêves, il sait résoudre les crises économiques, et il sait que c’est le Créateur de l’univers auquel nous devons rendre des comptes. Car la émouna en Hachem commence d’abord par la émouna en Elokim : on ne passe pas à Hachem sans avoir d’abord cru en Elokim.
Transcription intégrale du cours
Yossef, qui est le fondateur en quelque sorte du peuple juif. Jusqu’à présent, on était au niveau de trois grandes familles, celles d’Avraham, d’Its’hak et de Yaakov, et nous avions souligné quelles étaient leurs particularités, les combats qu’ils ont menés, les préliminaires du peuple juif qu’ils ont fondé et lancé. Et maintenant, c’est Yossef qui va opérer la mutation des familles en un grand peuple. Mais tout comme dans un accouchement, n’est-ce pas, il y a les douleurs de l’enfantement. Douleurs de l’enfantement qui portent toujours en leur germe les trois éléments destructeurs, les trois ferments destructeurs, qui sont la débauche, la corruption des mœurs, le crime, les effusions de sang, l’idolâtrie. En somme, c’est comme ça que la première tranche de l’histoire a été, disons, transformée depuis les premières générations.
« Élé toldot hachamayim vehaarets behibaram. » Il y a treize évocations de toldot dans la Torah et une dans les Ketouvim. Toldot, qui veut dire engendrements. L’histoire est le fruit des engendrements. C’est au sein des familles que se bâtit l’histoire. Et évidemment, il arrive un certain moment où l’histoire doit corriger les erreurs de parcours, parce que ces engendrements sont imparfaits. Alors, les engendrements parfaits sont ceux de hachamayim vehaarets, ceux de la création, du ciel et de la terre, de l’esprit et de la matière. Alors ceux-là, ces toldot, en hébreu, ils ont un vav. Ça veut dire que ce sont des engendrements qui sont parfaits. C’est une création qui répond à l’attente de son Créateur. Ça, ce sont les premières toldot. Et l’homme qui a été créé, il est chakoul : il est dans la balance de l’histoire. Il est l’équivalent d’Adam, de l’homme. Et cet homme-là, dans sa trajectoire finale, celle qui porte en germe l’élément messianique, ce sont les toldot de Perets, dans la Méguila de Ruth : le germe messianique à partir de Perets, c’est-à-dire le royaume de David et le Messie qui doit en sortir, en émerger. Eh bien, ces toldot sont avec un vav. C’est-à-dire qu’elles sont complètes. Cet élément fixateur du vav est là. Il est là au point de départ comme au point d’arrivée.
Maintenant, toutes les étapes de l’histoire que l’on traverse depuis les toldot hachamayim vehaarets jusqu’à « Élé toldot Perets » manquent de stabilité. Elles souffrent d’une incomplétude et, de ce fait, ce seront toujours des engendrements mouvementés. Soit le premier vav manque à l’appel, soit le vav final, ce qui atteste de l’échec du parcours. Alors, ce sont des gallim, des gallim, des mouvements de vagues, que l’on traduit, que le Zohar traduit par guilgoulim, c’est-à-dire des cycles qui se répètent à différents niveaux, mais qui attestent d’un tikkoun indispensable. D’un tikkoun, et nous avons dit que le tikkoun, c’est le « tel kav », c’est-à-dire marquer le lien entre les différentes générations.
Alors, nous avons traversé les toldot de Noa’h, les toldot d’Avraham, les toldot d’Ichmaël, les toldot d’Essav, les toldot d’Its’hak, les toldot de Yaakov, et nous y sommes. Dans les toldot de Yaakov, on passe de la hiérarchie du particulier à celle du général, à celle de l’Adam général, parce que, de la même manière qu’il y a quatre péchés, quatre ferments d’échec, qui sont guilouï arayot, chefikhout damim, avoda zara, lachon hara, il y a également, pardon, quatre types d’Adam. Il y a l’Adam particulier, tel qu’il est voulu. Et cet Adam particulier n’est pas à dissocier de l’humanité en général, de l’Adam général. Maintenant, il y a également un troisième Adam, qui est zakhar ounekeva, qui est rou’hani, qui est spirituel, qui est composé du masculin et du féminin. Et il y a cet Adam, « adamé lé-Elyon », qui n’est plus pétri de terre, mais qui aspire à être à l’image de son Créateur. « Adamé lé-Elyon » : je ressemblerai au Très-Haut. Eh bien, c’est la quatrième dimension d’Adam. Tant que nous n’avons pas atteint cette dimension, l’histoire ne fait que des corrections successives. Elles se répètent à différents niveaux. Ce ne sont pas les mêmes clichés, mais ce sont les mêmes éléments porteurs d’une société qui, à l’opposé de guilouï arayot, chefikhout damim, avoda zara et lachon hara, doit être mue par ’hessed, guevoura, l’amour, la rigueur, tiféret, l’harmonie entre ’hessed et guevoura, et puis yessod, le fondement. Alors, qui est ce yessod, qui doit effectivement parler d’une seule voix, parce que le langage spirituel exige cela ?
