En plein hiver, alors que les arbres semblent morts, le calendrier juif leur fête un anniversaire. D’où vient ce nouvel an des arbres, et pourquoi l’homme est-il comparé à un arbre des champs ?
En 5787, Tou BiChvat tombe le samedi 23 janvier 2027, le 15 du mois de Chevat. Comme tous les jours du calendrier juif, il commence la veille au soir, le vendredi 22 janvier. Cette année, le nouvel an des arbres coïncide donc avec le Chabbat, et même avec le Chabbat de la paracha Bechala’h, celui du cantique de la mer. Le repas de fruits trouve naturellement sa place à la table du Chabbat.
Quatre nouvels ans dans l’année
La source de Tou BiChvat est une seule phrase de la Michna (Roch Hachana 1, 1). Elle compte quatre « têtes d’année ». Le 1er Nissan est le nouvel an des rois et des fêtes. Le 1er Elloul est celui de la dîme des animaux. Le 1er Tichri est celui des années, de la chemita et du jubilé. Et pour l’arbre, Beit Chammaï dit le 1er Chevat, Beit Hillel le 15 Chevat. La halakha suit Beit Hillel : c’est Tou BiChvat, « le 15 de Chevat ».
Pourquoi cette date ? Le Talmud (Roch Hachana 14a) répond : à ce moment, la plus grande partie des pluies de l’année est tombée. En terre d’Israël, la sève commence à remonter. Les amandiers fleurissent les premiers. Les fruits qui se forment à partir de là appartiennent à une nouvelle année.
Une date d’abord juridique
À l’origine, ce nouvel an n’est pas une fête. C’est une date de comptabilité agricole, indispensable pour plusieurs lois de la Torah.
- La orla : « Quand vous serez entrés dans le pays et que vous planterez tout arbre fruitier, […] pendant trois ans, ses fruits seront pour vous comme incirconcis, on n’en mangera pas » (Vayikra 19, 23). La quatrième année, les fruits sont consacrés ; la cinquième, on en profite librement (Vayikra 19, 24-25). Pour compter ces années, il faut une date de départ.
- Les dîmes : en terre d’Israël, on prélève les dîmes année par année. On ne peut pas prélever sur les fruits d’une année pour ceux d’une autre. Il faut donc savoir à quelle année appartient chaque fruit.
Ces lois concernent surtout la terre d’Israël. Pour leur application pratique, on consultera un rabbin compétent.
L’homme est un arbre des champs
La Torah interdit de détruire les arbres fruitiers, même en temps de guerre, pendant le siège d’une ville. Elle ajoute : « car l’homme est un arbre des champs » (Devarim 20, 19). De ce verset, les Sages ont tiré l’interdit de bal tach’hit : ne rien détruire inutilement.
Le Midrash (Kohélet Rabba 7, 13) raconte que D’ fit faire à Adam le tour des arbres du jardin d’Éden. Il lui dit : « Vois comme Mes œuvres sont belles. Prends garde de ne pas abîmer Mon monde, car si tu l’abîmes, personne ne le réparera après toi. »
Les Psaumes reprennent l’image. Le juste est « comme un arbre planté près des cours d’eau, qui donne son fruit en son temps » (Tehilim 1, 3). Et encore : « Le juste fleurit comme le palmier, il grandit comme le cèdre du Liban » (Tehilim 92, 13).
Comment fête-t-on Tou BiChvat ?
Avec le temps, cette date juridique est devenue un jour de joie. On ne récite pas les supplications du Tahanoun, et l’on ne jeûne pas.
- Manger des fruits, en particulier ceux des sept espèces qui font l’éloge de la terre d’Israël : « un pays de blé et d’orge, de vigne, de figuier et de grenadier, un pays d’olivier et de miel » (Devarim 8, 8). Le miel, ici, est celui des dattes.
- Les bénédictions : « boré peri haets » sur les fruits de l’arbre. Sur un fruit nouveau de la saison, on ajoute souvent « chehehiyanou ».
- Le séder de Tou BiChvat : les kabbalistes ont composé un ordre de fruits et de lectures, accompagné de quatre coupes de vin, du blanc vers le rouge. Il est rassemblé dans le recueil Peri Ets Hadar.
- Planter : en Israël, c’est devenu le jour où l’on plante des arbres.
Ce qu’en dit le Rav Raphaël Benizri
Sur la page Tou BiChvat : le nouvel an des arbres, le Rav Benizri part de la Michna des quatre têtes d’année. Il rappelle que c’est l’unique référence : elle ne parle ni de fête, ni de fruits, ni de quatre coupes. Tout cela est venu bien plus tard, au fil de l’histoire.
Pour lui, l’écologie n’est pas une préoccupation récente. Il cite le midrash où D’ fait faire à l’homme le tour de Son univers, et la parole des Sages : celui qui attente à la vie d’un arbre en fait entendre le cri d’une extrémité du globe à l’autre.
L’arbre, dit-il, est le portrait de l’homme. Une verticale enracinée dans la terre, avec des ramifications aux quatre coins, que l’on veut ramener à un seul tronc. Le Rav relève aussi un détail de la création (Berechit 1, 11-12) : il avait été demandé à la terre de donner un « arbre-fruit », entièrement consommable. Elle a donné un « arbre faisant fruit ». Cette désobéissance, au troisième jour, préfigure celle de l’homme, créé le sixième.
Il renverse aussi un dicton : il ne faut pas seulement manger pour vivre, il faut vivre pour manger. Car la nourriture permet d’intégrer les éléments de la création et de les élever au rang de l’humain. C’est pourquoi, dit-il, la seule bénédiction d’origine biblique est celle qui suit le repas.
Sur la orla, il propose un parallèle avec l’éducation : trois ans sans consommer les fruits, une quatrième année dans la sainteté, la cinquième seulement on en profite. De même, l’enfant est d’abord un récepteur avant de devenir un donneur.
Enfin, il ouvre une dimension messianique : si tu tiens une plante dans la main et qu’on t’annonce la venue du Messie, plante d’abord ton arbre, puis va l’accueillir. Car planter y contribue.
Pour aller plus loin
- Tou BiChvat : le cours du Rav Benizri
- Livret « Questions à poser à la table de Tou BiChvat » (PDF)
- Toutes les fêtes juives
Article de la rédaction de Pensées Juives. Les passages attribués au Rav Raphaël Benizri sont tirés de ses cours publiés sur ce site.


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