Nous devons savoir que lorsque nous ne servons que Hachem, c’est-à-dire une entité dans l’absolu qui transcende le monde présent, le monde créé, nous sommes dans l’avilissement. Il y a un ’hiloul Hachem, il y a une profanation du nom de D’. Cette profanation du nom de D’ a commencé avec l’époque de Chet. Là-bas, il est dit : « Az hou’hal likro bechem Hachem. » « Hou’hal » : on a profané le nom de D’, ou on a commencé à évoquer le nom de Hachem, mais à ne plus souligner celui d’Elokim, celui du D’ Créateur. Or, nous ne pouvons pas dissocier Hachem d’Elokim. Nous sommes monothéistes, certes, mais de par notre création, et de la même manière que cette création porte en elle une multiplicité, une diversité incalculable d’éléments créés, il y a une diversité incalculable de personnalités, de visages d’hommes et de femmes. Ils sont porteurs du même souffle divin, mais ils sont différents les uns des autres. Tout comme la création : les éléments de la création sont différents, et Elokim est au pluriel parce qu’il est la totalité de toutes ses forces. Ce qui fait que nous-mêmes, en servant Hakadoch Baroukh Hou, nous avons chacun notre éloha, nous avons chacun notre idole. Nous servons un idéal qui nous est particulier, et il faudrait pouvoir transcender cet idéal particulier qui nous sépare les uns des autres pour arriver à Hachem. Justement, dans la paracha de la semaine, lorsqu’on a blâmé la génération d’Énosh, qui a commencé à séparer Hachem d’Elokim, ou à se référer à Elokim plutôt qu’à Hachem, on a blâmé cette division. Il y a ’hiloul Hachem là-dedans, il y a une profanation du nom de D’. Nous devons servir l’unité de Hachem Elokim, Elokim représentant les divinités, les différentes forces, les différents pouvoirs, les différentes entités, pour les réunir dans une seule entité qui transcende ses particularités.
Alors, il est dit « Zé sefer toldot Adam » à partir de Chet, qui est le troisième enfant d’Adam, à partir duquel le monde, l’humanité s’est perpétuée, parce que Kayin et Hevel ont disparu et qu’il n’en est rien resté. Nous avons Chet, « ché-alav houchtat ha-olam », sur lequel repose le fondement de l’humain, de l’humanité. Eh bien, le livre a commencé, le livre d’histoire a commencé avec Chet. « Zé sefer toldot Adam ». Et là, dans les toldot d’Adam, qui embrassent les quatre dimensions d’Adam que nous avons évoquées tout à l’heure, se retrouvent les quatre sens du mot sefer. Sefer, qui veut dire le récit que nous connaissons à travers l’histoire, à travers les événements. Deuxième élément du sefer : ce sont les références, ce sont les allusions, c’est le numérique, le rémez ; le troisième, c’est le drach, c’est la dissertation du texte, la compréhension du texte, et pour cela on le coupe comme un coiffeur, un sapar. D’abord, on a compté, on a compté le texte de telle sorte qu’il ne soit pas, disons, corrompu par un ajout quelconque, et on a commenté chaque mot, chaque passage. Guezera chava : sapar, le coiffeur, tout comme le coiffeur ; sofer, sippour. D’ailleurs, Rachi dit : « sefirat dorot », le décompte des générations, pour découvrir ce que le texte cache encore.
Ça, nous l’avons déjà dit : chaque lettre de la Torah est autonome, elle a bien sûr son graphisme, sa première, disons, dimension. La deuxième, ce sont les nekoudot, les voyelles, les points qui nous indiquent la manière de prononcer, et la signification va changer. Ensuite, nous avons le ta’am, qui veut dire la musicalité de chaque mot, le sens transcendant du mot. Mais il y a aussi ce blanc qui entoure la lettre, où il y a un tas de non-dits qu’il nous revient de découvrir, ce que nous faisons tout au long de l’étude du texte. Eh bien, ça, c’est le sefer, c’est le livre de l’histoire qui se rapporte à nous, parce que chacun écrit son livre de Béréchit, chacun a son histoire, chacun a son autobiographie, chacun a sa manière de vivre son destin, chacun a sa manière d’influer sur l’avenir de sa société, proche et lointaine, et chacun est à découvrir à nouveau, parce qu’il n’est pas dans un moule à répétition : chacun est différent de l’autre, chacun porte un secret de la création, une parcelle de la création qui n’a pas encore été mise en évidence.
Eh bien, c’est là le sens de « sefer toldot Adam, beyom bero Elokim Adam bidmout Elokim ». C’est cet homme-là qui est à l’image et à la ressemblance de D’. Sans cela, les premiers enfants étaient plutôt le fruit du désir, ils n’étaient pas porteurs de ce tsélem et dmout ; le texte ne le souligne pas, comme si ce n’était qu’un brouillon de la création. La véritable histoire commence à partir de Chet. « Ki chat li Elokim zéra a’her ta’hat Hevel, ki haragou Kayin » : l’Éternel m’a doté d’une autre semence, d’une autre descendance, à la place de Hevel, « ki haragou Kayin », qui a été emporté par Kayin. Donc, ici, nous allons également retrouver ce « toldot Yaakov Yossef ».
Yossef va être le gène de Yaakov, qui a le pouvoir du Verbe unificateur en lui. Malheureusement, au début, ce n’est pas le cas, parce que c’est l’erreur que l’on commet chaque fois que l’on prend en main la direction politique ou intellectuelle ou morale d’un peuple : il y a toujours un abus. Dibba : c’est une médisance, un mal-dit, un refus d’écoute. Bon, mais Yossef était « anouss al pi hadibour » : il est contraint par la parole, et c’est pour cela que Yossef parlait les 70 langues, parlait, savait, connaissait le langage universel, à partir duquel on pouvait effectivement répandre l’enseignement spirituel, parce que cet enseignement spirituel, inutile de vouloir le mettre sous forme d’écrit, qui serait comme dans un moule où l’on ne peut plus essayer de générer quelque chose de nouveau que le texte cache. Et c’est là tout le problème de la mésentente dans la société et entre les peuples. Or, le peuple juif n’a été en exil que pour effectivement pouvoir s’aligner aussi sur le langage des autres.
Or, qu’est-ce qui va prolonger l’exil de Yaakov ? C’est que Yaakov n’a pas trouvé de langage commun avec Essav. Il y avait là toujours un problème de vêtement. Oui, et le vêtement, il cache la nudité, tout comme il cache quelquefois la vérité, la mesure de l’homme. C’est bien cet aspect négatif du vêtement que l’on neutralise avec les tsitsit que l’on porte, n’est-ce pas ? Or, là, il y a toujours un problème de vêtement. Ce vêtement que Yaakov a porté pour se présenter devant son père, qui datait de Nimrod, qui datait d’Adam, le vêtement d’Adam, qui a éprouvé la nécessité de couvrir sa nudité par un vêtement, et qui a été transmis de génération en génération de manière à cacher sa honte, sa trahison. C’est pour cela que beged vient traduire aussi le mot trahir, bagad ; et levouch, lo bocha : une manière de cacher sa honte, de ne pas avoir honte.
Bien, tous ces éléments-là se retrouvent maintenant dans le quatrième élément de la Havaya, des quatre dimensions que nous avons évoquées, et le quatrième, c’est Yossef. Or, quelle est la quatrième lettre de Youd-Hé-Vav-Hé ? C’est le hé. C’est le hé que l’on va ajouter à Yossef : « Édout biHossef samo ». Le témoignage, il l’a mis en Yossef, auquel il a ajouté ce hé. Or, nous avons dit que ce hé du féminin, c’est celui qui porte l’interrogation, la question, qui appelle une définition, le hé hayedia, le hé de la question, le hé hayedia, et qui indique la finalité, la trajectoire : c’est « Yerouchalaymah », vers Jérusalem, arrivé à Jérusalem, au Makom. Makom, oui. « Baroukh Hamakom », ça, c’est un autre aspect que l’on aura à détailler. Mais c’est pour tout simplement indiquer que ce hé est la seule lettre qui se répète dans l’attribut du Créateur qui transcende la création, qui est tout amour. C’est Youd-Hé-Vav-Hé. Et c’est celui que Yossef, duquel va user Yossef à l’adresse de ses frères : « Hé lakhem zéra ». « Hé lakhem zéra » : voici pour vous la semence, répondre, répondre aux besoins de l’autre.
Répondre aux besoins de l’autre, ça, c’est le grand point d’interrogation, parce que, quand nos sages se sont interrogés sur quel est le verset qui pourrait résumer toute la Torah, tout le monothéisme juif, toute la croyance, alors Rabbi Akiva dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », aimer son prochain comme soi-même. Le Arizal dit : ce n’est pas possible. D’ailleurs, c’est pour cela que Hillel a quelque peu ajusté, en disant : ce que toi tu détestes, ne le fais pas à ton prochain. Donc il est situé dans le négatif : rien que ne pas nuire à son prochain, comme tu ne veux pas te nuire à toi-même. Mais où se situe-t-il alors ? D’après le Arizal, uniquement dans le rapport du masculin au féminin, de l’homme à la femme : se soucier que cet amour du couple puisse continuer à animer le couple tout au long d’une vie, et que l’on n’arrive pas à un point de vieillissement, de banalisation, de répétition d’une vie. Alors ça, c’est le véritable « veahavta lereakha kamokha ». Ben Azaï n’est pas d’accord avec Rabbi Akiva. Lui dit : non, le résumé ou le concentré de toute la Torah, il est dans « Zé sefer toldot Adam ».
Voici le livre de la descendance d’Adam, des engendrements d’Adam, c’est-à-dire se soucier de sortir du cadre restreint de la maison vers le monde extérieur, et rayonner, donner à cet amour une dynamique de vie à l’extérieur, qui embrasse l’humanité entière. Ça, c’est le résumé de toute la Torah. Par ailleurs, des ’hakhamim comme Ben Nanas, Ben Azaï, Ben Zoma, Ben Nanas et Rabbi Chimon ben Pazi l’ont traduit autrement, à savoir que c’est vrai : unifier tout, tous les éléments, toutes les élohout, toutes les divinités, toutes les croyances, dans une seule entité qui soit Youd-Hé-Vav-Hé, et qui transcende toutes ces croyances. Ça, c’est le concentré de toute la Torah : arriver à unifier le monde sous la houlette du Chema Israël, « Hachem Elokénou, Hachem E’had ». Pour Ben Nanas, ce serait encore comme Rabbi Akiva : l’amour du prochain. Tandis que Rabbi Chimon ben Pazi : ça suffit de faire des discours ! Ça suffit de fixer des choses en l’air, dans les hautes sphères de la pensée ! Non !
L’homme se mesure, ou l’humanité se mesure, à ce que chacun offre spontanément : le sacrifice de soi, matin et soir, dans les moments heureux comme dans les moments tristes. Boker, erev. Et ce que tu réalises vraiment, d’une manière désintéressée, en faveur de l’autre, c’est cette abnégation, cet esprit d’abnégation, de don de soi : c’est celui-là qui est important. Or, chez Yossef, c’est ce qui va se vérifier. Jusqu’à présent, on a neutralisé Ichmaël, on a neutralisé Essav. Mais nous arrivons, nous revenons à la terre promise. Nous sommes passés par l’Église, nous avons voulu faire du prosélytisme, nous avons répandu nos idées, nos croyances, nos valeurs, nous les avons partagées. Cela nous a coûté très cher. On nous en a voulu. De la même manière qu’on a persécuté Yossef, on nous a persécutés, poursuivis… On a été soumis à un calvaire concentrationnaire. Nous en sommes sortis, nous en sommes sortis, nous nous sommes retournés.
C’est comme ça que commence la paracha, la paracha : Yaakov est retourné à la maison de son père, là où ont commencé les premiers guerim, là où réellement il s’est installé comme guer, comme étranger. Il n’a rien eu, cette terre ne lui a jamais appartenu, mais il y va, il va s’y installer par ordre divin. Et de ce fait, il est guer : il est à la fois citoyen, mais il est toujours guer. Ce n’est pas sa propriété dans l’absolu. La promesse est dans l’absolu, mais si jamais il se conforme à la volonté divine qui lui a affecté cette terre, alors elle lui revient. Sinon, il ne devrait pas la quitter. Et c’est là… Or, nous avons déjà souligné que la première prescription donnée à Avraham, c’était de s’installer dans la terre qui lui est affectée, celle de la vision, celle de la vision, d’une vision universelle. Et maintenant, après l’exil, Yaakov retourne dans ces terres, et il pense là-bas s’installer définitivement. Nous sommes en train de vivre cette situation, parce que nous sommes aujourd’hui retournés à la terre de nos ancêtres.
Mais regardez combien de contestations à l’intérieur du peuple, combien de divisions il y a dans une seule et grande famille. Et Yossef, il est à nouveau contesté. Et ça, c’est la raison pour laquelle les toldot, les toldot de Yossef, ces toldot ne marquent pas la fin d’un retour en Israël : un vav manque. Ce sont les premiers pas d’un peuple. Mais le dernier, c’est à la fin des temps messianiques. C’est là que le peuple va se réaliser pleinement, il va réaliser son unité, il va faire entendre sa voix à travers les nations, de là où il est, et pas seulement à travers le monde de l’Église. Il va libérer la parole, la parole de D’, à partir d’Israël, une parole qui ne laisse aucune place à la médisance, à la dibba. Maintenant, les deux versets, je crois, de la paracha de Yossef sont clairs, puisque le texte dit : « Vayéchev Yaakov » : Yaakov va chercher à s’installer définitivement, à vivre dans la terre où ses parents étaient animés de la crainte de ne plus bénéficier de sa propriété. Hein ? Ça, c’est la terre de Kenaan. « Élé toldot Yaakov », et aussi…
Là, on n’entend plus, on n’entend plus, Kevod haRav. Votre son est coupé, votre son est coupé. Allô ? Attendez. Oui, oui.
« Élé » passal et harichonim : « élé » a neutralisé tout ce qui était avant, parce que c’est un nouveau chapitre, une nouvelle histoire, une nouvelle histoire. Non pas qu’elle se détache de l’autre, mais il y a des mutations chaque fois à travers l’histoire, qui se font. Et là, il ne faudrait pas revenir sur le cliché du passé. Le passé, il va être la mémoire permanente du peuple d’Israël. C’est un fait. « Élé toldot Yaakov Yossef. » Alors, Yossef.
Alors on revient encore à l’enfant qui est préféré. Et puis ça a été le cas avec Kayin. Et Avraham a tout de même chéri Ichmaël : « Lou Ichmaël yi’hyé lefanékha » : puisse Ichmaël vivre devant toi. Its’hak a plutôt donné sa préférence… Combien nous avons souffert… Et maintenant encore : « Élé toldot Yaakov Yossef ». Oui. On ne peut pas échapper à ça. On ne peut pas y échapper. On a beaucoup d’enfants, mais il y en a un qui prend en charge le destin de la fin, et qui le prouve. Et les autres sont les coopérants de ce destin. C’est ainsi que cela doit être. Et Hakadoch Baroukh Hou a aussi choisi le peuple d’Israël, et pourtant toutes les nations sont ses enfants, ce sont ses créatures. Mais Israël est l’enfant chéri de D’. C’est comme ça.
Alors, « Élé toldot Yaakov Yossef », et c’est de là que nous allons partir pour voir quels sont les premiers pas de Yossef, qui, rappelons-le, va donner à l’Égypte trois choses : … ensuite va donner… et ensuite la croyance en Elokim, en D’, qui est le Créateur de l’univers. Ce sont les trois choses que Yossef… Il sait traduire les rêves, il sait évidemment résoudre les crises économiques, il sait aussi que c’est le Créateur de l’univers auquel nous devons rendre des comptes, parce que la émouna en Hachem commence d’abord par la émouna en Elokim. Nous ne passons pas à Hachem sans avoir d’abord cru en Elokim. Voilà, j’arrête ici le cours, je crois. Si vous avez des questions…
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